vendredi 6 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1806872 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SOUMARÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 août 2018, M. C I et Mme J B, représentés par Me Soumare, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2009, 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014 ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge de la majoration de 25 % sur les revenus distribués ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. et Mme I soutiennent que :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
- les rôles supplémentaires ne permettent pas de déterminer l'identité des agents ayant assorti la mise en recouvrement d'exigibilité immédiate, et plus particulièrement, s'ils disposaient de la compétence pour ce faire, telle qu'exigée par l'article 1 658 du code général des impôts ;
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition:
- le service s'est contenté d'appliquer les règles relevant de l'article 123 bis du code général des impôts, lesquelles sont inadaptées aux spécificités du trust ; en outre, le service n'a pas été en mesure de déterminer la répartition des droits entre chaque associé ;
- avec ses associés, M. D et Mme G épouse A, la société France Offshore, dont les dirigeants sont poursuivis au pénal, a abusé de sa confiance ; ainsi, le caractère artificiel du montage juridique ne peut lui être imputé ;
- les sociétés AGM Trading et Morilight Limited ont été valablement déclarées comme le démontre l'apostille de la cour d'appel de Paris, dont le service n'a tenu aucun compte, alors que l'administration fiscale a approuvé, sans les vérifier, les certifications de Me Castel, sans prendre en compte les arguments de M. I, de M. D et de Mme G, lesquels n'ont jamais rencontré, ni contacté cet avocat ; en outre, le service s'appuie sur les procurations générales (" general power of attorneys ") consenties aux trois bénéficiaires par M. K E, directeur de plus de 600 sociétés enregistrées au greffe du Royaume-Uni et dont le nom a été cité dans l'affaire des " Panama Papers ", indice supplémentaire corroborant qu'il a été abusé par la société France Offshore ;
- contrairement à ce que soutient le service, la société AGM Trading a une réalité économique de par les prestations de services facturées à ses différents co-contractants ;
- une partie importante des recettes réalisées par la société AGM Trading a été fiscalisée en France, son entreprise française ayant facturé AGM pour les prestations qu'il a rendues aux clients de cette société ;
- l'analyse des flux financiers entre la société AGM Trading, d'une part, et
M. I, M. D et Mme A, d'autre part, au cours des années 2009 à 2013, infirme la répartition effectuée par le service et selon laquelle M. I aurait bénéficié du tiers des "droits" au sein de cette société ;
- le requérant a, à l'instar de la société NLI, rompu tout lien avec les sociétés AGM Trading et Morilight Limited à compter de mars 2011 et n'a plus bénéficié de revenus issus de ces deux sociétés à compter de cette date ; ainsi, les redressements opérés au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux pour les années 2011, 2012 et 2013 ne sont pas justifiés ;
En ce qui concerne les pénalités:
- les pénalités pour absence de déclaration de comptes détenus à l'étranger ne sont pas fondées, dès lors que les 40 comptes bancaires sur lesquels il disposait d'une procuration, ouverts au nom de la société AGM Trading auprès d'une banque lettone, l'ont été par la société France Offshore, que les documents en langue lettone non traduits en français ne peuvent lui être opposés, qu'il ne disposait d'une procuration à son nom sur ces comptes que pour assurer la continuité de l'activité de la société en cas de survenance d'un évènement majeur et qu'il n'a jamais eu connaissance de cette prétendue signature sur ce nombre excessif de comptes en partie certifiée par Me Castel ;
- les pénalités pour manœuvres frauduleuses qui lui ont été infligées au titre des années 2009 à 2014 ne sont pas fondées dès lors qu'il a été victime d'un abus de confiance de la part de la société France Offshore ;
- l'administration ne pouvait, dans sa proposition de rectification du 12 juillet 2016, faire application de la majoration de 25% prévue au 7 de l'article 158 du code général des impôts pour déterminer la base imposable des contributions sociales auxquelles les requérants ont été assujettis, en raison de la réserve d'interprétation portant sur l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale émise par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2017-643/650 QPC du
7 juillet 2017.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2019, le directeur du contrôle fiscal d'Île-de-France (DIRCOFI IDF) conclut au rejet de la requête.
