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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1604568

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1604568

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1604568
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantEYMARD SABLIER ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement le 27 mai 2016, le 17 juin 2016, le 11 juillet 2016, le 2 août 2016, le 7 décembre 2017, le 8 février 2018, le 3 avril 2018, le 9 mai 2018 et le 28 juin 2018, un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative enregistré le 14 août 2018, un mémoire en réplique enregistré le 3 janvier 2020 et un deuxième mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 12 mars 2020, la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération, représentée par le cabinet Richer et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner in solidum la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, l'établissement public d'aménagement de la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée (EPAFRANCE ci-après) et la société d'études et de recherches pour la construction Nord Etudes (SERC NE ci-après) à lui verser la somme de 663 045,78 euros en réparation des désordres affectant l'extension d'un gymnase sur le territoire de la commune de Serris ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et l'EPAFRANCE à lui verser la somme de 663 045,78 euros en réparation des désordres affectant l'extension d'un gymnase sur le territoire de la commune de Serris ;

3°) de mettre à la charge in solidum, à titre principal, de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, de l'EPAFRANCE et de la société SERC NE, et à titre subsidiaire, de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et de l'EPAFRANCE la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres en cause, qui trouvent leur origine dans un mouvement de talus le long du gymnase, sont de nature décennale dès lors qu'ils sont apparus postérieurement à la réception des travaux et qu'ils compromettent la solidité de l'ouvrage et le rendent impropre à sa destination ;

- il ressort de l'expertise que, au sein du groupement de maîtrise d'œuvre, les dommages sont imputables d'une part, à la société SERC NE, en qualité de bureau d'études techniques et de " sachant ", qui ne pouvait ignorer le risque relatif à la stabilité des sols et d'autre part, à la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, en tant que mandataire du groupement, qui était chargée de diffuser l'alerte recueillie dans le cadre d'un référé préventif selon laquelle le sol au niveau de l'allée et du talus présentait des tassements et des déformations ;

- l'EPAFRANCE, maître d'ouvrage délégué et, à l'époque de la construction, propriétaire du terrain sur lequel est situé le talus qui a entraîné le mouvement de sol, a commis une faute d'une gravité telle qu'elle est assimilable à une fraude ou un dol de nature à engager sa responsabilité sur le fondement contractuel ; il a délibérément omis de faire procéder ou de conseiller de faire procéder à des études de sol appropriées sur le terrain d'assiette du talus alors qu'il avait été averti de la nécessité de l'utilité de ces études dans le cadre d'une expertise antérieure et qu'il lui incombait, au titre de ses missions, de définir les contraintes urbanistiques, architecturales et d'environnement ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité de l'EPAFRANCE peut être engagée sur un fondement décennal dès lors qu'ils sont liés par un contrat de louage d'ouvrage ;

- le montant total des préjudices subis s'élève à 663 045,78 euros TTC, montant confirmé en totalité par le rapport d'expertise ;

- les préjudices doivent être indemnisés toutes taxes comprises dès lors qu'elle ne récupèrera aucune taxe sur la valeur ajoutée sur les travaux de réparation de l'ouvrage.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 juin 2016, le 30 mars 2018, et le

27 janvier 2020 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 28 mai 2020, l'établissement public d'aménagement de la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée, représentée par le cabinet Sirat - Gilli et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administratif.

Il soutient que :

- il n'est pas redevable de la garantie décennale dès lors qu'il a la qualité de maître d'ouvrage délégué et non de constructeur, le contrat portant délégation de la maîtrise d'ouvrage étant un contrat de mandat ;

- sa responsabilité contractuelle ne peut davantage être engagée dès lors que le maître d'ouvrage lui a donné quitus avec la réception de l'ouvrage prononcée en juin 2006 ;

- il n'a pas commis de faute assimilable à une fraude ou à un dol dès lors que le représentant du maître d'ouvrage était bien présent aux opérations d'expertise et a été destinataire des observations de l'expert, qu'au vu des missions qui lui ont été confiées, seul le maître d'ouvrage avait le pouvoir de décider des mesures estimées nécessaires et que le rapport d'expertise du 12 août 2017 s'est mépris sur l'alerte résultant du rapport d'expertise antérieur qui portait uniquement sur la situation de l'opération de construction proprement dite et qui n'avait nullement été maintenue une fois les travaux effectués ;

- les constatations effectuées par l'expert ne lui sont pas opposables dès lors qu'à la date d'apparition des désordres en 2011-2012 il n'avait plus aucune mission à l'égard du maître d'ouvrage, la réception de l'ouvrage étant intervenue en 2006, et qu'il n'était plus propriétaire du talus depuis le 21 décembre 2006 ;

- l'expert s'est uniquement fondé sur le mouvement de talus comme origine des dommages sans examiner les différentes autres causes possibles qui lui avaient été soumises au cours de ses opérations ;

- n'ayant pas participé aux opérations d'expertise en 2016, le rapport de l'expert M. D a été établi contradictoirement uniquement entre le syndicat d'agglomération Nouvelle et la SMABTP.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 juin 2016, le 14 février 2018, le 12 juin 2018 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 2 mars 2020, la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et la Mutuelle des Architectes Français, représentées par le cabinet Larrieu et associés, concluent :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que le montant des condamnations mises à leur charge soit réduit d'une somme de 22 617,34 euros, à ce que leur condamnation soit limitée à hauteur de 15% compte tenu des fautes exonératoires du maître d'ouvrage, et à ce que les sociétés SERC NE, Qualiconsult, Defillon Erige, Keller Fondations Spéciales et l'EPAFRANCE soient condamnés in solidum à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre ;

3°) à ce que le jugement soit déclaré commun à la SMABTP, AXA France IARD et Allianz ;

4°) à la condamnation de tout succombant à leur payer la somme de 7 659,60 euros versée au titre des frais d'expertise ;

5°) à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- à titre principal, les désordres en cause ne sont pas imputables à l'intervention de Trace Architectes dès lors notamment que le talus à l'origine des dommages est en dehors de l'emprise de l'opération et qu'aucun lien n'existe entre la mission qui a été confiée à celui-ci et le mouvement du talus ;

- à titre subsidiaire, le maître d'ouvrage et son mandataire ont commis une faute de nature à exonérer totalement Trace Architectes de sa responsabilité de par leur inertie ; ils n'ont pris aucune mesure alors qu'ils avaient été destinataires du rapport d'expertise préventif qui alertait sur la nécessité de réaliser des travaux de consolidation sur le talus ;

