jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1903843 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | LERAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 avril 2019 et 17 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Lerat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la région Ile-de-France à lui verser la somme de 50 000 euros, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à raison d'illégalités fautives commises dans la gestion de sa situation professionnelle ainsi que des accidents de service et de la maladie professionnelle dont il a été affecté ;
2°) d'assortir la somme précitée des intérêts moratoires à compter du 24 décembre 2018 ;
3°) subsidiairement, d'ordonner une expertise à fin d'évaluer les préjudices résultant de son accident du 6 septembre 2012 ;
4°) de mettre à la charge de la région Ile-de-France la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la région Ile-de-France a commis des fautes, à raison de l'illégalité de la " décision " du 1er avril 2014 portant suspension de son contrat de travail, de l'acte du 7 juillet 2014 par lequel le président du conseil régional d'Ile-de-France l'a informé de l'établissement à son encontre d'un ordre de reversement d'une somme de 3 393,57 euros, de l'avis de sommes à payer du 10 juillet 2014 notifié par la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France la somme de 3 393,57 euros ;
- il en est de même s'agissant de l'illégalité de l'arrêté du 5 novembre 2014, par lequel le président du conseil régional d'Ile-de-France l'a placé en disponibilité pour convenances personnelles ;
- la région Ile-de-France a également commis des fautes, à raison de l'illégalité interne entachant les cinq décisions du président du conseil régional d'Ile-de-France annulées par un jugement n°s 1408019, 1506100, 1506101, 1601375, 1603817, 1701402 du tribunal administratif de Melun du 9 novembre 2017 ;
- la responsabilité sans faute de la région Ile-de-France est par ailleurs engagée à raison des accidents de service dont il a été victime et de la maladie professionnelle dont il est atteint ;
- les fautes commises par la région Ile-de-France, ainsi que les accidents de service, la maladie professionnelle dont il a été affecté et sa rechute, lui ont causé des préjudices financier et moral et des troubles dans les conditions d'existence, devant être réparés respectivement par l'allocation de sommes de 10 000 euros, 15 000 euros et de 15 000 euros ;
- il a en outre résulté des accidents de service, de la maladie professionnelle dont il a été affecté et sa rechute des souffrances physiques et morales, ainsi que des préjudices esthétiques et d'agrément, devant être réparés par l'allocation d'une somme globale de 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 juillet 2020 et 17 novembre 2021, la région Ile-de-France, représentée par la SELARL Centaure avocats, agissant par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- s'agissant de la responsabilité pour faute, les prétentions indemnitaires du requérant ne sont pas fondées ;
- au titre de la responsabilité sans faute, le requérant ne justifie pas des préjudices dont il entend obtenir réparation, ni dans leur principe ni dans leur étendue, les montants sollicités étant à tout le moins disproportionnés et devant être réduits à de plus justes proportions.
Par une ordonnance du 2 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 23 mai 2022 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,
- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lerat, représentant le requérant, ainsi que celles de Me Doumichaud, représentant la région Ile-de-France.
