jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1905629 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | MAZZA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juin 2019 et 23 juin 2022, M. B A, représenté par Me Mazza, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 19 avril 2019 par laquelle le maire de Dammartin-en-Goële a rejeté sa demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) de condamner la commune de Dammartin-en-Goële à lui verser la somme globale de 55 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
3°) d'enjoindre à la commune de Dammartin-en-Goële de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle et notamment de prendre en charge le montant définitif correspondant aux frais et honoraires qu'il a engagés dans le cadre des procédures pénale et administrative en cours, s'élevant à la date de la requête à 6 972 euros TTC ;
4°) d'enjoindre à la commune de Dammartin-en-Goële de procéder à sa réintégration effective à compter de la date de consolidation de sa maladie professionnelle, assortie des mesures nécessaires pour assurer la sécurité et la protection de sa santé et pour qu'il ne subisse plus d'agissements de harcèlement moral ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Dammartin-en-Goële la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant du rejet de sa demande de protection fonctionnelle :
- elle est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation, en méconnaissance des dispositions des articles 6 quinquies et 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dès lors qu'il a été victime de harcèlement moral.
S'agissant de la demande indemnitaire :
- le rejet de sa demande indemnitaire, s'agissant de sa réclamation à raison d'un manquement de son employeur à ses obligations de protection et de prévention au sens du code du travail, n'est pas motivé, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la commune a commis une faute en méconnaissant les obligations de protection et de prévention incombant à l'employeur en vertu des livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail, en particulier les dispositions figurant aux articles L. 4121-1 et suivants du code du travail, et des articles 2-1 et 3 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;
- elle a, en outre, commis une faute en méconnaissant ses obligations en matière de protection des lanceurs d'alerte, découlant des dispositions des articles 6, 8 et 9 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 et 6 ter A de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, ainsi qu'en s'abstenant de traiter son alerte, en méconnaissance également de l'article 40 du code de procédure pénale ;
- ces fautes lui ont causé des préjudices que la commune doit lui réparer, par l'allocation d'une somme de 15 000 euros, à raison de la méconnaissance des obligations de protection et de prévention incombant à l'employeur, de 10 000 euros, au titre des préjudices moraux, de santé, de carrière et de dignité qu'il a subis à raison de la méconnaissance des obligations de protection des lanceurs d'alerte, et de 30 000 euros, au titre d'un préjudice de carrière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2020, la commune de Dammartin-en-Goële, représentée par le cabinet Seban et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 septembre 2022 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 ;
- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,
- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Sanchez, substituant Me Mazza, représentant le requérant, ainsi que celles de ce dernier et celles de Me Langlet, représentant la commune de Dammartin-en-Goële.
Considérant ce qui suit :
1. Titulaire du grade de technicien principal de 1ère classe, M. B A a été recruté en novembre 2000 par la commune de Dammartin-en-Goële pour exercer les fonctions de responsable infrastructure. Par un courrier du 19 février 2019 réceptionné par la commune le 21 février 2019, M. A a sollicité, d'une part, le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison du harcèlement moral dont il estimait être victime, et, d'autre part, la réparation de différents préjudices, par l'allocation d'une indemnité de 25 000 euros. Par une décision du 19 avril 2019, le maire de la commune a rejeté ces demandes. Le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision portant refus d'octroi du bénéfice de la protection fonctionnelle, ainsi que la condamnation de la commune à lui réparer les préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article 11, alors applicable, de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifiées aux articles L. 134-1 et suivants du code général de la fonction publique : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ". Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article 6 quinquies, alors applicable, de la même loi, désormais codifiées à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ".
3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour être qualifiés de harcèlement moral, les agissements invoqués doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
4. M. A invoque, d'une part, le comportement de son supérieur hiérarchique, tenant en particulier à une déstabilisation de la chaîne hiérarchique au détriment de ses missions d'encadrement, à une éviction progressive de ses attributions, à un dénigrement au regard des agents du service, à un mépris et un isolement professionnel. Il invoque d'autre part des agissements imputables à sa haute hiérarchie et plus largement à son employeur, tout particulièrement à raison d'une inaction ou d'une action défaillante pour faire cesser le harcèlement auquel il dit avoir été exposé.
