jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1904672 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | BERTRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 mai 2019, Mme A C, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris à lui verser la somme globale de 24 214,80 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la suppression illégale de son emploi et de son défaut d'affectation effective pendant plusieurs mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris a commis des fautes dans la gestion de sa carrière ; l'établissement de santé a commis une faute en ayant recours de manière abusive et illégale à des contrats particulièrement précaires sur le fondement des dispositions de l'article 9-1 de la loi du 9 janvier 1986 ; il a commis une autre faute en la recrutant sur une période de près d'un an et demi sans contrat écrit en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du décret du
6 février 1991 ; il a commis une faute en prenant la décision du 27 novembre 2018 entachée d'illégalité externe et interne ; cette décision est illégale à raison, d'une part, de ce que son employeur n'a pas respecté le délai de prévenance prévu à l'article 41 du décret du 6 février 1991 dans le cadre du renouvellement de son dernier contrat de travail et, d'autre part, de ce qu'elle n'a pas été invitée à consulter son dossier en méconnaissance de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 ; le défaut de numérotation des pages et pièces de son dossier administratif est constitutif d'une illégalité ; elle est, par ailleurs, illégale en ce qu'elle est entachée d'erreur d'appréciation et de détournement de pouvoir et qu'elle revêt le caractère d'une une sanction disciplinaire déguisée ;
- le préjudice moral subi peut être évalué à la somme de 4 000 euros ;
- le préjudice matériel peut être évalué à la somme de 8 214,80 euros ;
- les troubles dans les conditions d'existence et le préjudice d'anxiété peuvent être évalués à la somme de 12 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2020, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, représentée par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que sa responsabilité ne saurait être engagée et que les préjudices invoqués ne sont pas établis.
Par ordonnance du 18 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 10 septembre 2021 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi du 22 avril 1905 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bichy, substituant Me Bertrand, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, a été recrutée par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), en qualité d'agent des services hospitaliers qualifié de classe normale contractuel, par un contrat à durée déterminée du 28 novembre 2016 pour la période courant du 22 novembre 2016 au 28 février 2017, renouvelé, en dernier lieu, jusqu'au 31 décembre 2018, et affectée sur l'hôpital Bicêtre du Groupement hospitalier universitaire (GHU) Paris Sud. Par courrier du 16 octobre 2018, le directeur des ressources humaines du GHU l'a informée que son contrat était prolongé jusqu'au 31 décembre 2018 et qu'il prendrait fin à cette même date. Par une demande du 25 janvier 2019, et non du 25 janvier 2017 comme mentionné par erreur sur cette demande, réceptionnée le jour même par l'AP-HP, qui l'a implicitement rejetée, Mme C a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis dans le cadre de son affectation à l'hôpital Bicêtre pour un montant total de 24 214,80 euros. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser la somme globale de somme de 24 214,80 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis dans la gestion de sa carrière.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la faute tirée du recours abusif au contrat à durée déterminée :
2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont, à l'exception de ceux réservés aux magistrats de l'ordre judiciaire et aux fonctionnaires des assemblées parlementaires, occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut ".
3. Aux termes de l'article 9-1 de la loi du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les établissements peuvent recruter des agents contractuels pour assurer le remplacement momentané de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé annuel, d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie, d'un congé de longue durée, d'un congé pour maternité ou pour adoption, d'un congé parental, d'un congé de présence parentale, d'un congé de solidarité familiale, de l'accomplissement du service civil ou national, du rappel ou du maintien sous les drapeaux ou de leur participation à des activités dans le cadre des réserves opérationnelle, de sécurité civile ou sanitaire ou en raison de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée. Il est renouvelable, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence de l'agent à remplacer. / () ".
4. Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de contrats à durée déterminée afin de pourvoir au remplacement temporaire d'agents indisponibles répond, en principe, à une raison objective, y compris lorsque l'employeur est conduit à procéder à des remplacements temporaires de manière récurrente, voire permanente, et alors même que les besoins en personnel de remplacement pourraient être couverts par le recrutement d'agents sous contrats à durée indéterminée.
5. Il résulte de l'instruction et, notamment, des contrats d'engagement et avenants produits par Mme C, qu'elle a été recrutée de manière discontinue, pour la période courant du 22 novembre 2016 au 31 décembre 2018 soit " au grade d'agent des services hospitaliers qualifié de classe normale C1 sur un poste de remplacement de catégorie C, pour exercer les fonctions de brancardier ", soit " au grade d'agent des services hospitaliers qualifié de classe normale C1 sur un poste de remplacement de catégorie C, pour exercer les fonctions d'agent de service hospitalier qualifié selon la fiche de poste jointe au contrat ", soit " au grade d'agent des services hospitaliers qualifié de classe normale C1 sur un poste de remplacement de catégorie C, pour exercer les fonctions de brancardier selon la fiche de poste jointe au contrat ".