Deux notes en délibéré présentées pour M. B ont été enregistrées les 16 et 19 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, adjoint technique territorial principal de deuxième classe des établissements d'enseignement, a exercé au sein de la région Ile-de-France, dans l'équipe mobile du lycée Arago de Villeneuve-Saint-Georges. Il a sollicité, par un courrier du 21 décembre 2018 réceptionné par la région Ile-de-France le 24 décembre 2018, la réparation de différents préjudices, qu'il estime avoir subis à raison d'illégalités fautives entachant les décisions prises dans la gestion de sa situation professionnelle ainsi que des accidents de service et de la maladie professionnelle dont il a été affecté. Cette demande a donné lieu à la naissance d'une décision implicite de rejet, le 24 février 2019. Le requérant demande, à titre principal, la condamnation de la région Ile-de-France à lui réparer les préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions principales :
En ce qui concerne le principe de responsabilité :
S'agissant de la responsabilité pour faute :
2. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
3. En premier lieu, le requérant recherche la responsabilité pour faute de la région Ile-de-France du fait de l'illégalité des " décisions contestées " précédemment par lui aux termes de ses requêtes n°s 1408017, 1408020 et 1408128 enregistrées au greffe du tribunal. Il doit ainsi être regardé comme invoquant l'illégalité fautive, respectivement, d'une " décision " du 1er avril 2014 portant suspension du contrat de travail, de l'acte du 7 juillet 2014, par lequel le président du conseil régional d'Ile-de-France l'a informé de l'établissement à son encontre d'un ordre de reversement de la somme de 3 393,57 euros et de l'avis de sommes à payer du 10 juillet 2014 notifié par la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France de la somme de 3 393,57 euros. Cependant, le requérant se borne à faire état des ordonnances du 11 décembre 2015 par lesquelles le tribunal administratif de Melun a prononcé le non-lieu à statuer sur les requêtes précitées au motif que la présidente du conseil régional d'Ile-de-France avait retiré les décisions contestées, pour en conclure qu'elles " étaient ainsi entachées d'illégalité ", sans la moindre précision sur la nature de l'illégalité alléguée. De plus, les circonstances précitées ne sont pas, par elles-mêmes, de nature à établir une quelconque illégalité. Dès lors, de telles écritures sont insusceptibles de mettre à même le juge d'apprécier le sens et la portée du ou des moyens invoqués. Aucune faute ne peut, par suite, être retenue à ces égards.
4. En deuxième lieu, le requérant invoque l'illégalité fautive de la décision précédemment contestée par lui au terme de sa requête n° 1500055 enregistrée au greffe, celui-ci devant ainsi être regardé comme invoquant celle entachant l'arrêté du 5 novembre 2014, par lequel le président du conseil régional d'Ile-de-France l'a placé en disponibilité pour convenances personnelles. Le requérant se prévaut de l'ordonnance du juge des référés le 11 décembre 2015 dans cette affaire, constatant le non-lieu à statuer sur la requête à raison du retrait de l'arrêté concerné. Par ailleurs, il invoque la suspension de l'exécution de cet arrêté prononcée par le juge des référés, par ordonnance n° 1500391 du 5 février 2015. Toutefois, le requérant se borne, tout d'abord, à relever ces circonstances, qui par elles-mêmes ne révèlent de la part de l'administration aucune illégalité. Si, par la reproduction dans sa requête de l'extrait des motifs de l'ordonnance du 5 février 2015, aux termes desquels est retenue l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en cause le plaçant en disponibilité, le requérant a entendu s'en approprier les termes, il ne développe pas l'illégalité en cause. Enfin, les circonstances complémentaires alléguées selon lesquelles il ne s'était pas engagé à présenter auprès de son administration une demande de mise en disponibilité mais sollicitait de son employeur un reclassement ainsi que la prise en charge d'une formation à cet effet auprès de son employeur, lequel aurait ainsi cherché à s'exonérer de ses obligations en la matière, par trop confuses et non assorties des dispositions légales ou réglementaires que l'arrêté litigieux aurait méconnues, ne mettent pas à même le tribunal d'apprécier le sens et la portée du ou des moyens invoqués. Au surplus, le requérant ne produit pas même à l'instance l'arrêté du 5 novembre 2014 en cause. Dès lors, en l'absence de précision suffisante, aucune faute ne peut être retenue à ce titre.
5. En troisième lieu, le requérant, invoquant les vices internes entachant les cinq décisions du président du conseil régional d'Ile-de-France annulées par un jugement n°s 1408019, 1506100, 1506101, 1601375, 1603817, 1701402 du tribunal administratif de Melun du 9 novembre 2017, dont il s'approprie les principaux motifs, se prévaut d'illégalités fautives commises par l'édiction des arrêtés n° LS-2015-4803 du 12 juin 2015, en tant que l'administration a fixé la consolidation de son état de santé au 7 janvier 2014, n° 4806-2015 du 12 juin 2015 qui le place en congé de maladie ordinaire, n° 2015-4804 du 12 juin 2015 le maintenant à demi-traitement, du 14 décembre 2015 le plaçant en disponibilité d'office, et du 19 décembre 2016 prolongeant son placement dans cette position.
