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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1906478

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1906478

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1906478
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDUFAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 16 juillet 2019 et 4 juin 2021, M. A E, représenté par Me Dufaud, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 015, 69 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subi en raison de son licenciement et de la situation de harcèlement moral dont il s'estime victime, majorée des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision du 26 mars 2018 procédant à son licenciement méconnait les dispositions de l'article 45-3 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat dès lors que son poste correspond à un besoin qui n'a pas été supprimé et que son adaptation à la transformation de l'emploi était possible ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article 45-5 du décret précité dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une recherche de reclassement ;

- ces illégalités sont constitutives d'une faute ;

- la responsabilité de l'Etat est également engagée pour faute en raison des faits de harcèlement moral qu'il a subi ;

- ces fautes lui ont causé un préjudice financier qui peut être évalué à 5 015, 69 euros et un préjudice moral qui peut être évalué à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés et fait valoir, pour fonder sa décision du 26 mars 2018, un nouveau motif, tiré de ce que l'emploi qui a justifié le recrutement de M. E s'est transformé sans que l'adaptation de l'agent au nouveau besoin ne soit possible.

Par une ordonnance du 14 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2021 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Sallene-Bellet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dufaud, représentant M. E.

Une note en délibéré, présentée par M. E, a été enregistrée le 15 novembre 2022 et n'a pas été communiqué au défendeur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E a été recruté à la direction générale de l'outre-mer (DGOM) du ministère de l'intérieur en qualité d'urbaniste des systèmes et réseaux d'information et de communication par un contrat à durée déterminée à temps complet de trois ans du 4 mars 2016, prenant effet au 26 mars 2016. Par une décision du 26 mars 2018, le ministre de l'intérieur a procédé à son licenciement à compter du 11 avril 2018. Par courrier, reçu le 21 mars 2019, M. E a adressé au ministre de l'intérieur une demande préalable indemnitaire tendant à la réparation des préjudices qu'il estime avoir subi à raison de l'illégalité de son licenciement et de la situation de harcèlement moral dont il s'estime victime. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 21 mai 2019. Par sa requête, M. E demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 015, 69 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subi en raison de son licenciement et de la situation de harcèlement moral dont il s'estime victime.

Sur la responsabilité de l'Etat pour faute :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 45-3 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa version alors en vigueur : " Sans préjudice des dispositions relatives au licenciement pour faute disciplinaire, pour insuffisance professionnelle ou pour inaptitude physique, le licenciement d'un agent contractuel recruté pour répondre à un besoin permanent doit être justifié par l'un des motifs suivants : / 1° La suppression du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement de l'agent ; / 2° La transformation du besoin ou de l'emploi qui a justifié le recrutement, lorsque l'adaptation de l'agent au nouveau besoin n'est pas possible ; () ".

3. M. E soutient que le besoin correspondant à son poste n'a pas été supprimé dès lors qu'une fiche de poste pour un emploi de " chargé de méthodes, outils et qualité pour le numérique et les systèmes d'information et de communication " correspondant à son poste d'urbaniste des systèmes d'information a été publiée avec une simple modification de l'intitulé du poste reprenant ses missions et qu'aucune réorganisation du service n'a eu lieu. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction et notamment des fiches de postes correspondants à ces deux emplois que le poste d'urbaniste correspond à un emploi de catégorie A tandis que le poste de chargé de méthodes est ouvert à un agent de catégorie A, ingénieur SIC ou équivalent, que, si l'activité principale des deux fiches reprend des missions similaires tels que " développer les outils de recherche, de consultation, d'extraction et de traitement de données ", la principale mission du poste d'urbaniste est d'étudier, de définir et de concevoir l'architecture technique du système d'information en fonction des besoins des services ainsi que de définir et mettre en place des standards et les référentiels, tandis que le chargé de méthode est principalement chargé de collecter et d'intégrer les données référentielles récoltées auprès des services statistiques ministériels et de l'Open data, de réaliser des contrôles de fiabilité des données et définir les données dérivées, de mettre à disposition des modèles de représentations tabulaires et cartographiques des indicateurs et des informations de manières statiques et dynamiques et, enfin, d'administrer les données, de gérer les utilisateurs et de maintenir le catalogue de ressources, ce qui ne correspond ainsi pas à la même activité. En outre, si certaines autres activités sont communes tels que le suivi de l'évolution développement, la gestion et l'actualisation de l'observatoire des données statistiques de l'outre-mer en coordination avec le SID, la participation à la mise en œuvre fonctionnelle et technique du projet de gestion et de la connaissance par le centre de documentation à destination des services de la DGOM, la mise en œuvre des projets de travail collaboratif et accompagnement des utilisateurs, le poste de chargé de méthode comprend d'autres activités tels que la mise à disposition des données et indicateurs pour le suivi des plans et contrats de convergence outre-mer définis dans la loi EROM du 28 février 2017, l'analyse et les études statistiques et géographiques avec les services internes et les partenaires extérieurs, la participation aux réseaux internes et externes en vue de recueillir les données statistiques dans le cadre d'études, d'enquêtes, d'évaluations et de démarches prospectives, la contribution à la mise en place des conventions de partenariats avec les fournisseurs de données afin de pérenniser et de régulariser les transmissions de données. Par suite, le poste de chargé de méthode correspond à un emploi et à un besoin différent de celui du poste d'urbaniste des systèmes d'information. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment d'un courrier du sous-directeur des personnels de la DGOM du 12 décembre 2017, ainsi que d'un courriel du 26 mars 2018, que la délégation générale de l'Outre-mer a fait l'objet d'une réorganisation des services justifiant la suppression du poste de M. E qui n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause la réalité de cette réorganisation. Par suie, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision procédant à son licenciement méconnait les dispositions de l'article 45-3 du décret précité.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 45-5 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa version alors en vigueur : " I. Le licenciement pour un des motifs prévus aux 1° à 4° de l'article 45-3 ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent, dans un autre emploi que la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement des agents non titulaires, n'est pas possible. Ce reclassement concerne les agents recrutés pour des besoins permanents par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée lorsque le terme de celui-ci est postérieur à la date à laquelle la demande de reclassement est formulée. L'emploi de reclassement est alors proposé pour la période restant à courir avant le terme du contrat. / Il s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie hiérarchique ou à défaut, et sous réserve de l'accord exprès de l'agent, d'un emploi relevant d'une catégorie inférieure. / L'offre de reclassement concerne les emplois des services relevant de l'autorité ayant recruté l'agent. L'offre de reclassement proposée à l'agent est écrite et précise. L'emploi proposé est compatible avec ses compétences professionnelles ".

