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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1903572

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1903572

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1903572
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantLERAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 avril 2019 et 10 janvier 2022, Mme C B, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 février 2019 par laquelle le maire de Samois-sur-Seine a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner la commune de Samois-sur-Seine à lui verser la somme de 65 000 euros, en réparation des différents préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 décembre 2018, date de réception par la commune de sa demande indemnitaire préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Samois-sur-Seine une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'illégalité de la décision du maire de Samois-sur-Seine du 12 novembre 2015 de la placer en surnombre pendant un an engage la responsabilité la commune à son égard ;

- les retards accumulés et la mauvaise gestion de sa carrière constituent des fautes engageant la responsabilité de la commune ;

- le refus opposé par la commune de la réintégrer sur un emploi correspondant à son grade, en méconnaissance de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires est une faute engageant également la responsabilité de la commune à son égard ;

- ces différents agissements et fautes caractérisent une situation de harcèlement moral à son encontre, en méconnaissance de l'article 6 quinquies de la loi précitée du 13 juillet 1983, et, par suite, une faute de la commune ;

- elle est fondée à obtenir la réparation des préjudices financier, moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a subis, à hauteur de la somme de totale de 65 000 euros ;

- les créances dont elle se prévaut ne sont pas prescrites, dès lors que le délai de prescription a été interrompu par les multiples démarches et contentieux engagés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 septembre 2021 et 10 février 2022, la commune de Samois-sur-Seine, représentée par Me Durand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les fautes alléguées par Mme B ne sont pas établies et les délais de gestion de sa situation administrative lui sont imputables, notamment au vu des refus qu'elle a opposés à des offres d'emploi en vue de sa réintégration et de sa propre inertie, qui constituent des causes exonératoires ;

- à titre subsidiaire, la réalité des préjudices dont elle se prévaut n'est pas établie ;

- à titre infiniment subsidiaire, les créances dont se prévaut Mme B sont prescrites.

Par ordonnance du 11 janvier 2022, la clôture d'instruction a été reportée au 11 février 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lerat, représentant Mme B, et celles de Me Durand, représentant la commune de Samois-sur-Seine.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, fonctionnaire territoriale depuis le 1er octobre 1988, titulaire du grade d'assistant socio-éducatif principal, a exercé les fonctions de responsable du multi-accueil, structure municipale accueillant de jeunes enfants, au sein de la commune de Samois-sur-Seine. Par un arrêté du 11 avril 2012, le maire a suspendu Mme B de ses fonctions à compter du 17 avril, et a rapporté cette mesure le 9 mai 2012, l'intéressée ayant été placée en congé de maladie à compter du 17 avril 2012. Alors que le maire de Samois-sur-Seine après avoir envisagé de la révoquer de ses fonctions, a saisi le conseil de discipline qui, réuni le 22 octobre 2012, s'est prononcé en faveur d'une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois mois. Le 15 novembre 2012, le comité médical a émis un avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie. Mme B a été placée en disponibilité d'office après épuisement de ses droits à congés du 13 février au 12 juin 2013. Aux termes de son rapport d'expertise médicale, diligentée par le comité médical, le médecin a confirmé son aptitude à reprendre ses fonctions. A l'issue de sa période de disponibilité, elle a, par un arrêté du 3 juin 2013, été réintégrée dans les effectifs de la collectivité à compter du 13 juin suivant. Par un arrêté du 17 avril 2015, le maire de Samois-sur-Seine a prononcé l'exclusion de Mme B de ses fonctions pour une durée de trois mois dont un avec sursis, du 1er juin au 31 juillet 2015. Par une lettre du 23 juillet 2015, le maire de Samois-sur-Seine lui a précisé qu'il ne pouvait faire droit à sa demande de réintégration, faute de poste vacant sans titulaire, susceptible de répondre à la qualification professionnelle de l'intéressée, l'invitant à présenter une demande de congé annuel jusqu'à un entretien en septembre. Le 15 septembre 2015, Mme B a de nouveau sollicité sa réintégration dans les effectifs de la commune et son affectation à un poste conforme au grade dont elle est titulaire, demande refusée par le maire de Samois-sur-Seine, par un courrier du 12 novembre 2015. Par un arrêté du 12 novembre 2015, le maire de Samois-sur-Seine a ensuite placé Mme B en surnombre pendant un an au sein de la collectivité à compter du 1er décembre 2015. Par un jugement n° 1505824 et 1600476 du 24 octobre 2017, le tribunal administratif de Melun a, d'une part, rejeté la requête de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 avril 2015 portant sanction d'exclusion de fonctions et, d'autre part, annulé l'arrêté du 12 novembre 2015 plaçant Mme B en surnombre pour une durée, confirmé sur ce dernier point par un arrêt n° 17PA03907 de la cour administrative d'appel de Paris du 23 janvier 2019. Mme B recherche la responsabilité de son employeur pour fautes commises dans la gestion de sa carrière en vue de la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par ailleurs, Mme B a été placée en retraite à compter du 1er septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision du 22 février 2019 du maire de Samois-sur-Seine, rejetant la demande préalable indemnitaire de la requérante réceptionnée le 26 décembre 2018, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande indemnitaire de Mme B qui, en formulant les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère de recours de plein contentieux. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale :

3. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance () / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption () ".

4. Si la commune invoque l'exception de prescription quadriennale à l'encontre de la créance dont se prévaut Mme B, au titre des préjudices résultant de l'absence fautive d'affectation de cette dernière, il résulte toutefois de l'instruction que le délai de prescription, courant à compter du 1er janvier 2014, à la suite du refus illégalement opposé par le maire de Samois-sur-Seine à sa réintégration et dont elle a eu connaissance au plus tard le 13 novembre 2013, a été interrompu par le courrier de Mme B du 15 septembre 2015, auquel la commune a répondu le 12 novembre 2015, par lequel elle sollicite sa réintégration sur le fondement de l'article 12 précité de la loi du 13 juillet 1983 susvisée et qui a, ainsi, trait au fait générateur de la créance en cause. Par conséquent, un nouveau délai de prescription a commencé à courir à compter du 1er janvier 2016, lequel n'était, dès lors, pas expiré le 26 décembre 2018, date de réception par la commune de sa demande préalable indemnitaire. Par conséquent, l'exception de prescription quadriennale opposée par la commune ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne le principe de responsabilité :

5. En premier lieu, Mme B invoque la faute tenant à la mauvaise gestion de son dossier par la commune. Tout d'abord, elle fait valoir le délai d'un an et sept mois qui s'est écoulé entre l'avis du conseil de discipline, le 22 octobre 2012, et l'édiction de la sanction d'exclusion temporaire de fonctions à son encontre, par arrêté du maire du 17 avril 2015. Toutefois, aucune disposition législative et réglementaire n'impose le respect d'un délai déterminé entre la date de l'avis émis par l'instance consultative et le prononcé de la sanction. De plus, à la date de l'arrêté attaqué, l'exercice de l'action disciplinaire n'était enserré dans aucun délai particulier, de sorte qu'aucune faute de la commune n'est caractérisée à ce titre. En outre, l'omission de prendre une décision de suppression du poste qu'elle occupait, en qualité d'assistant socio-éducatif principal à temps plein ne caractérise pas, par elle-même, une faute de la commune, et d'autant qu'au demeurant, le 15 octobre 2013, le comité technique paritaire a émis un avis défavorable à la suppression envisagée.

6. En deuxième lieu, le retard fautif allégué par Mme B, de trois ans pris par la commune pour régulariser sa situation administrative est dépourvu de précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, de sorte qu'aucune faute de la commune ne peut être caractérisée.