6. Il résulte de l'instruction que ces arrêtés ont été annulés par le jugement du 9 novembre 2017 précité, lequel faute d'avoir été contesté par voie contentieuse a acquis un caractère définitif, aux motifs d'erreurs d'appréciation et de droit ainsi que, pour ce qui concerne les arrêtés n°s 4806-2015 et 2015-4804 du 12 juin 2015 et 14 décembre 2015, par voie de conséquence de l'annulation de celui n° LS-2015-4803 du 12 juin 2015. Le jugement d'annulation en cause est revêtu de l'autorité de la chose jugée, de même que les motifs qui en sont le soutien nécessaire, dont celui de l'erreur commise par l'administration dans l'appréciation portée sur la date de consolidation de l'état de santé du requérant fixée au 7 janvier 2014, par l'arrêté n° LS-2015-4803 du 12 juin 2015. A cet égard, le conseil régional ne saurait utilement remettre en cause ces motifs en faisant valoir le bien-fondé de sa décision fixant consolidation de l'état de santé du requérant. Il s'ensuit que l'illégalité de ces décisions est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, sans que soit de nature à y faire obstacle, contrairement à ce que soutient le défendeur, la circonstance que l'annulation de certains de ces arrêtés ait été prononcée par voie de conséquence de l'annulation du premier d'entre eux.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité du conseil régional est seulement susceptible d'être engagée pour faute au titre des illégalités entachant les arrêtés cités au point 5.
S'agissant de la responsabilité sans faute :
8. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victime d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
9. M. B, atteint d'une pathologie lombaire, demande réparation du dommage consécutifs aux accidents de service qu'il a subis les 8 novembre 2004 et 6 mai 2011, ainsi que de la maladie professionnelle dont il a été affecté, déclarée le 8 novembre 2011, dont il a subi une rechute survenue le 6 mars 2012 et déclarée le 12 juin 2013.
10. Toutefois, s'agissant de l'accident de service survenu le 8 novembre 2004, il résulte de ses propres écritures que le requérant, exerçant alors au sein du ministère en charge de l'éducation nationale, n'a intégré qu'en 2008 la région Ile-de-France, en sorte que la responsabilité de cette dernière ne saurait être recherchée au titre de l'accident en question.
11. En revanche, il résulte de l'instruction que l'accident du 6 mai 2011 a été reconnu imputable au service par arrêté du président du conseil régional d'Ile-de-France du 23 janvier 2012. Il en est de même pour la maladie professionnelle du 8 novembre 2011, reconnue imputable au service par un arrêté du président du conseil régional du 1er février 2013, ainsi que de la rechute de sa maladie professionnelle survenue le 6 mars 2012, reconnue imputable au service par un arrêté de la même autorité du 16 septembre 2013. En outre, par des arrêtés n°s LS-2015-4803 du 12 juin 2015 et du 6 mars 2018, ont été pris en charge les arrêts et soins consécutifs à cette rechute, au titre de la législation sur les maladies professionnelles. Par suite, M. B est fondé à voir engager la responsabilité sans faute de la région Ile-de-France du fait de l'accident de service du 6 mai 2011, de la maladie professionnelle du 8 novembre 2011 et de la rechute de cette maladie du 6 mars 2012.
En ce qui concerne les préjudices :
12. Il résulte des développements précédents que M. B est seulement fondé à demander réparation, d'une part, des préjudices à raison des illégalités fautives telles que retenues au point 7, ainsi que des préjudices résultant de l'accident de service, de sa maladie professionnelle et de la rechute de celle-ci, mentionnés au point 11, sous réserve qu'ils soient en lien direct et certain avec ces fautes.
