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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1810532

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1810532

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1810532
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantBENESTY

Texte intégral

Vu :

- l'ordonnance du 24 novembre 2022 accordant à l'expert psychiatre une allocation provisionnelle d'un montant de 3 000 euros mise à la charge de la commune de Saint-Mandé ;

- l'ordonnance du 12 décembre 2023 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert psychiatre à la somme de 4 700 euros TTC ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte,

- les conclusions de M. Florian Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- les observations de Mme C, élève avocate assistée de Me Bouillot, ainsi que de Me Bouillot, représentant Mme A, et celles de Me Benesty, représentant la commune de Saint-Mandé.

Considérant ce qui suit :

1. Par le jugement avant dire droit du 5 juillet 2022 précité, le tribunal, a, ainsi que susvisé, partiellement statué sur la demande d'indemnisation présentée sous le n° 1810532 par Mme D A, en ordonnant une expertise médicale avant de se prononcer sur le préjudice tiré des souffrances endurées par la requérante, confiée à un expert psychiatre et dont le rapport, du 13 novembre 2023, a été enregistré au greffe du tribunal le lendemain.

Sur le surplus des conclusions indemnitaires, au titre de la responsabilité pour faute :

En ce qui concerne la gestion par la commune de la dénonciation par Mme A d'agissements de harcèlement moral à son encontre :

2. Aux termes des dispositions figurant alors à l'article 6 quinquies de la loi de 1983, désormais codifiées à l'article L. 133-1 du code général de la fonction publique : " () Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. "

3. Premièrement, la requérante invoque qu'ayant saisi le maire de Saint-Mandé, par courrier du 28 mai 2018, d'agissements à son égard, dénoncés au titre d'un harcèlement moral, son employeur l'a informée, par un courrier du 21 juin 2018, de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre, ce avant même d'apporter une réponse, par courrier du 24 juillet suivant, à sa demande de protection fonctionnelle. Cependant, nonobstant la chronologie des faits précitée, il résulte de l'instruction que la procédure en question a été engagée au motif que Mme A aurait effacé, juste avant son départ en congé de maladie, en mars 2018, un certain nombre de fichiers informatiques, dont il s'est avéré ensuite qu'elle les avait simplement transférés dans un autre dossier du réseau informatique de sa direction. Or, il n'est pas même allégué par la requérante qu'elle en aurait informé ses supérieurs ou collègues. Alors qu'il n'est pas contesté que les fichiers concernés étaient nécessaires au bon fonctionnement du service et que toute poursuite a été abandonnée sitôt que le conseil de Mme A a, par courrier du 3 juillet 2018, apporté les éléments requis pour infirmer le grief tiré d'une suppression de fichiers, la seule concomitance des poursuites disciplinaires et de la dénonciation de faits de harcèlement ne saurait suffire à établir un lien de causalité entre ces évènements. Aucune faute ne saurait, dès lors, être retenue à cet égard.

4. Deuxièmement, il résulte de l'instruction que la décision d'affecter Mme A sur un poste d'administratrice fonctionnelle du système d'information de la gestion financière, par un arrêté du 16 novembre 2018, s'inscrit dans le contexte de difficultés relationnelles non contestées entre l'intéressée et sa hiérarchie, en sorte qu'une mesure de changement d'affectation s'imposait afin d'assurer le bon fonctionnement du service. Il résulte également de l'instruction que cette mesure répondait à la nécessité de réunir des conditions favorables de reprise d'activité de Mme A, à l'issue de son congé de maladie. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de l'avis défavorable rendu sur sa mutation par la commission administrative paritaire (CAP), elle n'assortit ses écritures d'aucune précision ni ne produit l'avis en question. Au demeurant, il résulte des éléments versés aux débats que cet avis est justifié par plusieurs points d'attention que le maire de Saint-Mandé a pris en compte dès réception, s'agissant du besoin en formation pour l'exercice de nouvelles missions, ce qui a conduit à programmer un plan d'accompagnement, de l'opportunité d'une nouvelle saisine de la commission de réforme, à laquelle a procédé l'autorité territoriale et de la perte de la nouvelle bonification indiciaire qui a été palliée par une augmentation des autres composantes du régime indemnitaire de l'intéressée à due proportion. Ainsi, et nonobstant la concomitance entre le courrier de Mme A du 28 mai 2018 et le courrier, du 24 juillet 2024, par lequel l'autorité territoriale a simultanément informé la requérante qu'elle lui refusait l'octroi de la protection fonctionnelle et envisageait son changement d'affectation, il ne résulte pas d'instruction que ce changement, justifié par l'intérêt du service, ait été décidé en considération de ce que Mme A avait dénoncé l'existence d'un harcèlement moral. Ainsi, aucune faute ne saurait, en tout état de cause, être retenue à cet égard.

