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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404172

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404172

vendredi 23 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404172
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPOLE URGENCES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a examiné la demande de M. C... tendant à obtenir la remise gracieuse d’un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 1 978,47 euros, résultant d’omissions déclaratives de ses ressources. Le tribunal a rappelé que, selon les articles L. 262-46 et R. 262-37 du code de l’action sociale et des familles, une remise peut être accordée en cas de bonne foi ou de précarité, sauf en cas de fausse déclaration caractérisée par une volonté de dissimulation. Pour apprécier la bonne foi, le juge doit tenir compte de la nature des ressources omises, de l’information reçue et du caractère réitéré ou non de l’omission. En l’espèce, la solution retenue n’est pas explicitée dans le texte fourni, mais le tribunal a examiné les moyens de M. C... (ignorance de l’obligation déclarative et impact sur son reste à vivre) au regard de ces critères.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et des pièces, enregistrées le 14 octobre 2024 et le 16 décembre 2024, M. A... C..., demande au tribunal de lui accorder la remise de sa dette de revenu de solidarité active (RSA).

Il soutient que :
il ignorait qu’il devait déclarer ses revenus auprès de la caisse d’allocations familiales (CAF) ;
un remboursement de sa dette réduirait son reste à vivre.



Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2025, le département de la Seine-Maritime, représenté par son président, conclut au rejet de la requête.


Il soutient que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.



Vu :
la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. B... en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative ;
la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience ;
les autres pièces du dossier.


Vu :
le code de l’action sociale et des familles ;
le code de justice administrative.




Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. B...,
et les observations de M. C....


À l’issue de l’audience, l’instruction a été clôturée en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.






Considérant ce qui suit :


M. C... bénéficie d’un droit au RSA depuis sa demande du 12 juin 2017. Suite au constat d’incohérences relevées dans le cadre d’un contrôle de ses ressources, celui-ci s’est vu réclamer, par courrier du 6 mars 2024, la somme de 1 978,47 euros au titre d’un indu de RSA pour la période du 1er juin 2022 au 29 février 2024. M. C... a sollicité la remise de sa dette par courrier du 8 août 2024. Son recours a été rejeté, ce dont il a été informé par courrier du 13 septembre 2024. M. C... demande au tribunal la remise de sa dette.

D’une part, l’article L. 262-17 du code de l’action sociale et des familles dispose que : « Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active (…) » et l’article R. 262-37 du même code prévoit que : « Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 262-46 du code de l’action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : « Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / (…) La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général (…), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ». Il résulte de ces dispositions qu’un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d’une remise gracieuse de la dette résultant d’un paiement indu d’allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l’indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d’une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d’un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l’indu résulte de ce que l’allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l’intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l’inverse, portent sur des ressources dépourvues d’incidence sur le droit de l’intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l’information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l’omission, des justifications données par l’intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l’allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu’il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l’allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l’information reçue, ignorer qu’il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l’omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

Par ailleurs, il appartient au défendeur, si nécessaire à l'invitation du tribunal, de communiquer à celui-ci l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l’indu et le juge ne peut régulièrement rejeter les conclusions dont il est saisi, pour un motif sur lequel son contenu peut avoir une incidence, s’il ne dispose pas des éléments pertinents de ce dossier, sauf à avoir invité le requérant à produire les pièces précises, également en sa possession, qui sont nécessaires à l’examen de ses droits. Enfin, la procédure contradictoire peut être poursuivie au cours de l’audience sur les éléments de fait qui conditionnent l'attribution de la prestation ou de l'allocation ou la reconnaissance du droit, objet de la requête, et le juge peut décider de différer la clôture de l’instruction à une date postérieure à l’audience pour permettre aux parties de verser des pièces complémentaires. En revanche, aucune disposition pas plus que le droit à un procès équitable, garanti notamment par l’article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ne font obligation au juge, lorsque le défendeur a communiqué au tribunal l’ensemble des éléments pertinents du dossier constitué pour l'instruction de la demande ou pour le calcul de l’indu et que ces éléments ont été soumis au débat contradictoire, de diligenter une mesure supplémentaire d’instruction ou d’inviter le demandeur à produire les pièces qui seraient nécessaires pour établir le bien-fondé d’allégations insuffisamment étayées.

Tout d’abord, il est constant que l’indu en litige a pour origine l’absence de déclaration par M. C... de certains de ses salaires. À cet égard, il résulte de l’instruction et notamment des explications fournies à l’audience que la bonne foi de l’intéressé peut être regardée comme établie. Ensuite, il résulte toutefois de l’instruction, et notamment des éléments produits à l’audience tenant au relevé mensuel des aides perçues au titre du mois de décembre 2025, que les charges du foyer, composé de cinq personnes dont trois enfants mineurs, s’élèvent à près de 1 000 euros par mois alors que ses ressources sont de l’ordre de 2 160 euros, constituées de prestations sociales. Par suite, le requérant ne justifie pas être dans une situation de précarité telle qu’il serait dans l’incapacité de rembourser l’intégralité de l’indu restant à sa charge. Il n’y a donc pas lieu de lui accorder une remise de sa dette de RSA.




DECIDE :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au département de la Seine-Maritime.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2026



Le magistrat désigné,
signé
T. B...
Le greffier,
signé
J.-L. MICHEL





La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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