Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler le refus de France Travail de lui verser la rémunération de fin de formation (RFF). Le juge a considéré que la requérante n'était pas éligible à cette aide, car la formation suivie ne concernait pas un métier en tension figurant sur la liste régionale requise, conformément à la délibération n°2020-43 de Pôle emploi. Le tribunal a également écarté son éligibilité à l'allocation de solidarité spécifique en raison du montant de ses ressources.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024, Mme C... A..., représentée par Me Garraud, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 23 août 2024 par laquelle France Travail a rejeté sa demande tendant au bénéfice de l’allocation de rémunération de fin de formation (RFF) ;
2°) de mettre à la charge de France Travail la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
la cour d’appel d’Amiens, par une ordonnance du 15 mai 2024, a jugé que le litige relevait de la compétence de la juridiction administrative ;
sa requête est recevable ;
elle a conclu une convention pour l’action de formation préalable au recrutement avec Pôle emploi qui ne lui a pas versé la rémunération due pour cette formation qui s’est déroulée du 27 juillet 2020 au 21 août 2020 ;
elle a dû interrompre cette formation en raison d’un arrêt maladie le 18 août 2020.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2026, France Travail Normandie, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que Mme A... ne peut bénéficier ni de la rémunération de fin de formation postérieurement au 3 août 2020, dès lors qu’elle est arrivée en fin de droits au titre de l’ARE, ni de l’allocation de solidarité spécifique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme B... a été entendu au cours de l’audience publique du 10 février 2026 à 11 heures, en présence de M. Mialon, greffier d’audience.
Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Mme A... a bénéficié de l’allocation d’aide au retour à l’emploi pour une durée de 153 jours du 4 janvier au 3 août 2020. Une convention pour l’action de formation préalable au recrutement a été conclue entre Pôle emploi, devenu France Travail, et la société Mégaverre en vue de la formation de Mme A... au métier de « triage de verre » pour la période du 27 juillet 2020 au 21 août 2020. Mme A... fait avaloir qu’elle a dû interrompre cet emploi le 18 août 2020, étant placée en arrêt maladie et qu’elle n’a pas perçu la rémunération qui lui était due dans le cadre de la convention conclue avec Pôle emploi, malgré ses réclamations.
Selon l’article 2 de la délibération n°2020-43 du 7 juillet 2020 du conseil d’administration de Pôle emploi relative à la rémunération de fin de formation, applicable en l’espèce, et régulièrement publiée au Bulletin officiel de Pôle emploi : « La rémunération de fin de formation est versée mensuellement, à l’expiration des droits du demandeur d’emploi à l’allocation d’assurance chômage ou à l’allocation de sécurisation professionnelle, et pendant la durée de la formation. ». Son montant ne peut excéder 652,02 euros par mois selon l’article 3 de cette même délibération. L’article 1er définit les personnes pouvant bénéficier de cette rémunération : « La rémunération de fin de formation est accordée aux demandeurs d’emploi inscrits qui suivent une action de formation validée par Pôle emploi et achetée, financée ou cofinancée par : / - le compte personnel de formation (CPF) ou les fonds propres du demandeur d’emploi, dans des conditions (délais de dépôt, point de départ de la rémunération, …) précisées par instruction du directeur général, / Pôle emploi, / (…) l’employeur pour les bénéficiaires du contrat de sécurisation professionnelle (CSP), / un tiers dans le cadre d’un partenariat avec Pôle emploi. / Les actions de formation susceptibles de donner lieu au versement de la rémunération de fin de formation doivent permettre à la fois d’acquérir une qualification reconnue au sens de l’article L.6314-1 du code du travail et d’accéder à un emploi pour lequel sont identifiées des difficultés de recrutement dans la région du lieu de la formation ou du lieu de résidence du demandeur d’emploi. / La liste de ces emplois est fixée par arrêté du préfet de région au vu des statistiques publiques régionales d’offres et de demandes d’emploi, après consultation du comité régional de l'emploi, de la formation et de l'orientation professionnelles. ». La rémunération de fin de formation (RFF) constitue ainsi une aide aux demandeurs d’emploi créée par le conseil d’administration de Pôle emploi dans le cadre de ses compétences propres et de sa mission de service public, telles que prévues au 2° de l’article L. 5312-1 et au 3° de l’article L. 5312-7 du code du travail.
Mme A... a bénéficié d’une action de formation préalable au recrutement, au titre de laquelle elle a continué à percevoir l’allocation de retour à l’emploi formation (AREF) jusqu’à la fin de ses droits à l’ARE, le 3 août 2020. Il résulte de l’instruction qu’elle n’était pas éligible, à la suite de l’arrêt de ses droits au titre de l’ARE, à la rémunération de fin de formation, dès lors que l’emploi de « trieuse de verre » faisant l’objet de l’action de formation préalable au recrutement n’est pas au nombre des emplois pour lesquels des difficultés de recrutement son identifiées, ce qu’elle ne conteste pas.
Il n’est pas davantage contesté que Mme A... ne pouvait pas bénéficier de l’allocation de solidarité spécifique formation, dès lors qu’elle ne remplissait pas les conditions pour en bénéficier eu égard au montant de ses ressources, soit 3 310 euros pour les douze derniers mois, excédant celles permettant de bénéficier de l’ASS.
Mme A... ne saurait, enfin, utilement se prévaloir du jugement du tribunal de proximité d’Abbeville du 23 juin 2023, infirmé par la cour d’appel d’Amiens dont l’arrêt n’est d’ailleurs pas produit et par lequel cette cour s’est déclarée incompétente pour connaître du litige.
Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée, y compris les conclusions qu’elle présente au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... A... et à France Travail Normandie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2026.
La présidente du tribunal,
C. B...
Le greffier,
JB. MIALON
La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.