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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2500283

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2500283

jeudi 22 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2500283
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 3

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en juge unique, a été saisi par le préfet de la Seine-Maritime d’une contravention de grande voirie à l’encontre de M. B..., capitaine d’un navire de plaisance, pour avoir franchi le pertuis de la passerelle Colbert malgré des feux rouges. Le tribunal a relaxé M. B... des fins de la poursuite. Il a estimé que, si les faits matériels étaient établis, la signalisation lumineuse litigieuse, située à 80 mètres en aval de la passerelle provisoire et dissimulée par celle-ci, ne permettait pas au prévenu d’y obtempérer, en application de l’article L. 5334-5 du code des transports.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2025, le préfet de la Seine-Maritime défère au tribunal, comme prévenu d’une contravention de grande voirie, M. A... B... et conclut à ce que le tribunal :

1°) constate que les faits établis par le procès-verbal du 7 décembre 2024 constituent la contravention prévue et réprimée à l’article L. 5334-5 du code des transports ;

2°) condamne M. A... B... au paiement de l’amende prévue par l’article L. 5337-5 du code des transports.

Le préfet de la Seine-Maritime soutient que :

le navire de plaisance commandé par M. B... a franchi le pertuis de la passerelle piétonne provisoire Colbert malgré la présence de feux lui interdisant de faire mouvement ;
ces faits contreviennent à l’article L. 5334-5 du code des transports, à l’article 3 du règlement général d’exploitation du port de Dieppe, à l’article 9-1 du règlement particulier de police du port de Dieppe ainsi qu’à l’article 5 du règlement international pour prévenir les abordages en mer;
le contrevenant, dont le navire mesure moins de 20 m, est passible d’une amende d’un montant de 500 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 janvier 2025 et le 11 février 2025, M. A... B... conclut au rejet de la requête.

M. B... soutient que :

aucune signalisation temporaire lumineuse n’a été implantée en amont de la passerelle provisoire ;
compte tenu de sa trajectoire, il ne pouvait pas voir les feux de la capitainerie ;
ces feux ne sont utilisés que lors des manœuvres de la passerelle, ce qui n’était pas le cas lors de son passage ;
il ne lui a jamais été signifié qu’il n’avait pas répondu aux appels par radio très hautes fréquences (VHF) au canal 12 et autres appels de la capitainerie.

Vu :
le procès-verbal du 7 décembre 2024 ;
la notification du procès-verbal à M. A... B..., comportant invitation à produire une défense écrite ;
la décision par laquelle la présidente a désigné M. Minne pour statuer sur les litiges visés à l’article L. 774-1 du code de justice administrative ;
les autres pièces du dossier.

Vu :
le code général de la propriété des personnes publiques ;
le code des transports ;
le code pénal ;
le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus à l’audience publique du 8 janvier 2026 :

le rapport de M. Minne, président de chambre,
et les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public.



Considérant ce qui suit :

Aux termes de l’article L. 5334-5 du code des transports : « Dans les limites administratives du port maritime et à l’intérieur de la zone maritime et fluviale de régulation mentionnée à l’article L. 5331-1, tout capitaine, maître ou patron d’un navire, d’un bateau ou de tout autre engin flottant est tenu d’obtempérer aux signaux réglementaires ou aux ordres donnés, par quelque moyen que ce soit, par les officiers de port, officiers de port adjoints ou surveillants de port concernant le mouvement de son navire, bateau ou engin. » Aux termes de l’article L. 5337-1 du même code : « Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l’utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. (…) »

Si le constat effectué par l’agent ayant personnellement constaté les faits pour caractériser, sur le domaine public portuaire, une contravention de grande voirie fait foi jusqu’à preuve contraire, cette valeur probante limitée à l’exactitude matérielle des faits ainsi constatés ne s’étend pas à la qualification juridique qu’il convient de leur donner. En l’espèce, il résulte des termes du procès-verbal, établi le 7 décembre 2024 par l’adjoint au commandant du port de Dieppe et notifié le 27 décembre 2024 que M. B..., alors qu’il était aux commandes, le 28 novembre 2024, du navire de plaisance L’Arcois immatriculé DP F96925, a franchi le pertuis en amont de la passerelle Colbert alors que les feux de signalisation du trafic portuaire étaient au rouge. Le prévenu ne conteste d’ailleurs pas l’exactitude matérielle de ces faits.

Mais il résulte de l’instruction que le pont routier tournant, dit pont Colbert, sépare, en aval, le bassin Ango, le port de plaisance ainsi que l’avant-port et, en amont, le pertuis donnant sur l’arrière-port. Cet ouvrage routier mobile est équipé de feux de signalisation qui régissent le passage des navires, en fonction de ses mouvements. Faisant l’objet depuis janvier 2024 de lourds travaux de restauration, le tablier du pont Colbert a été déposé et la circulation des véhicules déroutée vers les voies existantes en amont de la zone portuaire et une passerelle provisoire a été installée à environ 80 m en amont de l’emplacement du pont routier afin de desservir la presqu’île du Pollet. Cette passerelle, elle-même tournante, pivote vers le quai de l’Yser à l’ouest. M. B... soutient sans être contesté qu’aucune signalisation provisoire n’a été implantée au niveau de la passerelle piétonne. Les pièces, notamment graphiques et planches de photographies produites, établissent que le mât supportant le feu installé au droit de l’emplacement du pont Colbert démonté, et au niveau d’ailleurs de la capitainerie, se trouve à 80 m en aval de la passerelle provisoire, de surcroît dissimulé par celle-ci à la vue des navires venant de l’arrière-port. Des photographies accréditent même, en l’absence de contestation technique apportées sur ce point par l’administration, que l’unique feu est parfois au vert même lorsque la passerelle est en mouvement. Dans ces conditions, le feu de signalisation situé au niveau du chantier du pont Colbert doit être regardé comme réglant le passage, non pas des navires situés en amont de la passerelle piétonne et souhaitant s’engager dans le pertuis, mais des navires qui se trouvent déjà dans le pertuis, en aval de la passerelle, pour entrer dans le bassin Ango.

En l’espèce, M. B... expose, ici encore sans être contesté sur ce point, que, s’il s’est engagé dans le pertuis alors que le feu de la capitainerie était au rouge, il n’a pas quitté ce chenal d’accès et il est resté en amont du feu, sans entrer dans le bassin Ango. Dans ces conditions, loin d’avoir refusé d’obtempérer au signal donné par le feu rouge, le prévenu s’y est au contraire conformé. Par suite, les faits constatés sur procès-verbal ne constituent pas une contravention de grande voirie. Enfin, la circonstance que M. B... n’ait pas réagi aux appels de la capitainerie par le canal 12 de la VHF ne constitue pas davantage une infraction aux règlements qui n’imposent pas d’équipement de communication radioélectrique pour les navires de la taille de celui en cause, pratiquant la navigation strictement côtière. Par suite, la circonstance, mentionnée par le procès-verbal, que le commandant C... n’ait pas réagi à des instructions données par radio qu’il n’a jamais reçues ne peut donner lieu à condamnation.

Il résulte de ce qui précède que M. B... doit être relaxé.


D É C I D E :


Article 1er : M. B... est relaxé des fins de la poursuite.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Seine-Maritime pour notification à M. A... B... dans les conditions prévues à l’article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2026.



Le magistrat désigné,

signé

P. MINNE
Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT




La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
La greffière,
signé
S. Combes


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