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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1903298

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1903298

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1903298
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL MOCK-FREDERIC ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 avril 2019, 18 décembre 2020 et 19 juillet 2021, la SARL Security Learning System Company puis Me Souchon, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de cette dernière, et Mme B A, représentés

par Me Frédéric, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, notifiée le 9 février 2019, qui fait obligation d'une part à la société Security Learning System Company de verser au Trésor public la somme 625 400 euros au titre de l'inexécution d'actions de formations et d'autre part, de verser au Trésor public, solidairement avec sa dirigeante, la somme de 245 996 euros pour avoir intentionnellement présenté des documents comportant des mentions inexactes afin d'obtenir la prise en charge de formations professionnelles ;

2°) à titre subsidiaire, de ne retenir que la sanction de la somme de 245 996 euros pour avoir intentionnellement présenté des documents comportant des mentions inexactes afin d'obtenir la prise en charge de formations professionnelles ;

3°) à titre subsidiaire, de ne pas prononcer de condamnation à l'encontre de Mme A ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 500 euros à verser à la société Security Learning System Company au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 500 euros à verser à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision notifiée le 9 février 2019 est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne comporte pas de date ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure contradictoire a été méconnue, les contrôleurs n'ayant pas interrogé l'OPCALIM sur la réalité des dossiers et les contrats fournis par la société Security Learning System, le contenu des entretiens menés dans le cadre du contrôle auprès des stagiaires bénéficiaires des formations et des entreprises clientes n'ayant pas été versé au débat, ces entretiens n'ayant pas fait l'objet de retranscription ou d'attestation de la part des personnes interrogées et les noms des personnes auditionnées n'étant pas mentionnés, faisant douter de leur sincérité ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne permet pas de comprendre les montants dont le reversement est mis à la charge des requérants ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que les sommes de 625 400 euros et 245 996 euros mises ensemble à la charge de la société Security Learning System et portant sur les mêmes exercices contrôlés et les mêmes faits reprochés constituent une double sanction ;

- la décision portant obligation de verser au Trésor public des montants reçus pour des formations regardées comme non réalisées est entachée d'une erreur de droit dès lors que, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 6362-7 du code du travail, la sanction financière porte sur l'intégralité des formations dispensées alors qu'il aurait fallu isoler chacune des formations remises en cause ;

- cette décision fait une application erronée de ce même article dès lors que les obligations administratives ont été respectées et la réalité des actions de formation est étayée par les pièces fournies par la société ;

- la décision portant obligation de verser au Trésor public une somme sanctionnant l'établissement et l'usage de documents avec mentions inexactes pour obtenir indûment le paiement de prestations de formation fait de même une application erronée des dispositions de l'article L. 6362-7-2 du code du travail dès lors qu'il ne peut être retenu aucune intention à l'encontre du dirigeant de la société tendant à éluder l'une de ses obligations en matière de formation professionnelle ou à obtenir un versement indu au titre des formations dispensées.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 décembre 2020, 21 janvier et

14 septembre 2021, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'absence de date sur la décision attaquée, notifiée le 9 février 2019, n'entache pas cette décision d'irrégularité ;

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure contradictoire régulière ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 6362-7 du code du travail est inopérant dès lors que la décision se fonde sur les dispositions de l'article L. 6362-7-1 du code du travail et sur celles de l'article L. 6362-7-2 du code du travail ; en tout état de cause, en se fondant sur la technique du faisceau d'indices pour mettre à la charge de la société la somme de 625 400 euros sur le fondement de l'article L. 6362-7-1 du code du travail, il n'a pas commis d'erreur de droit ;

- la décision condamnant la société à verser au Trésor public la somme de 625 400 euros au titre de l'inexécution des actions de formation est justifiée dès lors qu'un certain nombre d'éléments, absence de justificatifs des compétences techniques et professionnelles des formateurs, absence des attestations de fin de formation, absence des programmes de formation, absence de production de dossiers complets, absence de feuilles d'émargement, moyens matériels et pédagogiques inexistants, incohérence sur le calendrier des formateurs

sous-traitants, ainsi que les entretiens conduits auprès des représentants d'entreprises clientes et de stagiaires, permettent de considérer les actions de formation comme non exécutées ;

