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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1904914

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1904914

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1904914
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantCHANGO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 mai 2019 et 28 février 2020, Mme C A, représentée par Me Metton, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner le groupe hospitalier Paul Guiraud à lui verser les sommes de 40 000 euros en réparation de son préjudice moral et de 10 000 euros en réparation du préjudice de perte de chance d'évolution de sa carrière, subis du fait de harcèlement moral dont elle aurait fait l'objet ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire droit, une expertise aux fins d'évaluer le préjudice moral subi ainsi que son lien avec les agissements du groupe hospitalier Paul Guiraud ;

3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Paul Guiraud une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- elle a été victime des agissements de harcèlement moral ayant dégradé son état de santé, étant atteinte d'un syndrome anxio-dépressif depuis 2012 ;

- le groupe hospitalier a également commis une faute en méconnaissant ses obligations de protection et de sécurité, en qualité d'employeur ;

- ces faits constituant des fautes de nature à engager la responsabilité du groupe hospitalier, elle est fondée à réclamer la réparation des préjudices qui en ont découlé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mars et 24 décembre 2020, le groupe hospitalier Paul Guiraud, représenté par Me Pareydt, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que, en l'absence d'agissements constitutifs de harcèlement moral, le groupe hospitalier n'a commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité, de sorte que les prétentions indemnitaires de Mme A sont infondées.

Par ordonnance du 6 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 22 janvier 2021 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Loehr, substituant Me Metton, représentant Mme A, et celles de Me Dubuc, substituant Me Pareydt, représentant le groupe hospitalier Paul Guiraud.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, titulaire du grade d'assistant socio-éducatif a exercé les fonctions d'éducatrice spécialisée au sein du groupe hospitalier Paul Guiraud depuis le 17 septembre 2012. Par courrier du 8 janvier 2019, Mme A a sollicité auprès du groupe hospitalier Paul Guiraud la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi à raison de faits de harcèlement moral. Sa réclamation préalable a été rejetée par le groupe hospitalier par courrier du 26 mars 2019, reçu le 29 mars suivant. Elle recherche la responsabilité pour faute de l'établissement hospitalier au titre de laquelle elle demande la condamnation à lui verser une indemnité en réparation de son préjudice.

Sur les conclusions principales indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ".

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Par ailleurs, pour être qualifiés de harcèlement moral, les agissements en cause doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

4. Contrairement à ce que soutient le groupe hospitalier dans ses écritures, l'intention de nuire ne figure pas au nombre des critères permettant de caractériser l'existence d'une situation de harcèlement moral.

5. Premièrement, au titre de la période entre le 17 septembre 2012 et le 17 mars 2014, Mme A fait valoir la surcharge de travail qu'elle aurait subie dans ses fonctions d'éducatrice spécialisée rattachée à 80 % au centre d'accueil thérapeutique à temps partiel et à 20 % dans les appartements thérapeutiques, les injonctions paradoxales émanant de ces deux structures, les difficultés de répartition du travail afférentes, le manque d'effectifs et la mauvaise organisation des services. En outre, elle allègue également avoir subi la déconsidération de la part du personnel soignant et avoir avancé des sommes avec son argent personnel pour financer des activités et avoir eu des difficultés pour le récupérer. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment de sa fiche de poste, que Mme A était informée du double rattachement de son poste, lequel ne faisait, par ailleurs, pas obstacle à son placement sous une autorité hiérarchique unique, à laquelle elle a pu faire part de ses difficultés. Elle ne produit, ainsi que le relève le groupe hospitalier, aucun élément permettant de préciser, par des circonstances détaillées, sa surcharge de travail. En outre, les difficultés d'organisation et le manque d'effectifs allégués ne font pas présumer l'existence de harcèlement moral à son encontre. Si elle fait valoir les injonctions contradictoires dont elle a l'objet, émanant de deux services, elle s'appuie sur un courrier du 17 octobre 2013, qui évoque, tout au plus, des difficultés ponctuelles d'organisation, mais ne fait pas, par lui-même, présumer d'agissements de harcèlement moral. Elle n'apporte pas davantage de précision sur la circonstance alléguée d'avoir procédé à des avances sur ses deniers personnels de frais liés à l'exercice de ses fonctions et des difficultés pour les recouvrer. Enfin, la déconsidération dénoncée par Mme A de la part du personnel soignant et l'attitude méprisante dénoncée ne sont pas étayées par l'exposé de circonstances permettant de faire présumer d'un harcèlement moral à son encontre alors que la relation hiérarchique s'est avérée tendue, alimentée par le comportement contestataire de la requérante, ainsi que le fait valoir le groupe hospitalier, et illustrée notamment par un courriel du 13 mai 2014, dont le ton sec n'excède pas les limites du pouvoir hiérarchique et ne peut, à lui seul, caractériser un harcèlement moral.

