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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1904819

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1904819

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1904819
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCP DELAMARRE ET JEHANNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2019, Mme B C, représentée par la SCP Delamarre et Jéhannin, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recettes émis par le maire de Bussy-Saint-Georges le 27 mars 2019 pour le remboursement à la commune d'une somme de 12 871,43 euros au titre d'indus de rémunération ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bussy-Saint-Georges la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- le titre exécutoire contesté est entaché d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- la créance réclamée n'est pas fondée, dès lors qu'elle repose sur l'arrêté du 26 décembre 2018, entaché d'illégalités, par lequel il a été irrégulièrement mis fin à son détachement dans l'emploi fonctionnel de directrice générale des services ;

- en outre, son affectation au poste de responsable du pôle administratif, juridique et financier des services techniques est également entachée d'illégalités ;

- en tout état de cause, les sommes en litige ne pouvaient lui être réclamées dès lors qu'elle a effectivement exercé, et ceci de façon satisfaisante, les fonctions de directrice générale des services de la commune de Bussy-Saint-Georges à compter de l'arrêté du 31 août et jusqu'au 26 décembre 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2019, la commune de Bussy-Saint-Georges, représentée par Me Cazin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante sont inopérants ou infondés.

Par une ordonnance du 2 juillet 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 juillet 2021 à 12 h 00.

Une note en délibéré présentée pour la commune de Bussy-Saint-Georges a été enregistrée le 24 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C, ainsi que celles de Me Geissmann, représentant la commune de Bussy-Saint-Georges.

Considérant ce qui suit :

1. Attachée territoriale, Mme B C a été recrutée par la commune de Bussy-Saint-Georges le 22 janvier 2018 sur les fonctions de directrice générale adjointe des services (DGAS). Par un arrêté du 31 août 2018, le maire de Bussy-Saint-Georges l'a nommée directrice générale des services de la commune en la détachant dans cet emploi à compter du 1er septembre 2018, et par trois arrêtés du même jour, la même autorité lui a attribué la nouvelle bonification indiciaire, l'indemnité de responsabilité et l'indemnité pour frais de représentation, afférentes à cet emploi. Par un arrêté du 26 décembre 2018, pris au motif que le détachement ainsi prononcé était illégal, le maire a retiré l'ensemble des arrêtés du 31 août 2018, précités, et a réintégré Mme C dans le grade d'attaché territorial à compter du 1er septembre 2018. Le 27 mars 2019, le maire de Bussy-Saint-Georges a émis un titre de recettes, dont la requérante demande l'annulation, en répétition de la somme de 12 871,43 euros au titre d'indus de rémunération.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre en litige :

2. Il résulte de l'instruction que par le titre exécutoire en litige, le maire de Bussy-Saint-Georges entend procéder au rappel de sommes perçues par la requérante à titre de rémunération de septembre à décembre 2018, au prorata de la différence entre, d'une part, les traitements, primes et indemnités versés après accomplissement des fonctions de directeur général des services (A), emploi sur lequel elle a été détachée, et, d'autre part, celles calculées postérieurement pour la période concernée, correspondant au 4ème échelon du grade d'attaché territorial dans lequel l'intéressée a été réintégrée rétroactivement, à compter du 1er septembre 2018, à la suite du retrait par l'arrêté du 26 décembre 2018 des arrêtés précités.

En ce qui concerne la régularité formelle du titre :

3. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration qui met en recouvrement un état exécutoire doit indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge des redevables.