7. En troisième lieu, l'arrêté du 12 novembre 2015 par lequel le maire de Samois-sur-Seine a placé Mme B en surnombre pendant un an au sein de la collectivité à compter du 1er décembre 2015 a été annulé par le tribunal administratif de Melun, par un jugement n° 1600476 du 24 octobre 2017, confirmé par la cour administrative d'appel de Paris du 23 janvier 2019, dans son arrêt n° 17PA03907. Toute illégalité étant fautive, l'illégalité de cet arrêté constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Samois-sur-Seine, à l'égard de Mme B.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, désormais codifié aux articles L.514-1 et suivants du code général de la fonction publique : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. Le fonctionnaire mis en disponibilité qui refuse successivement trois postes qui lui sont proposés dans le ressort territorial de son cadre d'emploi, emploi ou corps en vue de la réintégration peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire. / Le fonctionnaire mis en disponibilité, soit d'office à l'expiration des congés institués par les 2°, 3° et 4° de l'article 57 de la présente loi, soit de droit, sur demande, pour raisons familiales, est réintégré à l'expiration de sa période de disponibilité dans les conditions prévues aux premier, deuxième et troisième alinéas de l'article 67 de la présente loi () ". Aux termes de l'article 67 de la même loi, alors en vigueur : " A l'expiration d'un détachement de courte durée, le fonctionnaire est obligatoirement réintégré dans son corps ou cadre d'emplois et réaffecté dans l'emploi qu'il occupait antérieurement. / () Lorsqu'aucun emploi n'est vacant, le fonctionnaire est maintenu en surnombre pendant un an dans sa collectivité d'origine dans les conditions prévues à l'article 97. Si au terme de ce délai, il ne peut être réintégré et reclassé dans un emploi correspondant à son grade, le fonctionnaire de catégorie A est pris en charge par le Centre national de la fonction publique territoriale et le fonctionnaire de catégorie B ou C par le centre de gestion dans le ressort duquel se trouve la collectivité ou l'établissement qui l'employait antérieurement à son détachement. Le fonctionnaire a priorité pour être affecté dans un emploi correspondant à son grade de la collectivité ou de l'établissement d'origine () ". Aux termes de l'article 8 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, hors cadres, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration, dans sa version applicable au litige : " Le détachement de courte durée ne peut excéder six mois ni faire l'objet d'aucun renouvellement. () / A l'expiration du détachement de courte durée (), le fonctionnaire est obligatoirement réintégré dans son emploi antérieur ".

9. Il résulte des différentes dispositions précitées qu'un détachement d'une durée de moins de six mois est un détachement de courte durée au sens des articles 64 à 67 de la loi du 26 janvier 1984. En outre, les conditions de réintégration d'un fonctionnaire placé en disponibilité pour une courte durée, notamment d'office à l'expiration des congés de maladie ordinaires prévus au 2° de l'article 57 de ladite loi, sont définies au 2ème alinéa de l'article 67 précité, lequel prévoit que l'intéressé est en droit d'être réaffecté, à l'issue de sa période de disponibilité, dans l'emploi qu'il occupait précédemment. Ces dispositions font par suite obstacle à ce que, durant cette période de mobilité, l'agent puisse légalement être remplacé à titre permanent dans son emploi.

10. Il résulte de l'instruction que Mme B, après avoir été placée en congé de maladie à compter du 17 avril 2012, a été placée en disponibilité d'office, en raison de l'épuisement de ses droits à congé de maladie ordinaire pendant quatre mois, du 13 février au 12 juin 2013, puis a été réintégrée juridiquement dans les effectifs de la commune, à compter du 13 juin suivant, sans toutefois d'affectation sur un emploi, et ce jusqu'à son départ en retraite le 1er septembre 2021. Il résulte des dispositions et principes précités que Mme B, à l'expiration de la période de quatre mois pendant laquelle elle a été placée en disponibilité d'office, disposait d'un droit à être directement réintégrée sur son emploi, à compter du 13 juin 2013. La commune justifie l'absence de réintégration sur les fonctions qu'elle occupait précédemment, en tant que responsable du multi-accueil, par des considérations tenant à l'intérêt du service, au regard des faits, fautifs, ayant justifié la sanction d'exclusion temporaire de fonctions édictée en 2015. Cette circonstance ne faisait pas obstacle à sa réintégration sur son poste dès le 13 juin 2013. En outre, les différentes démarches dont se prévaut la commune de Samois-sur-Seine, notamment les offres d'emplois adressées à l'intéressée, ainsi que l'intérêt du service allégué ne pouvaient légalement y faire obstacle. Par conséquent, en ne réintégrant pas Mme B directement sur son emploi, à compter du 13 juin 2013, alors que celle-ci disposait d'un droit à cette fin, la commune de Samois-sur-Seine a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " () Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent. / Toute nomination ou toute promotion dans un grade qui n'intervient pas exclusivement en vue de pourvoir à un emploi vacant et de permettre à son bénéficiaire d'exercer les fonctions correspondantes est nulle () ". Il résulte de ces dispositions que tout fonctionnaire en activité tient de son statut le droit de recevoir, dans un délai raisonnable, une affectation correspondant à son grade.