5. En revanche, quand bien le requérant, dans la partie de sa requête intitulée " discussion ", et tout particulièrement la sous-partie consacrée au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions susvisées, indique ne pas " reprendre le détail des faits précédemment exposés ", celui-ci ne saurait être regardé comme se prévalant à l'appui de ce moyen, devant le juge et dans le cadre de la présente procédure contradictoire, de l'ensemble des circonstances exposées dans la partie liminaire intitulée " Sur les faits ". Et, ce d'autant que M. A présente tout à la fois des conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 avril 2019 à raison d'un harcèlement moral mais aussi des conclusions indemnitaires distinctes et qui reposent sur une pluralité de fondements, sans aucune indication permettant de rattacher les faits retracés dans le propos liminaire à l'une ou l'autre des conclusions respectivement présentées.
6. Premièrement, s'agissant des agissements allégués, de la part de son supérieur hiérarchique, le requérant invoque, tout d'abord, des immixtions de celui-ci dans le management des agents du service, un dénigrement de son rôle à leur égard, une intention de le " court-circuiter ", l'instauration d'un " relationnel clanique " au sein du service, ainsi qu'une réorganisation du service ayant conduit à l'isoler, sans assortir ses écritures de la moindre précision. En particulier, alors qu'il critique la marginalisation progressive de son rôle managérial à la suite de l'arrivée du supérieur en cause, en juillet 2014, jusqu'à ce que lui-même soit placé en congé de maladie à compter du 5 mars 2018, le requérant n'expose pas les attributions de ce supérieur comparativement aux siennes, ni la nature de la réorganisation impulsée par ce dernier. Il n'y procède au demeurant pas même dans ses propos liminaires, dans lesquelles il mentionne " sa fiche de poste initiale " sans la produire, et évoque en outre, de façon difficilement compréhensible, que le recrutement de son supérieur aurait fait " doublon " avec le sien, alors même que ce dernier a remplacé l'ancien responsable du service concerné. Par ailleurs, s'il se plaint d'une " ostracisation " caractérisée par sa mise à l'écart des réunions du service, M. A n'apporte aucune précision, notamment de durée et de fréquence. En tout état de cause, il évoque en propos liminaires seulement la tenue de trois réunions conduites en son absence, sur une période d'une quinzaine de jours. En outre, il produit lui-même plusieurs comptes rendus de réunions postérieures auxquelles il était présent. Et, au surplus, aucun élément n'étaye que les trois réunions en cause auraient eu vocation à rassembler l'ensemble du service ou à l'associer. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, si M. A était adjoint du supérieur en cause, chef du service, ce dernier était chargé de coordonner et d'animer son service, l'échange direct avec certains agents du service n'étant pas susceptible de caractériser un usage anormal du pouvoir hiérarchique. Il en est de même du fait que M. A a été, début 2018, démis de ses fonctions d'adjoint. Ces éléments ne font ainsi pas présumer un harcèlement moral.
7. Ensuite, le requérant ne précise pas davantage ni ne situe dans le temps le retrait invoqué de la " quasi-totalité de ses missions ", en mentionnant que son supérieur lui aurait imposé à plusieurs reprises une nouvelle fiche de poste, alors que, comme déjà dit, il ne produit pas sa fiche antérieure. Au demeurant, ses propos liminaires ne permettent pas non plus de renseigner ces circonstances, l'appréhension de la chronologie des faits ainsi que leur teneur étant difficile. L'intéressé évoque tour à tour une fiche de poste non produite qui lui aurait été présentée en janvier 2018, et une autre présentée le 26 décembre 2016, renvoyant cette fois à l'une d'elles, non datée, dont il apparaît pourtant qu'il l'a contestée simultanément à son évaluation pour l'année 2017, conduite le 4 janvier 2018. En outre, il ne ressort pas de la fiche de poste produite que l'évolution de ses missions, quelle qu'en fut la date, ne relevait pas de son grade et ses compétences. Par ailleurs, si le requérant se plaint de ce qu'il a été décidé, ainsi qu'annoncé en comité de direction le 15 février 2018, qu'il s'occuperait désormais de sujets relatifs à l'énergie, l'accessibilité des personnes à mobilité réduite et aux procédures de péril et logements insalubres, il ne ressort pas des pièces du dossier que celles-ci constitueraient des missions " placard " ainsi qu'il allègue. Ainsi, ces circonstances ne font présumer un harcèlement moral.
