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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1902558

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1902558

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1902558
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantDOMINGUEZ FRANCIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2019, la société à responsabilité limitée (SARL) Soleil d'Asie, représentée par Me Dominguez, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 18 septembre 2014 au 30 juin 2016, ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui en résultent au titre du profit sur le Trésor ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la proposition de rectification est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est en droit de bénéficier de la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée sur le terrain de la loi fiscale et de la doctrine BOI-TVA-DED-40-10-10 du 7 février 2018 §55.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2019, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision de rejet de la réclamation préalable ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 novembre 2022 :

- le rapport de M. A ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Soleil D'Asie, qui exerce une activité de restauration, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos les 30 juin 2015, 2016 et 2017, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification le 19 octobre 2018. Un avis de mise en recouvrement a été rendu exécutoire à son encontre le 14 décembre 2018 pour obtenir le recouvrement de rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 18 septembre 2014 au 30 juin 2016 et des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015 et 2016. Une réclamation d'assiette a été présentée le 7 janvier 2019 et rejetée par décision du directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne du 22 janvier suivant. Par la requête précitée, la société demande la décharge de ces impositions.

Sur la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".

3. La requérante n'ayant pas produit d'observations dans le délai de trente jours suivant la notification de la proposition de rectification du 19 octobre 2018, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions contestées lui incombe.

Sur la procédure d'imposition :

4. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

6. La proposition de rectification adressée, le 19 octobre 2018, à la SARL Soleil d'Asie, mentionne les impôts concernés, les années et les bases d'imposition, ainsi que les motifs de rectification. Cette proposition de rectification comporte ainsi l'ensemble des éléments de fait et de droit permettant à la contribuable de formuler utilement ses observations. Si elle soutient que " le service vérificateur a remis en cause sans fondement la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur les factures établies par la société PetF Xia Décor pour la fourniture de biens et services ", un tel élément, qui concerne le bien-fondé des motifs de la proposition de rectification, est sans influence sur le caractère suffisant de la motivation de cette proposition de rectification. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions contestées :

Sur le terrain de la loi fiscale,

7. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Aux termes de l'article 289 du même code : " () II. - Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur la facture. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée ". Aux termes de l'article 242 nonies A de l'annexe II à ce code : " Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : () 8° Pour chacun des biens livrés ou des services rendus, la quantité, la dénomination précise, le prix unitaire hors taxes et le taux de taxe sur la valeur ajoutée légalement applicable ou, le cas échéant, le bénéfice d'une exonération () ".

8. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 19 octobre 2018, que l'administration a remis en cause le caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur huit factures émises par la SARL PetF Xia Décor au cours des exercices clos en 2015 et 2016, aux motifs que les mentions portées sur ces factures ne répondent pas aux exigences des articles 289 du code général des impôts et 242 nonies A de l'annexe II au même code.

9. La requérante soutient que les livraisons de biens et prestations qui lui ont été facturées par la société PetF Xia Décor ont bien été réglées, que cette dernière société a fait l'objet d'un contrôle fiscal sur la même période qui n'a révélé aucune irrégularité et que la rectification est contraire au principe de la neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, il est constant que les factures dont le caractère déductible a été remis en cause par l'administration et dont des copies ont été produites en annexe à la proposition de rectification, ne respectaient pas les conditions formelles prévues par les dispositions précitées de l'article 242 nonies A de l'annexe II au code général des impôts, faute notamment de porter mention de la dénomination précise et du prix unitaire de chacun des matériels de cuisine facturés par la société PetF Xia Décor qui est, au demeurant, spécialisée dans les travaux de peinture et vitrerie. Par ailleurs, les circonstances, à les supposer établies, que les factures auraient bien été réglées et que le contrôle fiscal de cette dernière société au titre de la même période n'aurait donné lieu à aucune rectification sont sans incidence sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige. Enfin, la requérante n'établit pas en quoi le principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée justifierait de lui accorder le bénéfice de la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée portée sur les factures en cause. Dans ces conditions, c'est à juste titre que l'administration a refusé la déductibilité des montants de taxe sur la valeur ajoutée figurant sur ces factures irrégulièrement établies et a, par voie de conséquence, appliqué des rehaussements d'impôt sur les sociétés correspondant au profit sur le Trésor.

Sur le terrain de la doctrine,

10. Si la société requérante se prévaut, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe 55 du BOI-TVA-DED-40-10-10 du 7 février 2018 aux termes duquel " la seule omission ou inexactitude de l'une des mentions obligatoires n'entraîne pas nécessairement la remise en cause de la validité d'une facture pour l'exercice des droits à déduction de la taxe dès lors que l'opération est justifiée dans sa réalité et qu'elle satisfait par ailleurs aux autres conditions posées pour l'exercice du droit à déduction ", ce commentaire administratif ne comporte pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application dans le présent jugement. En outre, la doctrine dont la société se prévaut est postérieure aux années d'imposition en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SARL Soleil d'Asie est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Soleil d'Asie et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le rapporteur,

P. A La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°°1902558

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