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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1904423

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1904423

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1904423
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET DADI, RENOUX, DE MANNEVILLE, SAVIN (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 14 mai, 9 août et du 22 novembre 2019, la société par actions simplifiée (SAS) Casanova, représentée par Me de Manneville, demande au tribunal :

1°) de prononcer le remboursement de la somme de 113 503 euros au titre du crédit impôt recherche et du crédit impôt innovation qu'elle a sollicitée au titre des années 2014 à 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- l'avis d'absence de rectification constitue une prise de position formelle au titre des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales ;

- les dépenses de personnel qu'elle a engagées sont éligibles au crédit impôt recherche au sens de l'article 49 septies G de l'annexe III au code général des impôts ;

- les dépenses de veille technologique sont également éligibles au crédit impôt recherche.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juin, 26 août, 27 et 30 décembre 2019, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les conclusions tendant au bénéfice du crédit impôt recherche sont tardives au titre des années 2014 et 2015 et que les moyens développés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Par mémoire enregistré le 2 février 2023, la SAS Casanova se désiste de ses conclusions tendant au remboursement de ses dépenses de veille technologique.

Vu :

- la décision par laquelle le directeur départemental des finances de Seine-et-Marne a rejeté la demande de la société ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 mars 2023 :

- le rapport de M. E ;

- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public ;

Considérant ce qui suit :

1. Par décisions des 14 avril 2016, 4 octobre 2016, 4 septembre 2017 et 20 août 2018, l'administration a accordé partiellement à la société par actions simplifiée (SAS) Casanova, qui est spécialisée dans le secteur d'activité de la fabrication d'équipements de communication, le bénéfice du crédit impôt recherche et du crédit impôt innovation au titre respectivement des années 2014, 2015, 2016 et 2017. Par réclamation du 28 janvier 2019, l'intéressée a sollicité le bénéfice du reliquat de ces crédits au titre des mêmes années. Par décision du 15 mars suivant, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a rejeté cette demande. Par la requête précitée, la société demande le remboursement de la totalité des crédits impôt recherche et impôt innovation qu'elle a sollicités.

Sur l'étendue du litige :

2. Si dans le cadre de sa requête initiale, la requérante a sollicité le remboursement de dépenses de veille technologique au titre des années 2014 et 2016 pour des montants respectifs de 3 440 et 16 372 euros, elle s'est désistée de ces conclusions par un mémoire enregistré le 2 février 2023. Ce désistement étant pur et simple, il y a lieu d'en donner acte.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

Sur le terrain de la loi fiscale,

3. Aux termes de l'article 244 quater du code général des impôts, alors en vigueur : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : () b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. Lorsque ces dépenses se rapportent à des personnes titulaires d'un doctorat, au sens de l'article L. 612-7 du code de l'éducation, ou d'un diplôme équivalent, elles sont prises en compte pour le double de leur montant pendant les vingt-quatre premiers mois suivant leur premier recrutement à condition que le contrat de travail de ces personnes soit à durée indéterminée et que l'effectif du personnel de recherche salarié de l'entreprise ne soit pas inférieur à celui de l'année précédente (). k) Les dépenses exposées par les entreprises qui satisfont à la définition des micro, petites et moyennes entreprises donnée à l'annexe I au règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité et définies comme suit : 1° Les dotations aux amortissements des immobilisations créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou installations pilotes de nouveaux produits autres que les prototypes et installations pilotes mentionnés au a ; 2° Les dépenses de personnel directement et exclusivement affecté à la réalisation des opérations mentionnées au 1° () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 49 septies G de l'annexe III à ce même code : " Le personnel de recherche comprend : 1. Les chercheurs qui sont les scientifiques ou les ingénieurs travaillant à la conception ou à la création de connaissances, de produits, de procédés, de méthodes ou de systèmes nouveaux. Sont assimilés aux ingénieurs les salariés qui, sans posséder un diplôme, ont acquis cette qualification au sein de leur entreprise. () Dans le cas des entreprises qui ne disposent pas d'un département de recherche, les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt sont exclusivement les rémunérations versées aux chercheurs et techniciens à l'occasion d'opérations de recherche ".

4. Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction et compte tenu des différents éléments produits par les parties, si le contribuable remplit les conditions auxquelles les dispositions des articles 244 quater du code général des impôts et 49 septies G de l'annexe III à ce code subordonnent l'inclusion de ses dépenses de personnel dans l'assiette des crédits d'impôt qu'elles instituent.

5. Il résulte des termes de l'article 244 quater B précité du code général des impôts que les rémunérations versées aux chercheurs et aux techniciens ne peuvent être prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt pour les dépenses de recherche, en vertu des b) et k) de cet article, que s'ils sont directement et exclusivement affectés à ces opérations.