5. La mise en œuvre de ce principe implique que l'administration, lorsqu'elle entend supprimer l'emploi occupé par un agent disposant d'un contrat à durée indéterminée dans le cadre d'une modification de l'organisation du service, propose à cet agent un emploi de niveau équivalent, ou, à défaut d'un tel emploi et si l'intéressé le demande, tout autre emploi. L'agent contractuel ne peut être licencié, sous réserve du respect des règles relatives au préavis et aux droits à indemnité qui résultent, pour les agents non-titulaires de l'Etat, des dispositions des titres XI et XII du décret du 17 janvier 1986, que si le reclassement s'avère impossible, faute d'emploi vacant ou si l'intéressé refuse la proposition qui lui est faite.

6. Il résulte de l'instruction, notamment d'un mail du 4 décembre 2017 du chef de la section mobilité et compétences, que M. E s'est vu proposer plusieurs emplois au titre de l'obligation de reclassement de l'administration dont notamment un poste de responsable de la coordination des applications qu'il a refusé, un poste à la sous-direction du soutien utilisateur sur lequel il ne s'est pas positionné, un poste d'ingénieur outillage de supervision à la sous-direction de la supervision et de la production qu'il a refusé, un poste à la sous-direction des infrastructure auquel il n'a pas donné suite. A cet égard et au surplus, il ne résulte pas de l'instruction que l'absence d'évaluation professionnelle de l'intéressé pour l'année 2017 eut été un obstacle à ce qu'il postule pour ces emplois. Il résulte toutefois de l'instruction que M. E s'est également vu proposer un poste de chef de projet outils et méthodes au bureau du pilotage du soutien aux utilisateurs et un poste d'ingénieur outillage de supervision au bureau de la supervision et de la production par courrier du 12 décembre 2017 et que, contrairement à ce que fait valoir le ministre de l'intérieur en défense, l'intéressé a postulé à ces deux emplois ainsi qu'il ressort de deux mails des 22 décembre 2017 et 21 mars 2018. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction, en l'état des pièces produites, que l'intéressé aurait refusé ces deux propositions d'emploi. Par suite, M. E est fondé à soutenir que la décision procédant à son licenciement a méconnu les dispositions de l'article 45-5 du décret précité.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 32 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa version alors en vigueur : " () II. - Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires, sont applicables aux agents contractuels le chapitre II de la présente loi, les deux derniers alinéas de l'article 21, l'article 22, l'article 22 ter, l'article 22 quater, l'article 23 bis à l'exception de ses II et III, l'article 24 et le présent chapitre IV, à l'exception de l'article 30 ".

8. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

9. M. E soutient, d'une part, qu'il a fait l'objet de nombreux dénigrements de la part de sa cheffe de bureau, Mme B D tels que des silences répétés pour valider des sessions de formation, des échanges amers, un retrait des tâches qui lui étaient affectées sans explication, une absence de fixation d'objectifs, une communication difficile et contradictoire, une absence d'évaluation objective de son travail, des propos écrits désagréables. Toutefois M. E, se borne, d'une part et s'agissant de la validation de sessions de formation, à produire des échanges de mail pour une formation concernant la sécurité du site entre juillet et août 2017 qui nécessitait un bulletin d'inscription devant être rempli par la cheffe de l'intéressée, alors toutefois que ces mails sont adressés à de nombreux agents et ne sauraient caractériser des silences répétés à ses demandes. Il en va de même du seul mail produit par l'intéressé du 10 mai 2017 dans lequel il demande une réunion collective pour un projet et une relance dans la même journée. Par ailleurs, si M. E produit des mails de sa supérieure, écrit dans un ton direct parfois révélateur d'un management perfectible, il n'excède pas l'exercice du pouvoir hiérarchique. Ces échanges, en outre peu nombreux, ne peuvent à eux seuls faire présumer l'existence d'une situation d'harcèlement moral à son égard. Par ailleurs, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité matérielle des autres agissements qu'il impute à sa supérieure hiérarchique.

