vendredi 25 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1906765 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET ARSENE TAXAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2019, la société Cosmo Consult SSC AG représentée par Me Schneider, demande au tribunal :
1°) de prononcer le rétablissement de son déficit initial pour un montant de 478 663 euros au titre de l'exercice clos en 2014 et de 487 452 euros au titre de l'exercice clos en 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration n'apporte pas la preuve qui lui incombe d'une pratique caractérisant un transfert indirect de bénéfices, sur le fondement de l'article 57 du code général des impôts ;
- elle ne démontre l'existence d'aucun avantage particulier qu'elle aurait consenti ;
- l'existence d'un déficit ne prouve pas l'existence d'un transfert de bénéfices à l'étranger au sens de ces dispositions ;
- l'administration a incorrectement analysé son activité, si elle se fournit auprès de la maison mère allemande, elle n'est pas un simple distributeur mais vend et réalise elle-même des services de développement et de maintenance d'un logiciel, sous sa responsabilité, avec ses propres moyens et auprès de ses propres clients ;
- l'application de la méthode transactionnelle de la marge nette est infondée.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2019, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Cosmo Consult SSC AG ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Cosmo Consult SSC AG, créée le 1er décembre 2008, est la succursale française du groupe allemand Cosmo, spécialisé dans la mise en œuvre et la gestion de solutions logicielles de gestion pour les entreprises. Cette société, détenue par la société Cosmo Consult SSC, elle-même totalement détenue par la société mère allemande Cosmo Consult AG, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2014 et 2015. A l'issue du contrôle, le service a constaté, en retenant la méthode transactionnelle de la marge nette, une insuffisante rémunération de la société requérante pour son activité de distributeur de produits du groupe en France, laquelle constituait un avantage consenti à la société allemande. Regardant cet avantage comme un transfert indirect de bénéfices au sens de l'article 57 du code général des impôts, l'administration a réintégré dans les résultats imposables de la société des montants qu'elle a déterminés et ramené les déficits déclarés à 469 338 euros et 207 892 euros, au titre respectivement des exercices clos en 2014 et 2015, par une proposition de rectification du 28 juillet 2017. Le 27 septembre 2017, la société Cosmo Consult SSC AG a présenté ses observations, et l'administration a maintenu les rectifications envisagées dans sa réponse aux observations du contribuable par courrier du 20 octobre suivant. La société a été reçue le 13 septembre 2018 par l'interlocutrice départementale, qui a conclu au maintien des rectifications proposées. Par une décision en date du 20 juin 2019, l'administration fiscale a rejeté la réclamation d'assiette présentée le 17 décembre 2018 par la société. Par la présente requête, la société Cosmo Consult SSC AG demande au tribunal de prononcer le rétablissement de son déficit initial pour un montant de 478 663 euros au titre de l'exercice clos en 2014 et de 487 452 euros au titre de l'exercice clos en 2015.
2. Aux termes de l'article 57 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Pour l'établissement de l'impôt sur le revenu dû par les entreprises qui sont sous la dépendance ou qui possèdent le contrôle d'entreprises situées hors de France, les bénéfices indirectement transférés à ces dernières, soit par voie de majoration ou de diminution des prix d'achat ou de vente, soit par tout autre moyen, sont incorporés aux résultats accusés par les comptabilités () ". Ces dispositions instituent, dès lors que l'administration établit l'existence d'un lien de dépendance et d'une pratique entrant dans les prévisions de l'article 57 du code général des impôts, une présomption de transfert indirect de bénéfices qui ne peut utilement être combattue par l'entreprise imposable en France que si celle-ci apporte la preuve que les avantages qu'elle a consentis ont été justifiés par l'obtention de contreparties.
3. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle constate que les prix facturés par une entreprise établie en France à une entreprise étrangère qui lui est liée - ou ceux qui lui sont facturés par cette entreprise étrangère -, sont inférieurs - ou supérieurs - à ceux pratiqués par des entreprises similaires exploitées normalement, c'est-à-dire dépourvues de liens de dépendance, l'administration doit être regardée comme établissant l'existence d'un avantage qu'elle est en droit de réintégrer dans les résultats de l'entreprise française, sauf pour celle-ci à justifier que cet avantage a eu pour elle des contreparties au moins équivalentes. A défaut d'avoir procédé à une telle comparaison, le service n'est, en revanche, pas fondé à invoquer la présomption de transferts de bénéfices ainsi instituée mais doit, pour démontrer qu'une entreprise a consenti une libéralité en facturant des prestations à un prix insuffisant - ou en les payant à un prix excessif -, établir l'existence d'un écart injustifié entre le prix convenu et la valeur vénale du bien cédé ou du service rendu.
4. D'une part, l'administration peut, pour établir l'existence d'une majoration des prix d'achat ou d'une minoration des prix de vente facturés entre une entreprise établie en France et une entreprise étrangère qui lui est liée, ainsi d'ailleurs que le préconisent les Principes de l'OCDE applicables aux prix de transfert à l'intention des entreprises multinationales et des administrations publiques, se fonder sur la comparaison d'un ratio financier pertinent de l'une ou l'autre entreprise, tel que le taux de marge sur ces transactions, avec celui d'entreprises similaires exploitées normalement, c'est-à-dire dépourvues de lien de dépendance. D'autre part, une différence ainsi constatée par l'administration entre les prix pratiqués par une entreprise française avec les entreprises qui lui sont liées et les prix pratiqués entre des entreprises similaires exploitées normalement peut être regardée comme ne constituant pas un avantage dépourvu de contrepartie susceptible d'être réintégré dans les résultats de cette entreprise si elle est justifiée par les risques que celle-ci a vocation à assumer et qui affectent sa rentabilité. Dans ce dernier cas, il lui incombe de justifier à la fois qu'elle avait, du fait des fonctions qu'elle exerçait au sein du groupe, vocation à assumer ces risques, et que l'écart entre les ratios financiers constatés et ceux d'entreprises similaires exploitées normalement s'explique par la réalisation de ces risques.