Le directeur du contrôle fiscal d'Île-de-France fait valoir que:
- la requête est irrecevable faute de production par le requérant des décisions de refus du 19 juin 2018, notifiées le 23 juin suivant, opposées aux réclamations préalables portant, d'une part, sur l'impôt sur le revenu et les contributions sociales des années 2012 et 2013 et d'autre part, sur l'amende prévue à l'article 1736-IV-2 du code général des impôts appliquée aux années 2012 à 2014 ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dumas,
- et les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme I ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre des années 2009, 2010 et 2011, à l'issue duquel ils ont été rendus destinataires d'une première proposition de rectification en date du 12 juillet 2016. M. et Mme I ont également fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2012, 2013 et 2014, dont ils ont été avisés le 17 juillet 2015, à l'issue duquel ils ont été rendus destinataires d'une seconde proposition de rectification le 12 juillet 2016 portant sur des revenus de capitaux mobiliers entrant dans le champ de l'article 123 bis du code général des impôts. Des observations à ces deux propositions de rectification ont été présentées par les intéressés par courriers du 29 juillet et du 1er octobre 2016, auxquelles le service a répondu en maintenant en totalité les rectifications proposées par un courrier en date du 20 octobre 2016. Le
25 novembre 2016, M. et Mme I ont formé un recours hiérarchique à l'encontre du maintien des rectifications, qui a été rejeté par une décision du 29 novembre 2016. Par courriers du 19 avril 2017, le service vérificateur a notifié de nouvelles conséquences financières aux contribuables tenant compte de la décision du Conseil constitutionnel n° 2016-610 QPC du
10 février 2017 pour l'ensemble de la période contrôlée. Les impositions correspondantes ont été mises en recouvrement le 31 mai et le 30 juin 2017. Par courrier du 20 décembre 2017, les requérants ont présenté une réclamation contentieuse au titre des années 2009 à 2011, d'une part, et 2012 à 2014, d'autre part, qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 19 juin 2018. M. et
Mme I demandent au tribunal la décharge des impositions laissées à leur charge.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors en vigueur : " Un avis d'imposition est adressé sous pli fermé à tout contribuable inscrit au rôle des impôts directs ou, pour les redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune relevant des dispositions du 2 du I de l'article 885 W du code général des impôts, au rôle de cet impôt, dans les conditions prévues aux articles 1658 à 1659 A du même code. / L'avis d'imposition mentionne le total par nature d'impôt des sommes à acquitter, les conditions d'exigibilité, la date de mise en recouvrement et la date limite de paiement () ". Ce texte énumère limitativement les mentions qui doivent figurer sur les avis d'imposition.