S'agissant des préjudices au titre de la responsabilité pour faute :
Quant au préjudice économique :
13. M. B réclame la réparation d'un préjudice financier, par l'allocation d'une somme de 10 000 euros. Cependant, d'une part, en se bornant à se prévaloir du " retrait de 28 984,12 euros " retracé sur son bulletin de paie de mars 2018, qui " ne correspond à aucun retrait réalisé précédemment ", il n'apporte pas de précision permettant d'identifier la nature du préjudice invoqué et le lien de causalité avec les fautes retenues. En tout état de cause, il résulte des explications non contestées du défendeur que la retenue en cause correspond à la somme versée au titre de l'allocation temporaire d'invalidité (ATI), servie avant que la décision fixant la date de consolidation de l'état de santé du requérant ne fasse l'objet de l'annulation contentieuse mentionnée plus haut, le requérant n'alléguant pas que son état de santé ait été consolidé à cette date, en sorte qu'il ne justifie pas d'un droit à percevoir une ATI. D'autre part, si le requérant invoque des frais de déplacement et de repas, qui résulteraient de son état de santé, ces allégations sont dépourvues tant de précisions que de justificatifs pour établir la réalité de ce chef de préjudice. Dans ces conditions, aucune indemnisation ne peut être allouée au titre du préjudice économique invoqué.
Quant aux préjudice moral et troubles dans les conditions d'existence :
14. M. B soutient qu'il a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence du fait, notamment, des fautes résultant de l'édiction de l'ensemble des arrêtés dont il invoque l'illégalité. Il résulte de ce qui précède que celui-ci n'est fondé à se prévaloir, au titre de la responsabilité pour faute, que des seuls préjudices résultant de l'illégalité interne entachant les arrêtés cités au point 5. Il résulte de l'instruction que les illégalités en cause ont eu pour effet de priver le requérant d'un plein traitement entre le 8 avril 2014 et le 1er décembre 2016, l'intéressé ayant perçu un demi-traitement jusqu'au 1er janvier 2015 puis n'ayant plus perçu de rémunération, avant que sa situation financière ne soit régularisée en mars 2018, après l'édiction d'un arrêté du 6 mars 2018 le plaçant en congé de maladie imputable au service sur la période concernée. En outre, le requérant fait valoir les multiples démarches et contestations qu'il a dû entreprendre, notamment contentieuses, avant d'obtenir la régularisation de sa situation, ainsi que, dans cette attente, l'anxiété éprouvée. Ce préjudice moral et ces troubles dans ses conditions d'existence, en lien direct et certain avec les fautes retenues, sont établis. Eu égard à la durée de la période ayant couru du 12 juin 2015, date de l'arrêté fixant à tort la date de consolidation de son état de santé, au 6 mars 2018, il sera fait une juste appréciation de l'indemnité destinée à les réparer en allouant à M. B la somme de 3 500 euros.
15. Il s'ensuit que M. B est seulement fondé à demander la condamnation de la région Ile-de-France à lui verser la somme de 3 500 euros en réparation des préjudices subis au titre de la responsabilité pour faute de cette collectivité.
S'agissant des préjudices au titre de la responsabilité sans faute :
Quant aux souffrances endurées, préjudice moral et troubles dans les conditions d'existence
16. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties. ".
17. Il résulte de l'instruction que M. B a subi des souffrances endurées à raison de son état de santé imputable au service, résultant de son accident de service du 6 mai 2011, de la maladie professionnelle du 8 novembre 2011 et de la rechute de cette dernière du 6 mars 2012. Il en est de même du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence en résultant, tenant notamment aux douleurs entravant sa vie quotidienne, à des contraintes liées aux soins requis par son état de santé et à l'effort de reconversion professionnelle qu'il a dû engager, suffisamment établis par les pièces du dossier. L'intéressé est en droit d'obtenir réparation, au titre de la responsabilité sans faute, de ces chefs de préjudice.
18. Cependant, l'état du dossier ne permettant pas au tribunal de se prononcer sur l'étendue de ces préjudices, il y a lieu, avant de statuer sur les droits à réparation du requérant à ce titre, d'ordonner une expertise médicale aux fins et dans les conditions précisées dans le dispositif du présent jugement et de réserver l'évaluation de l'indemnisation des chefs de préjudice relatifs aux préjudice moral et troubles dans les conditions d'existence.
