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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1902406

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1902406

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1902406
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantTOURROU PHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 mars et 18 juin 2019,

M. et Mme B A, représentés par Me Tourou, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 janvier 2019 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a rejeté leur réclamation préalable ;

2°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2011 à 2013 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les rehaussements n'ont jamais été portés à leur connaissance en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 17 avril 2019 et 2 juin 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision du 15 janvier 2019 rejetant la réclamation préalable de M. et Mme A.

M. et Mme A ont présenté des observations sur ce moyen relevé d'office le 4 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tourrou, représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. L'Eurl Dj Flo Original Events, qui exerce dans le domaine de l'événementiel, et dont M. A est l'unique associé, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des années 2010 à 2014, à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notifiée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2010 à 2014 et des suppléments de cotisations d'impôt sur les sociétés au titre des années 2010 à 2013. Une proposition de rectification du même jour a été adressée au foyer fiscal de M. et Mme A, tirant les conséquences de la vérification de comptabilité en matière de revenus distribués. Au terme de la procédure, ils ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2011 à 2013 et de contributions sociales au titre des années 2011 et 2012. M. et Mme A demandent la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de ces années.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de rejet de la réclamation préalable :

2. La décision par laquelle l'administration statue sur la réclamation contentieuse du contribuable ne constitue pas un acte détachable de la procédure d'imposition. Elle ne peut, en conséquence, être déférée à la juridiction administrative par la voie du recours pour excès de pouvoir et ne peut faire l'objet d'un recours contentieux qu'au titre de la procédure fixée par les articles L. 190 et suivants du livre des procédures fiscales. Dès lors, les conclusions de

M. et Mme A tendant à l'annulation de la décision rejetant leur réclamation préalable sont en tout état de causes irrecevables.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ".

4. Il résulte des dispositions des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse aux observations du contribuable, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.

5. M. et Mme A soutiennent que la proposition de rectification est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales. A l'appui de leur argumentation, ils font valoir que les rectifications qui leur ont été notifiées l'ont été au vu des rectifications des bénéfices sociaux de l'Eurl Dj Flo Original Event et qu'en se bornant à faire référence à la proposition de rectification de la société sans en avoir annexé une copie à celle qu'ils ont reçue et sans en avoir reproduit les motifs de fait ou de droit pour lesquels les bases imposables de cette société ont été rehaussées, l'administration fiscale a insuffisamment motivée la proposition de rectification qu'elle leur a adressée.

6. Il résulte de l'instruction que, par une proposition de rectification du 11 décembre 2014 adressée à M. et Mme A, tirant les conséquences de la vérification de comptabilité de

l'Eurl Dj Flo Original Events sur le calcul de leur impôt sur le revenu pour les années 2011 à 2013, dont M. A est le gérant, l'administration fiscale a précisé, s'agissant des distributions occultes imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers que, dans le cadre de la vérification de comptabilité de l'Eurl Dj Flo Original Events, le montant du bénéfice avait été taxé d'office à concurrence des sommes de 144 743 euros, pour 2011, de 61 322 euros, pour 2012, et de 183 222 euros, pour 2013, que M. A, est l'unique associé de cette société " si bien qu'il appréhende à lui seul les bénéfices sociaux " et qu'" en présence d'un résultat bénéficiaire et d'un associé unique, l'administration dispose d'une présomption de distribution. Ainsi, les revenus réputés distribués seront imposés entre les mains de celui qui les a réellement appréhendés soit M. A, véritable maître de l'affaire " et, enfin, que le montant des bénéfices imposables taxés d'office feront l'objet d'une distribution à l'impôt sur le revenu de M. A dans son intégralité en application des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et que cette distribution sera multipliée par un coefficient de 1,25 en vertu des dispositions du 2° de l'article 158-7 du code général des impôts afin de compenser l'intégration de l'abattement de 20 % au barème de l'impôt sur le revenu. Si l'administration fiscale fait mention de la proposition de rectification adressée à l'Eurl Dj Flo Original Events, elle ne fait, toutefois, aucune référence aux motifs qu'elle a retenus pour rectifier le bénéfice imposable de la société et ne l'a pas annexé à celle qui a été adressée à M. et Mme A, ainsi que cela ressort de la page de garde de la proposition de rectification dont ils on été destinataires et qui indique comporter six feuilles soit douze pages correspondant à l'intégralité de la proposition de rectification. Il suit de là que

M. et Mme A sont fondés à soutenir que les suppléments de cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquels ils sont été assujettis au titre des années 2011 à 2013 ont été établis à l'issue d'une procédure d'imposition irrégulière.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que M. et Mme A sont fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2011 à 2013. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui a la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme A sont déchargés des suppléments de cotisations d'impôt sur le revenu auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2011 à 2013, ainsi que des suppléments de cotisations de contributions sociales auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2011 à 2012 et des pénalités correspondantes.

Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A, à Me Tourrou et à la direction départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Delmas, premier conseiller,

Mme Réchard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 202La présidente-rapporteure,

S. C

L'assesseur le plus ancien,

S. DELMASLa greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1902406

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