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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1705753

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1705753

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1705753
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 17 juillet 2017, le 14 novembre 2019, la société Lifteam, représentée par le cabinet Jallet et Associés, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Ablon-sur-Seine à lui verser une indemnité de 95 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'absence de mise en œuvre du protocole transactionnel négocié entre elle-même et la commune ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat ou la commune d'Ablon-sur-Seine la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société Lifteam ayant accepté le 4 janvier 2016 la proposition transactionnelle faite le même jour par la directrice des finances, cette acceptation constitue une décision créatrice de droits qui ne pouvait être retirée que dans un délai de quatre mois en application de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- selon l'article 1.4 de la circulaire du 6 avril 2011 relative au développement du recours à la transaction, la commune était engagée dès lors qu'elle avait transmis une proposition écrite de transaction ;

- la commune a eu une attitude dilatoire en ne l'informant pas des difficultés qu'elle rencontrait concernant l'adoption de la délibération relative au protocole transactionnel en cause ;

- le retrait d'une décision créatrice de droit et l'attitude de la commune constitue des fautes de nature à engager sa responsabilité ;

- le montant du préjudice s'élève à 95 000 euros, soit le montant convenu de la transaction.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 février 2019 et le 30 avril 2019, la commune d'Ablon-sur-Seine, représentée par le cabinet Seban et Associés, conclut au rejet de la requête et que soit mis à la charge de la société Lifteam la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête présente un objet similaire au jugement rendu par le tribunal de Melun le 7 février 2017, sous le numéro 1410018 devenu définitif et qui a rejeté les conclusions tendant à l'homologation de la transaction ainsi que l'intégralité des demandes indemnitaires présentées au titre du solde du marché ;

- aucune illégalité ne peut être reprochée à la commune dès lors que le conseil municipal n'a jamais autorisé le maire à conclure le protocole transactionnel dont la société se prévaut ;

- le comportement de la commune était diligent ;

- aucune comportement fautif ne peut être reproché à la commune ;

- la société requérante ne démontre pas l'existence d'un préjudice direct et certain ni la réalité du montant demandé.

Par ordonnance du 3 décembre 2019, la clôture d'instruction a été fixée au 18 décembre 2019.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le jugement n° 1410018 du 21 février 2017, par lequel le tribunal a rejeté la requête de la société Lifteam tendant à l'homologation du protocole transactionnel et au paiement du solde d'un marché public de travaux passé avec la commune d'Ablon-sur-Seine.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement en date du 2 décembre 2010, la commune d'Albon-sur-Seine a conclu un marché de travaux avec la société Lifteam relatif au lot n° 2 " Murs ossature bois - charpente - bardage bois ", ce dernier ayant été conclu in fine pour un prix total de 548 686,02 euros HT à la suite de la signature de trois avenants. Par un courrier en date du 3 février 2014, la commune a notifié à la société Lifteam le décompte général avec un solde créditeur à faveur de cette dernière d'un montant de 73 470,18 euros TTC que la société a contesté par un courrier du 24 février 2014, estimant que le solde devait s'établir à 220 797,95 euros TTC. Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le 21 novembre 2014, la société Lifteam a initialement demandé au tribunal de condamner la commune au paiement de la somme de 150 207,85 euros TTC au titre du solde du marché, puis, à la suite de la modification de ses conclusions à titre principal, d'homologuer le protocole transactionnel conclu avec la commune fixant le solde du décompte général du marché à 95 000 euros. Par un jugement n° 1410018 en date du 21 février 2017, le tribunal a rejeté les conclusions à fin d'homologation au motif que la commune n'avait pas donné valablement son consentement dès lors que son maire n'était pas habilité à négocier et conclure de transaction ainsi que les conclusions tendant au paiement des travaux supplémentaires, à la révision du prix de ces travaux et à la décharge des pénalités de retard. Par une lettre du 10 avril 2017, la société Lifteam a présenté une demande préalable d'indemnisation d'un montant de 95 000 euros au motif que la transaction constituait une décision créatrice de droit qui ne pouvait donc être retirée passé un délai de quatre mois. Par la présente requête, la société Lifteam doit être regardée comme demandant l'indemnisation du préjudice subi du fait de l'absence de mise en œuvre du protocole transactionnel par la commune d'Ablon-sur-Seine.

2. Aux termes de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : () / 7° De passer dans les mêmes formes les actes de vente, échange, partage, acceptation de dons ou legs, acquisition, transaction, lorsque ces actes ont été autorisés conformément aux dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 2044 du code civil, auquel renvoie l'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration, " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître. / Ce contrat doit être rédigé par écrit ". Enfin, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ".