6. D'une part, Mme C soutient qu'à défaut d'avoir précisé le nom de l'agent qu'elle a remplacé, l'AP-HP a eu recours de manière abusive et illégale à des contrats particulièrement précaires et a, de ce fait, commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Toutefois, il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'un établissement hospitalier soit tenu de faire figurer sur un contrat de recrutement le nom de l'agent remplacé. Dans ces conditions, la circonstance qu'aucun des contrats de recrutement de la requérante ne mentionne le nom de l'agent remplacé n'est pas, par elle-même, de nature à établir qu'elle n'aurait pas été recrutée, non pour des besoins correspondant à ceux visés par les dispositions précitées de l'article 9-1 de la loi du
9 janvier 1986 mais pour répondre à un besoin structurel de main d'œuvre et que l'AP-HP aurait, de ce fait, commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
7. D'autre part, Mme C, qui soutient " qu'alors même qu'aucun agent préalablement affecté sur ce poste n'est temporairement absent, les contrats () ont été renouvelés pendant une durée totale de deux ans et un peu plus d'un mois ", peut être regardée comme contestant le motif pour lequel l'AP-HP l'a engagée. Elle en conclu qu'" il y a manifestement une violation des dispositions statutaires au détriment de [l'intéressée] qui a été irrégulièrement maintenue dans une situation particulièrement précaire ". S'il résulte des mentions des contrats d'engagement, et ce n'est pas contesté, qu'elle a été recrutée sur un poste de remplacement de catégorie C, au visa des dispositions de l'article 9-1 de la loi du 9 janvier 1986, aucun élément ne permet d'établir que les recrutements de la requérante auraient été destinés à assurer le remplacement momentané de fonctionnaires hospitaliers indisponibles au sens de l'article 9-1 précité de la loi du 9 janvier 1986. Les documents produits par la requérante ne font pas mention du motif pour lequel elle a été engagée et l'AP-HP reste silencieuse en défense sur ce point. Ainsi, les fonctions qui ont été confiées à Mme C pour l'ensemble de la période courant du 22 novembre 2016 au 31 décembre 2018 en qualité d'agent contractuel l'ont été dans des conditions contraires aux dispositions citées aux points 2. et 3. du présent jugement. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir qu'en la maintenant dans une situation irrégulière et précaire, l'AP-HP a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la faute tirée de l'absence de contrat écrit :
8. Aux termes de l'article 4 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les agents sont recrutés par contrat écrit. Celui-ci doit préciser l'article de la loi du 9 janvier 1986 et, le cas échéant, l'alinéa en vertu duquel il est établi. / Le contrat précise sa date d'effet, sa durée, le poste occupé ainsi que la catégorie hiérarchique mentionnée au quatrième alinéa de l'article 4 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, dont l'emploi relève. Il stipule expressément la durée de la période d'essai et la possibilité de la renouveler dans les conditions fixées par l'article 7. / Le contrat détermine les conditions d'emploi de l'agent et notamment les modalités de sa rémunération. Il indique les droits et obligations de l'agent, lorsque ceux-ci ne relèvent pas d'un texte de portée générale. / Un modèle de contrat comportant l'ensemble des stipulations requises est fixé par arrêté du ministre chargé de la santé. / Un double du contrat est remis à l'agent ".
9. Mme C soutient que la plupart des contrats d'engagement et leurs avenants ayant été conclus à titre rétroactif et n'ayant pas été signés, elle n'a disposé, au cours des périodes travaillées, d'aucun contrat de travail écrit en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 6 du décret du 6 février 1991.
