vendredi 22 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1907526 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCAT ARNAUD SOTON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 août 2019, M. C A et Mme D B, représentés par Me Soton, demandent au tribunal:
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu, aux contributions sociales et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A et Mme B soutiennent que :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
- la procédure de taxation d'office des encaissements sur ses comptes bancaires qui a été appliquée, d'une part, à M. A au titre de l'année 2015 et, d'autre part, à M. A et Mme B au titre de l'année 2016, est irrégulière dès lors qu'il n'a exercé aucune activité occulte mais a rendu service à un ami ;
- l'exercice d'une activité occulte exclut le contribuable du champ d'application de la procédure contradictoire ;
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
- les conditions d'application de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ne sont pas réunies dès lors que l'activité de M. A n'était pas une prestation de service effectuée à titre onéreux mais un service rendu à un ami ;
- les sommes qualifiées de revenus d'origine indéterminée, proviennent de chèques émis par les sociétés " Dream Décor ", " Etats des Lieux " et " Déco Rénov ", dont les gérants sont les amis de M. A, qu'il a encaissés afin de leur rendre service ; il leur a ensuite restitué ces sommes par des paiements en espèces retirés sur ses comptes bancaires ;
En ce qui concerne les pénalités de retard :
- la majoration de 40 % pour manquements délibérés n'est pas due dès lors que les constatations du service étant erronées et que les sommes en cause n'étant pas ses revenus, aucune intention délibérée d'éluder l'impôt ne saurait être retenue ;
- la majoration de 80 % pour exercice d'une activité occulte n'est pas due dès lors qu'aucune activité occulte n'a été exercée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2019, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Une lettre du 19 juillet 2022 a informé les parties, en application de l'article
R. 611-11-1 du code de justice administrative, que la clôture de l'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 2 septembre 2022.
Une ordonnance du 6 septembre 2022 a prononcé la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dumas,
- et les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a fait l'objet d'un examen contradictoire de situation fiscale personnelle (ESFP) portant sur l'année 2015. M. A et Mme B ont également fait l'objet d'un ESFP portant sur les années 2015 et 2016. Des propositions de rectification ont été adressées le
12 décembre 2018, d'une part, à M. A au titre des revenus et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) dus au titre de l'année 2015 et, d'autre part, à M. A et Mme B au titre des revenus et de la TVA dus en 2016. M. A a sollicité une prorogation du délai de 30 jours par un courrier électronique en date du 24 décembre 2018, puis a formulé ses observations le
10 janvier 2019 sur ces deux procédures, auxquelles le service a répondu par des courriers en date du 25 février 2019 en maintenant la totalité des rectifications proposées. Les droits et pénalités en découlant ont été mis en recouvrement le 30 avril 2019. Par une réclamation en date du 5 juin 2019, M. A et Mme B ont contesté le bien-fondé des impositions supplémentaires mises à leur charge. Celle-ci a fait l'objet de deux décisions de rejet en date du 24 juin 2015. M. A et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de TVA mis à la seule charge de M. A au titre de l'année 2015, et à leur charge commune au titre des années 2015 et 2016.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition:
Quant aux bénéfices industriels et commerciaux :
2. Aux termes de l'article L. 169 du même livre, dans sa rédaction applicable au présent litige : " () L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable ou la personne morale mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite ()". Dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, son activité est réputée occulte s'il n'est pas en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.
3. En l'espèce, il est constant qu'au cours de l'année 2015, M. A a encaissé, chaque mois de l'année, sur ses comptes bancaires, des chèques pour des montants mensuels oscillant entre 2 000 et 3 500 euros, le tout pour un montant total de 29 678 euros, et qu'au cours de l'année 2016, il a encaissé, chaque mois de l'année, sur ses comptes bancaires, des chèques pour des montants mensuels oscillant entre 1 000 et 6 500 euros, le tout pour un montant total de
40 850 euros. Tous ces chèques émanaient de la société Transunivers Services. Les propositions de rectification du 27 avril 2018 donnent le détail de la date, du montant, de l'émetteur et du compte bancaire sur lequel chaque chèque a été encaissé, et mentionnent "qu'au cours des opérations de contrôle M. A a spontanément révélé avoir exercé au cours de l'année 2015 et 2016 une activité - en matière de bénéfices industriels et commerciaux- d'apporteur d'affaires, pour le compte de la société Transunivers Services, en contrepartie de paiements par chèques bancaires". Les mêmes propositions de rectification indiquent également que lors du dernier entretien du 6 décembre 2018 et sans apporter d'autre justificatif que des relevés bancaires, M. A est revenu sur ses propos, en soutenant qu'il avait encaissé les chèques pour rendre service à un ami et qu'il aurait retiré des espèces qu'il remettait à celui-ci.