12. Outre l'absence de réintégration fautive de Mme B à compter du 13 juin 2013, évoquée au point précédent, il est constant que Mme B a fait l'objet, par arrêté du 17 avril 2015, d'une sanction d'exclusion de fonctions pendant trois mois dont un avec sursis, du 1er juin au 31 juillet 2015, à la suite de laquelle elle a été affectée par le maire de Samois-sur-Seine " pour ordre " à compter du 1er août 2015, sans recevoir d'affectation effective sur un emploi correspondant de son grade, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, tout en étant rémunérée, sur une période courant du 1er août 2015 au 1er septembre 2021, date de son admission à la retraite. Dans ces conditions, en maintenant Mme B sans affectation, en dépit de sa réintégration juridique dans ses effectifs, pendant huit ans, la commune de Samois-sur-Seine a commis une faute de nature à engager sa responsabilité à son égard, sur le fondement des dispositions précitées de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983, du 1er août 2015 au 1er septembre 2021.

13. En sixième lieu, il résulte de l'instruction que, à la suite de la suspension de Mme B de ses fonctions par arrêté du 11 avril 2012, la commune de Samois-sur-Seine a engagé la procédure afin de placer Mme B en congé de longue maladie, position ayant recueilli l'avis défavorable du comité médical le 15 novembre 2012, et qu'elle a abandonnée tout en ne procédant pas à sa réintégration sur son emploi dès le 13 juin 2013, alors que Mme B disposait d'un droit à cette fin. Puis, elle a entrepris des démarches en vue de de supprimer son poste, en vain au regard de l'avis défavorable émis le 15 octobre 2013 par le comité technique paritaire. Elle a ensuite nommé Mme B " pour ordre " à compter du 1er août 2015 au sein des effectifs communaux, à l'issue de la période d'effet de la sanction d'exclusion de fonctions prononcée à son encontre, pour, par la suite, la placer en surnombre au sein des effectifs communaux pendant un an, à compter du 1er décembre 2015 par l'arrêté du 12 novembre 2015, annulé au contentieux. En outre, il est constant que la commune a adressé à Mme B une proposition de formation le 27 décembre 2013 en tant que travailleur social, ainsi que deux propositions d'emploi en 2013, l'une au sein de l'accueil de loisirs sans hébergement, lequel a recueilli un avis défavorable de la commission administrative paritaire le 31 janvier 2013 aux motifs que, eu égard aux missions prévues, l'emploi ne relevait pas du cadre d'emploi de l'intéressée, et un emploi de secrétariat dans le domaine culturel ou technique. La commission administrative paritaire ayant émis le 28 mars 2013 un avis défavorable sur cette dernière proposition, la commune a engagé une procédure d'insertion de Mme B dans un grade de la filière administrative, laquelle s'est heurtée à un nouvel avis défavorable de la commission administrative paritaire, en raison de l'incomplétude du dossier fourni. Il résulte également de l'instruction, notamment des différents courriels adressés par le maire de Samois-sur-Seine à Mme B entre le 21 décembre 2012 et le 25 mars 2013, que la requérante a été invitée à candidater sur différents emplois relevant de son grade auprès d'autres collectivités du ressort territorial, notamment en qualité d'agent contractuel, alors qu'elle est titulaire de son grade. L'ensemble de ces considérations caractérisant des procédures et démarches abandonnées révèle la volonté de la commune de Samois-sur-Seine d'exclure Mme B des services communaux, constituant une faute engageant sa responsabilité à son égard.

14. En septième lieu, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".

15. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Par ailleurs, pour être qualifiés de harcèlement moral, les agissements en cause doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

16. L'ensemble des faits décrits au point 13 du présent jugement, allégués par Mme B, caractérisant le refus de la commune de Samois-sur-Seine de l'affecter sur un poste à compter du 15 novembre 2012, date à laquelle le comité médical départemental s'est prononcé en défaveur de son placement, sollicité par la commune, en congé de longue maladie, sont de nature, pris dans leur ensemble, à faire présumer d'agissements de harcèlement moral à l'encontre de l'intéressée, qui ont eu pour objet ou pour effet de la conduire à ne plus faire partie des effectifs de la commune. La commune fait valoir les refus opposés par Mme B aux propositions d'emplois qui lui ont été adressées ainsi que le courrier de la directrice générale adjointe du conseil général de Seine-et-Marne du 10 décembre 2012 faisant état de son opposition expresse à ce que Mme B soit réintégrée dans ses anciennes fonctions, en qualité de responsable du multi-accueil, compte tenu des faits qui lui étaient reprochés et qui avaient fondé son exclusion temporaire de fonctions. Ces circonstances sont toutefois sans incidence sur le présent litige au regard du droit à réintégration dont disposait Mme B à compter du 13 juin 2013, puis de son droit à être affectée sur un emploi correspondant à son grade à l'issue de son exclusion de fonctions, à compter du 1er août 2015, et ce jusqu'à son placement en retraite le 1er septembre 2021. Ainsi, en l'absence de tout autre élément apporté par la commune justifiant les agissements en cause par des considérations étrangères à tout harcèlement, Mme B est fondée à soutenir qu'elle a subi des agissements de harcèlement moral imputables à la commune, lesquels constituent également des fautes engageant sa responsabilité.

