vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1905572 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL SINSOLLIER-PEREZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 18 juin 2019, 19 juillet et 25 octobre 2021, Mme F D et M. E D, représentés par Me Sinsollier, demandent au tribunal :
1°) de condamner le Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne à leur verser, en leur qualité d'ayants-droit, en réparation des préjudices subis par M. A D, leur père, la somme de 60 000 euros au titre des souffrances endurées et la somme de 125 701 euros au titre des souffrances morales liées à la conscience d'une mort imminente ;
2°) de condamner le Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne à leur verser respectivement la somme de 50 000 euros, en réparation du préjudice moral causé par le décès de leur père ;
3°) de mettre à la charge du Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne a commis des fautes dans l'organisation et le fonctionnement du service en lien direct avec le décès de leur père,
M. D, dès lors d'une part que le personnel médical a laissé son voisin de chambre, totalement désorienté et agressif, libre de ses mouvements, alors que M. D se trouvait contentionné au moment de son décès, et d'autre part que le personnel médical a laissé un pot d'aimants en libre accès au pied du lit de M. D ;
- le montant du préjudice à indemniser au titre des souffrances endurées par
M. D s'élève à 60 000 euros et celui au titre des souffrances morales liées à la conscience d'une mort imminente s'élève à 125 701 euros, à verser à ses ayants-droit ;
- le montant du préjudice moral subi par Mme et M. D, lié à la perte soudaine et violente de leur père, s'élève à 50 000 euros chacun.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 octobre 2019 et 7 septembre 2021, le Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, représenté par Me Boileau, conclut dans le dernier état de ses écritures au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme et M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'aux entiers dépens.
Il soutient qu'aucune faute n'est imputable au Centre hospitalier du Sud
Seine-et-Marne de nature à engager sa responsabilité concernant le décès de M. D.
La requête a été communiquée à la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Seine-et-Marne qui n'a pas produit d'observations.
La requête a été communiquée à la Société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 18 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 11 février 2022 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique:
- le rapport de M. B ;
- les conclusions de M. Hy, rapporteur public ;
- et les observations de Me Sinsollier représentant les Consorts D.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, né le 29 avril 1957, a été admis le 20 octobre 2015 au sein du service de soins et de réadaptation du Centre hospitalier de Fontainebleau, appartenant au Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, souffrant de désorientation liée à un contexte d'alcoolisation massive et répétée. Il a été placé dans une chambre qu'il partageait avec un autre patient, souffrant de la même pathologie. Le 22 novembre 2015, M. D est décédé dans sa chambre à la suite d'une détresse respiratoire et d'un arrêt cardiaque causés par l'obstruction des voies aériennes par un clip aimanté de ceinture de contention de deux centimètres. Mme et M. D, ses enfants, ont saisi le Centre hospitalier du Sud
Seine-et-Marne le 16 mai 2019 d'une demande d'indemnisation. Par un courrier du
11 juin 2019, l'assureur du centre hospitalier, la SHAM, a informé les ayants-droit de
M. D qu'il ne donnerait pas suite à leur demande indemnitaire. Par la présente requête, Mme et M. D demandent au tribunal de condamner le Centre hospitalier du Sud
Seine-et-Marne à les indemniser des préjudices causés à leur père et de ceux qui leur ont été causés du fait de son décès.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte de l'instruction que M. D se trouvait hospitalisé, au moment de son décès, le 22 novembre 2015, en service de soins et de réadaptation, suite à une chute à son domicile, survenue dans un contexte d'alcoolémie élevée. En outre, il est constant qu'il se trouvait sanglé sur son lit, à l'aide d'une ceinture de contention au niveau de l'abdomen, seuls ses mains et ses bras étant libres de tout mouvement, au motif qu'il présentait des signes de dangerosité envers lui-même, ayant tenté, au moins une fois durant son hospitalisation, d'ingérer des objets qui se trouvaient à sa portée, et pour éviter d'éventuelles chutes, alors qu'au moment des faits, son voisin de chambre, M. C, souffrant également de troubles mentaux liés à une alcoolisation répétée, se trouvait libre de ses mouvements.
4. En premier lieu, les requérants soutiennent que le Centre hospitalier du Sud
Seine-et-Marne a commis une faute dans la surveillance des patients, en laissant M. D entravé dans son lit, alors que M. C était libre de ses mouvements. Toutefois, il résulte de l'instruction que la décision de sangler M. D avait été prise par l'équipe médicale au regard de l'état de santé du patient qui avait tenté d'ingérer des objets et présentait des risques de chute, tandis que l'état de santé de M. C, son voisin de chambre, qui ne présentait aucun signe de dangerosité psychiatrique avait motivé la décision médicale, prise quelques jours avant le décès de M. D, de ne pas le contentionner. En outre, il résulte du rapport de synthèse daté du 26 juin 2017, établi suite à l'enquête diligentée par la police à la suite de la plainte déposée par les enfants de M. D pour homicide involontaire, qu'aucun incident n'avait été signalé entre les deux patients depuis le début de leur hospitalisation. Par ailleurs, les circonstances que le soir du décès de M. D, M. C a été raccompagné à trois reprises dans sa chambre par un soignant dès lors qu'il déambulait dans les couloirs en possession d'une cigarette, et qu'un mégot sur lequel se trouvait l'ADN de M. C, a été retrouvé sur le drap du lit dans lequel se trouvait M. D au moment de son décès, ne permettent pas de démontrer à eux seuls la culpabilité de M. C dans le décès de
M. D. Par suite, le Centre hospitalier n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité en laissant M. D entravé alors que son voisin de chambre, M. C, était, au moment du décès de M. D, libre de ses mouvements.