8. Par ailleurs, le requérant fait état, de manière générale, de ce que son supérieur hiérarchique aurait cessé de le saluer et de s'adresser à lui à compter de novembre 2016, pour ne plus communiquer que par rares mails secs et directifs. Ces éléments imprécis ne sauraient faire présumer d'un harcèlement moral à son égard.
9. Enfin, sont également dépourvues de précision les allégations tenant au rappel par son supérieur de son devoir d'obéissance hiérarchique pour l'accomplissement d'une mission, et à des propos ressentis comme dégradants et humiliants, par lesquels le supérieur hiérarchique du requérant lui aurait notamment adressé des reproches quant au suivi de ses dossiers et lui aurait signifié ne plus voir l'utilité du poste d'adjoint. Faute d'indication en particulier sur la teneur exacte de tels propos, aucune de ces circonstances ne révèle qu'il aurait été excédé à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
10. Deuxièmement, s'agissant des agissements imputés à la commune, tout particulièrement à sa haute hiérarchie, en l'espèce le directeur général des services et le maire, le requérant ne saurait utilement soutenir que ceux-ci ne l'auraient pas assuré d'une protection contre le harcèlement moral exercé par son supérieur direct. Or, ainsi qu'il a été indiqué, ce dernier n'est pas constitué. L'intéressé, par ailleurs, fait état, d'une manière confuse, dépourvue de renvoi aux pièces versées aux débats, d'une demande de révision de l'un de ses comptes rendus d'évaluation, laissée sans suite malgré l'avis favorable rendu par la commission d'administration paritaire. Ce fait isolé n'est, en tout état de cause, pas à lui seul susceptible de faire présumer de faits de harcèlement moral. Il en est de même de la dégradation de son état de santé, qui nonobstant la reconnaissance de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail à compter de mars 2018, n'est pas en soi de nature à caractériser un tel harcèlement.
11. Par ailleurs, sont également exposés de façon trop imprécise les autres agissements invoqués par le requérant, notamment celui relatif à un courriel de la directrice des ressources humaines, auquel il ne renvoie même pas, ou encore l'allusion confuse à des restrictions médicales non respectées. En outre, le requérant n'explicite pas en quoi la commune aurait dû organiser un audit du service pour déterminer les circonstances de son " éviction ".
12. Il s'ensuit que les agissements invoqués par le requérant ne sont pas susceptibles, pris isolément ou dans leur ensemble, de faire présumer un harcèlement moral.
13. En outre, sont en elles-mêmes sans incidence les circonstances distinctement invoquées par le requérant pour soutenir qu'il devait se voir octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle, tenant à la saisine, le 19 février 2019, du procureur de la République auprès du tribunal de grande instance de Meaux, rapportant l'ensemble des agissements précédemment analysés, et dont il n'a pas été donné suite, ou encore, à son audition comme témoin le 23 août 2017 par la brigade de recherches de la gendarmerie de Meaux dans le cadre d'une enquête préliminaire sur l'existence présumée de situations de conflits d'intérêts au sein de la commune. Dans ces conditions, en refusant à M. A le bénéfice de la protection fonctionnelle, l'autorité territoriale n'a pas méconnu les dispositions des articles 6 quinquies et 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.
14. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 avril 2019 par laquelle le maire de Dammartin-en-Goële a rejeté sa demande de protection fonctionnelle.