- les requérants ne peuvent utilement critiquer la décision s'agissant du non-respect d'obligations administratives dont a fait état le préfet mais qui ne font pas partie des motifs sur lesquels reposent les sanctions en litige ;

- la décision attaquée obligeant la société à verser au Trésor public la somme

de 245 996 euros au titre de l'établissement et de l'utilisation intentionnels de documents comportant des mentions inexactes en vue d'obtenir indûment la prise en charge du prix de prestations de formation professionnelle est justifiée dès lors que les faits révélés par la mission de contrôle révèlent des actes conscients et répétés destinés à donner l'apparence de la sincérité à des déclarations en réalité inexactes ;

- les sanctions prises sur le fondement des articles L. 6362-7-1 et L. 6263-7-2 du code du travail ne réprimant pas le même préjudice, les sommes mises à la charge de la société ne méconnaissent pas le principe non bis in idem.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique:

- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Mock, substituant Me Frédéric, avocat de Me Souchon, liquidateur judiciaire de la société Security Learning System Company et de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Security Learning System Company (SLS), qui a pour objet la formation professionnelle continue, a fait l'objet d'un contrôle administratif et financier, au titre des exercices clos en 2015 et 2016, par les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) d'Ile-de-France, en application des articles L. 6361-1 à L. 6361-3 du code du travail, qui s'est déroulé

le 23 janvier 2017 au siège social de la société, alors situé à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). L'administration a notifié son rapport de contrôle à la société le 22 novembre 2017 et l'a invitée à présenter ses observations écrites et le cas échéant à présenter une demande d'audition. Par une lettre du 20 décembre 2017, la SARL SLS a présenté des observations écrites contestant les conclusions du rapport de contrôle. Par une décision du 3 août 2018, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, lui a fait obligation de verser au Trésor public la somme

de 725 838 euros au titre des actions de formation de l'exercice 2015 et 2016 dont il a estimé qu'elle ne justifiait pas de la réalisation. Par cette même décision, le préfet a fait obligation à la société de verser au Trésor public, solidairement avec sa dirigeante, Mme A, la somme de 245 996 euros pour avoir établi et utilisé des documents portant des mentions inexactes en vue de faire croire à la réalisation de formations et d'obtenir indûment des paiements. Saisi

le 18 octobre 2018 par la SARL SLS du recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article R. 6362-6 du code du travail, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, a implicitement opposé une décision implicite de rejet puis, par une décision notifiée à la société et à sa gérante le 9 février 2019, le préfet a retiré la décision implicite de rejet du recours gracieux et a enjoint à la SARL SLS de verser au Trésor public la somme

de 625 400 euros pour ne pas avoir réalisé les formations pour lesquelles elle a reçu paiement, et la somme de 245 996 euros, solidairement avec Mme A, pour avoir établi et utilisé des documents portant des mentions inexactes en vue de faire croire à la réalisation de formation et d'en obtenir indûment le paiement. La SARL SLS, à laquelle s'est substitué en cours d'instance Me Souchon, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de cette société, et

Mme A demandent au tribunal d'annuler cette décision notifiée le 9 février 2019.

Sur la régularité des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'absence de mention de la date sur la décision attaquée n'emporte pas par elle-même l'illégalité de l'acte en cause. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de l'acte attaqué pour défaut de mention de la date doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 6362-8 du code du travail : " Les contrôles en matière de formation professionnelle continue peuvent être opérés soit sur place, soit sur pièces. " Aux termes de l'article L. 6362-9 du même code : " Les résultats du contrôle sont notifiés à l'intéressé () " En vertu de l'article L. 6362-10 du code du travail : " Les décisions de rejet de dépenses et de versement mentionnées au présent livre prises par l'autorité administrative ne peuvent intervenir, après la notification des résultats du contrôle, que si une procédure contradictoire a été respectée ".