- une somme de 22 617,34 euros TTC doit être déduite de toute éventuelle condamnation dès lors qu'il y a lieu de procéder à une ventilation entre les prestations annexes engagées au titre des travaux sur le talus et celles réalisées pour les travaux objet de la réclamation ;

- la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'elle relève d'un régime fiscal lui permettant de solliciter l'application de la taxe sur la valeur ajoutée ;

- au regard des fautes exonératoires commises par le maître d'ouvrage, toute éventuelle condamnation de Trace Architectes sur le fondement de sa responsabilité décennale ne pourra excéder une quote-part de 15% des réclamations présentées ;

- ils sont fondés à demander aux sociétés SERC NE, Qualiconsult, Defillon Erige, Keller Fondations Spéciales et à l'EPAFRANCE de la garantir des condamnations mises à leur charge.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 juin 2016 et le 5 avril 2016 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 16 mars 2020, la société Allianz IARD, en qualité d'assureur de la SERC Nord-Etudes, représentée par le cabinet Legabat, conclut :

1°) à l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions de la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération présentées à son encontre ;

2°) au rejet de la requête et des demandes d'appel en garantie des défendeurs à l'instance formées à son encontre ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante ou de toute autre partie succombante la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'entre pas dans la compétence des juridictions administratives d'examiner et de se prononcer sur la question de la mobilisation et de l'application d'un contrat d'assurance, lequel est par essence un contrat de droit privé ;

- aucune demande n'a été dirigée contre elle en tant qu'assureur de la société SERC

Nord-Etudes ;

- les désordres affectant l'extension du gymnase trouvent leur origine dans une cause étrangère exonératoire de la responsabilité des constructeurs ;

- il n'existe aucun lien de causalité entre les travaux d'extension du gymnase et l'affaissement du talus situé sur le terrain voisin, propriété de l'EPAFRANCE ;

- le rapport d'expertise n'est pas opposable à la société SERC Nord-Etudes dès lors qu'elle n'a pas été associée au déroulement des opérations d'expertise ;

- la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés ne démontre pas qu'il a adressé à la société SERC Nord-Etudes le rapport d'expertise rendu dans le cadre du référé préventif ;

- les dommages constatés ne sont pas imputables à la société SERC Nord-Etudes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2016 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 24 février 2020, la société B Manchin SA, la société MAAF Assurances, en qualité d'assureur de la société B Manchin, et la société MMA IARD, en qualité d'assureur de la société IPCS, représentés par le cabinet Fidal, concluent à leur mise hors de cause et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- aucune demande n'a été dirigée contre elles ;

- leur responsabilité n'est pas retenue par l'expert judiciaire pour les désordres ayant affectés l'extension du gymnase.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2016, la société Modulobat SA conclut à sa mise hors de cause, au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que les dommages ne lui sont pas imputables et qu'elle doit être mise hors de cause.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 décembre 2017, le 21 mars 2018 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 20 février 2020, la société Qualiconsult, représentée par le cabinet Raffin et associés, demande au tribunal :

1°) de la mettre hors de cause ;

2°) de rejeter la requête et les demandes d'appel en garantie des défendeurs à l'instance formées à son encontre ;

3°) de limiter la condamnation au titre des coûts des travaux de reprise à la somme de 527 838,15 euros HT ;

4°) de mettre à la charge de tout succombant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération ne forme aucune demande à son encontre ;

- sa responsabilité n'est pas retenue par l'expert ;

- les désordres constatés sont imputables à un défaut d'entretien du talus et de la végétation avoisinant l'ouvrage, soit des éléments extérieurs à l'ouvrage ;

- elle n'a commis aucune faute dans le cadre des missions qui lui ont été confiées par l'EPAFRANCE ;

- le quantum du préjudice doit être déterminé hors taxe.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2018 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 21 février 2020, la société AD Etudes, représentée par le cabinet Eymard Sablier Associés, conclut à sa mise hors de cause, au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération, ni aucune autre partie, ne formulent de demande à son encontre ;

- à titre subsidiaire, sa responsabilité n'a pas été retenue par l'expert judiciaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2018, un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 17 mars 2020, et un autre mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2020, la société Defillon Erige, représentée par Me Carriere, conclut :

1°) au rejet de la requête et des demandes d'appel en garantie des défendeurs à l'instance formées à son encontre ;

2°) à la condamnation in solidum de l'EPAFRANCE et des sociétés Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et SERC NE à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant le versement de la somme de

10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération ne forme aucune demande à son encontre ;

- les désordres ont une cause extérieure aux travaux qu'elle a effectués ;

- il ressort du rapport d'expertise que le talus est situé hors de l'emprise du chantier et que les dommages ne lui sont pas imputables ; elle doit dès lors être mise hors de cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2018 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 3 mars 2020, la société Keller Fondations Spéciales, représentée par le cabinet Rodier et Hode, conclut :

1°) à sa mise hors de cause ;

2°) au rejet de la requête et des demandes d'appel en garantie des défendeurs à l'instance formées à son encontre ;

3°) à la condamnation in solidum de l'EPAFRANCE et de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

4°) à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant le versement de la somme de

9 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération ne formule aucune demande à son encontre ;

- à titre subsidiaire, sa responsabilité n'a pas été retenue dans le rapport d'expertise ;

- la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'elle relève d'un régime fiscal lui permettant de solliciter l'application de la taxe sur la valeur ajoutée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2018, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1, enregistré le 16 mars 2020, la mutuelle SMABTP, représentée par Me Evelyne Naba, conclut :

1°) à titre principal à sa mise hors de cause, au rejet de la requête et des demandes d'appel en garantie des défendeurs à l'instance formées à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum des société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et SERC BET à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requérante n'a formulé aucune demande à son encontre en sa qualité d'assureur dommage-ouvrage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2018, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 16 mars 2020, la mutuelle SMABTP, en tant qu'assureur de la société CMBP, représentée par Me Evelyne Naba, conclut :

1°) à la mise hors de cause de la société CMBP ;

2°) au rejet de la requête et des demandes d'appel en garantie des défendeurs à l'instance formées à son encontre en qualité d'assureur de la société CMBP ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant le versement de la somme de

3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération ne formule aucune demande à leur encontre ;

- la responsabilité de la société CMBP n'a pas été retenue dans le rapport d'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2018, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 16 mars 2020, la société Joly Etanchéité et la mutuelle SMABTP, représentées par Me Evelyne Naba,

concluent :

1°) à la mise hors de cause de la société Joly Etanchéité ;

2°) au rejet de la requête et des demandes d'appel en garantie des défendeurs à l'instance formées à l'encontre de la mutuelle SMABTP en qualité d'assureur de la société Joly Etanchéité ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement d'une somme de 3 000 euros, d'une part, à la mutuelle SMABTP, et d'autre part, à la société Joly Etanchéité.