Quant aux préjudices esthétique et d'agrément :
19. Si le requérant sollicite réparation pour " des préjudices esthétique et d'agrément subis des accidents du travail [et] maladie professionnelle dont il a été victime et dont il est atteint ", il n'apporte aucune indication complémentaire, ni ne produit un quelconque élément de nature à établir l'existence de tels chefs de préjudices. Ceux-ci ne peuvent, par suite, donner lieu à une quelconque réparation.
Sur les intérêts :
20. Les intérêts moratoires dus en application des dispositions de l'article L. 1231-6 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à l'administration ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
21. Le requérant, qui a demandé pour la première fois les intérêts dus en application de ces dispositions dans sa requête enregistrée le 25 avril 2019, a droit aux intérêts à taux légal sur la somme qui lui est attribuée par le présent jugement, en réparation des préjudices subis à raison des fautes commises par la région Ile-de-France, à compter de cette date.
Sur les conclusions subsidiaires à fin d'expertise :
22. Le requérant se prévaut uniquement, dans sa requête, de préjudices ayant résulté pour lui des accidents de service qu'il a subis les 8 novembre 2004 et 6 mai 2011, de la maladie professionnelle déclarée le 8 novembre 2011, et de la rechute de cette maladie du 6 mars 2012. Toutefois, d'une part, ainsi qu'il a été indiqué, il n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de la région Ile-de-France au titre de l'accident du 8 novembre 2004. D'autre part, il ne peut être regardé comme engageant la responsabilité de la région Ile-de-France au titre de son accident de service du 6 septembre 2012, qu'il ne mentionne pas dans ses écritures, sur le fondement de la responsabilité sans faute, ni au regard des préjudices subis qu'il énumère, ni même, au demeurant, dans le propos liminaire de ses écritures. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu d'ordonner une expertise médicale à fin de décrire et d'évaluer l'étendue des préjudices résultant de cet accident du 6 septembre 2012, ces conclusions ne pouvant qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La région Ile-de-France est condamnée à verser à M. B la somme de 3 500 euros en réparation des préjudices qu'il a subis sur le fondement de la responsabilité pour faute. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 25 avril 2019.
Article 2 : Il sera procédé à une expertise médicale avant de statuer sur les conclusions du requérant, au titre de la responsabilité sans faute, tendant à l'indemnisation du préjudice résultant de son accident de service du 6 mai 2011, de la maladie professionnelle du 8 novembre 2011 et de la rechute du 6 mars 2012, tiré des souffrances endurées.
Article 3 : L'expert sera désigné par le président du tribunal ou par le magistrat désigné en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, avec l'autorisation du président du tribunal ou du magistrat désigné, se faire assister par tout sapiteur de son choix.
Article 4 : Il aura pour mission de :
1°) se faire communiquer, même par des tiers, tous documents et pièces utiles, notamment l'entier dossier médical du requérant ;
2°) décrire l'état de santé du requérant avant et après l'accident de service, la maladie professionnelle et la rechute de cette maladie, tels que cités au point 11 du présent jugement ;
3°) préciser, au vu des éléments du dossier, la date de consolidation de l'état de santé du requérant, tout particulièrement de l'accident de service, la maladie professionnelle et la rechute de cette maladie, précités ;
4°) évaluer le préjudice du requérant, subi à raison de l'accident de service, de la maladie professionnelle et de la rechute précités, au titre des souffrances endurées.
5°) fournir, plus généralement, tout élément susceptible de permettre d'éclairer le juge du fond saisi du litige, relatif aux chefs de préjudice précités.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B tendant à la réparation des préjudices invoqués sur le fondement de la responsabilité pour faute de la région Ile-de-France, et au titre des préjudices économique, esthétique et d'agrément, ainsi que des conclusions à fin d'expertise, est rejeté.
Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la région Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Mentfakh, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 septembre 2022.
La rapporteure,
S. LECONTELa présidente,
M. CLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de la Région Ile-de-France, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme
La greffière,
C. TRÉMOUREUX
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026