4. D'une part, si les requérants soutiennent que les contrôleurs n'ont pas pris le soin d'interroger l'organisme paritaire collecteur agréé des branches de l'industrie alimentaire, de la coopération gricole et de l'alimentation en détail (OPCALIM) sur la réalité des dossiers et contrats fournis par la société Security Learning System, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit que l'autorité administrative soit tenue, dans le cadre de son contrôle, d'interroger les organismes paritaire collecteurs sur la réalité des dossiers et des contrats passés avec les organismes de formation professionnelle contrôlés.

5. D'autre part, le caractère contradictoire des contrôles menés conformément à ces dispositions impose à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de prendre connaissance du dossier le concernant. Si l'administration entend se fonder sur des renseignements obtenus auprès de tiers, il lui incombe alors d'informer l'intéressé de l'origine et de la teneur de ces renseignements, avec une précision suffisante pour lui permettre, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander, le cas échéant, la communication des documents qui les contiennent. Toutefois, lorsque l'accès à ces renseignements serait de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui en sont à l'origine, l'administration doit se limiter à informer l'intéressé, de façon suffisamment circonstanciée, de leur teneur. Il revient au juge d'apprécier, au vu des échanges entre les parties et en ordonnant, le cas échéant, toute mesure d'instruction complémentaire, si le caractère contradictoire de la procédure a été respecté.

6. Les requérants soutiennent que la décision notifiée le 9 février 2019 du préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté puisqu'ils n'ont pas pu prendre connaissance des entretiens conduits auprès des entreprises clientes et des stagiaires ayant bénéficié des formations, que ces entretiens n'ont fait l'objet d'aucune retranscription ou attestation de la part des personnes interrogées et que les noms des personnes auditionnées ne sont pas mentionnés faisant douter de leur sincérité. Toutefois, il résulte du rapport de contrôle

du 20 novembre 2017, sur lequel s'est fondé le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, pour prendre la décision contestée, que les agents de contrôle ont tenu compte des témoignages des responsables des entreprises clientes et des salariés concernés par les actions de formation, précisément identifiés, dont les déclarations, recueillies les 11 et 20 octobre,

18 novembre et 16 décembre 2016 sont citées expressément. Ces informations, qui ont été transmises à la SARL SLS sont suffisamment précises pour être utilement discutées si bien que les requérants ne sauraient se prévaloir de l'absence de retranscription des enquêtes menées auprès de tiers dont la rédaction n'est, en tout état de cause, imposée à l'administration par aucune disposition législative ou réglementaire. De plus, il est constant que la SARL SLS a produit des observations écrites le 26 décembre 2017 après avoir pris connaissance des éléments d'informations précis qui lui ont été transmis par l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, la décision attaquée comporte l'exposé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, pour prononcer à l'encontre de la société Security Learning System les deux sanctions financières de 625 400 euros et de 245 996 euros. En particulier, le préfet énonce avec précision dans sa un organisme paritaire collecteur agréé (OPCA) correspondant à ces formations. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur le bien-fondé des décisions en litige :

8. Aux termes de l'article L. 6362-4 du code du travail : " Les employeurs présentent les documents et pièces justifiant les objectifs et la réalisation des actions mentionnées à l'article L. 6313-1 ainsi que les moyens mis en œuvre à cet effet, lorsque ces actions sont financées par l'Etat, les collectivités territoriales, la Caisse des dépôts et consignations, Pôle emploi ou les opérateurs de compétences. /A défaut, ces actions sont réputées ne pas avoir été exécutées et donnent lieu à remboursement auprès de l'organisme ou de la collectivité qui les a financées. ". Aux termes de l'article L. 6362-6 du même code : " Les organismes chargés de réaliser tout ou partie des actions mentionnées à l'article L. 6313-1 présentent tous documents et pièces établissant les objectifs et la réalisation de ces actions ainsi que les moyens mis en œuvre à cet effet. / A défaut, celles-ci sont réputées ne pas avoir été exécutées et donnent lieu à remboursement au cocontractant des sommes perçues conformément à l'article L. 6354-1. ". Aux termes de l'article L. 6362-7-1 du même code : " En cas de contrôle, les remboursements mentionnés aux articles L. 6362-4 et L. 6362-6 interviennent dans le délai fixé à l'intéressé pour faire valoir ses observations. / A défaut, l'intéressé verse au Trésor public, par décision de l'autorité administrative, une somme équivalente aux remboursements non effectués. ".