En ce qui concerne les préjudices :

5. D'une part, par le jugement avant dire droit susvisé, le tribunal a jugé qu'étaient dépourvus de lien de causalité direct et certain avec la faute retenue, tirée de l'illégalité de la décision du maire de Saint-Mandé du 24 juillet 2018 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie de Mme A, le préjudice financier constitué de frais médicaux et d'assistance juridique, constatant en outre que la requérante n'en établissait ni la réalité ni le montant, en dépit d'une mesure d'instruction diligentée à cet effet. Pour le surplus du préjudice financier allégué, constitué d'une perte de revenus, le tribunal a retenu que, celui-ci résultant de la maladie professionnelle affectant Mme A et n'étant pas indemnisable sur le fondement de la responsabilité sans faute, la demande indemnitaire à cet égard devait être rejetée, ainsi qu'énoncé au point 66 et à l'article 5 du jugement avant dire droit. Il en est de même s'agissant du préjudice tiré de l'incidence professionnelle résultant de la même maladie. Le tribunal a ainsi épuisé sa compétence s'agissant des préjudices précités. Or si la requérante, dans son mémoire du 18 janvier 2024, réitère des conclusions concernant des préjudices financier et professionnel, sans aucune précision, il n'apparaît pas que, ce faisant, celle-ci présente une demande sur laquelle il n'a pas été déjà statué.

6. D'autre part, s'agissant du surplus des préjudices invoqués, ceux-ci sont dépourvus de lien de causalité direct et certain avec la faute retenue mentionnée au point précédent. Par suite et compte tenu de ce qui a été dit au même point, les conclusions indemnitaires de la requête doivent, au titre de la responsabilité pour faute, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions indemnitaires, au titre de la responsabilité sans faute :

En ce qui concerne les souffrances endurées :

7. Tout d'abord, il résulte de l'instruction que Mme A a été placée en arrêt de travail à compter du 5 mars 2018 à raison d'un état pathologique caractérisé par un syndrome anxio-dépressif, que le tribunal a jugé imputable au service. Aux termes du rapport d'expertise juridictionnelle du 13 novembre 2023, l'état de santé de Mme A résultant de cette pathologie a été consolidé au 19 novembre 2021, ainsi qu'également retenu par une expertise médicale réalisée à cette même date, et par un avis du comité médical rendu le 16 mai 2022. En l'absence de tout élément contraire et notamment de contestation des parties, il y a lieu de retenir une consolidation au 19 novembre 2021.

8. Ensuite, le rapport d'expertise juridictionnelle a conclu à l'existence de souffrances endurées par Mme A à raison de sa pathologie, évaluées à 4 sur une échelle comportant sept degrés. A cet égard, la commune de Saint-Mandé est fondée à soutenir, en défense, qu'il ne peut être tenu compte, s'agissant d'un poste de préjudice avant consolidation de l'état de santé, de circonstances postérieures à cette consolidation ayant pu aggraver cet état. En revanche, les constatations opérées par l'expertise juridictionnelle sont corroborées par les autres pièces du dossier et l'intensité des souffrances endurées par la requérante n'est pas utilement infirmée par la commune. Il résulte ainsi de l'instruction la survenance dans un contexte de travail délétère d'un état dépressif majeur en mars 2018, dont les effets ont perduré sans amélioration ou stabilisation de l'état de santé durant plus de trois ans et huit mois. Eu égard à ces circonstances et à la durée concernée, il y a lieu de retenir le degré de 4/7, correspondant à un niveau d'intensité moyen. Il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées en fixant l'indemnité destinée à les réparer à la somme de 7 200 euros.