3. Il ne résulte pas de ces dispositions qu'un avis d'imposition doive mentionner la proposition de rectification ayant entraîné la mise en recouvrement de l'impôt, ni la date de celle-ci, ni préciser la procédure à laquelle l'avis se rattache. En outre, dans le cadre d'un contentieux d'assiette, les irrégularités dont sont, le cas échéant, entachés les avis relatifs aux impositions recouvrées par voie de rôle sont sans incidence sur la régularité et le bien-fondé de l'impôt.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
4. Aux termes de l'article 123 bis du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions établies au titre de l'année 2009 : " 1. Lorsqu'une personne physique domiciliée en France détient directement ou indirectement 10 % au moins des actions, parts, droits financiers ou droits de vote dans une personne morale, un organisme, une fiducie ou une institution comparable, établi ou constitué hors de France et soumis à un régime fiscal privilégié, les bénéfices ou les revenus positifs de cette personne morale, organisme, fiducie ou institution comparable sont réputés constituer un revenu de capitaux mobiliers de cette personne physique dans la proportion des actions, parts ou droits financiers qu'elle détient directement ou indirectement lorsque l'actif ou les biens de la personne morale, de l'organisme, de la fiducie ou de l'institution comparable sont principalement constitués de valeurs mobilières, de créances, de dépôts ou de comptes courants. / Pour l'application du premier alinéa, le caractère privilégié d'un régime fiscal est déterminé conformément aux dispositions de l'article 238 A par comparaison avec le régime fiscal applicable à une société ou collectivité mentionnée au 1 de l'article 206. () / 3. Les bénéfices ou les revenus positifs mentionnés au 1 sont réputés acquis le premier jour du mois qui suit la clôture de l'exercice de la personne morale, de l'organisme, de la fiducie ou de l'institution comparable établi ou constitué hors de France ou, en l'absence d'exercice clos au cours d'une année, le 31 décembre. Ils sont déterminés selon les règles fixées par le présent code comme si les personnes morales, organismes, fiducies ou institutions comparables étaient imposables à l'impôt sur les sociétés en France. () / 4. Les revenus distribués ou payés à une personne physique mentionnée au 1 par une personne morale, un organisme, une fiducie ou une institution comparable ne constituent pas des revenus imposables au sens de l'article 120, sauf pour la partie qui excède le revenu imposable mentionné au 3. () / 5. Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application des dispositions qui précèdent et notamment les obligations déclaratives des personnes physiques. ". Aux termes du même article, dans sa rédaction applicable aux impositions établies au titre des années 2010 à 2013 : " 1. Lorsqu'une personne physique domiciliée en France détient directement ou indirectement 10 % au moins des actions, parts, droits financiers ou droits de vote dans une entité juridique-personne morale, organisme, fiducie ou institution comparable-établie ou constituée hors de France et soumise à un régime fiscal privilégié, les bénéfices ou les revenus positifs de cette entité juridique sont réputés constituer un revenu de capitaux mobiliers de cette personne physique dans la proportion des actions, parts ou droits financiers qu'elle détient directement ou indirectement lorsque l'actif ou les biens de la personne morale, de l'organisme, de la fiducie ou de l'institution comparable sont principalement constitués de valeurs mobilières, de créances, de dépôts ou de comptes courants. / Pour l'application du premier alinéa, le caractère privilégié d'un régime fiscal est déterminé conformément aux dispositions de l'article 238 A par comparaison avec le régime fiscal applicable à une société ou collectivité mentionnée au 1 de l'article 206. () / 3. Les bénéfices ou les revenus positifs mentionnés au 1 sont réputés acquis le premier jour du mois qui suit la clôture de l'exercice de l'entité juridique établie ou constituée hors de France ou, en l'absence d'exercice clos au cours d'une année, le 31 décembre. Ils sont déterminés selon les règles fixées par le présent code comme si l'entité juridique était imposable à l'impôt sur les sociétés en France. () / 4. Les revenus distribués ou payés à une personne physique mentionnée au 1 par une entité juridique ne constituent pas des revenus imposables au sens de l'article 120, sauf pour la partie qui excède le revenu imposable mentionné au 3. / 4 bis. Le 1 n'est pas applicable, lorsque l'entité juridique est établie ou constituée dans un Etat de la Communauté européenne, si l'exploitation de l'entreprise ou la détention des actions, parts, droits financiers ou droits de vote de cette entité juridique par la personne domiciliée en France ne peut être regardée comme constitutive d'un montage artificiel dont le but serait de contourner la législation fiscale française. () / 5. Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application des dispositions qui précèdent et notamment les obligations déclaratives des personnes physiques. ". Par ces dispositions, le législateur a entendu imposer les résidents fiscaux à raison des bénéfices réalisés à l'étranger par certaines entités établies dans des Etats ou territoires dans lesquels elles sont soumises à un régime fiscal privilégié, sur lesquelles ces résidents exercent un contrôle, même partagé, quelle que soit sa forme juridique et, dans le cas où il est quantifiable, supérieur à 10 %. Ces dispositions, interprétées à la lumière des travaux préparatoires de l'article 101 de la loi de finances pour 1999 dont elles sont issues, doivent être regardées comme incluant dans leur champ d'application les actions, parts, droits financiers ou droits de vote détenus dans les trusts au sens du droit anglo-saxon.