Sur l'existence d'un lien de dépendance :
5. Il résulte de l'instruction que la société requérante est détenue par la société Cosmo Consult SSC, elle-même détenue en totalité par la société allemande Cosmo Consult AG. A supposer que la société requérante ait entendu se prévaloir, pour le contester, des circonstances selon lesquelles elle est " indépendante " et que les " relations intra-groupe revêtent un caractère accessoire ", ces éléments ne remettent pas en cause le lien de dépendance juridique qui l'unit aux autres sociétés du groupe. Par suite, l'administration fiscale établit que la société requérante est, au sens de l'article 57 du code général des impôts, sous la dépendance des sociétés susmentionnées.
Sur l'existence d'un avantage consenti par la société Cosmo Consult SSC AG :
6. Pour établir les transferts indirects de bénéfices litigieux, le service, après avoir constaté que la société présentait un taux de marge nette négatif sur les deux exercices successifs contrôlés, s'est livré à une analyse fonctionnelle du groupe. Il a estimé, après avoir recensé les fonctions exercées et les risques encourus, dans sa proposition de rectification du 27 juillet 2017, que la société Cosmo Consult SSC AG, chargée de développer une partie de l'activité à destination d'entreprises de plus grande taille, dénommée activité " AX ", avait perçu une rémunération inférieure à celle qu'aurait perçu une entreprise similaire exploitée normalement, ne lui permettant pas d'assumer les fonctions qui lui était attribuées. Afin de déterminer un taux de pleine concurrence, l'administration a alors mis en œuvre la méthode transactionnelle de marge nette. A cet effet, elle a procédé à la sélection de sociétés exploitées normalement, c'est-à-dire sans lien de dépendance, et retenu un panel non contesté de vingt sociétés réputées comparables issues de la base de données " Diane ", dont il ressort que le taux de marge médian moyen était de 2,14% en 2014 et 3,22% en 2015, soit des taux supérieurs à ceux de la succursale française, de l'ordre de -6,71% et - 3,93% au titre des exercices clos en 2014 et 2015. A l'issue de cette comparaison, l'administration a ainsi fondé ses rectifications sur l'écart constaté entre ces taux de marge médian et les taux de marge de la société constatés au cours du contrôle.
7. D'une part, il résulte des constatations opérées au point 6 que l'administration ne s'est pas fondée seulement sur l'existence d'un déficit pour établir l'existence d'un transfert de bénéfices à l'étranger.
8. D'autre part, la société Cosmo Consult SSC AG soutient, pour justifier l'écart mentionné au point 6, qu'elle exerçait un rôle fonctionnel plus important que celui retenu par le service. Elle fait valoir qu'elle n'agissait pas exclusivement comme un distributeur aux fonctions limitées, mais que dans le cadre de son activité d'achat-revente de logiciels informatiques, elle avait vocation à assumer un risque commercial et un risque industriel, en réalisant elle-même le développement et la maintenance du logiciel, auprès de ses propres clients et avec ses propres moyens. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'administration n'a pas entendu remettre en cause cette circonstance mais s'est bornée à relever que la société Cosmo Consult SSC AG avait engagé des moyens humains et financiers importants pour développer, sur décision du groupe, une nouvelle activité à destination d'entreprises de plus grande taille, qui avaient affecté son activité principale, sans bénéficier en contrepartie d'une rémunération suffisante compte tenu des risques que cela comportait pour la succursale. Or, la société requérante ne justifie pas qu'elle avait vocation à assumer les risques commerciaux et industriels dont elle se prévaut, du fait des fonctions qu'elle exerçait au sein du groupe, et n'établit, ni même n'allègue, qu'elle disposait effectivement de fonction de contrôle et d'atténuation de ce risque, ainsi que de la capacité financière de l'assumer.
9. Par ailleurs, si la société Cosmo Consult SSC AG conteste le principe du recours par l'administration à la méthode transactionnelle de la marge nette, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations selon lesquelles la méthode retenue ne pouvait s'appliquer à l'ensemble de ses activités et ne conteste pas non plus la pertinence du panel de sociétés retenu par l'administration fiscale pour l'application de cette méthode. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration n'aurait pas pu retenir la méthode transactionnelle de la marge nette.
10. Par suite, et alors que la société ne justifie d'aucune contrepartie à l'avantage consenti, l'administration, qui démontre l'existence d'un avantage accordé à cette société au sens de l'article 57 du code général des impôts, était fondée à estimer que la société Cosmo Consult SSC AG avait indirectement transféré à sa filiale allemande des bénéfices s'élevant à 469 338 euros au titre de l'exercice 2014 et à 207 892 euros au titre de l'exercice 2015.
11. Il résulte de ce qui précède que la société Cosmo Consult SSC AG n'est pas fondée à solliciter le rétablissement de son déficit initial, pour un montant de 478 663 euros au titre de l'exercice clos en 2014 et de 487 452 euros au titre de l'exercice clos en 2015. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Cosmo Consult SSC AG est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Cosmo Consult SSC AG et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Van Daële, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.
La rapporteure,
M. A
La présidente,
I. BILLANDON
Le greffier,
G. NGASSAKI
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026