10. M. E soutient, d'autre part, qu'il a été privé peu à peu de ses accès, de son travail et qu'il n'était plus convié aux réunions sur les projets auxquels il était affecté.

11. Toutefois, d'une part, s'agissant de la circonstance qu'il serait écarté des réunions, l'intéressé se borne à produire une attestation d'un de ses collègues du 30 novembre 2017 qui indique qu'il n'a pas été convié à une seule réunion concernant la sécurité informatique alors qu'une personne ayant le même statut que lui y a été invité. Ce seul fait isolé et peu précis ne saurait en lui-même établir qu'il aurait été écarté des réunions. Si cette attestation ajoute que sa responsable ne l'a pas informée de plusieurs interventions importantes sur les droits d'accès dont il est un des référents, elle ne fait référence a aucun fait précis. D'autre part, au soutien de son allégation selon laquelle il aurait été privé de ses accès et de son travail, M. E se borne à soutenir qu'il n'a pas été invité aux réunions de formation avec un éditeur informatique, ce qu'il n'établit pas, et que la fonction d'administrateur fonctionnel de l'outil informatique de gestion documentaire lui a été supprimée dès lors qu'il n'apparait plus sur la liste des coordinateurs du site. Toutefois, le ministre de l'intérieur fait valoir sans être démenti qu'il apparait toujours sur la liste des responsables du site mais sous le pseudonyme " administrator ".

12. Il résulte de ce qui précède que M. E n'apporte aucun élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral à son égard et n'est ainsi pas fondé à soutenir que l'Etat aurait commis une faute en raison des agissements répétés de harcèlement moral dont il a été victime.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. E est seulement fondé à soutenir que l'Etat a commis une faute tirée de l'illégalité de la décision procédant à son licenciement.

Sur la réparation des préjudices :

14. L'illégalité de la décision du 26 mars 2019 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

S'agissant du préjudice économique :

15. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte du traitement ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Enfin, il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations que l'agent a pu se procurer par son travail au cours de la période d'éviction.

16. M. E demande la réparation du préjudice financier qu'il a subi dès lors qu'il aurait dû bénéficier du traitement et des primes afférents à son emploi d'urbaniste des systèmes et réseaux d'information et de communication entre le 1er mai 2018 et le 13 mars 2019 date de la fin normale de son contrat. Il résulte de l'instruction que l'intéressé percevait en dernier lieu une somme 2 560, 58 euros nets par mois. Il aurait donc dû toucher la somme de 26 715, 38 euros nets entre le 1er mai 2018 et le 13 mars 2019. Toutefois, il a perçu une allocation de retour à l'emploi du 11 avril au 21 mai 2018 puis des salaires à compter du 22 mai 2018, d'un montant total de 24 955, 90 euros nets. Par ailleurs, le requérant n'établit pas qu'il aurait dû percevoir en plus de son traitement une prime d'objectif ou, à supposer qu'il s'agisse d'une part variable, il ne démontre pas qu'il aurait eu une chance sérieuse de l'obtenir pour les années 2018 et 2019 dès lors qu'il ne l'a pas touchée pour l'année 2017, en raison de sa manière de servir. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de son préjudice en le fixant à la somme de 1 759, 48 euros.

S'agissant du préjudice moral :

17. M. E demande la réparation du préjudice moral qu'il a subi a raison des faits de harcèlement moral dont il a été victime. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 12 du présent jugement, il ne résulte pas de l'instruction que M. E aurait subi des agissements répétés de harcèlement moral. Par suite, en l'absence de faute établie de l'Etat, il n'est pas fondé à réclamer une indemnité à ce titre.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. E est seulement fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 759, 48 euros en réparation de son préjudice économique.

Sur les intérêts :

19. Il résulte de ce qui précède que le présent jugement condamne l'Etat à verser à M. E une somme de 1 759, 48 euros au titre de son préjudice économique. Il y a lieu d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 21 mars 2019, date à laquelle la demande préalable indemnitaire de l'intéressé a été reçue par le ministre de l'intérieur.

Sur les frais liés à l'instance :

20. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à M. E au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. E une somme de 1 759, 48 euros au titre de son préjudice économique assortie du versement des intérêts au taux légal à compter du 21 mars 2019.

Article 2 : L'Etat versera à M. E une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

Le rapporteur,

J.-N. C

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1906478

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