5. Il est constant que M. C I, domicilié fiscalement en France, a participé à la création en décembre 2008 des sociétés AGM Trading et Morilight Limited, respectivement établies au Royaume-Uni et à Gibraltar. Ces sociétés ont été mises en " trust " le 8 janvier 2009. Pour établir les rectifications litigieuses, l'administration s'est notamment fondée sur les documents et informations qu'elle a obtenus auprès de l'autorité judiciaire, des autorités fiscales du Royaume-Uni, de Gibraltar et de la Lettonie, ainsi qu'auprès des clients français des sociétés AGM Trading et Morilight Limited. Sur le fondement de ces informations, l'administration a considéré que l'exploitation de ces sociétés constituait un montage artificiel destiné à contourner la législation fiscale française. Estimant que M. I détenait un tiers du capital de ces sociétés, les bénéfices réalisés par ces trusts au titre des exercices litigieux ont été imposés entre ses mains, dans cette proportion, en application des dispositions précitées de l'article 123 bis du code général des impôts. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions de l'article 123 bis du code général des impôts ne sont pas applicables aux trusts.
Quant aux droits détenus par M. I dans les deux trusts :
6. Il résulte de l'instruction, notamment des actes constitutifs des trusts AGM et Morilight, que Mme G, M. I et M. D, sont les owners, détenteurs des trusts AGM Trading Ltd et Morilight Ltd, à hauteur respectivement de 34 %, 33 % et 33 % des droits. Bien que les titres des trusts soient légalement détenus par un nominee, prête-nom qui les détient pour le compte des détenteurs des parts, les owners des trusts exercent en vertu de ces actes constitutifs les pouvoirs de gestion des sociétés mises en trust, notamment ceux d'ouvrir et gérer les comptes bancaires sur lesquels ils disposent de la signature, et en perçoivent les bénéfices. A cet égard, si le requérant soutient que l'analyse des flux financiers entre la société AGM Trading, d'une part, et lui-même, M. D et Mme A, d'autre part, au cours des années 2009 à 2013 infirme la répartition effectuée par le service et selon laquelle M. I aurait bénéficié du tiers des "droits" au sein de cette société, l'intéressé se borne à produire des tableaux financiers qu'il a lui-même réalisés, et qui sont dépourvus de toute valeur probante en l'absence de toute pièce justificative. Dans ces conditions, l'administration fiscale apporte ainsi la preuve que M. I était détenteur d'au moins 10 % des deux entités établies hors de France, au sens du 1 de l'article 123 bis du code général des impôts.
Quant au régime fiscal privilégié du trust Morilight Ltd :
7. Aux termes de l'article 238 A du code général des impôts, dans ses différentes rédactions applicables : " () les personnes sont regardées comme soumises à un régime fiscal privilégié dans l'Etat ou le territoire considéré si elles n'y sont pas imposables ou si elles y sont assujetties à des impôts sur les bénéfices ou les revenus dont le montant est inférieur de plus de la moitié à celui de l'impôt sur les bénéfices ou sur les revenus dont elles auraient été redevables dans les conditions de droit commun en France, si elles y avaient été domiciliées ou établies. () ". Aux termes de l'article 206 du même code : " 1. () sont passibles de l'impôt sur les sociétés, quel que soit leur objet, les sociétés anonymes, les sociétés en commandite par actions, les sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes dans les conditions prévues au IV de l'article 3 du décret n° 55-594 du 20 mai 1955 modifié, les sociétés coopératives et leurs unions ainsi que, sous réserve des dispositions des 6° et 6° bis du 1 de l'article 207, les établissements publics, les organismes de l'Etat jouissant de l'autonomie financière, les organismes des départements et des communes et toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif ".