9. Il appartient à l'administration d'apprécier, au regard des pièces produites par l'organisme de formation, sur lequel pèse la charge de la preuve, et sous le contrôle du juge, la réalité des activités conduites en matière de formation professionnelle continue au regard des dispositions précitées du code du travail.

10. En premier lieu, il résulte des termes mêmes de la lettre notifiée le 9 février 2019 que le préfet s'est fondé sur l'article L. 6362-7-1 du code du travail pour mettre à la charge de la société Security Learning System la somme de 625 400 euros au titre de l'inexécution des actions de formation et sur l'article L. 6362-7-2 du code du travail pour mettre à la charge de la société, solidairement de sa dirigeante, la somme de 245 996 euros sanctionnant l'établissement et l'utilisation intentionnels de documents comportant des mentions inexactes afin d'obtenir la prise en charge de formations professionnelles. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 6362-7 du code du travail.

11. En deuxième lieu, si les requérants contestent le bien-fondé des éléments relevés par le préfet jusqu'à la fin de la page 5 de la lettre notifiée le 9 février 2019, il ressort du dernier paragraphe de cette page que le préfet a seulement entendu exposer que les constatations qu'il avait faites étaient susceptibles d'entraîner l'application du 2° de l'article L. 6351-4 du code du travail, dispositions que le préfet n'a toutefois pas mises en œuvre par la décision contestée. Il suit de là que les requérants ne sauraient utilement critiquer le bien-fondé de ces constatations relatives au respect des obligations administratives qui incombaient à la SARL SLS pour contester les décisions en litige, qui font, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, application des articles L. 6362-7-1 et L. 6362-7-2 du code du travail et qui reposent sur les motifs exposés aux pages qui suivent la page 5 de la décision.

12. En troisième lieu, en se fondant sur un faisceau d'indices concordants pour retenir que la réalité des formations dispensées n'était pas établie et mettre à la charge de la société requérante, sur le fondement des dispositions de l'article L. 6362-7-1 du code du travail précitées, la somme de 625 400 euros correspondant au total des sommes prises en charge par un OPCA dans le cadre des formations réputées avoir été dispensées par la société requérante, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.

13. En quatrième lieu, pour regarder la SARL SLS comme ne justifiant pas de la réalité de l'exécution d'actions de formation pour un montant de 625 400 euros, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a relevé, en premier lieu, que, à l'issue du contrôle et de la procédure contradictoire qui ont été menés, de nombreux dossiers, dont la liste est dressée à l'annexe 3 de la décision, restaient incomplets en l'absence de production des convocations et des feuilles d'émargement signées par le stagiaire attestant de son assiduité aux formations et des attestations de fin de formation. Si, postérieurement aux opérations de contrôle, de nouveaux éléments ont été produits pour certains dossiers, à savoir des feuilles d'émargement, des attestations de présence et des conventions de délégation de paiement conclues entre l'OPCA et l'organisme de formation, ces éléments ne concernent toutefois pas toutes les actions de formation en cause et de nombreuses incohérences demeurent. Ainsi, les requérants n'apportent pas de nouvel élément permettant de compléter le dossier de l'entreprise " Banette Bruno " dès lors qu'ils ne produisent qu'une facture et un programme de formation. S'agissant des formations suivies par les salariés de l'entreprise " L'Epi de blé ", comme le fait valoir le préfet en défense, ni les feuilles d'émargement ni la convention ne figurent au dossier. Enfin, il est constant qu'aucune convention n'a été produire pour les formations suivies par les salariés de l'entreprise " Claveau Laetitia ".