5. En second lieu, les requérants soutiennent que le Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en laissant les aimants des ceintures de contention, avec l'un desquels M. D s'est étouffé, dans un bocal transparent, en libre accès dans la chambre du patient. S'il résulte de l'instruction que le pot rempli de clips de ceinture de contention et d'aimants était situé sur une table au pied de son lit, hors de sa portée, dès lors que comme énoncé au point 3, M. D se trouvait, au moment de son décès, immobilisé dans son lit jusqu'à l'abdomen, toutefois compte tenu des antécédents médicaux du patient, qui avait tendance à porter des objets à sa bouche, ce dont le personnel soignant avait connaissance, le Centre hospitalier ne démontre pas avoir pris toutes les mesures nécessaires pour éviter le décès par étouffement de M. D survenu par obstruction des voies aériennes par un clip aimanté de ceinture de contention. Dans les circonstances particulières de l'espèce et au regard du changement constaté de pratique des infirmiers du service, après le décès de M. D, qui ont retiré les clips d'aimants des chambres pour les mettre sur les chariots, il résulte de l'instruction que le Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne a commis, en laissant les aimants servant à la contention des patients dans la chambre de M. D, une faute dans l'organisation et le fonctionnement du service hospitalier de nature à engager sa responsabilité sur ce fondement.
En ce qui concerne la perte de chance :
6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. Il résulte de l'instruction que le Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, en prenant la décision de contentionner M. D et en plaçant la boite contenant les aimants au pied de son lit, hors de sa portée, avait pris certaines mesures pour prévenir le comportement à risque de M. D qui avait tendance à porter des objets à sa bouche. En outre, il ne peut pas être exclu que ce dernier ou une tierce personne n'aurait pas pu trouver l'aimant avec lequel il s'est étouffé en dehors de la chambre, les chariots des infirmiers se trouvant en libre accès dans les couloirs de l'hôpital. Dans les circonstances de l'espèce, la faute du Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne résultant de la faute dans l'organisation et le fonctionnement du service doit dès lors être regardée comme n'étant à l'origine que d'une perte de chance faible d'éviter le décès par étouffement. Il sera en l'espèce fait une juste appréciation de cette perte de chance en la fixant à un taux de 20%.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des préjudices de la victime directe :
8. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.
9. Il résulte de l'instruction que M. D se portait bien le 22 novembre 2015 jusqu'à 21h40 et que son décès a été constaté à 23h20 après que ce dernier ait été victime d'une détresse respiratoire et d'un arrêt cardiaque causés par l'obstruction des voies aériennes par un clip aimanté de ceinture de contention de deux centimètres, le personnel médical présent ayant tenté de pratiquer en vain un massage respiratoire avant de l'intuber. En outre, si M. D était, au moment de son accident, dans un état de somnolence ou de diminution des réflexes, lié à la prise de plusieurs médicaments, il ne résulte pas de l'instruction que l'altération de son état était telle qu'il n'aurait pas été à même de mesurer les conséquences d'une sensation d'étouffement. Il doit donc être tenu pour établi qu'il a enduré une douleur morale du fait de la conscience d'une mort imminente. Compte tenu de ces éléments, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par M. D associées à un préjudice d'angoisse de mort imminente en les évaluant à la somme totale de 10 000 euros, soit
2 000 euros après application du taux de perte de chance.
S'agissant des préjudices de Mme F D et de M. E D :
10. Mme et M. D ont subi un préjudice d'affection du fait du décès soudain de leur père. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de
5 000 euros pour chacun, soit 1 000 euros chacun après application du taux de perte de chance.
Sur les dépens :
11. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
12. Le Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne ne démontre pas avoir exposé des dépens dans cette instance. Par suite, ses conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais non compris dans les dépens :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne une somme de 2 000 euros à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme et M. D, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent au Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne est condamné à verser à la succession de M. D la somme de 2 000 euros, et à Mme et M. D la somme de
1 000 euros chacun.
Article 2 : Le Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne versera à Mme et M. D une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions du Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D, à M. E D, au Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, et à la Caisse primaire d'assurance maladie de
Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée à Société hospitalière d'assurances mutuelles.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bruand, président-rapporteur,
Mme Vergnaud, première conseillère,
Mme Norval-Grivet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
Le président-rapporteur,
T. BL'assesseure la plus ancienne,
E. VergnaudLa greffière,
O. Dusautois
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026