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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1905135

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1905135

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1905135
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 5 juin 2019 et 22 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 mai 2019 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a rejeté son recours administratif préalable contre les décisions de récupération d'indus de revenu de solidarité active d'un montant respectif de 1 683,33 euros pour la période de février 2012 à juillet 2012, de 4 527,02 euros pour la période de janvier 2013 à août 2014 et de

1 320 euros pour la période de février 2015 à juin 2015 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer ces sommes ;

3°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- le principe du contradictoire a été méconnu, et ce faisant, les droits de la défense ;

- la décision est irrégulière en raison de l'absence de saisine de la commission de recours amiables en méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles dès lors que la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne avait connaissance de l'existence de sa rente " accident du travail " et de sa retraite à partir du

1er novembre 2015 ;

- à titre subsidiaire, il est de bonne foi et demande à bénéficier d'une remise gracieuse de la totalité de sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le département de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'autorité de la chose jugée s'oppose à ce qu'il soit à nouveau statuer sur l'indu de revenu de solidarité active ;

- les conclusions relatives à la remise gracieuse sont irrecevables en l'absence de recours préalable obligatoire du président du conseil départemental ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 2 mai 2019 du fait de l'exercice tardif du recours préalable obligatoire auprès du président du conseil départemental.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de Mme B a été entendu, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, et la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est bénéficiaire du revenu de solidarité active. Par trois décisions du 6 janvier, du 14 avril et du 29 septembre 2015, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a notifié à M. C des indus de revenu de solidarité active d'un montant total de 7 530,35 euros pour les périodes de février 2012 à juillet 2012, de janvier 2013 à août 2014 et de février 2015 à juin 2015. L'intéressé a formulé un recours administratif contestant ces indus le 14 février 2019, qui a été rejeté le 2 mai 2019 par le président du conseil départemental de Seine-et-Marne. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision ainsi que la décharge de l'obligation de payer les sommes réclamées.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions relatives au bien-fondé de l'indu :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Aux termes de l'article R. 262-88 du même code : " Le recours administratif préalable mentionné à l'article L. 262-47 est adressé par le bénéficiaire au président du conseil départemental dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée. Il motive sa réclamation () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Il résulte de ces dispositions que cette notification doit, s'agissant des voies de recours, mentionner, le cas échéant, l'existence d'un recours administratif préalable obligatoire ainsi que l'autorité devant laquelle il doit être porté. Lorsque la notification ne comporte pas les mentions requises, ce délai n'est pas opposable.

4. Toutefois, le principe de sécurité juridique fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. Sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait excéder un an.

5. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a, par des décisions du 6 janvier 2015, du 14 avril 2015 et du 29 septembre 2015, réclamé au requérant le remboursement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 530,35 euros. Il résulte de l'instruction que le requérant a eu connaissance de ces décisions au plus tard le 20 mai 2017, date à laquelle il a adressé un courrier à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne demandant à cette dernière de lui fournir les montants virés sur son compte depuis le 1er mai 2013, les montants de revenu de solidarité active sans retenue depuis le

1er mai 2013 et les retenues effectuées ainsi que leurs affectations. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4 ci-dessus, M. C pouvait former un recours administratif préalable obligatoire pour contester l'indu en matière de revenu de solidarité active dans un délai raisonnable d'un an à compter de la connaissance acquise des indus au plus tard le 20 mai 2017, lequel expirait donc le 21 mai 2018. Or, d'une part, la lettre envoyée à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne le 20 août 2017 et reprenant dans les mêmes termes la lettre du 20 mai 2017 ne saurait s'analyser, au regard de ses termes comme un recours préalable obligatoire. D'autre part, le requérant doit être regardé comme ayant formulé son recours administratif préalable obligatoire seulement le 14 février 2019. Par suite, le recours formé à cette date étant tardif, les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 2 mai 2019 sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions tendant à la remise :

6. A titre subsidiaire, le requérant sollicite auprès du tribunal une remise gracieuse de cette dette. Si aux termes de l'article R. 421-1 dudit code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". L'article R. 421-1 du code de justice administrative a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter d'abord le positionnement de l'administration.

7. En l'espèce, il résulte des termes-mêmes du recours administratif préalable formé le 14 février 2019, lequel ne porte que sur la contestation du bien-fondé de l'indu qui lui est réclamé, qu'il n'a pas formulé une telle demande de remise gracieuse auprès de l'autorité compétente, préalablement à la saisine du juge. Il s'ensuit que la demande de remise de dette présentée directement au tribunal, sans avoir fait naître préalablement une décision rejetant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise de dette, est irrecevable.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête en annulation ainsi qu'à fin de décharge doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022 .

La rapporteure,

M. Potin

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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