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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1904465

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1904465

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1904465
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET PHILIPPE SYLVAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 mai 2019 et le 22 juillet 2021,

M. C A et Mme B épouse A, représentés par Me Sylvain, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015, restées à leur charge ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

M. et Mme A soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- la procédure est irrégulière en l'absence de motivation suffisante de la proposition de rectification s'agissant de la démonstration de la réalité d'un désinvestissement de la société à responsabilité limitée (SARL) Muka Sécurité Privée ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- l'administration fiscale, qui s'est livrée à une reconstitution des bénéfices de la SARL Muka Sécurité Privée, n'apporte pas la preuve que ceux-ci ont effectivement été désinvestis de cette société, ni distribués à leur profit ;

- d'après la proposition de rectification, le service a retenu comme résultats imposables rectifiés les sommes de 79 821 euros pour l'année 2014 et de 66 599 euros pour l'année 2015 et ce, après application de la cascade simple, alors qu'en application des articles 109-1-1° et 110 du code général des impôts, l'administration fiscale aurait dû retenir le montant hors taxes et non pas toutes taxes comprises comme elle l'a fait ;

- Mme A ne saurait être qualifiée de "maître de l'affaire" dès lors qu'il n'est pas démontré qu'elle ait effectivement appréhendé les sommes qualifiées par le service de revenus distribués.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2019, le directeur du contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Le directeur du contrôle fiscal Île-de-France soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 octobre 2021 la clôture de l'instruction a été fixée au

17 novembre 2021.

Un mémoire, enregistré le 22 décembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, a été présenté par le directeur du contrôle fiscal Île-de-France et n'a pas été communiqué.

Le 25 octobre 2023, des pièces ont été produites par le directeur du contrôle fiscal Île-de-France, en réponse à la demande qui lui avait été adressée sur le fondement de l'article

R. 613-1-1 du code de justice administrative, lesquelles ont été communiquées aux requérants sur le même fondement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas,

- et les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Muka Sécurité Privée, dont Mme A était la gérante et l'associée propriétaire de 60 % du capital social, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. Par un courrier du 22 mai 2017, une proposition de rectification a été adressée à M. et Mme A, portant sur des revenus de capitaux mobiliers perçus au cours de cette période. Le 31 juillet 2017, les impositions supplémentaires en découlant ont été mises en recouvrement. M. et Mme A ont contesté le bien-fondé de ces impositions par une première réclamation préalable en date du

27 septembre 2017, qui a fait l'objet d'une acceptation partielle en date du 12 mars 2018. Les intéressés ont contesté le bien-fondé des impositions maintenues à leur charge par une seconde réclamation préalable en date du 13 septembre 2018, qui a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 18 mars 2019. M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer la décharge en droits et pénalités des suppléments d'impositions au titre des années 2014 et 2015 restés à leur charge.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : "L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ()". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : "La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.

3. La proposition de rectification du 22 mai 2017 indique qu'elle concerne l'impôt sur le revenu des intéressés au titre des années 2014 et 2015, que lors de la vérification de comptabilité de la SARL Muka Sécurité Privée le service a établi un procès-verbal d'opposition à contrôle fiscal le 10 janvier 2017, qu'aucune comptabilité n'a été présentée au service vérificateur, que le service a donc reconstitué, en usant de la procédure d'évaluation d'office, le chiffre d'affaires de cette SARL en se fondant sur ses encaissements bancaires, ce qui lui a permis de déduire que celui-ci s'élevait à 532 142 euros au titre de l'exercice 2014 et à 443 992 euros au titre de l'exercice 2015, que par souci de réalisme économique, le service a retenu des charges à hauteur de 85% du chiffre d'affaires, que les bénéfices distribuables s'élevaient donc à 180 277 euros en 2014 et 157 795 euros en 2015, que la différence entre ces sommes et les sommes déclarées par Mme A doit être qualifiée de revenus de capitaux mobiliers, que Mme A, qui est gérante et propriétaire de 60 % des parts de la SARL Muka Sécurité Privée, et qui est l'unique détentrice de la signature sur les comptes bancaires de cette société, doit être considérée comme étant le "maître de l'affaire" et comme étant la bénéficiaire de ces revenus de capitaux mobiliers et qu'il en résulte des rehaussements de la base imposable à l'impôt sur le revenu du foyer fiscal qui passe d'un revenu imposable avant contrôle de 40 724 euros en 2014 et de 43 740 euros en 2015, à un revenu imposable après contrôle de 266 070 euros en 2014 et de 240 984 euros en 2015. La proposition de rectification ajoute les modalités de calculs et les montants, pour les années 2014 et 2015, des impôts, des prélèvements sociaux, de la contribution sociale généralisée (CSG), de la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS), des intérêts de retard et des majorations dues par le foyer fiscal de M. et Mme A. Ainsi rédigée, la proposition de rectification du 22 mai 2017, dont l'examen de la motivation ne dépend pas de la pertinence des motifs, était suffisamment motivée pour permettre aux contribuables de formuler leurs observations de façon utile.