10. D'une part, il résulte de l'instruction que le premier contrat du 28 novembre 2016 portant engagement de Mme C et le premier avenant du 9 mars 2017 à ce contrat, ont été signés électroniquement par le directeur du site de Paul Brousse et directeur des ressources humaines du GHU Paris Sud et par apposition de la signature manuscrite de la requérante. Les contrats d'engagement et avenants des 12 juin 2017, 4 avril et 13 novembre 2018 ont, quant à eux, été signés du seul directeur du site de Paul Brousse et directeur des ressources humaines du GHU Paris Sud ou le directeur des ressources humaines du GHU par voie électronique. La circonstance, en l'espèce, que Mme C n'ait pas signé ces contrats et avenants est dépourvue de portée en raison de la commune intention exprimée tant par la requérante que par l'AP-HP et qui ressort de leur volonté de poursuivre la relation de travail. Quant aux autres contrat, la requérante n'établit pas qu'ils n'auraient pas été signés en se bornant à les produire de manière incomplète. En tout état de cause, à supposer même qu'ils ne l'aient pas été, cette circonstance, ainsi que cela vient d'être rappelé, est demeurée sans incidence compte tenu de la volonté manifestée par la requérante et l'AP-HP de poursuivre la relation de service. Me C, qui se borne à produire un pli portant un cachet du centre postal de Rungis du 30 novembre 2018 et un récépissé de déclaration au registre de main courante du 27 février 2019, n'apporte aucun élément pertinent de nature à établir que l'AP-HP aurait commis une faute en lui demandant de rédiger " une fausse attestation " par laquelle elle aurait attesté avoir reçu et signé les contrats en temps utile.
11. D'autre part, il résulte de l'instruction que les contrats d'engagement et avenants produits par Mme C comportent une date d'effet antérieure à la date à laquelle ils ont été signés. Toutefois, la circonstance que la requérante ait commencé à exercer ses fonctions, puis ait été maintenue dans ses fonctions au sein du service, avant que n'aient été rédigés ou signés les contrats et avenants litigieux, impliquait que l'AP-HP régularise sa situation en faisant rétroagir les contrats d'engagement et avenants à la date de prise de fonctions ou de maintien en fonction. Il ne peut donc être reproché à l'AP-HP d'avoir commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la faute tirée de l'irrégularité du non renouvellement du contrat à durée déterminée :
12. En premier lieu, aux termes de l'article 41 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Lorsque l'agent contractuel a été recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard : / () ; / 3° Deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure à deux ans. / 4° Trois mois avant le terme de l'engagement pour le contrat susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée. / (). / Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux 1°, 2° et 3° sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. / () ".
13. Mme C soutient que l'AP-HP a commis une faute en ne respectant pas le délai de prévenance de deux mois prévu à l'article 41 du décret du 6 février 1991. Il résulte de l'instruction, ainsi que cela a été dit aux points 1. et 5. du présent jugement, que la requérante a été engagée en qualité d'agent des services hospitaliers qualifié par l'AP-HP du 22 novembre 2016 au 31 décembre 2018 sans interruption de fonctions, soit pour une durée supérieure à deux ans. En application des dispositions précitées du 3° de l'article 41 du décret du 6 février 1991,
Mme C aurait dû être informée de la volonté de l'AP-HP de ne pas renouveler son contrat au plus tard deux mois avant le terme de son dernier contrat qui prenait fin le 31 octobre 2018. Pour démontrer que l'AP-HP a commis une faute en ne respectant pas le délai de prévenance de deux mois, la requérante se borne à produire une enveloppe dont la référence de suivi 1K 019 853 7600 5 ne correspond pas à la référence 1K 016 697 3338 4 de la lettre du 16 octobre 2018 avec accusé de réception l'informant du non renouvellement de son contrat. Il suit de là que l'AP-HP ne peut être regardée comme ayant commis une faute de nature à engager à sa responsabilité.
14. En deuxième lieu, la décision de ne pas renouveler le contrat d'engagement d'un agent public, alors même qu'elle serait fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur l'aptitude professionnelle de l'agent et, de manière générale, sur sa manière de servir et se trouve ainsi prise en considération de la personne, n'est - sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire - pas au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de prendre connaissance de son dossier.
15. Si Mme C soutient que l'AP-HP a commis une faute en ne l'invitant pas à consulter son dossier préalablement au prononcé de la décision de non-renouvellement de son contrat et que son dossier est irrégulier en raison d'un défaut de numérotation de pages et pièces de celui-ci, il ne résulte pas de l'instruction que la décision de ne pas renouveler le contrat d'engagement de la requérante au-delà du 31 décembre 2018 aurait le caractère d'une sanction disciplinaire alors même qu'elle a été prise pour des motifs tirés de son comportement professionnel. Dans ces conditions, cette décision n'avait pas à être précédée de la communication du dossier de la requérante dans les conditions prévues à l'article 65 de la loi du 22 avril 1905. Il suit de là que l'AP-HP ne peut être regardée comme ayant commis une faute de nature à engager à sa responsabilité.