En ce qui concerne les demandes en indemnisation d'autres préjudices :

9. Il ne résulte d'aucune des écritures présentées par la requérante antérieurement au jugement avant dire droit l'invocation d'un préjudice personnel, autre que les souffrances endurées, résultant de sa pathologie. S'agissant du préjudice moral causé par une pathologie imputable au service, celui subi avant consolidation est inclus dans le poste de préjudice des souffrances endurées, et dans le poste du déficit fonctionnel permanent post consolidation, en sorte qu'il ne peut faire l'objet d'une indemnisation distincte de ces postes de préjudice. Or dans son mémoire du 17 décembre 2018, la requérante, recherchant la responsabilité de la commune à plusieurs titres, n'a présenté aucune demande au titre de sa maladie professionnelle à raison de souffrances psychiques persistant après consolidation de son état de santé, cette consolidation n'étant d'ailleurs intervenue que trois ans plus tard. L'intéressée n'a pas davantage fait état d'un quelconque trouble dans les conditions d'existence, ni d'une réduction séquellaire de ses capacités au plan physique ou psychique, lesquels correspondent aux postes de préjudice du déficit fonctionnel temporaire ou permanent. Il s'ensuit une absence de demande par la requête du 17 décembre 2018 pour ces chefs de préjudice. Dans ces conditions, le jugement avant dire droit susvisé a statué sur les souffrances avant consolidation, en ordonnant une expertise avant dire droit, dont la mission est déterminée par l'article 6 de ce jugement, et en rejetant, pour le surplus, la demande de réparation du préjudice moral, au point 69 du même jugement. Il suit de là que les nouvelles demandes présentées par la requérante, par mémoire du 18 janvier 2024, au titre d'un déficit fonctionnel temporaire et permanent, ne peuvent qu'être rejetées, de même que celle relative à un préjudice moral distinct des souffrances endurées.

10. Par ailleurs, alors que le jugement avant dire droit à rejeté, en son article 5, les demandes indemnitaires présentées au titre de préjudices financier et professionnel résultant de la maladie professionnelle de Mme A, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, ses demandes réitérées à cet égard, par mémoire du 18 janvier 2024, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la demande de complément d'expertise :

11. La requérante, tout d'abord, ne met pas à même le tribunal de saisir et le sens et la portée de sa demande en vue d'un complément d'expertise pour se prononcer sur " l'imputabilité au service de son déménagement hors de région parisienne ". Ensuite, au terme de l'expertise ordonnée par le jugement du 5 juillet 2022 susvisé, le tribunal a été en mesure de statuer sur l'ensemble des prétentions indemnitaires présentées dans le cadre de la présente instance, en sorte que de nouvelles opérations d'expertise ordonnées avant dire droit ne présentent au cas particulier aucun caractère utile. Ces demandes à fin d'expertise doivent en conséquence être rejetées.

Sur les frais d'expertise :

12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

13. Par l'ordonnance susvisée du 12 décembre 2023, les frais et honoraires d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 4 700 euros TTC. Ceux-ci doivent être mis, en application des dispositions précitées, à la charge définitive de la commune de Saint-Mandé, partie perdante.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

15. Il y a lieu, par application des dispositions précitées, de mettre à la charge de la commune de Saint-Mandé la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la partie requérante, non compris dans les dépens. Les mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de la requérante le versement à la commune de la somme demandée par cette dernière au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La commune de Saint-Mandé est condamnée à verser à Mme A la somme de 7 200 euros en réparation des souffrances endurées par celle-ci.

Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 4 700 euros, sont mis à la charge définitive de la commune de Saint-Mandé.

Article 3 : La commune de Saint-Mandé versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Mandé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à la commune de Saint-Mandé.

Copie en sera envoyée pour information au docteur E B, expert.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 février 2024.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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