Sur les conclusions indemnitaires :
15. Premièrement, M. A se prévaut du défaut de motivation entachant la décision du maire du 19 avril 2019, ayant rejeté sa réclamation préalable indemnitaire fondée sur un manquement aux obligations de protection et de prévention de l'employeur au sens du code du travail. Toutefois, cette décision du maire de Dammartin-en-Goële a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard des conclusions indemnitaires présentées par ce dernier dans la présente requête. Eu égard à l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
16. Deuxièmement, aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " En application de l'article 108-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans les services des collectivités et établissements mentionnés à l'article 1er, les règles applicables en matière de santé et de sécurité sont, sous réserve des dispositions du présent décret, celles définies aux livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail et par les décrets pris pour leur application () ". Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs () ". Aux termes de l'article L. 4121-2 du même code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants () ". En vertu de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents.
17. A l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées, M. A invoque en particulier le nouveau fonctionnement du service impulsé par son supérieur hiérarchique, qui aurait conduit ce dernier à échanger directement avec les agents du service, rendant superfétatoire l'encadrement intermédiaire qu'il assurait. Cependant ces circonstances, à les supposer même établies, procèdent de l'usage normal du pouvoir d'un responsable de service d'organiser celui-ci. Et, quand bien même les responsabilités managériales de l'intéressé s'en seraient retrouvé diminuées, celui-ci n'établit pas pour autant avoir été, ainsi qu'il l'allègue, dépourvu de missions, ni relégué à des tâches sans lien avec ses compétences. En outre, l'existence alléguée de " plusieurs alertes de la médecine de prévention ", qui auraient porté sur l'impact de ce contexte organisationnel sur sa situation, n'est pas assortie de la moindre précision. A cet égard, il résulte de l'instruction que le médecin de prévention a dressé le concernant deux fiches, les 15 septembre et 15 décembre 2017, préconisant notamment un aménagement " organisationnel " reposant sur la transmission à l'intéressé d'une fiche de poste. Eu égard à leur objet, l'éventuelle transmission de ces fiches ne saurait être regardée comme une alerte. Au surplus, le requérant est imprécis sur ce fait, se bornant à mentionner plusieurs modifications de sa fiche de poste " en incohérence avec les termes initiaux de la réorganisation ". Ainsi, et alors même qu'il résulte de l'instruction que M. A a contracté en service une maladie professionnelle, reconnue comme telle par un arrêté du maire du 20 septembre 2018, celui-ci ne fait état d'aucun élément démontrant une défaillance fautive de la commune à prendre les mesures nécessaires à la protection de sa santé et de sa sécurité. Il s'ensuit qu'aucune faute ne peut être retenue à ce titre.
18. Troisièmement, d'une part, aux termes de l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique : " Un lanceur d'alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit, une violation grave et manifeste d'un engagement international régulièrement ratifié ou approuvé par la France, d'un acte unilatéral d'une organisation internationale pris sur le fondement d'un tel engagement, de la loi ou du règlement, ou une menace ou un préjudice graves pour l'intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance. () ". Selon l'article 8 de cette même loi : " I. - Le signalement d'une alerte est porté à la connaissance du supérieur hiérarchique, direct ou indirect, de l'employeur ou d'un référent désigné par celui-ci. / En l'absence de diligences de la personne destinataire de l'alerte mentionnée au premier alinéa du présent I à vérifier, dans un délai raisonnable, la recevabilité du signalement, celui-ci est adressé à l'autorité judiciaire, à l'autorité administrative ou aux ordres professionnels. / En dernier ressort, à défaut de traitement par l'un des organismes mentionnés au deuxième alinéa du présent I dans un délai de trois mois, le signalement peut être rendu public. () ". Les dispositions de l'article 9 de la même loi visent à assurer la stricte confidentialité des auteurs du signalement.
19. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 6 ter A de la loi du 13 juillet 1983, alors applicable, dans sa version modifiée par la loi précitée du 9 décembre 2016, désormais codifiées aux articles L. 135-1 et suivants du code général de la fonction publique : " Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire pour avoir relaté ou témoigné, de bonne foi, aux autorités judiciaires ou administratives de faits constitutifs d'un délit, d'un crime ou susceptibles d'être qualifiés de conflit d'intérêts au sens du I de l'article 25 bis dont il aurait eu connaissance dans l'exercice de ses fonctions./ Aucun fonctionnaire ne peut être sanctionné ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, pour avoir signalé une alerte dans le respect des articles 6 à 8 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique./ Toute disposition ou tout acte contraire est nul de plein droit./ Dans le cas d'un conflit d'intérêts, le fonctionnaire doit avoir préalablement alerté en vain l'une des autorités hiérarchiques dont il relève. Il peut également témoigner de tels faits auprès du référent déontologue prévu à l'article 28 bis. /En cas de litige relatif à l'application quatre premiers alinéas, dès lors que la personne présente des éléments de fait qui permettent de présumer qu'elle a relaté ou témoigné de bonne foi de faits constitutifs d'un délit, d'un crime, d'une situation de conflit d'intérêts ou d'un signalement constitutif d'une alerte au sens de l'article 6 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 précitée, il incombe à la partie défenderesse, au vu des éléments, de prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à la déclaration ou au témoignage de l'intéressé. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. / () ".
20. Enfin, en vertu de l'article 40 du code de procédure pénale : " () Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. ".
21. Le requérant soutient, tout d'abord, que la commune a fautivement méconnu les dispositions susvisées, faute de lui avoir assuré une protection contre les agissements de sa hiérarchie et de son employeur à son encontre, " en lien direct " avec des dénonciations auxquelles il a procédé sur " un grand nombre de conflits d'intérêts ". Toutefois, le requérant n'expose ni la date et les modalités des alertes qu'il prétend avoir lancées, ni les faits dénoncés. A cet égard il se borne à évoquer, sans la moindre précision, un cumul par son supérieur hiérarchique et le directeur général des services de leurs fonctions avec des activités privées dans le domaine de l'assistance à maîtrise d'ouvrage et du conseil, ainsi que, par ailleurs, l'enquête conduite par la brigade de recherches de la gendarmerie de Meaux, sans que l'objet n'en soit précisé. Dans ces conditions, et alors même que le requérant a été auditionné comme témoin le 23 août 2017 dans le cadre de l'enquête précitée, il ne présente aucun élément de fait susceptible de le reconnaître auteur d'une alerte au sens de l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016 précitée. En tout état de cause, il ne résulte d'aucun élément produit aux débats qu'il aurait saisi sa hiérarchie ou son employeur d'une telle alerte, ni qu'il aurait été porté à la connaissance de la commune son témoignage du 23 août 2017 ou un signalement qu'il aurait effectué. Dès lors, il ne saurait être regardé comme ayant pu faire l'objet d'une mesure prise par son employeur à son encontre à raison du signalement d'une alerte, ni ne peut utilement invoquer un manquement de celui-ci à son obligation de protection résultant des dispositions susvisées. Ainsi, aucune faute ne peut être retenue à ce titre.
22. Ensuite, le requérant ne justifiant pas avoir signalé à sa hiérarchie, son employeur, ou un référent désigné par celui-ci un fait relevant du champ de la loi du 9 décembre 2016, non plus que de l'article 40 du code de procédure pénale, celui-ci n'établit pas la faute imputée à son employeur à raison d'une inaction dans le traitement et la transmission des informations prétendument portées à la connaissance de celui-ci. Ainsi, aucune faute ne peut, en tout état de cause, être retenue à ce titre.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à la condamnation de la commune de Dammartin-en-Goële à lui réparer les préjudices qu'il estime avoir subis doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / () "
25. Compte tenu de tout ce qui précède, le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint à la commune de Dammartin-en-Goële d'octroyer à M. A le bénéfice de la protection fonctionnelle, ni de procéder à sa " réintégration effective ". Les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
26. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
27. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Dammartin-en-Goële la somme demandée par le requérant en remboursement des frais exposés par lui non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas non plus lieu de faire droit aux conclusions de la même commune, présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Dammartin-en-Goële sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Dammartin-en-Goële.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère ;
Mme Delon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
S. LECONTELa présidente,
M. C
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026