14. Par ailleurs, le préfet s'est fondé sur l'absence de production, dans de nombreux dossiers financés par un OPCA, des feuilles d'émargement correspondantes. Il résulte de l'instruction que les pièces produites par les requérants postérieurement aux opérations de contrôle correspondent pour la grande majorité des formations à de simples attestations de présence et non aux feuilles d'émargement qui restent manquantes. Ainsi, sur plus

de 200 formations dont la liste est dressée à l'annexe 4 de la décision attaquée pour lesquelles les feuilles d'émargement sont considérées comme manquantes par le préfet, la société requérante n'a été en mesure de produire qu'une dizaine de feuilles d'émargement.

15. En outre, dans le cadre de son contrôle, le préfet a relevé que les actions de formation avaient été organisées au lieu du siège social de la SARL SLS à Levallois Perret dans un centre d'affaires comportant uniquement des bureaux et des salles de réunion ne permettant pas de mettre à disposition des stagiaires le matériel technique adéquat aux actions de formation. Si les requérants soutiennent que les locaux situés au siège de la société permettent de dispenser les formations théoriques et que le volet pratique des formations se déroulait directement chez les clients de la SARL SLS, il résulte toutefois de l'instruction que certaines formations nécessitant la présence d'un plateau technique et d'un espace de travail regroupant des outils de boulangerie et de pâtisserie, comme le stage intitulé " La Glace traditionnelle revisitée " réalisé du 1er au 3 juillet 2015 par les employés de la Boulangerie Bedouet ou celui intitulé " Autour de la glace " réalisé du 31 aout au 2 septembre 2015 par les employés de la Boulangerie Coulon, ont été présentées comme ayant eu lieu au siège de la société, ce que ne contestent pas les requérants. Au demeurant, aucun des documents relatifs aux formation en litige ne fait mention que les formations devaient avoir lieu pour partie dans les locaux des clients de la société. Enfin, le préfet a relevé dans sa décision que pour l'ensemble des formations dont la liste est dressée à l'annexe 5, les formateurs se trouvaient sur deux voire trois lieux différents en même temps. Si les requérants soutiennent que les formateurs ont eu recours à la visioconférence permettant de dispenser des formations à plusieurs personnes situées en des lieux différents, ils n'apportent aucune justification à l'appui de leurs allégations.

16. Enfin, des témoignages recueillis par l'administration auprès de sociétés mentionnées comme des clientes de la SARL SLS et auprès de stagiaires mentionnés comme ayant suivi des actions de formations qui ont donné lieu à la rémunération de ladite société ont permis de mettre en évidence que ces personnes n'ont jamais suivi de formation auprès d'elle.

17. Au regard de l'ensemble des éléments mentionnés ci-dessus, le préfet de la région d'Ile-de-France a pu légalement estimer que la réalité de l'ensemble des actions de formation qui devaient être dispensées au cours des exercices 2015 et 2016 ne pouvait pas être établie et que, par suite, ces actions devaient être réputées ne pas avoir été réalisées.

18. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 6362-7-2 du code du travail : " Tout employeur ou organisme chargé de réaliser tout ou partie des actions mentionnées à l'article L. 6313-1 qui établit ou utilise intentionnellement des documents de nature à obtenir indûment le versement d'une aide, le paiement ou la prise en charge de tout ou partie du prix des prestations de formation professionnelle est tenu, par décision de l'autorité administrative, solidairement avec ses dirigeants de fait ou de droit, de verser au Trésor public une somme égale aux montants indûment reçus ".

19. Pour faire application des dispositions qui viennent d'être citées à la SARL SLS et à sa gérante, le préfet a relevé, d'une part, de nombreuses incohérences tenant à la réalisation d'actions de formation au même moment, par un même formateur, dans des lieux différents, figurant à l'annexe 5 de la décision attaquée, et des signatures de stagiaires qui n'avaient pas suivi tout ou partie de l'action de formation, ainsi que des factures et des justificatifs de présence ne reflétant pas la réalité de l'action de formation suivie. D'autre part, l'autorité administrative a relevé que ces faits ne sauraient découler d'erreurs excusables ou d'omissions volontaires mais étaient des actes conscients, volontaires et répétés révélant une intention manifeste de tromper les organismes qui financent la formation pour obtenir des paiements indus.