6. Deuxièmement, Mme A soutient avoir été placée, au cours de la période à compter de son retour d'arrêt de travail entre le 23 février 2015 et le 7 février 2018, en sureffectif dans un service distinct des précédents, sur un poste ne correspondant pas à ses compétences, ni horaire défini, sans fiche de poste, ne figurant pas sur les plannings, dépourvue d'outil de travail, de casier pour ranger ses vêtements et alors qu'aucun poste d'éducateur spécialisé ne lui a ensuite été, en dépit d'une promesse, proposé. D'une part, Mme A n'expose pas, dans la mesure où ses horaires quotidiens étaient constants, en quoi, à les supposer établies, les circonstances de n'avoir pas de casier, d'horaires définis ou celle de ne pas figurer sur les plannings caractérisent une situation présumant des agissements de harcèlement moral. De même, si elle affirme également que sa présence n'était pas souhaitée dans ce service, elle ne fait état d'aucun agissement en ce sens, la circonstance qu'elle n'a pas été présentée à toute l'équipe, établie par plusieurs témoignages, étant insuffisante pour le présumer. D'autre part, les autres faits invoqués, pris dans leur ensemble, peuvent faire présumer d'agissements de harcèlement moral. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment des écritures en défense non contredites, que l'organisation de son retour, qui ne pouvait être anticipé du fait de la reconduction de ses arrêts maladie, a été réalisée dans l'urgence et avec le souhait de la réaffecter dans un service distinct et sans double rattachement, afin de prévenir toute difficulté. De plus, il n'est pas allégué que son poste ne correspondait pas à son grade, ni, ainsi que le relève le groupe hospitalier, qu'il ne lui appartenait pas de créer une salle de sport. Ses missions ont été définies progressivement avec sa responsable, aboutissant à l'élaboration d'une fiche de poste dédiée en juillet 2016 et ses évaluations professionnelles très positives ont souligné notamment sa capacité d'adaptation. En outre, si Mme A n'a pas été affectée, à la reprise de ses fonctions après son congé maladie, sur un poste d'éducatrice spécialisée, il n'est pas contesté que son placement en sureffectif résultait de l'absence de poste d'éducateur spécialisé vacant. Or, par la suite, elle n'a pas donné suite à une proposition d'un poste pourtant convoité. La seule promesse de l'affecter sur un poste vacant ne lui donnait pas de droit à ce titre, sa candidature n'a pas été retenue, ayant fait l'objet d'une appréciation qui appartient à l'autorité hiérarchique, dans l'exercice de ses pouvoirs. Ainsi, par les éléments produits, le groupe hospitalier justifie les faits avancés par la requérante par des considérations tenant notamment à l'organisation du service, étrangères à tout harcèlement. Enfin, le refus opposé à sa demande de formation d'arthérapie n'a pas émané du groupe hospitalier. Par ailleurs, les refus opposés par le directeur de l'établissement en 2015 et 2019 à ses demandes de congés longue maladie, à la suite des avis du comité médical, confirmés le 3 décembre 2019 par le comité médical supérieur, après appréciation des conditions exigées par les dispositions légales applicables, n'excèdent pas l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, ne présumant dès lors pas de faits de harcèlement moral à son égard.