3. Il résulte de ces dispositions, combinées avec celles des articles 6 et 2052 du code civil, que l'administration, peut, ainsi que le rappelle l'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration, légalement conclure avec un ou des particuliers un protocole transactionnel afin de prévenir ou d'éteindre un litige, sous réserve de la licéité de l'objet de ce dernier, de l'existence de concessions réciproques et équilibrées entre les parties et du respect de l'ordre public.

4. Premièrement, aux termes de l'article L. 312-3 code des relations entre le public et l'administration, " Toute personne peut se prévaloir des documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-2, émanant des administrations centrales et déconcentrées de l'Etat et publiés sur des sites internet désignés par décret. / Toute personne peut se prévaloir de l'interprétation d'une règle, même erronée, opérée par ces documents pour son application à une situation qui n'affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n'a pas été modifiée. ". Si la société requérante se prévaut des dispositions de l'article 1.4 de la circulaire du premier ministre du 6 avril 2011 qui précise que " L'administration est juridiquement engagée, dès qu'elle adresse à la partie adverse une proposition écrite de transaction. Elle ne peut plus, après cet envoi, modifier son offre, sauf si celle-ci est refusée, et ce même en cas d'erreur matérielle. ", en instituant le mécanisme de garantie de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, le législateur n'a pas permis de se prévaloir d'orientations générales dès lors que celles-ci sont définies pour l'octroi d'une mesure de faveur au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, alors même qu'elles ont été publiées sur l'un des sites mentionnés à l'article D. 312-11 du code des relations entre le public et l'administration. S'agissant des lignes directrices, le législateur n'a pas subordonné à leur publication sur l'un de ces sites la possibilité pour toute personne de s'en prévaloir, à l'appui d'un recours formé devant le juge administratif. Ainsi, dès lors que la société Lifteam ne saurait détenir aucun droit à la conclusion d'une transaction avec l'administration, elle ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du premier ministre du 6 avril 2011 relative au développement du recours à la transaction pour régler amiablement les conflits.

5. Deuxièmement, d'une part, s'il résulte de l'instruction et notamment d'un courriel de la directrice des finances et des marchés publics de la commune d'Ablon-sur-Seine daté du 4 janvier 2016 que le maire de la commune d'Ablon-sur-Seine a donné son accord pour une transaction à hauteur de 95 000 euros et qu'un projet de protocole transactionnel a été proposé par la commune d'Ablon-sur-Seine à la société Lifteam pour un montant de 95 000 euros hors taxe portant sur le solde du marché en litige, il résulte également de l'instruction et notamment de courriels de la même directrice des finances et des marchés publics de la commune d'Ablon-sur-Seine datés des 30 novembre 2015 et 27 janvier et 15 avril 2016, que cette dernière a informé la société requérante que le projet de transaction, lequel n'a pas été signé, devait être validé par une délibération du conseil municipal et que plusieurs élus de la commune avaient estimé que son montant était trop élevé. D'autre part, il est constant qu'aucune délibération du conseil municipal n'a autorisé le maire d'Ablon-sur-Seine à négocier et conclure une transaction avec la société Lifteam. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune aurait été engagée dès le 4 janvier 2016, date à laquelle seul le principe d'un protocole transactionnel a été constaté. Il résulte de ce qui précède qu'aucune décision n'a été prise par la commune en ce qui concerne la conclusion de ladite transaction. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune aurait retiré une décision créatrice de droit au sens de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, le fait pour le conseil municipal d'une commune de ne pas adopter telle délibération ne saurait constituer une faute de nature à engager la responsabilité d'une commune.

6. Troisièmement, si la société requérante soutient que la commune a été de mauvaise foi dans les dernières semaines de négociation du protocole notamment en ne l'informant pas spontanément des difficultés qu'elle rencontrait à faire adopter par le conseil municipal une délibération l'autorisant à signer le protocole transactionnel en cause, ces éléments ne constituent pas un comportement fautif de l'administration de nature à engager sa responsabilité.

7. Il résulte de l'ensemble ce qui précède que la société Lifteam n'est pas fondée à soutenir que la commune aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Ablon-sur-Seine, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la société Lifteam au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Lifteam, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Lifteam est rejetée.

Article 2 : La société Lifteam versera à la commune d'Ablon-sur-Seine la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Lifteam et à la commune d'Ablon-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure,

M. Potin

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

A.Starzynski

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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