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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404126

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404126

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404126
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantCASTIONI DIEGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Castioni, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 2 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros " en indemnisation des conditions de vie subies du fait du retard blâmable de l'instruction de son dossier d'admission au séjour " ;

M. A soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa durée de séjour, la stabilité de ses liens en France et son insertion ;

- la lenteur de l'instruction de sa demande de titre de séjour justifie l'allocation d'une indemnité d'un montant de 20 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, par un courrier en date du 16 janvier 2025, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires formées par M. A, faute de liaison du contentieux.

Vu :

- la décision en date du 16 janvier 2025 portant admission à l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. Bouvet, premier conseiller, a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, né en 1979, déclare être entré pour la première fois sur le territoire français le 11 novembre 2010. L'intéressé a bénéficié d'un titre de séjour " étranger malade ", de 2013 à 2018, puis d'un titre de séjour " travailleur temporaire " de 2021 à décembre 2022. Le 11 février 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de salarié. Par arrêté du 2 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours, a fixé son pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté, qui comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte, est suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Au cas d'espèce, si M. A, dont le séjour sur le territoire national est établi à compter de l'année 2013, peut se prévaloir d'une estimable amorce d'insertion professionnelle en France, en tant que coiffeur pour la société " Las Vegas Beauty ", cette activité demeure précaire et ne lui permet de dégager qu'un revenu mensuel net inférieur à 500 euros sur la période des six mois précédant la décision litigieuse, revenu insuffisant pour subvenir à ses besoins. Enfin, l'intéressé, qui est mariée et père de quatre enfants, dont trois mineurs, vivant en Belgique, est dépourvu de toutes attaches personnelles et familiales en France. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent en lui opposant le refus de séjour litigieux.

5. En troisième lieu, aux termes de de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

6. Au cas d'espèce, M. A ne justifie d'aucunes considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, au sens des dispositions précitées, permettant son admission exceptionnelle au séjour, sa situation professionnelle ne pouvant pas, par elle-même, être regardée comme constitutive de tels motifs. Le préfet de la Seine-Maritime n'a donc pas méconnu les dispositions citées au point précédent en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point n°4, et alors que M. A ne soutient pas être exposé au risque de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, la décision portant refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire français sous trente jour et la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, ne procèdent pas d'une erreur manifeste d'appréciation. En revanche, alors que le requérant réside depuis au moins 2013 en France et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas même allégué, qu'il représente une menace pour l'ordre public, l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français dont la durée a, au demeurant, été fixée à six mois, caractérise une erreur d'appréciation. L'unique moyen soulevé au soutien des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français doit ainsi être accueilli. Par suite, cette décision encourt l'annulation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à solliciter, par les moyens invoqués, l'annulation de l'arrêté litigieux en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. M. A n'établit pas avoir demandé à l'administration, avant que le juge ne statue, de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis résultant des délais d'instruction de sa demande de titre de séjour. Ainsi, faute de demande indemnitaire préalable ayant lié le contentieux, le requérant n'est, en tout état de cause, pas recevable à demander au juge la condamnation de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 2 octobre 2024 est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. A, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Diego Castioni et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVET

La présidente,

signé

A. GAILLARD

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°2404126

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