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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1902918

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1902918

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1902918
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantPRINCE JULIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 mars 2019 et 19 juin 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Agence du Marché, représentée par Me Prince, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 août 2017, pour un montant total de 255 038 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 € en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration a remis en cause le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge concernant ses opérations immobilières au motif qu'il n'y avait pas d'identité entre les biens qu'elle a acquis et les biens qu'elle a ensuite vendus, dès lors que l'article 268 du code général des impôts ne prévoit expressément aucune condition tenant à l'absence de transformation de l'immeuble entre l'achat et la revente ;

- cet article ne prévoit qu'une seule condition pour l'application de ce régime tenant à ce que l'acquisition du bien n'ait pas ouvert de droit à déduction ;

- l'administration ne pouvait fonder ses rectifications sur la doctrine administrative BOI- TVA-IMM-10-20-10-n°20 qui ajoute une condition à la loi ;

- elle est fondée à se prévaloir de la réponse ministérielle à la question n° 04171 posée par M. C A, sénateur, publiée au Journal officiel du Sénat en date du 17 mai 2018.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 juin 2019 et 23 juillet 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la réclamation préalable ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2006/112/CE du 28 novembre 2006 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 octobre 2022 :

- le rapport de M. B ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Agence du Marché qui exerce une activité de marchand de biens, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité concernant la période du 1er janvier 2014 au 31 août 2017, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification du 15 décembre 2017 selon la procédure contradictoire. Des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de cette période ont été mis en recouvrement le 11 juillet 2018. La réclamation présentée le 2 août 2018 a été implicitement rejetée. Par la requête précitée, la société demande la décharge de ces impositions.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Le I de l'article 257 du code général des impôts dans sa rédaction applicable, issue de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du 2 du b de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession.

3. L'article 392 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 susvisée, relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée dispose toutefois que : " Les Etats membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat ". L'article 268 du code général des impôts, pris pour la transposition de ces dispositions, prévoit, dans sa rédaction également issue de l'article 16 de la loi du 9 mars 2010 de finances rectificative pour 2010, que " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir (), si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; 2° D'autre part, selon le cas : - soit les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain () ".

4. Il résulte de ces dernières dispositions, lues à la lumière de celles de la directive dont elles ont pour objet d'assurer la transposition, que les règles de calcul dérogatoires de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient s'appliquent aux opérations de cession de terrains à bâtir qui ont été acquis en vue de leur revente et ne s'appliquent donc pas à une cession de terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti, notamment quand le bâtiment qui y était édifié a fait l'objet d'une démolition de la part de l'acheteur-revendeur ou quand le bien acquis a fait l'objet d'une division parcellaire en vue d'en céder séparément des parties ne constituant pas le terrain d'assiette du bâtiment.

5. Il résulte de l'instruction que la SARL Agence du Marché a acquis, en vue de leur revente, trois terrains bâtis et a procédé, pour chacun de ces biens, à des divisions parcellaires afin de parvenir à la cession de huit terrains à bâtir. La société a, d'une part, cédé les 17 et 24 octobre 2014 trois terrains à bâtir situés sur le territoire de la commune de Villepinte, résultant de la division de deux parcelles cadastrées BH 336 et 337 sur lesquelles était édifié, à la date de l'acquisition, un pavillon. Elle a, d'autre part, procédé, après la division en deux parcelles de la parcelle unique cadastrée Al 74 comprenant une maison d'habitation à Villeparisis, à la cession de l'une de ces parcelles comme terrain à bâtir le 21 octobre 2015. Enfin, sur le territoire de cette même commune, la société requérante a procédé à la cession, entre le 14 novembre 2016 et le 16 février 2017, de cinq terrains à bâtir résultant de la division d'une parcelle unique cadastrée AK 387 sur laquelle était édifiée, à la date de l'acquisition, une maison à usage d'habitation. Ainsi, il résulte de ce qui vient d'être exposé que l'ensemble des terrains à bâtir cédés proviennent de terrains sur lesquels étaient édifiées des maisons à usage d'habitation et dont la division parcellaire postérieure à leur acquisition par la société a créé des lots comprenant les terrains à bâtir en litige. Ces terrains, qui relevaient d'une même unité foncière, avaient donc, au moment de leur acquisition, la qualité de terrains bâtis et non de terrains à bâtir. Si la société requérante fait valoir qu'elle a procédé, pour la troisième opération réalisée à Villeparisis, aux divisions cadastrales antérieurement à l'acquisition de la parcelle AK 387 le 4 octobre 2016, il ne résulte toutefois pas de l'instruction, des pièces qu'elle produit, qu'une telle division serait effectivement intervenue antérieurement à la signature de l'acte de vente, alors que la rubrique " Descriptif " du bien repris dans la proposition de rectification ne mentionne qu'une seule parcelle sur laquelle est édifié " un pavillon pour une surface totale de 1 500 m² ". En outre, la circonstance que la division de l'unité foncière ait été autorisée préalablement à la vente est à cet égard sans incidence sur la qualification de ces terrains, dès lors que ceux-ci n'ont pas été acquis séparément par la société requérante. Dans ces conditions, et en application des principes énoncés au point 4, en estimant que la société ne pouvait se placer, pour vendre ces terrains, sous le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge en raison de la modification de la qualification juridique des biens acquis par la société requérante, l'administration fiscale n'a ni ajouté une condition au texte de l'article 268 du code général des impôts, ni commis d'erreur de droit.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

6. D'une part, si la requérante se prévaut de l'instruction BOI-TVA-IMM-10-20-10, celle-ci ne comporte pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il a été fait application dans le présent jugement.

7. D'autre part, la société requérante ne saurait davantage se prévaloir de la réponse ministérielle du 17 mai 2018 faite au sénateur Jean-Pierre A, au demeurant postérieure à la période d'imposition en litige, qui précise notamment que l'administration n'exige plus, pour la mise en œuvre de la taxation sur la marge, que le bien revendu soit identique au bien acquis quant à ses caractéristiques physiques tout en imposant que la condition d'identité juridique soit respectée. Cette réponse ne comporte, en tout état de cause, aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Agence du Marché n'est pas fondée à solliciter la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie pour la période en litige. Par voie de conséquence, ses conclusions au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Agence du Marché est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Agence du Marché et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

P. B La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°°1902918

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