7. Troisièmement, Mme A soutient avoir subi, au titre de la période précitée, du 23 février 2015 au 7 février 2018, le mépris de la chef de son service, ainsi que des altercations avec une de ses collègues infirmières. Toutefois, elle ne fait état d'aucun agissement précis constitutif d'un mépris à son égard. Ensuite, les relations tendues entre Mme A et sa collègue infirmière ont donné lieu à une altercation au mois de décembre 2017, à la suite de laquelle la responsable hiérarchique de la requérante avait prévu l'organisation d'une réunion pour clarifier leurs rôles respectifs. Lors de l'une altercation physique le 29 janvier 2018, il résulte de la plainte déposée par celle-ci le même jour et des témoignages d'autres collègues, qu'à la suite d'une remarque de sa collègue infirmière, alors qu'elles étaient dans le bureau du chef de service, Mme A a extrait brutalement l'infirmière du bureau, en l'empoignant par les épaules, les deux protagonistes se tirant mutuellement les cheveux. Sa collègue a, par ailleurs, été déclarée en accident du travail le même jour. En outre, il résulte du courrier du 24 mai 2018 du directeur-adjoint du groupe hospitalier, qu'à la suite de l'entretien auquel elle a été convoquée, aucune poursuite disciplinaire n'a été engagée contre Mme A. Compte tenu de la part active de celle-ci dans les faits du 29 janvier 2018, l'altercation ne peut être regardée comme un agissement de harcèlement moral à son encontre.

8. Par conséquent, l'essentiel des faits invoqués par la requérante, pris ensemble ou séparément, ne font pas présumer d'agissements de harcèlement moral et, s'agissant des autres faits, le groupe hospitalier Paul Guiraud justifie de considérations étrangères à tout harcèlement et s'inscrivant dans le cadre du fonctionnement normal d'un service hospitalier. Par ailleurs, si Mme A fait état d'un ressenti et d'un manque de reconnaissance de son travail, pourtant exempt de toute critique au vu de ses évaluations annuelles très positives, ces circonstances ne peuvent suffire à caractériser un harcèlement moral à son encontre, les différents faits avancés n'ayant eu ni pour objet ni pour effet de dégrader ses conditions de travail. Au surplus, s'il est constant qu'elle souffre d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel depuis 2014, les différents certificats médicaux qu'elle produit ne permettent pas d'établir que cette pathologie serait imputable à ses conditions de travail.

9. Dès lors, en l'absence de tout agissement fautif du groupe hospitalier constitutif de harcèlement moral, sa responsabilité ne saurait être engagée à ce titre.

10. En outre, l'ensemble des situations susmentionnées ne révèlent pas davantage une méconnaissance, par le groupe hospitalier Paul Guiraud, de ses obligations de sécurité et de protection incombant à tout employeur à l'égard de ses agents, de sorte qu'une faute de l'établissement ne peut être caractérisée à cet égard.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute imputable au groupe hospitalier Paul Guiraud, sa responsabilité ne peut être engagée et l'ensemble des prétentions indemnitaires de Mme A ne peut qu'être rejeté.

Sur les conclusions subsidiaires à fin d'expertise :

12. En l'absence de faute commise par le groupe hospitalier engageant sa responsabilité, il n'y a pas lieu d'ordonner l'expertise demandée par Mme A, qui ne présente, dès lors, pas d'utilité.

Sur les dépens :

13. Mme A n'établissant pas avoir exposé de dépens, ses conclusions tendant à ce que soit mis à la charge du groupe hospitalier les entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du groupe hospitalier Paul Guiraud, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme réclamée par le groupe hospitalier au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le groupe hospitalier Paul Guiraud, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au groupe hospitalier Paul Guiraud.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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