8. Le trust Morilight Ltd est établi à Gibraltar. Il résulte des éléments produits par l'administration relatifs au système fiscal de Gibraltar que les sociétés offshores domiciliées dans ce pays ne sont soumises à aucune imposition, à condition qu'elles n'exercent pas leur activité sur le territoire. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le trust Morilight Limited n'a exercé aucune activité sur le territoire de Gibraltar au titre des années d'imposition en litige. Par ailleurs, le taux de l'impôt sur les sociétés, appliqué aux sociétés exerçant leur activité à Gibraltar, s'élève à 10 % de leurs bénéfices imposables.
9. La société Morilight Ltd exerce une activité de prestation informatique. La forme de cette société correspond en droit français à celle d'une société à responsabilité limitée. Si elle avait été établie en France, cette société, au regard de sa forme et de son activité, aurait été soumise à un impôt sur les sociétés, dont le taux s'élevait alors à 33,33 % pour la part des bénéfices supérieurs à 38 120 euros. Ainsi, à supposer même que les bénéfices des trusts soient imposables à l'impôt sur les sociétés de Gibraltar, leur taux d'imposition est en tout état de cause inférieur de plus de la moitié à celui de l'impôt sur les bénéfices dont la société Morilight Ltd aurait été redevable en France, si elle y avait été domiciliée ou établie. Les requérants font cependant valoir que cette société a été mise en trust et que ses bénéfices sont imposables entre les mains du seul constituant. A ce titre, le trust ne constitue toutefois pas l'exact équivalent de la fiducie en droit français. En tout état de cause, la fiducie, qui n'est pas une personne morale mais un contrat, ne fait pas partie des entités mentionnées au 1. de l'article 206 du code général des impôts, qui servent de termes de comparaison pour l'appréciation du caractère privilégié du système fiscal auquel AGM Ltd a été soumis dans le territoire où elle est établie, conformément aux dispositions précitées du second alinéa du 1. de l'article 123 bis du code général des impôts. Dans ces conditions, et dès lors qu'il résulte de l'instruction que le trust Morilight Ltd et ses bénéficiaires effectifs n'ont été soumis à aucune imposition à Gibraltar, l'administration établit suffisamment que cette entité a été soumise à un régime fiscal privilégié au sens des dispositions précitées de l'article 238 A du code général des impôts.
Quant au régime fiscal privilégié du trust AGM Limited :
10. Le trust AGM Limited est établi au Royaume-Uni. Il résulte des éléments produits par l'administration que les trusts sont taxés au Royaume-Uni en fonction du type de trust, selon leur nature et selon le type de revenus. Compte tenu du faible niveau de précisions de l'acte constitutif de trust, l'administration n'a pas été en mesure de déterminer le type de trust auquel correspond le trust AGM Limited.
11. La société AGM Ltd exerce une activité de prestation informatique. La forme de cette société correspondrait en droit français à celle d'une société à responsabilité limitée. Si elle avait été établie en France, cette société, au regard de sa forme et de son activité, aurait été soumise à un impôt sur les sociétés, dont le taux s'élevait alors à 33,33 % pour la part des bénéfices supérieurs à 38 120 euros. Les requérants font cependant valoir que l'imposition que cette société a été mise en trust. A ce titre, le trust ne constitue toutefois pas l'exact équivalent de la fiducie en droit français. En tout état de cause, la fiducie, qui n'est pas une personne morale mais un contrat, ne fait pas partie des entités mentionnées au 1. de l'article 206 du code général des impôts, qui servent de termes de comparaison pour l'appréciation du caractère privilégié du système fiscal auquel AGM Ltd a été soumis dans le territoire où elle est établie, conformément aux dispositions précitées du second alinéa du 1. de l'article 123 bis du code général des impôts. Dans ces conditions, et dès lors qu'il résulte de l'instruction que le trust AGM Ltd et ses bénéficiaires effectifs n'ont été soumis à aucune imposition au Royaume-Uni, l'administration établit suffisamment que cette entité a été soumise à un régime fiscal privilégié au sens des dispositions précitées de l'article 238 A du code général des impôts.