20. Il résulte de l'instruction, des pièces recueillies lors du contrôle et des témoignages de plusieurs entreprises clientes et salariés que certains formateurs sont mentionnés comme ayant été présents sur plusieurs lieux de formation en même temps et que ces incohérences dans les calendriers des formateurs concernent environ 90 formations réalisées par les formateurs de la société durant les deux exercices contrôlés, qui ne sont pas contestées par les requérants qui se contentent, sans le démontrer, d'invoquer le recours à la visioconférence pour expliquer la présence de formateurs en même temps dans plusieurs lieux de formation En outre, les témoignages recueillis ont permis de mettre en évidence le fait que certaines formations déclarées n'ont en réalité pas eu lieu et que certaines personnes mentionnées comme stagiaires n'ont jamais signé les feuilles d'émargement ou attestations dont s'est prévalu la société. En se fondant sur ces considérations, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, a pu légalement estimer que la société avait utilisé intentionnellement des documents en vue d'obtenir indument la prise en charge d'actions de formations. La circonstance qu'aucune société bénéficiaire des formations n'ait demandé le remboursement des sommes versées à l'organisme de formation n'est pas de nature à établir l'absence d'intention manifeste de tromper les organismes finançant la formation. En outre, à les supposer établies, les circonstances que la SARL SLS ne se serait pas opposée au contrôle réalisé et y aurait pleinement collaboré et qu'aucune autre société de formation appartenant aux dirigeants de la SLS n'aurait fait l'objet de telles sanctions sont sans incidence sur la légalité de la décision mettant à la charge de la société et de sa gérante une sanction au titre de l'établissement et de l'usage de documents avec mentions inexactes pour obtenir indûment paiement de prestations de formation. Par suite, en infligeant à la SARL SLS une sanction de 245 996 euros, solidairement avec Mme A, le préfet n'a pas fait une application erronée des dispositions de l'article L. 6362-7-2 du code du travail.

21. En sixième et dernier lieu, d'une part, le contrôle de la réalité des actions de formation professionnelle continue ayant donné lieu à paiement par le cocontractant de l'organisme dispensateur, prévu à l'article L. 6362-6 du code du travail, et sanctionné par l'obligation de versement au Trésor public en application de l'article L. 6362-7-1 du même code, vise à garantir la bonne exécution de ces actions. D'autre part, l'article L. 6362-7-2 du code du travail sanctionne l'établissement et l'utilisation intentionnelle de documents de nature à éluder l'une des obligations en matière de formation professionnelle ou à obtenir le versement d'une aide, le paiement ou la prise en charge de tout ou partie du prix des prestations de formation professionnelle. En conséquence, les sanctions prévues

par l'article L. 6362-7-1 du code du travail, consistant en un versement au Trésor public d'une somme équivalente aux remboursements dus au titre d'actions de formation réputées non exécutées d'une part, et par l'article L. 6362-7-2 du code du travail d'autre part, reposent sur des faits générateurs distincts et aucune disposition du code du travail n'interdit qu'elles soient prononcées simultanément à l'encontre d'un même organisme contrôlé.

22. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a ainsi pas méconnu les dispositions citées ci-dessus en mettant à la charge de la société SLS le versement au Trésor public de sommes d'une part, au titre du remboursement des formations non exécutées et d'autre part au titre de la sanction de l'établissement et de l'utilisation intentionnels de documents comportant des mentions inexactes en vue d'obtenir indûment la prise en charge du prix des prestations de formation professionnelle.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation totale, ni comme ils le demandent, à titre subsidiaire, l'annulation partielle de la décision notifiée le 9 février 2019.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Souchon, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la SARL SLS et à Mme A les sommes qu'ils demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Me Alain François Souchon, en sa qualité de liquidateur judiciaire de la SARL Security Learning System Company, à Mme B A, et au ministre du travail du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera transmise au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

La rapporteure,

A. PerrinLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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