En ce qui concerne la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales: " Lorsque, ayant donné son accord au redressement ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la notification de redressement, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de redressement, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".

5. M. et Mme A, qui n'ont pas répondu à la proposition de rectification du

22 mai 2017 qui leur a été régulièrement notifiée le 29 mai 2017, n'ont pas refusé expressément les rectifications, ni émis de réserves précises à leur sujet dans le délai de trente jours prévu par les articles L. 11 et L. 57 du livre des procédures fiscales. Ils doivent ainsi être regardés comme ayant donné leur accord aux rectifications. Par suite, la charge de la preuve de l'exagération des bases d'imposition incombe aux requérants.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

Quant à la détermination du montant des revenus distribués :

6. En premier lieu, les requérants soutiennent que d'après la proposition de rectification, le service a retenu comme résultats imposables rectifiés les sommes de 79 821 euros pour l'année 2014 et de 66 599 euros pour l'année 2015 et ce, après application de la " cascade simple ", alors qu'en application des articles 109-1-1° et 110 du code général des impôts, l'administration fiscale aurait dû retenir le montant hors taxes et non pas toutes taxes comprises comme elle l'a fait. Toutefois, la " cascade " qui a été faite consistant en la déduction, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, de la charge constituée par les suppléments de taxes sur le chiffre d'affaires, ces sommes ont bien été exprimées et prises en compte par le service en euros hors taxes. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'administration fiscale n'aurait pas retenu des montants hors taxes dans sa proposition de rectification.

7. En second lieu, M. et Mme A font valoir que l'administration fiscale, qui s'est livrée à une reconstitution des bénéfices de la SARL Muka Sécurité Privée, n'apporte pas la preuve que ceux-ci ont effectivement été désinvestis de cette société, ni distribués à leur profit. Toutefois, dans la présente procédure, la charge de la preuve incombe aux requérants. Or, compte tenu de ce qui précède, ceux-ci ne démontrent pas que les redressements seraient exagérés, ni au demeurant que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires serait exagérément sommaire ou radicalement viciée.

Quant à l'appréhension des revenus distribués :

8. Aux termes des dispositions du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 de ce code, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés /

() ". Pour l'application de ces dispositions, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. La circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes étant sans incidence à cet égard.

9. Les requérants soutiennent que les éléments rapportés par le service ne sont pas suffisants pour établir que Mme A était maître de l'affaire, "eu égard au fait qu'aucune démonstration de l'appréhension effective de ces sommes n'a été apportée à son encontre". Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A a été la gérante de la SARL Muka sécurité privée de sa constitution jusqu'au prononcé du jugement de liquidation judiciaire le 8 mars 2017, qu'elle détenait 90 parts sociales sur les 150 parts de cette SARL, soit 60% du capital social et qu'elle possédait seule la signature sur le compte bancaire de la société ouvert auprès de la banque Postale, au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. Dans ces conditions, le service démontre que Mme A était seule "maître de l'affaire". Il s'ensuit qu'elle est présumée avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'elle contrôlait. Or, la requérante n'apporte aucun élément de nature à renverser cette présomption.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de M. et Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige:

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, laquelle ne comporte pas de dépens, au titre des frais exposés par M. et Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et Mme B épouse A, et au directeur du contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1904465

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