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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1903300

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1903300

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1903300
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BOSSU & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 10 avril 2019, le président de la 6ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la caisse primaire d'assurance maladie du

Val-de-Marne.

Par une requête, enregistrée le 27 mars 2019 au greffe du tribunal administratif de Paris, la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne, représentée par Me Nemer, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser la somme de 173 573,92 euros au titre des débours qu'elle a exposés à la suite de l'infection dont a été victime M. B A à la suite de son hospitalisation à compter du 11 juin 2013 à l'hôpital Henri Mondor de Créteil, avec intérêt au taux légal à compter du 7 janvier 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris la somme de

3 500 euros au titre de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

La caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne soutient que :

- la responsabilité de l'Assistance-publique-hôpitaux de Paris est engagée au titre de l'infection nosocomiale dont M. A a été victime à l'occasion de son hospitalisation à compter du 11 juin 2013 à l'hôpital Henri Mondor de Créteil;

- elle est, par suite, fondée à demander le remboursement des débours qu'elle a déjà exposés à la suite de cette infection nosocomiale.

M. A, représenté par Me Bernfeld, a présenté des observations le 2 octobre 2019 ; il fait savoir au tribunal qu'il n'entend pas intervenir dans l'instance introduite par la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne, dès lors qu'il a été indemnisé par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM).

L'ONIAM, représenté par son directeur en exercice, a présenté des observations le 24 juin 2021 ; il fait savoir au tribunal qu'il n'entend pas davantage intervenir dans l'instance dès lors qu'il s'est substitué à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris pour indemniser M. A et a recouvré la somme en cause par l'émission d'un titre de perception.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Timothée Gallaud, président,

- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été hospitalisé à compter du 11 juin 2013 à l'hôpital Henri Mondor de Créteil pour y subir une intervention chirurgicale destinée à soigner une bursite inflammatoire liée à un hallux valgus droit, à la suite de laquelle il a été victime d'une infection. Estimant que la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris était engagée au titre de cette infection, la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) d'Ile-de-France a invité l'assureur de cet établissement à faire une offre d'indemnisation en application de l'article L. 1142-14 du code de la santé publique. Aucune suite n'ayant été utilement donnée à cette invitation, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a, sur le fondement de l'article L. 1142-15 du même code, fait une offre d'indemnisation à M. A, qui l'a acceptée. Etant précisé que l'ONIAM a exercé l'action subrogatoire qu'il tient, en conséquence de la transaction qui a ainsi été conclue, par l'émission d'un titre de perception à l'encontre de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne demande au tribunal, par la requête visée ci-dessus, de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser la somme de 173 573,92 euros au titre des débours qu'elle a exposés à la suite de l'infection dont a été victime M. A.

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. () Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. () une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient () au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret () ". L'article L. 1142-1-1 du même code dispose que : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article

L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () ". Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens des dispositions citées ci-dessus une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

3. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise diligentée par la CCI, que, après que M. A a subi, le 12 juin 2013, l'opération chirurgicale pour laquelle il avait été admis à l'hôpital Henri Mondor, de premiers signes d'une infection par staphylocoque doré sont apparus le 17 juin suivant et que cette infection n'était ni présente ni en incubation lorsque la victime a été hospitalisée. Il n'est pas soutenu par l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, qui n'a pas produit de mémoire en défense, que l'infection dont a ainsi été victime M. A aurait une autre origine que la prise en charge dont celui-ci a été l'objet à l'hôpital Henri Mondor. Par suite, cette infection doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens des dispositions citées au point 2.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. A n'est pas atteint, du fait de l'infection nosocomiale dont il a été victime, d'un déficit fonctionnel permanent supérieur à 25 %. Il suit de là que la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris peut être recherchée au titre des conséquences dommageables de cette infection sur le fondement du deuxième alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

5. Aux termes des trois premiers alinéas de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel ".

6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise diligentée par la CCI, que l'état de santé de M. A doit être regardé comme ayant été consolidé le 23 juin 2015 et que, avant cette dernière date, la caisse a exposé, au titre des dépenses de santé actuelles, des frais médicaux et d'hospitalisation, pour un montant total de 144 211,53 euros ainsi que, au titre des frais divers, des frais d'appareillage et des frais de transport pour un montant total de 526,89 euros. En application des dispositions citées au point 5, la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne est fondée à demander la condamnation de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser les sommes mentionnées ci-dessus.

7. Il résulte également de l'instruction que l'état de santé de M. A après consolidation nécessite le port de chaussures orthopédiques adaptées dont le renouvellement doit avoir lieu annuellement. Toutefois, eu égard aux dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale qui limitent le recours subrogatoire des caisses de sécurité sociale à l'encontre du responsable d'un accident corporel au préjudice qu'elle a pris en charge, le remboursement des prestations qu'une caisse sera amenée à verser à l'avenir, de manière certaine, prend normalement la forme du versement d'une rente et ne peut être mis à la charge du responsable sous la forme du versement immédiat d'un capital représentatif qu'avec son accord. Dans la mesure où l'Assistance publique-hôpitaux de Paris n'a pas produit de mémoire en défense, il y a lieu d'allouer à la caisse, sur justificatifs, toutes les sommes qu'elle a exposées depuis le 23 juin 2015 et exposera à l'avenir au titre du renouvellement annuel des chaussures orthopédiques que doit porter M. A, dans la limite d'un montant total de 28 835,50 euros.

8. La caisse primaire d'assurance a droit aux intérêts au taux légal, à compter du 7 janvier 2019, sur les sommes mises à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris par le point 6. Les frais mentionnés au point 7 porteront intérêt à compter des dates auxquelles la caisse en aura demandé le remboursement.

9. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". L'article 1 de l'arrêté du 14 décembre 2021 prévoit que : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022 ". En application des dispositions qui viennent d'être citées et eu égard au montant dont la caisse primaire d'assurance maladie obtient le remboursement en application du présent jugement, il y a lieu de mettre à la charge de l'Assistance publique hôpitaux de Paris la somme de 1 114 euros.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne une somme de 144 738,42 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 7 janvier 2019.

Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à rembourser à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne, sur présentation des justificatifs, toutes les sommes qu'elle a exposées depuis le 23 juin 2015 et exposera à l'avenir au titre du renouvellement annuel des chaussures orthopédiques que doit porter M. A, dans la limite d'un montant total de 28 835,50 euros. Les frais mentionnés au point 7 porteront intérêt à compter des dates auxquelles la caisse en aura demandé le remboursement.

Article 3 : La somme de 1 114 euros est mise à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera une somme de 1 500 euros à la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la caisse primaire d'assurance maladie du

Val-de-Marne et à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.

Copie pour information en sera adressée à M. B A et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.

M. Jean-René Guillou, premier conseiller honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

T. GallaudL'assesseure la plus ancienne

Dans l'ordre du tableau,

S. Norval-Grivet

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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