Elles soutiennent que :

- la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération ne formule aucune demande à leur encontre ;

- la responsabilité de la société Joly Etanchéité n'a pas été retenue dans le rapport d'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2018, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 16 mars 2020, la société Toutain et la mutuelle SMABTP, représentées par Me Evelyne Naba, concluent :

1°) à la mise hors de cause de la société Toutain ;

2°) au rejet de la requête et des demandes d'appel en garantie des défendeurs à l'instance formées à l'encontre de la mutuelle SMABTP en qualité d'assureur de la société Toutain ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant le versement d'une somme de

3 000 euros, d'une part, à la mutuelle SMABTP, et d'autre part, à la société Toutain, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération ne formule aucune demande à leur encontre ;

- la responsabilité de la société Toutain n'a pas été retenue dans le rapport d'expertise.

Par un courrier du 12 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que la décision à intervenir soit déclarée commune aux assureurs SMABTP et

AXA France IARD dès lors que la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de l'action d'un constructeur à l'égard des assureurs des sociétés qui auraient participé à l'opération de travaux en litige.

Vu :

- l'ordonnance n° 1604545 du 8 septembre 2016, par laquelle le juge des référés du tribunal a désigné M. C E comme expert ;

- l'ordonnance n° 1604545 du 5 octobre 2017 taxant et liquidant les frais de l'expertise réalisée par M. C E à la somme de 15 319,20 euros en les mettant pour moitié à la charge de l'EPAFRANCE et pour l'autre moitié à la charge de la société Derycke et associés Trace et son assureur la MAF ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts ;

- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre privée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Avirvarei, conseillère,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

- les observations de Me Richer, représentant de la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération ;

- les observations de Me Carrière, représentant de la société Defillon Erige ;

- les observations de Me Mauler, représentant de la société Allianz ;

- et les observations de Me Sirat, représentant de l'établissement public d'aménagement de la Ville Nouvelle de Marne la Vallée.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération, venant aux droits du syndicat d'agglomération nouvelle du Val d'Europe, a décidé de réaliser une extension du gymnase " Eric Tabarly " sur le territoire de la commune de Serris. La maîtrise d'ouvrage a été confiée, par une convention du 2 août 1993, à l'établissement public d'aménagement de la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée (ci-après EPAFRANCE). Par un acte d'engagement du 12 juin 2003, la maîtrise d'œuvre a été confiée à un groupement conjoint composé de la société Derycke et Associés - Trace, en qualité d'architecte, la société d'études et de recherches pour la construction Nord Etudes (ci-après SERC Nord-Etudes), en qualité de bureau d'études structure, le cabinet Ghesquiere-Dierickx, en qualité d'économiste et de coordinateur, M. B A, en qualité d'ingénieur conseil, et la société BETEL, en qualité de bureau d'études électricité. Par des marchés de travaux, le lot n° 1 de gros œuvre, carrelage, VRD, a été attribué à la société Defillon Erige, laquelle a fait intervenir notamment la société AD Etudes-BET Arnaud Dupré et la société Keller Fondations Spéciales en qualité de sous-traitants, le lot n° 2 relatif à la charpente et bardage bois, à la société CMBP, le lot n° 3 relatif à la couverture et l'étanchéité, à la société Joly Etanchéité, le lot n° 4 relatif aux menuiseries extérieures et serrurerie, à la société B Manchin, le lot n° 5 relatif à la platerie et faux plafonds, à la société Modulobat, le lot n° 6 relatif aux menuiseries intérieures, à l'entreprise Toutain, et le lot n° 7 relatif aux sols souples, à la société France Sols. La société Qualiconsult intervenait en qualité de contrôleur technique, la société CAP Sol Conseil en qualité de bureau d'études de sol et la société IPCS au titre de la mission ordonnancement, pilotage et coordination. La réception des lots a été prononcée le 5 juin 2006 avec des réserves, levées le 11 décembre 2006.

2. Ultérieurement, des désordres ont été constatés au niveau du sol et sur les murs du fait d'un affaissement du gymnase. La Communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération a effectué des déclarations de sinistre auprès de son assureur dommage-ouvrage, la mutuelle SMABTP, le 1er juillet 2013.

3. Sur saisine de la communauté d'agglomération, le juge des référés a, par une ordonnance du 8 septembre 2016, désigné un expert à fin de réaliser une expertise de ces désordres. Le rapport d'expertise judiciaire a été déposé le 12 août 2017.

4. Par la présente requête, la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération demande au tribunal la condamnation in solidum, à titre principal, de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, de l'EPAFRANCE et de la société SERC

Nord-Etudes, à titre subsidiaire, de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et de l'EPAFRANCE, à lui verser la somme de 663 045,78 euros toutes taxes comprises en réparation des désordres affectant l'extension du gymnase sur le territoire de la commune de Serris. Plusieurs des sociétés défenderesses ont présenté des conclusions d'appel en garantie.

Sur l'étendue du litige :

5. Aux termes de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative : " () le président de la chambre chargée de l'instruction peut demander à l'une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l'instance en cours, en l'informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés () / () le président de la chambre chargée de l'instruction peut en outre fixer un délai, qui ne peut être inférieur à un mois, à l'issue duquel, à défaut d'avoir produit le mémoire récapitulatif mentionné à l'alinéa précédent, la partie est réputée s'être désistée de sa requête ou de ses conclusions incidentes. La demande de production d'un mémoire récapitulatif informe la partie des conséquences du non-respect du délai fixé ".

6. Par une lettre du 18 février 2020, il a été demandé à l'ensemble des parties de produire, en application de ces dispositions, dans le délai d'un mois, un mémoire récapitulatif reprenant les conclusions et les moyens qu'elles entendaient, à l'issue de l'instruction, soumettre au tribunal.