4. Dans la présente instance, les requérants se bornent à reprendre la version des explications fournies par M. A au service le 6 décembre 2018. Ils ne contestent toutefois pas expressément les écrits de l'administration selon lesquels la version de M. A aurait évolué avec le temps, ni que l'intéressé aurait bien encaissé lesdites sommes. Compte tenu de ces éléments, et alors que les requérants, qui ne produisent aucune attestation de l'" ami " auquel
M. A aurait rendu service, se bornent à produire, pour tout justificatif, des extraits de relevés des comptes bancaires de l'intéressé indiquant qu'il s'est livré à des retraits en espèces au cours des années 2015 et 2016, l'administration fiscale doit être regardée comme ayant fait la démonstration de ce que M. A s'est bien livré à une activité d'apporteur d'affaires pour le compte de la société Transunivers Services au cours de ces deux années. En outre, les propositions de rectification du 27 avril 2018 indiquent, sans être contredites sur ce point, qu'au titre de cette activité, M. A ne s'est pas inscrit auprès d'un centre de formalités des entreprises et qu'il n'a déposé aucune déclaration au titre des bénéfices industriels et commerciaux qu'il a perçus au cours des années 2015 et 2016. Dans ces conditions, l'activité que M. A a menée au cours de ces deux années présente un caractère occulte.
Quant à la compatibilité entre la procédure de taxation d'office et la procédure de redressement contradictoire :
5. Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : "Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux ()". Aux termes de l'article L. 56 du même livre: "La procédure de redressement contradictoire n'est pas applicable : () / 4° Dans le cas de taxation ou évaluation d'office des bases d'imposition () ".
6. Lorsque l'administration suit une procédure de taxation d'office, les informations, non prévues par cette procédure qu'elle donne au contribuable, sont sans influence sur la régularité de la procédure suivie. Par suite, le moyen tiré de ce que l'exercice d'une activité occulte exclurait le contribuable du champ d'application de la procédure contradictoire est sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
Quant à la taxe sur la valeur ajoutée :
7. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : "I. -Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ()". Aux termes de l'article 256 A du même code : "Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. () / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence".
8. Il résulte de ce qui précède que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, M. A a mené, au cours des années 2015 et 2016, de manière occulte, une activité d'apporteur d'affaires pour le compte de la société Transunivers Services, qui doit être qualifiée de prestation de services. Conformément aux dispositions des articles 256-I et 256 A précitées du code général des impôts, les opérations effectuées à titre onéreux par un assujetti sont soumises à la TVA. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les conditions d'application de la TVA ne sont pas réunies.
Quant aux revenus d'origine indéterminée :
9. En l'espèce, il est constant qu'au cours de l'année 2015, M. A a encaissé sur ses comptes bancaires des chèques émanant des sociétés " Dream Décor ", " Etats des Lieux ", " Amad Multiservices " et " Mabe Poids Lourds ", pour un montant total de 8 952 euros, et qu'au cours de l'année 2016, il a encaissé sur ses comptes bancaires des chèques émanant des sociétés " Dream Décor ", " Etats des Lieux ", " Déco Rénov " et " Mk Loc ", pour un montant total de 31 507 euros. Les propositions de rectification du 27 avril 2018 donnent le détail de la date, du montant, de l'émetteur et du compte bancaire sur lequel chaque chèque a été encaissé, mentionnent que l'intéressé a "allégué avoir encaissé ces chèques afin de rendre service à des amis" et qu'il les aurait, ensuite, remboursés au moyen de paiements en espèces sur plusieurs mois. Dans la présente instance, les requérants, qui ne produisent aucune attestation des "amis" auxquels M. A aurait rendu service, se bornent à produire pour tout justificatif des extraits de relevés des comptes bancaires de l'intéressé indiquant qu'il s'est livré à des retraits en espèces au cours des années 2015 et 2016. Par suite, l'administration fiscale est fondée à qualifier de revenus d'origine indéterminée les sommes totales perçues par M. A de 8 952 euros en 2015 et 31 507 euros en 2016.
En ce qui concerne les pénalités de retard :
10. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
11. Compte tenu de l'importance des revenus d'origine indéterminée par rapport aux revenus déclarés par M. A de 19 352 euros 2015 et 33 233 euros en 2016, de l'absence de justificatifs malgré les demandes de l'administration fiscale et du caractère systématiquement évasif des réponses apportées par celui-ci, l'administration fiscale apporte la preuve qui lui incombe du manquement délibéré du requérant, lequel était de nature à justifier que lui soient infligées des pénalités correspondantes en application de l'article 1729 du code général des impôts.
12. En second lieu, aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : "1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () / c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte ()".
13. Il résulte de ce qui précède que M. A a mené au cours des années 2015 et 2016 une activité occulte de prestataire de services au profit de la société Transunivers Services, qu'il ne s'est pas inscrit auprès d'un centre de formalités des entreprises et qu'il n'a déposé aucune déclaration au titre des bénéfices industriels et commerciaux qu'il a perçus au cours de ces deux années. Par suite, l'administration fiscale était fondée à lui appliquer la majoration de 80% prévue par les dispositions précitées de l'article 1728 du code général des impôts.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requérants aux fins de décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et Mme D B, et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Dumas, premier conseiller,
M. Pradalié, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.
Le rapporteur,
M. DUMASLe président,
D. LALANDE
La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°1907526
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026