6. Il résulte de l'instruction que l'administration a refusé à la requérante le bénéfice du crédit d'impôt recherche et d'impôt innovation pour les dépenses de personnel au titre des années 2014 à 2017 de M. A et Mme C et au titre de l'année 2017 de MM. D et B. Par avis du 10 avril 2016, l'expert mandaté par le ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement et de la recherche a conclu que la formation et les curriculums vitae de Mme C et de M. A ne montrent pas leurs compétences techniques en électronique ou en traitement du signal et qu'il ne " [voyait] pas comment ils ont pu apporter une contribution de RetD dans ce projet technique ". La requérante conteste cette position et considère que les dépenses afférentes à ces personnels doivent lui être remboursées.

7. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C, qui est titulaire du baccalauréat et a suivi des formations à la gestion des entreprises et à la mise en œuvre de la fibre optique en milieu résidentiel et qui est la " directrice industrielle " de la SAS Casanova dont elle s'occupe essentiellement de la gestion, disposerait des diplômes, formations ou expériences lui permettant de participer directement et exclusivement aux projets de recherche éligibles aux crédits impôt recherche et impôt innovation.

8. En deuxième lieu, M. A qui est titulaire d'un mastère spécialisé en management social des organisations - option ressources humaines - à l'école supérieure de commerce de Montpellier, est le président de la société et en assure la direction générale. Si son curriculum vitae mentionne qu'il pilote la fonction RetD de la société pour qui il a déposé des brevets internationaux et si la requérante produit quelques échanges de courriels et des comptes rendus de réunion, ces éléments sont insuffisants pour établir la participation directe et exclusive de M. A à la réalisation d'opérations de recherche.

9. En troisième et dernier lieu, si la requérante soutient que les dépenses de personnel au titre de l'année 2017 relatives à MM. D et B doivent être prises en compte au titre des crédits impôt recherche et impôt innovation, il résulte de l'instruction que M. D qui a un niveau BTS " comptabilité et gestion ", exerce les fonctions de " responsable national prescription " au sein de la société et que M. B, titulaire d'un baccalauréat technique spécialisation en systèmes mécaniques automatisés, exerce des fonctions de " commercial en prêt-câblage d'immeubles, infrastructure réseau cuivre et fibre optique " au sein de la société. Ils exercent donc des fonctions de commercial et il n'est pas établi qu'ils participeraient, directement et exclusivement, en tant que chercheurs aux opérations de recherche en cause.

10. Dans ces conditions, ces salariés ne pouvant, au regard des pièces produites, être qualifiés de chercheurs, c'est à juste titre que l'administration a refusé à la requérante l'éligibilité des dépenses de ces personnels au titre des crédits impôt recherche et impôt innovation des années 2014 à 2017.

Sur la prise de position formelle de l'administration fiscale,

11. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ". Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal () ".

12. Par un courrier du 10 décembre 2018, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a informé la société que " la procédure de vérification qui a été engagée par l'avis du 12 octobre 2018 pour les déclarations 2069-A-SD déposées en 2015, 2016, 2017 et 2018 pour les crédits d'impôt recherche calculés au titre de 2014, 2015, 2016 et 2017 est achevée et que ce contrôle se conclut sans rectification ". La requérante soutient que ce courrier valant absence de rectification mentionne expressément les crédits impôt recherche, est consécutif à un contrôle fiscal qui a porté sur ces seuls crédits et constitue donc une prise de position formelle de l'administration au sens des dispositions précitées de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.

13. Toutefois, une absence de rectification à la suite d'un contrôle de l'administration ne saurait constituer une prise de position formelle de l'administration au sens de ces dispositions. Par ailleurs, si la SAS Casanova se prévaut des dispositions de la loi du 10 août 2018 pour un Etat au service d'une société de confiance qui ont modifié l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, un tel moyen est inopérant, dès lors que ces nouvelles dispositions ne sont applicables qu'aux avis adressés à compter du 1er janvier 2019. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à invoquer une prise de position formelle de l'administration pour solliciter le remboursement des sommes demandées au titre des années 2014 à 2017.

Sur la doctrine administrative,

14. La société requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'instruction référencée BOI-BIC-RICI-10-20-20, paragraphes 20 et 70, qui ne donne pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

15. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir invoquée par le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne, la SAS Casanova n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration lui a refusé, pour les années 2014 à 2017, le bénéfice du crédit d'impôt prévu par les dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts à hauteur des dépenses de personnels précitées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de la SAS Casanova de ses conclusions relatives au remboursement des dépenses de veille technologique.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Casanova est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Casanova et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

P. E La présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

C. MAHIEU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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