7. D'une part, si dans sa requête, la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération a demandé la condamnation de l'ensemble des participants à l'opération de travaux en cause à l'indemniser, dans le mémoire récapitulatif produit le 12 mai 2020, elle n'a maintenu ses conclusions qu'à l'encontre de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, de la société SERC Nord-Etudes et de l'EPAFRANCE. Par suite, elle est réputée avoir abandonné ses conclusions dirigées initialement contre les sociétés Defillion Erige, CMBP, Joly Etanchéité, B Manchin, Modolubat, Entreprise Toutain, France Sols, Qualiconsult, CAP Sol Conseil, Keller Fondations Spéciales, MAF, Allianz IARD, AD Etudes, SMABTP, AXA France Iard, MAAF, MMA IARD et SMA SA (Sagebat), lesquels doivent en conséquence être mises hors de cause.

8. D'autre part, aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 611-8-1, les parties qui ne produisent pas, sont réputées s'être désistées des conclusions incidentes. En l'espèce, la société Modulobat, représentée par son liquidateur judiciaire, n'a pas produit de mémoire récapitulatif. Elle est donc réputée s'être désistée de ses conclusions incidentes.

Sur l'opposabilité du rapport d'expertise du 12 août 2017 :

9. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.

10. D'une part, en l'espèce, il est constant que la société SERC Nord-Etudes n'a pas participé aux opérations d'expertise qui ont eu lieu en 2016-2017 dès lors qu'elle avait déjà été dissoute lorsqu'elles se sont tenues et que son administrateur ad hoc n'a été désigné qu'en cours d'instance par une ordonnance du tribunal de commerce de Lille Métropole en date du

27 avril 2018.

11. Dans ces conditions, et ainsi que le relève d'ailleurs la compagnie Allianz, assureur de la société SERC Nord-Etudes, les éléments du rapport d'expertise du 12 août 2017, qui a été soumis au débat contradictoire en cours d'instance, peuvent seulement être pris en compte en ce qui concerne la société SERC Nord-Etudes soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.

12. D'autre part, si l'EPAFRANCE entend remettre en cause le caractère contradictoire de cette même expertise en ce qu'elle s'appuie sur des rapports non contradictoires d'Eurisk et du bureau d'études techniques Geos établis à la demande de l'assureur du syndicat d'agglomération nouvelle du Val d'Europe, il ressort des énonciations du rapport d'expertise du 12 août 2017 que ces documents étaient joints à la requête en référé-expertise et ont, dès lors, été communiqués aux parties, qui ont pu ainsi les discuter dans le cadre de l'expertise.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la garantie décennale des membres du groupement de maîtrise d'œuvre :

13. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

S'agissant du caractère décennal des désordres :

14. Il est constant que les désordres en cause, à savoir des fissures importantes sur les murs de l'extension du gymnase, des fissures sur les murs, doublages et faux plafonds des locaux annexes, la déformation par inclinaison sur le côté de la première ferme de la charpente de la salle principale, le déplacement des bardage extérieurs en bois au droit des fissures des murs, l'ouverture de joints de la toiture et l'inclinaison du dallage du sol, constituent, eu égard à leur caractère structurel, des désordres de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage et le rendre impropre à sa destination. Dans ces conditions, la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération est fondée à soutenir que lesdits désordres sont de nature à engager la responsabilité des constructeurs sur le fondement de la garantie décennale.

S'agissant de l'imputabilité des désordres :

15. Aux termes du dernier alinéa de l'article 1.2 du cahier des clauses administratives particulières relatif au marché de maîtrise d'œuvre : " le mandataire commun du groupement de maîtrise d'œuvre [la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés] aura seul qualité pour recevoir ou pour faire toutes notifications du ou au maître de l'ouvrage ". Aux termes de l'article 1.14 du même document : " la maîtrise d'œuvre est réputée connaître la réglementation d'urbanisme applicable. /Il appartiendra à la maîtrise d'œuvre de demander par écrit toutes les investigations spécifiques concernant le site et d'en justifier l'opportunité () ". Le premier alinéa de l'article 1.16.1 du même document prévoit que : " l'ensemble des études confiées à la maîtrise d'œuvre sera réalisé en collaboration étroite et permanente avec la maîtrise d'ouvrage ". Il ressort de l'annexe I au cahier des clauses administratives particulières que la mission d'étude d'esquisse, première étape de la réponse de la maîtrise d'œuvre aux objectifs définis, a notamment pour objet de " vérifier la faisabilité de l'opération au regard des différentes contraintes du programme et du site et de proposer éventuellement des études géologiques et géotechniques () complémentaires " et que le mémoire descriptif d'ensemble doit comporter ainsi " l'indication des principaux matériaux et des orientations techniques et performances, notamment en matière d'adaptation au sol, de prise en compte de l'existant et/ou de l'avoisinant, de structure, de thermique, d'acoustique et de chauffage ". L'annexe II de l'acte d'engagement prévoit que le bureau d'études SERC Nord-Etudes est chargée des " études de fondations, de structure béton, de structure bois et lamellé collé et de structure métalliques ". Enfin l'annexe III de l'acte d'engagement qui établit la répartition indicative des tâches entre co-traitants prévoit notamment que les sociétés Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et la SERC Nord-Etudes sont, entre autres, partenaires chargés de la : " prise en compte du programme du maître d'ouvrage et participation aux réunions complémentaire exigeant la présence du maître d'œuvre sur le plan architectural ", " recueil des informations nécessaires auprès des services administratifs sur le plan architectural et administratif ", " direction et animation des réunions de coordination de conception ", " recherches et études particulières portant sur les plan d'occupation des sols, définition des volumes à aménager et de leurs affectations principales, étude schématique des coupes () ", et qu'elles participent, dans les domaines de compétence qui sont les leurs, à l'" étude de sol et autres études d'analyse du site " concernant la " définition des besoins et élaboration des cahiers des charges de consultation " et le " contrôle des prestations et analyse des rapports ", mais que la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés est seule chargée de s'occuper du " mémoire exposant et comparant les solutions proposées : ordre architectural et fonctionnel ", de l'ensemble des plans concernant la construction et du dossier de permis de construire, des " recherches et études particulières portant sur le site " sauf " les contraintes du sol, définition des fondations " qui relève de la mission de la SERC Nord-Etudes, et de participer, dans son domaine de compétence, au " calendrier de réalisation : études, travaux ".

16. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 12 août 2017 qui n'est pas contesté sur ce point et du rapport établi en 2015 par Eurisk à la demande de la mutuelle SMABTP qui s'appuyait sur le rapport du bureau d'études techniques Geos, que les dommages en cause trouvent leur origine dans l'aspiration des sols sous les fondations du gymnase résultant, d'une part, de l'instabilité du talus situé entre le gymnase et le plan d'eau des Gassets, et d'autre part, de l'effet de succion et donc de tassement des sols, des arbres de hautes tiges plantés à proximité du gymnase sur un terrain mitoyen en dehors de l'emprise des travaux. L'expert a estimé que la recherche d'un défaut de conception et/ou de réalisation de l'ouvrage était inopportune dès lors que, sauf cas particulier, la structure primaire d'un ouvrage n'est pas dimensionnée et calculée pour résister aux déplacements de ses appuis. Il a également relevé que de tels risques avaient déjà été identifiés en 2006 dans le cadre d'une expertise portant sur l'environnement immédiat des travaux d'extension du gymnase réalisée à la demande de la société Defillon Erige, titulaire du lot n° 1 de gros œuvre qui, en application des dispositions contractuelles, avait introduit un référé préventif. Le rapport d'expertise en résultant, en date du 27 janvier 2006, qui alertait notamment sur les déformations importantes constatées en tête du talus et sur l'ensemble des dispositifs rudimentaires de soutènement, et préconisait ainsi une consolidation du talus à court terme, avait été porté à la connaissance du mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre, soit la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, et du maître d'ouvrage délégué, l'EPAFRANCE. Contrairement à ce que certaines sociétés défenderesses soutiennent, l'expert n'est pas revenu sur ces conclusions dans son rapport définitif mais a seulement estimé que les travaux d'extension n'avaient pas eux-mêmes causés d'atteintes aux avoisinants. Il résulte également de l'instruction que l'EPAFRANCE avait par ailleurs fait intervenir en 2001 la société CAP Sol Conseil qui avait effectué une reconnaissance des sols sur le terrain des travaux en litige et proposé plusieurs solutions de renforcement des sols. Or, il est constant que de tels travaux de consolidation et renforcement n'ont pas été entrepris.

17. Si ces dommages ne résultent d'aucun défaut de conception des structures de l'ouvrage, ils sont toutefois imputables à la société SERC Nord-Etudes dès lors qu'elle était principalement chargée, au sein du groupement de maîtrise d'œuvre, des études de sol et des fondations sur le terrain d'assiette du projet mais également de ses avoisinants, quelle que soit par ailleurs la connaissance précise qu'elle pouvait avoir de l'instabilité du terrain voisin. Au surplus, il résulte de l'instruction que la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés a adressé, le 8 septembre 2005, une télécopie à la représentante de cette société qui précise que " des tassements différentiels sont en effet prévisibles selon l'étude de sols et le référé diffusé par Defillon ". Si la preuve de la réception de cette télécopie n'est pas rapportée, elle n'est pas contestée par la société SERC Nord-Etudes qui n'a pas produit de mémoire en défense dans la présente instance.

18. Il résulte de l'instruction que ces dommages sont également imputables à la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, en tant que mandataire et coordonnateur du groupement de maîtrise d'œuvre mais également au titre des missions confiées au sein de ce groupement en sa qualité d'architecte, et quelle que soit la raison, notamment extérieure, pour laquelle le terrain était instable au moment de la réalisation des travaux. Au surplus, il est établi qu'elle avait eu connaissance des risques exposés dans le rapport d'expertise du 27 janvier 2006 durant l'exécution des travaux d'extension du gymnase, qu'il lui appartenait de prendre en compte.

19. Il résulte de ce qui précède que la communauté d'agglomération est fondée à demander, sur le fondement de la garantie décennale, la condamnation de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et de la société SERC Nord-Etudes à l'indemniser solidairement de ses préjudices.

S'agissant des causes exonératoires :

20. La société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés fait valoir que la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération et l'EPAFRANCE, en sa qualité de mandataire de la maîtrise d'ouvrage, ont commis des fautes de nature à l'exonérer totalement de sa responsabilité. Elle leur reproche notamment une inertie fautive à la suite de l'alerte de l'expert en 2006 et un défaut d'entretien.

21. Les constructeurs qui participent à la réalisation de l'ouvrage affecté par des désordres de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination ne peuvent s'exonérer de leur responsabilité qu'en cas de force majeure ou de faute du maître de l'ouvrage. La faute du maître de l'ouvrage délégué, lorsqu'il agit pour le compte du maître de l'ouvrage, dans le cadre d'un contrat de mandat, est assimilée à une faute de ce dernier.

Quant à la faute du maître d'ouvrage :

22. D'une part, le rapport d'expertise du 12 août 2017, qui n'est pas contesté sur ce point, a relevé que le rapport d'expertise du 27 janvier 2006 qui alertait notamment sur les déformations importantes constatées et préconisait la consolidation du talus à court terme avait également été porté à la connaissance de la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment du cahier des clauses administratives particulières que cette dernière a délégué la maîtrise d'ouvrage à l'EPAFRANCE qui apparaît comme étant la personne responsable du marché. Ainsi, le maître d'ouvrage pouvait raisonnablement s'attendre de son mandataire tout comme de ses cocontractants, également dûment informés de cette alerte, qu'ils le prennent en compte dans la réalisation des travaux d'extension dans le cadre des missions qui leur avaient été confiées.

23. D'autre part, si la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés invoque un défaut d'entretien du talus imputable à la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération, elle n'en précise pas le fondement juridique. D'ailleurs, il résulte de l'instruction que les arbres et le talus se situaient sur un terrain qui a été cédé à la commune de Serris le 21 décembre 2006 et qui n'était ainsi pas la propriété de la communauté requérante à la date des désordres en litige survenus en 2013.

24. Dans ces conditions, la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés n'est pas fondée à soutenir que le maître d'ouvrage a commis une faute de nature à l'exonérer de sa responsabilité.