16. En troisième lieu, il résulte de ces dispositions qu'un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service.
17. Mme C soutient que la décision par laquelle l'AP-HP a refusé de renouveler son contrat d'engagement au-delà du 31 décembre 2018 est entachée d'illégalités fautives tirées de l'erreur manifeste d'appréciation et du détournement de pouvoir et de ce que cette décision est constitutive d'une sanction disciplinaire déguisée.
18. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment des huit évaluations réalisées dans le cadre de l'exécution des contrats d'engagement de Mme C qu'elle a connu, tout d'abord, une première phase d'amélioration professionnelle du 21 novembre 2016 au 31 mai 2017 marquée par une progression de l'ensemble des compétences évaluées, une qualité de travail satisfaisante et une prise en compte des remarques et conseils, puis une deuxième phase de stagnation professionnelle du 1er juin 2017 au 31 janvier 2018 avec une évaluation stationnaire de ses compétences évaluées et l'invitation de l'évaluateur à prendre en compte les remarques et poursuivre les efforts, et enfin une troisième phase de régression professionnelle du 1er février 2018 au 31 décembre 2018 avec une baisse progressive des compétences évaluées et plusieurs invitations, dans les évaluations du 26 avril 2018, 12 juillet 2018 et 5 octobre 2018, à respecter l'organisation du travail en équipe, à appliquer une plus grande discrétion professionnelle, et à être davantage disponible pendant les missions en ambulance et notamment lorsque les différentes équipes s'articulent. Compte tenu de l'ensemble des invitations à améliorer des compétences et son inclusion dans les équipes, Mme C ne saurait sérieusement soutenir qu'elle a atteint le seul objectif de formation qui lui aurait été assigné. Si elle prétend ne jamais avoir refusé de participer à une course, elle n'apporte aucune autre observation sur le grief formulé par sa hiérarchie selon lequel son niveau d'implication et de disponibilité au cours des opérations de transport de patients et de matériel n'est pas satisfaisant. Si, par ailleurs, Mme C soutient que sa dernière évaluation professionnelle du 5 octobre 2018 est particulièrement sévère et ne constitue qu'une manifestation de l'animosité de la nouvelle cadre supérieure du service, la requérante, qui n'établit ni même n'allègue avoir contesté une telle évaluation, n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'elle constitue une appréciation erronée de sa manière de servir. Dans ces conditions, la décision du directeur des ressources humaines du GHU Paris Sud de ne pas renouveler le contrat d'engagement de Mme C doit être regardée comme reposant sur un motif justifié par l'intérêt du service. Il ne peut donc être reproché à l'AP-HP d'avoir entaché cette décision d'erreur manifeste d'appréciation et d'avoir ainsi commis une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité.
19. D'autre part, eu égard aux motifs pour lesquels l'AP-HP a décidé de ne pas renouveler le contrat d'engagement de la requérante, elle n'établit pas que la décision en litige serait entachée d'un détournement de pouvoir et constitutive d'une sanction disciplinaire déguisée, la mesure en litige ayant été édictée par la seule considération de prendre acte de la moindre implication de la requérante dans l'exercice de ses missions dans le cadre du bon fonctionnement du service public hospitalier, et non avec l'intention de réprimer un comportement fautif de la requérante. Il ne peut donc être reproché à l'AP-HP d'avoir commis des illégalités fautives de nature à engager sa responsabilité.
Sur les préjudices :
20. D'une part, Mme C soutient qu'elle a subi un préjudice moral résultant du caractère brutal et injuste de la décision de l'AP-HP de ne pas renouveler son contrat d'engagement, d'autant qu'en raison de sa nationalité, elle rencontre des difficultés pour retrouver un emploi, et de la manœuvre organisée par l'AP-HP afin qu'elle rédige une fausse attestation relative à la réception et à la signature de ses contrats d'engagement et avenants. D'autre part, elle se prévaut d'un préjudice matériel résultant de la perte de salaire pour la période courant du mois de janvier au 21 mai 2019 en raison du non-renouvellement de son dernier contrat d'engagement. Enfin, elle allègue des troubles dans les conditions d'existence ainsi qu'un préjudice d'anxiété résultant du non-renouvellement de son dernier contrat d'engagement et de l'absence de contrat d'engagement écrit.
21. Si Mme C est fondée à rechercher la responsabilité pour faute de l'AP-HP dans les conditions fixées au point 7. du présent jugement, elle n'invoque aucun préjudice résultant de cette faute. Il suit de là qu'elle ne peut prétendre à une indemnisation.
Sur les frais d'instance :
22. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'AP-HP, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
M. Delmas, premier conseiller,
Mme Réchard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le rapporteur,
S. B
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT
La greffière,
C. RICHEFEU
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026