Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 9 octobre 2025 du ministre de l'intérieur invalidant le permis de conduire de M. A... pour solde de points nul. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la décision contestée avait été régulièrement notifiée le 20 octobre 2025, date de présentation du pli recommandé, et que les mentions du relevé d'information intégral entre le 21 et le 25 octobre 2025 ne créaient pas de contradiction propre à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision. La solution retenue s'appuie sur les règles de notification des décisions administratives et le code de la route.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 janvier 2026, M. B... A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du 9 octobre 2025 du ministre de l’intérieur constatant l’invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul.
Il soutient que :
la condition d’urgence est remplie dès lors que la détention du permis de conduire lui est indispensable à l’exercice de son activité d’ambulancier, à son projet de reconversion professionnelle en qualité de chauffeur VTC et pour lui permettre d’assurer la garde partagée de sa fille ;
le moyen tiré de ce qu’il existe une contradiction entre, d’une part, la décision du préfet de l’Eure du 7 novembre 2025 refusant de lui réattribuer des points sur son permis de conduire à la suite de l’accomplissement d’un stage de récupération de points les 24 et 25 octobre 2025 au motif qu’une décision 48SI lui a été régulièrement notifiée le 20 octobre 2025 et, d’autre part, les informations figurant sur son relevé d’information intégral entre le 21 et le 25 octobre 2025 mentionnant que son permis est valide, est propre, en l’état de l’instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 19 janvier 2026 sous le n° 2600265 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Banvillet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par décision du 9 octobre 2025, le ministre de l’intérieur a constaté l’invalidation du permis de conduire de M. B... A... pour solde de points nul. Par courrier du 7 novembre 2025, le préfet de l’Eure a informé l’intéressé que le stage de sensibilisation à la sécurité routière qu’il avait accompli les 24 et 25 octobre 2025 ne pouvait ouvrir droit à réattribution de points au motif qu’il avait réceptionné la décision du 9 octobre 2025 avant l’accomplissement de ce stage. Par la présente requête, M. A... demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 9 octobre 2025 du ministre de l’intérieur.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. » Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. »
3. D’une part, la décision constatant l’invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul n’est opposable à son destinataire qu’à compter de sa notification régulière. En outre, la preuve de la date à laquelle une décision administrative a été régulièrement notifiée à son destinataire peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve établissant que l'intéressé a été avisé de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste et qu’il n'a pas été retourné avant l'expiration du délai de mise en instance. Enfin, dans le cas où le pli contenant une décision administrative, vainement présenté à son destinataire, a été retourné à l’administration avec le motif de non-distribution, cette décision doit être regardée comme régulièrement notifiée à la date de présentation du pli recommandé.
4. Il résulte de l’instruction, et notamment des mentions non contestées de l’attestation de suivi de courrier établie par les services de la Poste produite par M. A..., que la décision référencée « 48 SI » du 9 octobre 2025 constatant l’invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul a été présentée le 20 octobre 2025 à l’adresse, connue de l’administration comme étant celle de son domicile, qu’un avis de passage l’informant de la mise en attente du pli a été déposé et que ce courrier a finalement retourné à l’administration le 10 novembre 2025 après l’expiration du délai de mise en instance. Si, compte tenu des règles rappelées au point précédent, la décision contestée doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée le 20 octobre 2025, tel n’était, en revanche, pas le cas durant la période au cours de laquelle le pli la contenant se trouvait mis en instance. Par conséquent, le ministre ne pouvait, dès lors que la décision portant invalidation du permis de conduire de M. A... ne lui était pas encore opposable entre le 21 et le 24 octobre 2025, procéder à son enregistrement sur le relevé d’information intégral de l’intéressé. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à se prévaloir de l’existence d’une contradiction entre la décision du préfet du 7 novembre 2025 et la mention de la validité de son permis de conduire durant la période du 21 au 24 octobre 2025 au cours de laquelle il a consulté son relevé d’information intégral. Le moyen invoqué par M. A... à l’appui de sa demande de suspension ne paraît ainsi manifestement pas, en l’état de l’instruction, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence qu’il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension de M. A... sur le fondement des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l’intérieur.
Fait à Rouen, le 21 janvier 2026.
Le juge des référés,
signé
M. BANVILLET
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision ».
Pour expédition conforme,
P/Le greffier
Signé
S. Combes