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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1809004

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1809004

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1809004
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantREA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 30 octobre 2018, 13 novembre 2018 et 19 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Rea, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2018 par laquelle le président du centre communal d'action sociale (CCAS) d'Ozoir-la-Ferrière a rejeté sa demande tendant à " rétablir le versement d'un élément de sa rémunération ", ensemble la décision non formalisée " portant retrait " du bénéfice des indemnités compensatrices d'astreintes en complément de sa rémunération, à compter d'avril 2018 ;

2°) de condamner le CCAS d'Ozoir-la-Ferrière à lui verser la somme de 5 783,36 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'illégalité de la décision portant retrait des primes d'astreinte allouées, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande indemnitaire préalable et de leur capitalisation ;

3°) d'enjoindre au CCAS d'Ozoir-la-Ferrière de procéder au rétablissement du versement des primes qui ont cessé de lui être versées ;

4°) de mettre à la charge du CCAS d'Ozoir-la-Ferrière la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont fondées sur des faits matériellement inexacts, dès lors que, d'une part, le président du CCAS d'Ozoir-la-Ferrière ne saurait ignorer le versement d'indemnités compensatrices des astreintes de semaine décidé lors de son recrutement au sein du CCAS, d'autre part, le bénéfice de ce complément de rémunération depuis 2014 est matériellement établi, et enfin, elle a été saisie par son employeur de demandes d'exécution d'astreintes ;

- la responsabilité du CCAS d'Ozoir-la-Ferrière doit être engagée à raison de l'illégalité fautive de la décision " portant retrait " à compter de mars 2018 du bénéfice d'indemnités compensatrices d'astreinte en complément de sa rémunération ;

- une indemnisation doit lui être accordée à hauteur de 5 783,36 euros en réparation de ses préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2019, le CCAS d'Ozoir-la-Ferrière, représentée par son président en exercice, lui-même représenté par Me Piton, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'indemnisation sont partiellement irrecevables, le contentieux n'est lié qu'au regard de la somme de 298,96 euros correspondant à l'indemnité compensatrice des deux astreintes de " semaine " qui n'a pas été versée au mois de mars 2018 ;

- le moyen soulevé par la requérante n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;

- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ;

- le décret n° 2005-542 du 19 mai 2005 ;

- le décret n° 2006-779 du 3 juillet 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mentfakh, conseillère,

- et les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, titulaire du grade de puéricultrice cadre territorial de santé, a été nommée par voie de mutation au poste de directrice du centre communal d'action sociale (CCAS) d'Ozoir-la-Ferrière à compter du 1er octobre 2014. Constatant l'interruption du paiement convenu lors de son recrutement des indemnités compensatrices des astreintes dites " de semaine ", par un courrier du 15 mai 2018, reçu le 17 mai suivant, Mme A a sollicité auprès du président du CCAS d'Ozoir-la-Ferrière, le rétablissement de leur versement. Le silence gardé pendant plus de deux mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet à la date du 17 juillet 2018. Par un courrier du 13 juillet 2018, Mme A, par l'intermédiaire de son conseil, a formé un recours gracieux contre cette décision. Par une décision du 3 septembre 2018, le président du CCAS d'Ozoir-la-Ferrière a expressément rejeté ce recours. Mme A demande l'annulation de cette décision, ensemble celle " portant retrait " à compter d'avril 2018 du bénéfice des indemnités compensatrices d'astreinte en complément de sa rémunération ainsi que la condamnation du centre communal à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'illégalité de la décision " portant retrait " des indemnités en cause.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 5 du décret du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature, dans sa version applicable au litige : " Une période d'astreinte s'entend comme une période pendant laquelle l'agent, sans être à la disposition permanente et immédiate de son employeur, a l'obligation de demeurer à son domicile ou à proximité afin d'être en mesure d'intervenir pour effectuer un travail au service de l'administration, la durée de cette intervention étant considérée comme un temps de travail effectif. / Des arrêtés du ministre intéressé, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, pris après consultation des comités techniques ministériels, déterminent les cas dans lesquels il est possible de recourir à des astreintes. Les modalités de leur rémunération ou de leur compensation sont précisées par décret. La liste des emplois concernés et les modalités d'organisation des astreintes sont fixées après consultation des comités techniques ". L'article 1er du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale dispose : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 susvisé sous réserve des dispositions suivantes ". L'article 5 du même décret, dans sa version applicable au litige, précise : " L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement détermine, après avis du comité technique compétent, les cas dans lesquels il est possible de recourir à des astreintes, les modalités de leur organisation et la liste des emplois concernés. / Les modalités de la rémunération ou de la compensation des astreintes sont précisées par décret, par référence aux modalités et taux applicables aux services de l'Etat ". L'article 1er du décret du 19 mai 2005 aux modalités de la rémunération ou de la compensation des astreintes et des permanences dans la fonction publique territoriale, dispose : " Conformément aux articles 5 et 9 du décret du 12 juillet 2001 susvisé, bénéficient d'une indemnité non soumise à retenue pour pension ou, à défaut, d'un repos compensateur certains agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant : / 1° Lorsqu'ils sont appelés à participer à une période d'astreinte ; / 2° Lorsque des obligations liées au travail imposent à un agent de se trouver sur son lieu de travail habituel, ou en un lieu désigné par son chef de service, pour nécessité de service, sans qu'il y ait travail effectif ou astreinte ". L'article 2 du même décret précise : " Une période d'astreinte s'entend comme une période pendant laquelle l'agent, sans être à la disposition permanente et immédiate de son employeur, a l'obligation de demeurer à son domicile ou à proximité afin d'être en mesure d'intervenir pour effectuer un travail au service de l'administration, la durée de cette intervention étant considérée comme un temps de travail effectif ainsi que, le cas échéant, le déplacement aller et retour sur le lieu de travail. / La permanence correspond à l'obligation faite à un agent de se trouver sur son lieu de travail habituel, ou un lieu désigné par son chef de service, pour nécessité de service, un samedi, un dimanche ou lors d'un jour férié ". L'article 3 du même décret prévoit : " La rémunération et la compensation des obligations décrites à l'article 1er ci-dessus des agents sont déterminées suivant les règles et dans les conditions prévues par les décrets du 7 février 2002 susvisés. / Elles ne peuvent être accordées aux agents qui bénéficient d'une concession de logement par nécessité absolue de service, ou d'une nouvelle bonification indiciaire au titre de l'exercice de fonctions de responsabilité supérieure prévue par les décrets du 27 décembre 2001 et du 28 décembre 2001 susvisés ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'un fonctionnaire territorial bénéficiant d'une nouvelle bonification indiciaire au titre de l'exercice de ses fonctions ne peut se voir accorder le paiement ou la compensation de ses périodes d'astreinte.

