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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1900537

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1900537

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1900537
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET ADDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 janvier 2019 et 27 août 2019, la société à responsabilité limitée (SARL) Coup de Food, représentée par Me Adda et Me Dalmasso, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés, des pénalités y afférentes et de l'amende de l'article 1759 du code général des impôts mis à sa charge au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2010 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- elle n'a pas été rendue destinataire de l'avis de vérification ni de la charte du contribuable vérifié ;

- la proposition de rectification n'est pas motivée ;

- l'administration n'a pas établi que les encaissements bancaires correspondent à des recettes professionnelles ;

- la méthode de reconstitution des recettes est excessivement sommaire et radicalement viciée dans son principe, dès lors qu'elle a nécessairement conduit à une double imposition de recettes au titre de l'exercice 2009 et au titre de l'exercice 2010 ;

- la majoration de l'article 1728 du code général des impôts n'est pas motivée ni justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2019, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision de rejet de la réclamation préalable ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 septembre 2022 :

- le rapport de M. A ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Coup de Food qui exerce une activité de fabrication et de vente de pâtisseries orientales, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des années 2010 à 2012, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire de proposition de rectification le 20 décembre 2013. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2010, 2011 et 2012 ont été mis en recouvrement le 16 mars 2015. La réclamation présentée le 27 décembre 2017 a été partiellement rejetée par décision du 21 novembre 2018. Par la requête précitée, la société demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés au titre de l'année 2010 et des pénalités qui lui ont été appliquées.

Sur la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 11 du livre des procédures fiscales, " Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration ". L'article L. 47 du même livre prévoit qu'" () une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification () ".

3. Si la requérante soutient que l'administration n'apporte pas la preuve de la réception de l'avis de vérification du 19 juillet 2013 ni de la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, il résulte de l'instruction et notamment des mentions non contestées de la proposition de rectification du 20 décembre 2013 qu'en tout état de cause, l'administration a, par un courrier du 6 septembre 2013 adressé en lettre simple, ainsi qu'en lettre recommandée avec accusé de réception notifiée le 10 septembre suivant, soit avant le début des opérations de vérification, la copie de l'avis de vérification du 19 juillet précédent avertissant la société de l'engagement d'une vérification de comptabilité avec un premier entretien fixé au 20 septembre suivant, auquel a été présent le gérant de la requérante. A supposer que la charte précitée n'ait pas été jointe à ce courrier du 6 septembre 2013 qui en mentionnait expressément la production en annexe, il appartenait alors à la requérante de faire les diligences nécessaires pour en obtenir communication avant l'intervention de ce premier entretien. Dans ces conditions, le moyen précité ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

5. La proposition de rectification du 20 décembre 2013 mentionne les impositions et les années en cause, les motifs de fait et de droit sur lesquels sont fondés les redressements ainsi que les modalités de calcul de ces derniers. Si la société requérante soutient que le service ne fournit pas le détail des sommes aboutissant à un total d'encaissements cumulés au titre de l'année 2010 de 994 983,53 euros TTC, ni leurs modalités de détermination, il résulte de l'instruction que le vérificateur a pris en compte l'ensemble des crédits portés sur le compte bancaire qu'il a analysés, ainsi que les apports en caisse au titre de l'année 2010, ce qui permettait à la société de produire utilement des observations, ainsi qu'elle l'a fait le 21 février 2014. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

6. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises () ".

7. La société requérante soutient que l'administration n'établit pas que toutes les sommes encaissées par la société en 2010 constituaient des recettes imposables, ni qu'elles constituaient des recettes rattachables à l'impôt sur les sociétés au titre de cet exercice, de sorte que la reconstitution du chiffre d'affaires serait excessivement sommaire et radicalement viciée dans son principe. Toutefois, il résulte de l'instruction que le vérificateur, après avoir constaté l'absence de caractère probant de la comptabilité produite, ainsi que l'absence de fourniture du détail des recettes, a retenu pour déterminer le chiffre d'affaires de l'année 2010 le montant des sommes encaissées au titre de cette même année. Dans ces conditions, et alors que la société ne conteste pas l'absence de caractère probant de sa comptabilité, n'a produit aucune pièce justificative dans le cadre de la procédure de vérification ni à l'appui de ses écritures et ne fait état d'aucune méthode alternative de reconstitution plus précise de ces recettes, la méthode utilisée par le vérificateur ne peut pas être considérée comme excessivement sommaire ou radicalement viciée dans son principe.

Sur la majoration :

8. D'une part, aux termes de l'article 1728 du code général des impôts, dans sa version applicable : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable () ".

10. En premier lieu, en l'espèce, la proposition de rectification du 20 décembre 2013 indique que la déclaration de résultats de l'exercice du 1er janvier au 31 décembre 2010 qui devait légalement être déposée le 3 mai 2021 avait été déposée par la requérante le 25 octobre 2012 et précise que conformément aux dispositions précitées du a. de l'article 1728 du code général des impôts, en l'absence de mise en demeure, une majoration de 10 % est appliquée aux rappels sur 2010. Cette proposition de rectification comporte les éléments de droit et de fait sur lesquels le service s'est fondé pour appliquer cette majoration. Cette dernière est donc suffisamment motivée.

11. En second lieu, la requérante soutient qu'il appartient à l'administration de produire l'enveloppe de la déclaration de résultats justifiant qu'elle a été déposée tardivement. Toutefois, il résulte de l'instruction que la déclaration de résultats de l'année 2010 a été déposée par la société par voie dématérialisée le 25 octobre 2012, ainsi qu'il résulte des mentions de cette déclaration. C'est donc à juste titre que le service a appliqué la majoration de 10 % de l'article 1728 du code général des impôts.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions contestées présentées par la SARL Coup de Food doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la SARL Coup de Food est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Coup de Food et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le rapporteur,

P. A La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. BOURGAULT

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