Quant à la faute du maître d'ouvrage délégué :

25. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la loi du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre privée, dans sa version applicable à la date de la signature de la convention liant la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération et l'EPAFRANCE : " () le maître de l'ouvrage peut confier à un mandataire, dans les conditions définies par la convention mentionnée à l'article 5, l'exercice, en son nom et pour son compte, de tout ou partie des attributions suivantes de la maîtrise d'ouvrage : / 1° définition des conditions administratives et techniques selon lesquelles l'ouvrage sera étudié et exécuté ; / 2° préparation du choix du maître d'œuvre, signature du contrat de maîtrise d'œuvre, après approbation du choix du maître d'œuvre par le maître de l'ouvrage, et gestion du contrat de maîtrise d'œuvre ; / 3° approbation des avant-projets et accord sur le projet ; /

4° préparation du choix de l'entrepreneur, signature du contrat de travaux, après approbation du choix de l'entrepreneur par le maître de l'ouvrage, et gestion du contrat de travaux ; /

5° versement de la rémunération de la mission de maîtrise d'œuvre et des travaux ; / 6° réception de l'ouvrage, / et l'accomplissement de tous actes afférents aux attributions mentionnées

ci-dessus. () ".

26. Il résulte de l'instruction que la convention conclue le 2 août 1993 entre l'EPAFRANCE et le syndicat d'agglomération nouvelle " SAN des Portes de la Brie " prévoit, à l'article 2 que " le maître de l'ouvrage confié à l'établissement public, pour les opérations qu'il aura désignées, les missions () : 1- En ce qui concerne la définition des conditions administratives et techniques selon lesquelles l'ouvrage sera étudié et exécuté : étudier les besoins à satisfaire et les objectifs à atteindre, proposer le programme de l'opération, définir les contraintes urbanistiques, architecturales et d'environnement, exprimer les exigences en matière de fonctionnement de qualités techniques, établir les propositions d'enveloppe financière prévisionnelle, assurer le montage administratif et financier de l'opération et assister le maître de l'ouvrage dans la recherche des concours et prêts susceptibles d'être obtenus, prévoir les modalités d'acquisition et de cession de l'emprise foncière de l'équipement, établir un calendrier prévisionnel de réalisation. 2- En ce qui concerne le choix du maître d'œuvre : organiser les procédures du choix du maître d'œuvre et notamment les consultations et concours. 3- En ce qui concerne la signature du contrat de maîtrise d'œuvre : signer le contrat de maîtrise d'œuvre dans les conditions définies à l'article 6 ci-après. 4- En ce qui concerne le choix des entreprises : organiser les procédures de choix des entreprises. 5- En ce qui concerne les contrats de travaux : signer les marchés dans les conditions définies à l'article 6 ci-après, après approbation du choix par le maître de l'ouvrage, assurer le suivi de l'exécution des contrats de travaux et plus particulièrement veiller au bon déroulement de l'opération jusqu'à son parfait achèvement. 6- En ce qui concerne la détermination et le versement de la rémunération de la maîtrise d'œuvre et des travaux : assurer ces opérations dans les conditions définies par la présente convention. 7- En ce qui concerne la réception des ouvrages : organiser la procédure de réception et préparer la mise en service de l'équipement en parfait état de fonctionnement ainsi que l'assistance à la mise en place dudit fonctionnement ".

27. Il résulte de l'ensemble de ces stipulations, qui reprennent pour l'essentiel les dispositions de l'article 3 de la loi du 12 juillet 1985 précité et qui définissent les rapports entre le maître de l'ouvrage et le mandataire, que la convention conclue entre l'EPAFRANCE et le syndicat d'agglomération auquel s'est substitué in fine la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération, revêt le caractère d'un contrat de mandat.

28. En deuxième lieu et ainsi qu'il a été dit au point 16 du présent jugement, il résulte de l'instruction qu'EPAFRANCE en tant que mandataire du maître de l'ouvrage, alors propriétaire du terrain sur lequel le talus à l'origine des dommages en cause est situé, a été informé à plusieurs reprises des risques de déformation du sol résultant de l'instabilité du talus et notamment du rapport d'expertise intervenu en 2006. Or, il est constant que l'EPAFRANCE n'a pris aucune mesure tendant à la maîtrise de ces risques. La société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés est, dès lors, fondée à soutenir que, par son inertie, le maître d'ouvrage délégué a commis une faute qui a contribué aux désordres en litige.

29. En revanche, la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, ni d'ailleurs la société Allianz à supposer qu'elle l'invoque en tant que cause exonératoire au bénéfice de la société SERC Nord-Etudes, ne saurait se prévaloir d'une faute commise par l'EPAFRANCE en tant que simple propriétaire du terrain mitoyen, en ce qu'il se serait abstenu de le consolider, dès lors que cette qualité est sans rapport avec celle de maître d'ouvrage délégué au titre de laquelle il est intervenu dans le cadre de la construction en litige, et que le fait du tiers ne constitue pas une cause exonératoire de responsabilité en matière de garantie décennale.

30. Il résulte de tout ce qui précède que la faute commise par l'EPAFRANCE est de nature à atténuer de 20 % la responsabilité de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés.

En ce qui concerne la responsabilité contractuelle du maître d'ouvrage délégué :

31. Un maître d'ouvrage délégué doit, dans l'exercice de sa mission définie par la convention de mandat qui le lie au maître d'ouvrage, accomplir les diligences que son mandant est en droit d'attendre d'un professionnel ayant accepté cette mission. La délivrance du quitus au maître d'ouvrage délégué fait obstacle à ce que la responsabilité de celui-ci envers le maître de l'ouvrage puisse être recherchée, sauf dans l'hypothèse où il aurait eu un comportement fautif qui, par sa nature ou sa gravité, serait assimilable à une fraude ou un dol.

32. Il résulte de l'instruction que par une délibération du 14 novembre 2013 le comité syndical du syndicat d'agglomération Nouvelle du Val d'Europe a donné quitus à son mandataire EPAFRANCE pour les opérations réalisées dans le cadre de la maîtrise d'ouvrage déléguée.

33. Toutefois, si, comme il a été dit au point 28 du présent jugement, l'EPAFRANCE a bien commis une faute en s'abstenant de toute démarche alors qu'il a eu connaissance des risques liés au sol, aucun élément de l'instruction ne suggère que son abstention pourrait résulter d'un comportement relevant de la fraude ou du dol, d'autant plus que les conclusions de l'expert quant à ces risques n'ont pas été dissimulées au maître d'ouvrage dont il n'est pas contesté qu'il a participé aux opérations d'expertise et a été destinataire du rapport, et qu'il a donné quitus à son mandataire plusieurs mois après l'apparition des désordres.

34. Ainsi, la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération n'est pas fondée à rechercher la responsabilité du maître d'ouvrage délégué sur le fondement de la responsabilité contractuelle.