4. D'autre part, en vertu de l'article 1er du décret du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaqué, une nouvelle bonification indiciaire, prise en compte pour le calcul de la retraite, est versée mensuellement aux fonctionnaires territoriaux exerçant des fonctions impliquant une technicité et une polyvalence particulières liées à l'exercice de direction d'un établissement public local ne figurant pas sur la liste prévue au 2ème alinéa de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique dont relèvent celles détenues par le directeur d'un CCAS.

5. Pour refuser à Mme A de rétablir le versement des indemnités compensatrices " d'astreintes de semaine " à compter d'avril 2018, le président du CCAS d'Ozoir-la-Ferrière s'est fondé sur les motifs tirés de ce que son régime indemnitaire ne prévoit pas le paiement des indemnités réclamées, qu'elle n'a jamais été destinataire d'une décision l'obligeant à l'accomplissement d'astreintes sur la période dont elle réclame le paiement et que les dispositions légales et réglementaires en vigueur n'instituent pas de droit à être indemnisé au titre d'astreintes inexistantes.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'arrêté du 3 novembre 2014 produit aux débats par le défendeur, que le président du conseil d'administration du CCAS d'Ozoir-la-Ferrière, en nommant Mme A au poste de directrice du CCAS, lui a attribué, au titre de ses fonctions, le bénéfice d'une nouvelle bonification indiciaire de trente points. Dans ces conditions, en vertu des dispositions précitées de l'article 3 du décret du 19 mai 2005 précité, l'autorité territoriale, en situation liée pour ce faire, était tenue, en conséquence, de mettre fin au versement de toute indemnité compensatrice d'astreintes versées jusqu'alors, dont la réalité de l'exécution par la requérante n'est, au demeurant, pas établie par les pièces qu'elle produit aux débats. Si la requérante se prévaut d'un courriel d'un agent du service des ressources humaines de la commune d'Ozoir-la-Ferrière, du 27 juin 2014, quelques mois précédant son intégration dans les services de la ville, aux termes duquel le CCAS s'est engagé à lui verser, au titre de sa rémunération mensuelle et en vue de s'aligner avec ce qu'elle percevait au sein de son précédent employeur public, en plus du régime indemnitaire, une indemnité au titre d'astreintes de semaine et de week-end et les bulletins de paye des mois de novembre 2014 à mars 2018 établissant la perception de ces indemnités, les moyens ainsi invoqués tirés d'erreurs de fait et d'appréciation dont est entachée la décision du 3 septembre 2018 sont sans incidence sur la légalité de celle-ci.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A de la décision du 3 septembre 2018 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, ses conclusions à fin d'annulation de la décision non formalisée " portant retrait " à compter d'avril 2018 du bénéfice d'indemnités compensatrices d'astreintes et celles à fin d'injonction.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

8. L'illégalité d'une décision administrative est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration à l'égard de son destinataire s'il en est résulté pour lui un préjudice direct et certain.

9. En l'absence d'illégalité entachant la décision non formalisée " portant retrait " à compter d'avril 2018 du bénéfice d'indemnités compensatrices d'astreinte, en complément de sa rémunération, la requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité du CCAS d'Ozoir-la-Ferrière pour faute, à ce titre, à son égard. Par suite, ses conclusions tendant à la condamnation de la collectivité employeur à lui verser une indemnité en réparation des préjudices qu'elle soutient avoir subis, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du CCAS d'Ozoir-la-Ferrière, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme dont Mme A demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la requérante une somme de 500 euros à verser au CCAS d'Ozoir-la-Ferrière au titre de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera au centre communal d'action sociale d'Ozoir-la-Ferrière une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre communal d'action sociale d'Ozoir-la-Ferrière.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Mentfakh, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

L. MENTFAKH

La présidente,

M. C

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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