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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1902567

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1902567

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1902567
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantPRINCE JULIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2019, la société Immo Keys Invest, représentée par Me Prince, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, pour un montant total de 23 241 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration a remis en cause le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge concernant son opération immobilière, dès lors que l'article 268 du code général des impôts ne prévoit expressément aucune condition tenant à l'absence de transformation de l'immeuble entre l'achat et la revente mais impose seulement que l'acquisition du bien n'ait pas ouvert de droit à déduction ;

- en tout état de cause, le principe de la division cadastrale a été acté antérieurement à l'acquisition du terrain, de sorte que les lots issus de la division cadastrale pour la revente desquels le service a remis en cause l'application du régime de la marge avaient en réalité, dès leur acquisition, la nature de terrains à bâtir ;

- à titre subsidiaire, les montants retenus pour le calcul des rappels de taxe sur la valeur ajoutée sont erronés ;

- l'administration ne pouvait fonder ses rectifications sur la doctrine administrative BOI-TVA-IMM-10-20-10-n°20 qui ajoute une condition à la loi ;

- elle est fondée à se prévaloir de la réponse ministérielle à la question n° 04171 posée par M. C A, sénateur, publiée au Journal officiel du Sénat en date du 17 mai 2018.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2019, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2006/112/CE du 28 novembre 2006 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Immo Keys Invest, qui exerce une activité de marchand de biens, a acquis, au cours de l'année 2014, un ensemble immobilier sur le territoire de la commune de Saint-Jean-les-deux-Jumeaux (Seine-et-Marne) constitué d'un terrain sur lequel était implanté une maison d'habitation. Elle a ensuite divisé les terrains nus attenants à la construction en vue de les revendre en qualité de terrains à bâtir. Les 8 juillet 2016 et 13 juin 2017, quatre parcelles correspondant à des terrains à bâtir ont été cédées en deux lots, en incluant la taxe sur la valeur ajoutée calculée sur la marge, en application de l'article 268 du code général des impôts. A l'issue d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, le service a notifié à la société, selon la procédure de taxation d'office, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée procédant de la remise en cause du bénéfice de ce régime. Ces rappels ont été assortis des intérêts de retard et d'une majoration de 10% prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts. La société a fait valoir ses observations par courrier du 25 juillet 2018, et l'administration a maintenu les rectifications envisagées dans sa réponse aux observations du contribuable par courrier du 30 août 2018. Par une décision du 30 janvier 2019, l'administration a rejeté la réclamation préalable introduite par la société requérante le 18 octobre 2018. Par la présente requête, la société Immo Keys Invest sollicite la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée litigieux.

Sur le bien-fondé de l'imposition litigieuse :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

S'agissant du principe de l'application du régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge aux cessions litigieuses :

2. Le I de l'article 257 du code général des impôts dans sa rédaction applicable, issue de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du 2 du b de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession.

3. L'article 392 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 susvisée, relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée dispose toutefois que : " Les Etats membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat ". L'article 268 du code général des impôts, pris pour la transposition de ces dispositions, prévoit, dans sa rédaction également issue de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, que : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir (), si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; 2° D'autre part, selon le cas : - soit les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain () ".

4. Il résulte de ces dernières dispositions, lues à la lumière de celles de la directive dont elles ont pour objet d'assurer la transposition, que les règles de calcul dérogatoires de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient s'appliquent aux opérations de cession de terrains à bâtir qui ont été acquis en vue de leur revente et ne s'appliquent donc pas à une cession de terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti, notamment quand le bâtiment qui y était édifié a fait l'objet d'une démolition de la part de l'acheteur-revendeur ou quand le bien acquis a fait l'objet d'une division parcellaire en vue d'en céder séparément des parties ne constituant pas le terrain d'assiette du bâtiment.

5. Il résulte de l'instruction que la société Immo Keys Invest a acquis le 18 novembre 2014, en vue de la revente, un terrain sur lequel était implanté une maison d'habitation et qui présentait de ce fait le caractère d'un terrain bâti. La circonstance que, après son acquisition, ce terrain a fait l'objet d'une division en six parcelles, dont quatre terrains à bâtir, ne permet pas de regarder ces terrains, qui relevaient d'une même unité foncière, comme ayant la qualité de terrains à bâtir dès lors qu'ils ne présentaient pas ce caractère lors leur acquisition. Si la société requérante se prévaut à cet égard d'un arrêté de non-opposition à déclaration préalable du maire de la commune de Saint-Jean-les-deux-Jumeaux autorisant une telle division en lots dès le 6 juin 2014, soit antérieurement à l'acquisition intervenue le 18 novembre 2014, cette circonstance est sans incidence sur la qualification de ces terrains, qui n'ont pas été acquis séparément par la société requérante. Dans ces conditions, et en application des principes énoncés au point 4, en estimant que la société ne pouvait se placer, pour vendre ces terrains, sous le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge en raison de la modification de la qualification juridique des biens acquis, l'administration fiscale n'a ni ajouté une condition au texte de l'article 268 du code général des impôts, ni commis d'erreur de droit.

S'agissant des modalités de calcul :

6. A titre subsidiaire, si la société soutient que des erreurs de calcul affectent la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée due au titre des années 2016 et 2017, elle ne produit aucune pièce justifiant du calcul dont elle se prévaut. Au contraire, il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification du 30 juin 2016, que le service vérificateur a calculé le montant de la taxe sur la valeur ajoutée sur la base du prix non contesté des cessions, auquel il a soustrait le montant de la taxe sur la valeur ajoutée déjà déclaré par l'entreprise. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration fiscale aurait commis une erreur de calcul. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

7. D'une part, si la société Immo Keys Invest se prévaut de l'instruction BOI-TVA-IMM-10-20-10, celle-ci ne comporte pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il a été fait application dans le présent jugement, en ce qui concerne la revente comme terrain à bâtir d'un lot acquis en tant que terrain d'assiette d'un immeuble bâti.

8. D'autre part, la société requérante ne saurait davantage se prévaloir de la réponse ministérielle faite au sénateur Jean-Pierre A (JO Sénat 17 mai 2018 p. 2361), au demeurant postérieure à la période d'imposition en litige, qui précise notamment que l'administration n'exige plus, pour la mise en œuvre de la taxation sur la marge, que le bien revendu soit identique au bien acquis quant à ses caractéristiques physiques tout en imposant que la condition d'identité juridique soit respectée. Cette réponse ne comporte, en tout état de cause, aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Immo Keys Invest n'est pas fondée à solliciter la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période en litige. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Immo Keys Invest du marché est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Immo Keys Invest et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

M. B

La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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