Quant au montage artificiel :
12. Il résulte de l'instruction que Mme G, M. I et M. D se sont rapprochés de la société France Offshore, qui s'est chargée de créer deux entités, les sociétés AGM Trading et Morilight Limited, qui ont ensuite été mises en trust. Il résulte de l'instruction que les personnes désignées comme directeurs de ces sociétés, puis trustees, constituent ou représentent des personnes morales domiciliées aux Iles Vierges britanniques. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les clients des sociétés AGM Trading et Morilight Limited étaient uniquement des sociétés françaises. A ce titre, si les requérants soutiennent qu'AGM Trading et Morilight Limited auraient exercé une activité économique au Royaume-Uni ou à Gibraltar, ils ne produisent qu'une attestation de Mme G épouse A en ce sens, dont la valeur probante est insuffisante, alors notamment que celle-ci est l'une des trois associés de
M. I au sein de ces trusts, ainsi que des factures établies par la société AGM Trading, toutes destinées à des sociétés dont le siège est domicilié en France. En outre, aucune pièce ne permet d'établir que ces trusts disposeraient de personnel et d'équipements au Royaume-Uni ou à Gibraltar. Enfin, ainsi qu'il a été dit, les règlements étaient encaissés sur des comptes ouverts auprès d'une banque lettone, au titre desquels M. D, Mme G et M. I disposaient de la signature. A cet égard, il résulte de l'examen de ces comptes que ces structures n'ont engagé aucun frais de la nature de ceux habituellement constatés pour la réalisation d'opérations économiques, tels que des loyers et des salaires, ce qui tend à indiquer que ces charges étaient supportées par d'autres entités. Par ailleurs, seule une partie des fonds crédités sur les comptes ouverts auprès de la banque lettone était rapatriée en France, au profit d'entités contrôlées par l'un des trois bénéficiaires du trust, dont la société NLI dont M. I est le gérant non salarié. Les fonds non rapatriés en France, qui n'ont donc fait l'objet d'aucune imposition, étaient virés vers d'autres comptes ouverts au nom d'AGM Trading ou de Morilight Limited, à partir desquels les bénéficiaires des trusts ont procédé à des dépenses d'ordre personnel et à des retraits d'espèces au moyen de cartes bancaires utilisées en France. Par suite, la circonstance que les versements de fonds par AGM Trading sur la base de factures émises par la société NLI à la société AGM Trading aient été soumis à l'impôt est sans influence sur l'objet du présent litige, dès lors qu'il résulte de l'instruction que les versements effectués par les deux trusts vers les structures françaises ont été exclus par le service vérificateur de la base imposable dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en application de l'article 123 bis du code général des impôts. Dans ces conditions, les requérants n'établissent pas que la création des trusts AGM Trading et Morilight Ltd n'est pas constitutive d'un montage artificiel dont le but serait de contourner la législation fiscale française. A cet égard et compte tenu de ce qui précède, les requérants ne sauraient sérieusement soutenir avoir été victimes d'un quelconque abus de confiance de la part des dirigeants de la société France Offshore, alors, au demeurant, d'une part, qu'ils soutiennent dans le même temps que les sociétés AGM Trading et Morilight Ltd avaient une activité économique réelle en Grande-Bretagne et à Gibraltar, laquelle ne résulte d'aucune pièce du dossier et, d'autre part, qu'ils ne produisent, ni même n'allèguent avoir déposé plainte contre ces dirigeants, ni s'être constitués parties civiles. Par suite, l'administration était fondée à imposer les bénéfices de ces trusts, constitués des sommes versées sur les comptes bancaires ouverts auprès de la banque lettone, dans la catégorie des revenus imposables, sur le fondement de l'article 123 bis du code général des impôts.