4. Mme C a été destinataire, avant que lui soit adressé l'état exécutoire en litige, de l'arrêté du maire de Bussy-Saint-Georges du 26 décembre 2018, précité, ainsi que d'un courrier du 27 février 2019, par lequel le maire de la commune l'a informée que, " en application " de cet arrêté de retrait, il émettait le titre exécutoire du 27 mars 2019 en litige, dont l'ampliation comporte pour descriptif " remboursement salaires perçus à tort - 27/03/2019 ". Il n'est pas contesté que la requérante a également été mise en possession de ses bulletins de paie pour septembre à mars 2019, le dernier bulletin présentant une régularisation à hauteur du montant du titre en litige. Le détail de celui-ci retrace les composantes de rémunération précédemment perçues de septembre à décembre 2018 et, soit les retranchent intégralement, le cas échéant pour y substituer un nouveau montant, notamment s'agissant du traitement indiciaire, soit retranchent au net à payer un solde, dont il peut être constaté qu'il équivaut au delta par rapport au montant tel qu'alloué en mars 2018, notamment pour l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE). Outre leur difficile lisibilité, les mentions figurant sur ce bulletin de salaire sont dépourvues de précision sur les éléments retenus pour le calcul de la rémunération rétroactivement allouée à l'intéressée sur le fondement de sa réintégration comme attachée territoriale. Dans ces conditions, la requérante, nonobstant son niveau de qualification, ne peut être regardée comme ayant été mise à même de connaître les bases et les éléments de calcul sur lesquels le titre en litige se fonde pour mettre la somme en cause à sa charge. Le moyen tiré du défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions précitées du décret du 7 novembre 2012 doit, par suite, être retenu.

En ce qui concerne le bien-fondé du titre de perception :

5. Ainsi qu'il a été dit, il résulte de l'instruction que le maire de Bussy-Saint-Georges, dont l'arrêté du 26 décembre 2018 a eu pour effet de rétroactivement modifier l'affectation de Mme C pour la période de septembre à décembre 2018, retirant l'arrêté la détachant sur l'emploi de A, met à sa charge, par le titre en litige, une somme correspondant à la différence les traitements, primes et indemnités versés au titre des fonctions de directeur général des services (A), et ceux qu'elle aurait perçus en qualité d'attaché territorial, sur la période concernée. Toutefois, il n'est pas contesté qu'elle a effectivement exercé sur cette période les fonctions de A. De plus, le retrait de sa nomination en qualité de A et sa réintégration rétroactive dans le grade d'attaché territorial ne peut avoir pour effet de regarder l'intéressée comme n'ayant pas accompli les fonctions ouvrant droit à rémunérations, primes et indemnités. Ainsi, en présence de service fait, la commune ne saurait utilement se prévaloir du retrait de l'acte sur le fondement duquel les rémunérations en tant que A ont été versées, pour les regarder comme dépourvues de base légale et ainsi perçues à tort. En outre, la commune, à qui il appartient d'apprécier les droits à rémunération de ses agents au regard du service effectivement accompli par eux, ne saurait davantage soutenir que, compte tenu du retrait en question, elle aurait été en compétence liée pour réclamer la répétition des versements en cause. Enfin, le retrait de l'arrêté, quand bien même entaché d'illégalité, nommant Mme C A, est, en tout état de cause, par lui-même sans incidence sur les droits à rémunération de l'intéressée, qui lui restent acquis. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que, eu égard au principe de service fait et de son droit au paiement de la rémunération due en contrepartie de l'accomplissement de son service, les sommes en litige, qui ne correspondent pas à un indu de rémunération, ne peuvent être répétées. Par suite, le titre exécutoire en litige est entaché d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation du titre de recettes du maire de Bussy-Saint-Georges du 27 mars 2019, émis pour un montant de 12 871,43 euros.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Bussy-Saint-Georges la somme de 1 000 euros, en remboursement des frais exposés par Mme C, non compris dans les dépens. Les dispositions précitées font obstacle, à ce que la somme demandée à ce titre par la commune soient mises à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de recettes du maire de Bussy-Saint-Georges du 27 mars 2019 émis pour un montant de 12 871,43 euros est annulé.

Article 2 : Il est mis à la charge de la commune de Bussy-Saint-Georges la somme de 1 000 euros à verser à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Bussy-Saint-Georges sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de Bussy-Saint-Georges.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Mentfakh, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

M. D

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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