En ce qui concerne les causes exonératoires de responsabilité :

17. La commune de Samois-sur-Seine doit être regardée comme faisant valoir des causes exonératoires de responsabilité. Dans ses écritures, elle fait référence à son courrier du 12 novembre 2015, plus précisément les refus opposés par Mme B aux offres d'emploi et propositions de formation qui lui ont été adressées depuis 2013 et d'autre part au courrier de la directrice générale adjointe du conseil général de Seine-et-Marne du 10 décembre 2012 faisant état de son opposition expresse à ce que l'agente soit réintégrée dans ses anciennes fonctions, en qualité de responsable du multi-accueil, sous peine de fermeture administrative de la structure. Toutefois, les considérations ainsi invoquées par la commune sont toutes antérieures au 13 juin 2013, date à laquelle naît son droit à être réintégrée sur son emploi et, a fortiori, également antérieures au 1er août 2015, date à partir de laquelle Mme B aurait dû être affectée dans un emploi correspondant à son grade. Cependant, il résulte de l'instruction une certaine inertie de la part de Mme B entre le 15 septembre 2015, date du dernier courrier par lequel elle sollicite une affectation, et la réception par la commune de sa réclamation indemnitaire, le 26 décembre 2018, période pendant laquelle il est constant, par ailleurs, qu'elle était rémunérée. Ce faisant, en n'engageant pas de démarches, la requérante a commis une faute de nature à exonérer partiellement celle de la commune de Samois-sur-Seine, à hauteur de 5 %.

En ce qui concerne les préjudices et leur lien de causalité :

18. En premier lieu, si Mme B entend obtenir réparation de son préjudice financier, incluant notamment les primes et indemnités qu'elle n'a pu percevoir, elle ne fournit à l'appui de ses prétentions aucun justificatif permettant d'en établir la réalité, le seul relevé de pension de retraite de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales du 21 avril 2021 étant insuffisant à cet égard à en rapporter la preuve dont la charge lui incombe. Au surplus, elle n'apporte aucun élément probant remettant en cause le fait, avancé par la commune, qu'elle a continué à percevoir son plein traitement en dépit de son absence d'affectation. Ses prétentions ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

19. En second lieu, au regard de l'ensemble des fautes commises par la commune dans la gestion de la situation de Mme B, de sa volonté de l'exclure de toute affectation ainsi que des agissements ainsi révélés de harcèlement moral à son égard, dès le 15 novembre 2012 et en particulier le maintien de celle-ci sans aucune affectation jusqu'à son placement en retraite le 1er septembre 2021, Mme B établit avoir subi un préjudice moral ainsi que des troubles dans ses conditions d'existence, lesquels présentent un lien direct avec les différents agissements fautifs de la commune, pour la période allant du 15 novembre 2012 au 1er septembre 2021. Elle est en droit de les voir réparer, au terme d'une juste appréciation, par le versement d'une indemnité d'un montant de 10 000 euros. Compte tenu du partage de responsabilité retenu au point 17, la commune de Samois-sur-Seine devra verser à Mme B une somme de 9 500 euros, tous intérêts compris.

20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander la condamnation de la commune de Samois-sur-Seine à lui verser la somme de 9 500 euros en réparation du préjudice subi.

Sur les frais liés au litige :

20. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

21. Dans les circonstances de l'espèce, la commune de Samois-sur-Seine versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées par la commune de Samois-sur-Seine au même titre sont rejetées.

D É C I D E:

Article 1er : La commune de Samois-sur-Seine est condamnée à verser à Mme B une somme de 9 500 euros en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, tous intérêts compris.

Article 2 : La commune de Samois-sur-Seine versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par Mme B est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Samois-sur-Seine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Samois-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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