jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404074 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Delarue, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la cheffe d'établissement de la maison d'arrêt de Rouen du 26 septembre 2024, prononçant la prolongation de son placement à l'isolement à compter du 26 septembre 2024 jusqu'au 26 décembre 2024 ;
2°) d'enjoindre à l'administration de lever la mesure d'isolement dès la notification de l'ordonnance à intervenir, et de l'affecter en détention ordinaire ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- La condition d'urgence doit être regardée comme remplie, eu égard aux effets de la mesure et alors qu'aucune circonstance particulière n'est de nature à renverser la présomption d'urgence dont il bénéficie ;
- Il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, dès lors que :
o la décision attaquée ne comporte pas de manière lisible le nom et la qualité de son signataire ;
o il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte, ni de la publication régulière et suffisante de la délégation de signature, dès lors que les délégations de signature ne sont pas affichées dans un lieu accessible aux détenus ni consultables en ligne par ces derniers ;
o la décision méconnait l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et l'article R. 213-21 du code pénitentiaire dès lors que son conseil n'a pas pu consulter son dossier avant le débat contradictoire, et n'a notamment pas eu accès aux comptes-rendus d'incident, au procès-verbal d'entretien entre M. B et la cheffe d'établissement, à la décision de fouille et au rapport d'enquête éventuellement effectué par l'administration ;
o la décision attaquée est entachée d'un défaut d'impartialité de son auteur dès lors qu'il a été indiqué par l'adjointe à la cheffe d'établissement dès le début du débat contradictoire qu'il serait maintenu à l'isolement jusqu'à son transfert ;
o la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
o elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
o elle affecte gravement ses conditions de détention et porte atteinte à sa santé et à son équilibre psychologique ;
o elle est constitutive d'une sanction déguisée, porte atteinte à la présomption d'innocence, et est entachée d'un détournement de procédure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie, en raison des circonstances particulières liées à l'enquête pénale en cours et à la nécessité de préserver l'ordre public au sein de l'établissement, et que les moyens ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 8 octobre 2024 sous le numéro 2404073 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de Mme Galle, juge des référés
- les observations de Me Bromboszcz, substituant Me Delarue, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et précise en outre que si des éléments des compte rendus d'incident ont été partiellement recopiés dans la convocation au débat contradictoire, ils n'ont pas été intégralement fournis malgré la demande d'accès à ces documents formulée par l'avocat de M. B ce qui l'a privé d'une garantie ; que la circonstance que les déclarations de M. B à la cheffe d'établissement aient été reportées dans la première décision de placement à l'isolement ne permet pas de connaitre précisément la teneur des déclarations de l'intéressé, ce qui n'a pas permis à l'intéressé d'être efficacement défendu lors du débat contradictoire ; que si M. B n'a pas incriminé son codétenu pour les faits de trafic d'objets interdits qui lui sont reprochés, il a par ailleurs indiqué avoir été piégé ; qu'il n'a pas été informé de son droit à garder le silence ; que l'administration ne démontre pas la nécessité de la mesure et ne produit aucun élément permettant d'établir que M. B est impliqué dans un trafic en détention, alors qu'elle n'a pas encore convoqué l'intéressé à une audience disciplinaire pour les faits de juin 2024 et que M. B n'a pas été entendu dans le cadre de l'enquête pénale ; que son affectation dans un établissement pour peines peut prendre de 12 à 18 mois à compter de sa condamnation.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est détenu depuis le 29 juillet 2021 à la maison d'arrêt de Rouen. Par une décision du 28 juin 2024, il a été placé à l'isolement pour une durée de trois mois. Par une décision du 26 septembre 2024, la cheffe d'établissement de la maison d'arrêt de Rouen a prononcé la prolongation de son placement à l'isolement du 26 septembre au 26 décembre 2024. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision de prolongation de placement à l'isolement du 26 septembre 2024.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. / Le placement à l'isolement n'affecte pas l'exercice des droits prévus par les dispositions de l'article L. 6, sous réserve des aménagements qu'impose la sécurité. / Lorsqu'une personne détenue est placée à l'isolement, elle peut saisir le juge des référés en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. ". Saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.
4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens sus analysés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et au titre des frais du litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Rouen, le 24 octobre 2024.
La juge des référés,
Signé
C. GalleLa greffière,
Signé
A. Hussein
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404074
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