Quant à la rupture du lien entre M. I et les sociétés AGM Trading et Morilight Ltd :
13. Le requérant fait valoir qu'il aurait, à l'instar de la société NLI, rompu tout lien avec les sociétés AGM Trading et Morilight Limited à compter de mars 2011 et n'aurait plus bénéficié de revenus issus de ces deux sociétés à compter de cette date, de sorte que les rectifications opérées au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux pour les années 2011, 2012 et 2013 ne seraient pas justifiées. Toutefois, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement de la réponse à la réclamation préalable formée par l'intéressé que s'agissant de la société AGM Trading, M. I disposait d'un " General power of attorney " donné le
4 décembre 2008 par M. F H et renouvelé en janvier 2009, novembre 2009, novembre 2010, décembre 2010, décembre 2011 et octobre 2012 par M. K E. S'agissant de la société Morilight Limited, l'intéressé disposait également d'un " General power of attorney " donné le 4 janvier 2009 par M. F H et renouvelé en décembre 2009 et décembre 2010. Dans la mesure où aucun renouvellement n'a été effectué en décembre 2011, les bénéfices de cette entité n'ont pas donné lieu à taxation au titre des années 2012 et 2013. Si le requérant produit une attestation de Mme G, épouse A, indiquant que
M. I n'a plus facturé de prestations de conseil via la société AGM Trading à compter de 2011, celle-ci a été rédigée par l'une des trois associés de M. I au sein de ces trusts, et n'est corroborée par aucune pièce justificative. Dans ces conditions, et compte tenu des liens existant entre M. I et la société AGM Trading jusqu'en 2013, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les rehaussements opérés au titre des années 2011, 2012 et 2013 ne seraient pas justifiés.
Quant à la majoration de 25% de la base imposable prévue au 7 de l'article 158 du code général des impôts :
14. Les requérants font valoir que l'administration fiscale ne pouvait, dans sa proposition de rectification du 12 juillet 2016, faire application de la majoration de 25% prévue au 7 de l'article 158 du code général des impôts pour déterminer la base imposable des contributions sociales auxquelles les requérants ont été assujettis, en raison de la réserve d'interprétation portant sur l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale émise par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2017-643/650 QPC du 7 juillet 2017. Toutefois, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement des lettres adressées le 19 avril 2017 aux intéressés, assorties de nouveaux calculs excluant le coefficient de 1,25 pour le calcul des cotisations sociales, que le service vérificateur a notifié de nouvelles conséquences financières aux contribuables tenant compte de la décision du Conseil constitutionnel n° 2016-610 QPC du
10 février 2017 pour l'ensemble de la période contrôlée.
En ce qui concerne les pénalités:
15. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () / c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
16. Pour appliquer des pénalités pour manœuvres frauduleuses sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration a relevé de nombreux indices de montage tels que la facturation par des entités étrangères dépourvues de réalité économique de prestations réalisées en France à des clients français, la volonté de ne pas apparaître comme les bénéficiaires par la constitution de trusts, l'associé apparent étant situé aux Iles Vierges britanniques s'agissant du trust Morilight, le rapatriement en France d'une partie seulement des bénéfices réalisés, ou encore la mise à disposition des associés de cartes bancaires sur des comptes situés en Lettonie permettant aux bénéficiaires de disposer de moyens de paiement non traçables pour leurs dépenses personnelles, dans le but d'égarer ou restreindre le contrôle de l'administration. La circonstance qu'une partie des recettes des trusts a été refacturée et imposée en France n'est pas suffisante pour écarter la qualification de manœuvres frauduleuses. Il en va de même de la circonstance, au demeurant non établie, que ce montage résulterait de conseils d'une société par la suite condamnée, qui ne répondaient pas aux souhaits des associés. Dans ces conditions, l'administration justifie du bien-fondé de l'application de la pénalité prévue au c. de l'article 1729 du code général des impôts.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme I aux fins de décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2009 à 2014, doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme I est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C I et Mme J B, et au directeur du contrôle fiscal d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Dumas, premier conseiller,
M. Pradalié, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.
Le rapporteur,
M. DUMAS Le président,
D. LALANDE
La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°180687
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026