En ce qui concerne la garantie décennale du maître d'ouvrage délégué :

35. L'action en garantie décennale n'est ouverte au maître de l'ouvrage qu'à l'égard des constructeurs avec lesquels il a été lié par un contrat de louage d'ouvrage.

36. Si la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération soutient à titre subsidiaire qu'EPAFRANCE a la qualité de constructeur, la convention conclue entre ce dernier et le syndicat d'agglomération auquel s'est substitué la communauté requérante revêt, ainsi qu'il ressort de ses stipulations citées au point 26 du présent jugement, le caractère d'un simple contrat de mandat, sans comporter aucune mission assimilable à celle d'un locateur d'ouvrage. Par suite, l'EPAFRANCE, agissant en qualité de mandataire du maître d'ouvrage, n'a pas la qualité de constructeur et ne peut ainsi voir sa responsabilité engagée sur le fondement de la garantie décennale.

37. Il résulte de tout ce qui précède que la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération est fondée à demander à ce que les désordres en litige soient solidairement mis à la charge de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et de la société SERC

Nord-Etudes, dans la limite toutefois de ce qui a été énoncé au point 30 du présent jugement.

Sur les préjudices :

38. La communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération peut demander la réparation de l'intégralité du coût des travaux nécessaires pour rendre l'ouvrage conforme à sa destination ainsi que de ses éventuels préjudices et dommages annexes ou distincts dont elle établirait le lien de causalité direct et certain avec les désordres constatés.

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :

39. Les frais supportés par le maître d'ouvrage comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée, élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations. Il résulte de l'article 256 B du code général des impôts que les collectivités territoriales ne sont pas assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'activité de leurs services administratifs. Si, en vertu de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales, le fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée vise à compenser la taxe sur la valeur ajoutée acquittée par les collectivités territoriales notamment sur leurs dépenses d'investissement, il ne modifie pas le régime fiscal des opérations de ces collectivités. Ainsi, ces dernières dispositions ne font pas obstacle à ce que la taxe sur la valeur ajoutée grevant les travaux de réfection d'un immeuble soit incluse dans le montant de l'indemnité due par les constructeurs à une collectivité territoriale, maître d'ouvrage, alors même que celle-ci peut bénéficier de sommes issues de ce fonds pour cette catégorie de dépenses.

40. Il appartient aux constructeurs mis en cause d'apporter au juge tout élément de nature à remettre en cause la présomption de non assujettissement des collectivités territoriales et de leurs groupements à la taxe sur la valeur ajoutée et à établir que le montant de celle-ci ne doit pas être inclus dans le montant du préjudice indemnisable.

41. En l'espèce, si les sociétés Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, Qualiconsult et Keller Fondations Spéciales demandent que le montant de la réparation soit évalué hors taxes, elles n'apportent aucun élément de nature à remettre en cause la présomption de

non-assujettissement de la communauté d'agglomération à la taxe sur la valeur ajoutée et à établir que le montant de celle-ci ne devrait pas être inclus dans le montant du préjudice indemnisable.

En ce qui concerne les travaux de réparation :

42. La communauté d'agglomération évalue son préjudice à la somme totale de 663 045,78 euros TTC, correspondant au coût des travaux réalisés d'un montant de 560 565,78 euros TTC, aux frais de missions annexes d'un montant de 14 388 euros TTC et aux frais d'études d'un montant de 88 092 euros TTC.

43. D'une part, il ressort du rapport d'expertise du 12 août 2017, corroboré par les pièces versées à l'instruction et notamment par le décompte général définitif des marchés de travaux de réfaction, que le coût de ceux-ci, hors travaux de consolidation du talus, s'établit à

560 565,78 euros TTC.

44. D'autre part, il en ressort également que le montant des frais de missions annexes s'élève à 14 388 euros TTC correspondant au coût de la mission de contrôle technique pour la reprise du gymnase d'un montant de 7 920 euros TTC et de la mission de coordinateur sécurité et protection de la santé d'un montant de 6 468 euros TTC. Si la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés soutient qu'au titre de ces frais il y a lieu de faire une ventilation entre les prestations engagées au titre des travaux sur le talus et celles réalisées pour les travaux objet de la réclamation, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Par ailleurs, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté, d'une part, que la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération a déjà déduit du coût total des travaux la somme correspondante au coût des travaux relatifs au talus et la moitié du poste installation de chantier y afférent soit une somme totale de 132 210 euros, et d'autre part, que les missions annexes ainsi réalisées portaient uniquement sur la réfaction du gymnase et non sur la consolidation du talus.

45. Enfin, il résulte de l'instruction, notamment des différentes factures produites et non contestées en défense, que les frais d'études de géomètre et d'études de sol s'élèvent à un montant de 88 092 euros TTC.

46. Il s'ensuit que la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération est fondée à obtenir la condamnation in solidum de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et de la société SERC Nord-Etudes au versement de la somme de 663 045,78 euros TTC dans la limite fixée au point 30 du présent jugement.

Sur les appels en garantie :

47. Un constructeur, dont la responsabilité est recherchée par un maître d'ouvrage, est fondé à demander à être garanti par un autre constructeur si et dans la mesure où les condamnations qu'il supporte correspondent à un dommage imputable à ce constructeur.

48. La société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés demande à être garantie par les sociétés SERC Nord-Etudes, Qualiconsult, Defillon Erige, Keller Fondations Spéciales ainsi que par l'EPAFRANCE, maître d'ouvrage délégué. Pour sa part, la société Defillon Erige demande à être garantie par les sociétés Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, SERC Nord-Etudes et l'EPAFRANCE. Quant à la société Keller Fondations Spéciales, elle demande à être garantie par l'EPAFRANCE et la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés. Enfin, la mutuelle SMABTP demande à être garantie par les sociétés Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et SERC Nord-Etudes.

En ce qui concerne les appels en garantie formulées par la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés :

49. En premier lieu, si la responsabilité de l'EPAFRANCE en tant que mandataire du maître de l'ouvrage peut, tel qu'il a été dit au point 28 du présent jugement, être retenue, cette responsabilité a déjà été prise en compte pour limiter la responsabilité des constructeurs.

