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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1902503

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1902503

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1902503
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2019, la société Hamoris Invest doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015.

Elle soutient que c'est à tort que l'administration a remis en cause le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge concernant son opération immobilière, dès lors que le bénéfice de ce régime est uniquement subordonné à l'absence de déduction de la taxe lors de l'acquisition.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 14 mai 2019 et 20 novembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que le moyen soulevé par la société n'est pas fondé.

La société Hamoris Invest a produit le 31 janvier 2022, après la clôture de l'instruction, un mémoire qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2006/112/CE du 28 novembre 2006 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Hamoris Invest exerce une activité de marchand de biens. Dans ce cadre, elle a acquis en 2014 un terrain bâti supportant une maison d'habitation sur le territoire de la commune de Houssay-en-Brie, puis a divisé les terrains nus attenants à la construction en vue de les revendre en qualité de terrains à bâtir. Au cours des années 2014 et 2015, cinq terrains à bâtir résultant de cette division ont été revendus en incluant la taxe sur la valeur ajoutée calculée sur la marge, en application de l'article 268 du code général des impôts. Par une proposition de rectification du 8 juin 2018, l'administration fiscale a notifié à la société des rappels de taxe sur la valeur ajoutée procédant de la remise en cause du bénéfice de ce régime, au titre de l'année 2015. La société a présenté ses observations par un courrier du 8 juin 2018, et l'administration a maintenu les rectifications envisagées dans sa réponse aux observations du contribuable, le 13 juillet 2018. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard, ont été mis en recouvrement le 15 janvier 2019 à hauteur de la somme de 41 952 euros. Par une décision du 22 février 2019, l'administration a rejeté sa réclamation du 27 janvier 2019. Par la présente requête, la société Hamoris Invest doit être regardée comme sollicitant la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015.

2. Le I de l'article 257 du code général des impôts dans sa rédaction applicable, issue de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du 2 du b de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession.

3. L'article 392 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 susvisée, relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée dispose toutefois que : " Les Etats membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat ". L'article 268 du code général des impôts, pris pour la transposition de ces dispositions, prévoit, dans sa rédaction également issue de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, que : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir (), si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; 2° D'autre part, selon le cas : - soit les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain () ".

4. Il résulte de ces dernières dispositions, lues à la lumière de celles de la directive dont elles ont pour objet d'assurer la transposition, que les règles de calcul dérogatoires de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient s'appliquent aux opérations de cession de terrains à bâtir qui ont été acquis en vue de leur revente et ne s'appliquent donc pas à une cession de terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti, notamment quand le bâtiment qui y était édifié a fait l'objet d'une démolition de la part de l'acheteur-revendeur ou quand le bien acquis a fait l'objet d'une division parcellaire en vue d'en céder séparément des parties ne constituant pas le terrain d'assiette du bâtiment.

5. Il résulte de l'instruction que la société Hamoris Invest a acquis, le 27 janvier 2014, en vue de la revente, un terrain sur lequel était implanté une maison d'habitation. Elle a ensuite procédé, les 17 avril et 12 juin 2015, à la cession de deux terrains à bâtir résultant de la division de cette parcelle. La société ne conteste pas que ces deux terrains, qui relevaient d'une même unité foncière, avaient, au moment de leur acquisition, la qualité de terrains bâtis, et non de terrains à bâtir. Il en résulte que, dès lors que la qualification de ces terrains a été modifiée entre l'acquisition et la revente, la condition d'identité juridique des terrains à laquelle renvoie l'article 268 du code général des impôts n'est pas satisfaite. Dans ces conditions, et en application des principes énoncés au point 4, la société ne pouvait se placer, pour vendre ces terrains, sous le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la société Hamoris Invest n'est pas fondée à solliciter la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période en litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Hamoris Invest est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Hamoris Invest et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La rapporteure,

M. A

La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°1902503

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