50. Par ailleurs, si la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés entend également invoquer la qualité de propriétaire de l'EPAFRANCE du terrain mitoyen et fonder son appel en garantie, d'une part, sur la responsabilité sans faute pour les dommages causés aux tiers du fait de l'existence ou du fonctionnement d'un ouvrage public, et d'autre part, sur la responsabilité pour défaut d'entretien normal du domaine public, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté qu'à la date des désordres survenus en 2013, et même dès le 21 décembre 2006, l'EPAFRANCE n'était plus propriétaire de ce terrain. Ainsi, la responsabilité de l'EPAFRANCE sur ces deux fondements de responsabilité ne saurait être retenue.

51. Enfin, en ce qui concerne l'appel en garantie fondé sur la faute qu'aurait commise l'EPAFRANCE en s'abstenant de prendre les mesures de confortation du talus préconisées par l'expert avant de céder la propriété du terrain mitoyen à la commune de Serris, la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés ne précise pas le fondement juridique d'une telle obligation particulière, de sorte que ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, si effectivement le rapport d'expertise intervenu en 2006 alertait sur les déformations importantes constatées en tête de talus et sur l'ensemble des dispositifs rudimentaires de soutènement et préconisait ainsi une consolidation du talus à court terme, il n'est pas établi, ni même allégué, que l'abstention de l'EPAFRANCE de réaliser ces travaux pendant la période où il en était propriétaire pouvait être à l'origine des désordres survenus en 2013, soit sept années plus tard. La responsabilité de l'EPAFRANCE ne peut donc pas davantage être retenue à ce titre.

52. Il s'ensuit que les conclusions d'appel en garantie formulées par la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés à l'encontre de l'EPAFRANCE ne peuvent qu'être rejetées.

53. En deuxième lieu, eu égard à l'abstention dont a fait preuve la société SERC Nord-Etudes alors qu'elle était chargée en particulier, aux termes des stipulations citées au point 15, des " études de fondations " et des " recherches et études particulières " portant sur " les contraintes du sol ", et que les désordres en litige trouvent leur origine directe dans l'instabilité des sols, et compte tenu également de la qualité d'architecte et des missions de coordonnateur du groupement de maîtrise d'œuvre de la société Trace Architecte - cabinet Dercyke Associés, il y a lieu de condamner la société SERC Nord-Etudes à garantir la société Trace Architecte - cabinet Dercyke Associés à hauteur de 50 % du montant des condamnations mises à sa charge.

54. En troisième lieu, si la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés demande à être garantie par les sociétés Defillon Erige, Keller Fondations Spéciales et Qualiconsult au motif qu'elles auraient manqué à leur devoir de conseil tant à l'égard du maître d'ouvrage délégué qu'à l'égard du maître d'œuvre, il résulte toutefois de l'instruction qu'il appartenait principalement au maître d'œuvre, au titre des missions qui lui ont été confiées, de préconiser la réalisation d'études supplémentaires d'autant plus qu'il avait été informé des risques de tassements du sol. Ainsi, les conclusions d'appel en garantie formulées par la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés à l'encontre des sociétés Defillon Erige, Keller Fondations Spéciales et Qualiconsult doivent être rejetées.

En ce qui concerne les appels en garantie formulées par les sociétés Defillon Erige, Keller Fondations Spéciales et SMABTP :

55. La responsabilité des sociétés Defillion Erige, Keller Fondations Spéciales et de la mutuelle SMABTP n'étant pas retenue, les conclusions d'appels en garantie formulées par

celles-ci ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin de déclaration de jugement commun :

56. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative les tiers dont les obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour en connaître et auxquels, d'autre part, ledit jugement pourrait préjudicier dans les conditions ouvrant droit de former tierce opposition à ce jugement.

57. L'action de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés à l'égard des assureurs des sociétés qui auraient participé à l'opération de travaux en litige ne poursuit que l'exécution de leurs obligations respectives à la réparation du préjudice, lesquelles sont des obligations de droit privé et relèvent de la compétence des tribunaux judiciaires. Ainsi, les conclusions présentées par la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés à fin de déclaration de jugement commun aux compagnies SMABTP, AXA France IARD et Allianz ne sauraient être accueillies.

Sur les dépens :

58. Dans les circonstances particulières de l'affaire, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise réalisée par M. E, taxés et liquidés à la somme de 15 319,20 euros par une ordonnance du 5 octobre 2017 du vice-président du tribunal administratif de Melun, à la charge définitive, pour moitié de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, et pour moitié, de l'EPAFRANCE.

59. En revanche, aucun frais d'expertise, d'enquête ou d'autre mesure d'instruction n'ayant été exposé par les sociétés Defillon Erige et Keller Fondations Spéciales dans la présente instance, leurs conclusions tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de tout succombant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

60. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge in solidum des sociétés Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et SERC Nord-Etudes une somme de 4 000 euros à verser à la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu de rejeter les autres conclusions présentées par les parties sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de la société Modulobat.

Article 2 : Les sociétés Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et SERC Nord-Etudes sont condamnées in solidum à verser à la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération la somme de 530 436,62 euros TTC au titre des désordres affectant l'extension du gymnase " Eric Tabarly ".

Article 3 : La société SERC Nord-Etudes est condamnée à verser à la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération, en plus de la somme mentionnée à l'article précédent, la somme de 132 609,16 euros TTC au titre des désordres affectant l'extension du gymnase " Eric Tabarly ".

Article 4 : La société SERC Nord-Etudes est condamnée à garantir la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés à hauteur de 50 % de la somme de 530 436,62 euros TTC mise à sa charge.

Article 5 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 15 319,20 euros sont mis à la charge définitive, pour moitié de la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, et pour moitié, de l'établissement public d'aménagement de la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée.

Article 6 : Les sociétés Trace Architecte - cabinet Derycke Associés et SERC Nord-Etudes sont condamnées in solidum à verser à la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la communauté d'agglomération Val d'Europe Agglomération, à l'établissement public d'aménagement de la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée, à la société Trace Architecte - cabinet Derycke Associés, à la société d'études et de recherches pour la construction Nord Etudes, à la société Defillion Erige, à la société CMBP, à la société Joly Etanchéité, à la société B Manchin, à la société Modulobat, à la société Entreprise Toutain, à la société France Sols, à la société Qualiconsult, au bureau d'étude de Sol Cap Sol Conseil, à la société Keller Fondations Spéciales, à la société AD Etudes-BET Arnaud Dupré, à la société MAF, à la société Allianz IARD, à la société SMABTP, à la société AXA France IARD, à la société MAAF Assurances, à la société MMA Iard et à la société SMA.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

A. Avirvarei

Le président,

X. PottierLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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