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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1907555

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1907555

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1907555
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantGENINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) - Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés, sous le n° 1907555, les 21 août et 30 septembre 2019, Mme A C, épouse B, représentée par Me Geninet, demande au tribunal d'annuler la mise en demeure de payer la somme de 38 184,28 euros émise à son encontre le 9 avril 2019 par le comptable du pôle de recouvrement spécialisé de Seine-et-Marne, ainsi que la décision en date du 26 juin 2019 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a rejeté son recours hiérarchique.

La requérante soutient que :

- la décision du directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne est irrégulière en ce qu'elle ne comporte pas la mention des délais et voies de recours ;

- le montant qui lui est réclamé est erroné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2019, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que la requête est irrecevable dès lors que la requérante n'a pas présenté d'opposition à poursuite à l'encontre des mises en demeure de payer contestées et que le montant des impositions dues est bien justifié.

II) - Par une requête, enregistrée, sous le n° 1907574, le 21 août 2019, Mme A C, épouse B, représentée par Me Geninet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 23 avril 2019 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a rejeté son recours gracieux tendant à la remise gracieuse de toutes les pénalités, majorations, amendes et intérêts de retard qui lui ont été appliqués ;

2°) de prononcer la remise totale de toutes les pénalités, majorations, amendes et intérêts de retard ou, à défaut de modérer considérablement ces dernières d'au moins les trois quarts.

La requérante soutient que le comptable devait lui accorder la remise gracieuse en application de l'article L. 626-6 du code de commerce.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2019, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que la demande gracieuse présentée sur le fondement de l'article L. 626-6 du code de commerce est tardive et partant irrecevable.

III) - Par une requête, enregistrée, sous le n° 1908987, le 6 octobre 2019, Mme A C, épouse B, représentée par Me Geninet, demande au tribunal d'annuler la mise en demeure de payer en date du 6 juin 2019, ainsi que la décision en date du 19 septembre 2019 rejetant son recours hiérarchique.

La requérante soutient que le paiement d'une partie de la dette du débiteur principal diminue dans la même proportion la dette du débiteur solidaire, de sorte que les impositions réglées par la société C doivent diminuer à due concurrence le montant des impositions mises à sa charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2019, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que la requête est irrecevable dès lors que la requérante n'a pas présenté d'opposition à poursuite à l'encontre de la mise en demeure de payer contestée et que le montant des impositions dues est bien justifié.

Vu :

- les décisions de rejet des recours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 octobre 2022 :

- le rapport de M. D ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 1907555, 1907574 et 1908987 présentées par Mme C, épouse B, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.

2. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 1999 et 2000 ont été mis en recouvrement le 31 mars 2002 à l'encontre de la société anonyme C. Par jugement du 2 février 2010, le tribunal correctionnel de Meaux a condamné Mme C, épouse B, en sa qualité de gérante de la société, pour fraude fiscale et a dit que cette dernière " sera solidairement tenue avec le redevable légal, au paiement des sommes dues en application de l'article 1745 du code général des impôts ". Par arrêt du 27 mars 2012, la cour d'appel de Paris a confirmé ce jugement. Par un courrier du 8 avril 2019, l'intéressée a présenté un " recours gracieux en rectification d'erreur " commise aux termes des mises en demeure de payer des 13 octobre 2015 et 11 avril 2018, qui a été rejeté le 12 avril suivant par le comptable du pôle de recouvrement spécialisé de Seine-et-Marne. Par courrier du 27 mai 2019, elle a formé un recours hiérarchique pour contester tant la décision précitée du 12 avril 2019 que la mise en demeure de payer qui lui avait été notifiée le 9 avril précédent. Par décision du 26 juin 2019, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a rejeté ce recours. Par ailleurs, par un autre courrier du 8 avril 2019, l'intéressée a présenté un " recours pour remise ou modération des pénalités, majorations, amendes et intérêts de retard " rejeté par décision du directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne en date du 23 avril suivant. Elle a alors présenté le 28 mai 2019 un recours hiérarchique, qui a été implicitement rejeté par cette même autorité. Enfin, le comptable du pôle de recouvrement spécialisé a notifié, le 6 juin 2019, à Mme C une nouvelle mise en demeure de payer la somme de 38 184,28 euros correspondant à la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés due au titre de l'année 2000. Le 17 juin 2019, l'intéressée a formé un " recours gracieux en rectification d'erreur " en demandant la rectification de cette mise en demeure de payer, puis " un recours hiérarchique en rectification d'erreur matérielle " le 29 juillet suivant. Par décision du 19 septembre 2019, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne a rejeté ce dernier recours. Par les requêtes précitées, Mme C demande l'annulation des mises en demeure de payer notifiées à son encontre, ainsi que l'ensemble des décisions rejetant ses demandes.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation des mises en demeure :

3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites (). Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 () ". Aux termes de l'article R. 281-3-1 du même livre : " La demande () doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée dans un délai de deux mois à partir de la notification : a) de l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; b) () de tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation au paiement ou sur le montant de la dette ; c) () du premier acte de poursuite permettant de contester l'exigibilité de la somme réclamée ".

4. Il résulte de ces dispositions que la contestation d'actes de poursuite notifiés pour obtenir le recouvrement d'impositions ne peut être effectuée que dans les formes et délais prévus par les dispositions précitées des articles L. 281 et R. 281-1 et suivants du livre des procédures fiscales.

5. Il résulte de l'instruction que la requérante a, par le biais de son conseil, présenté des recours gracieux et hiérarchiques le 8 avril 2019 pour contester des mises en demeure de payer des 13 octobre 2015 et 11 avril 2018, puis le 27 mai 2019 pour contester une mise en demeure de payer du 9 avril précédent et, enfin, les 17 juin et 29 juillet 2019 pour contester une mise en demeure de payer du 6 juin précédent, alors que l'ensemble de ces actes de poursuite comportaient les voies et délais de recours, ainsi que la mention des dispositions des articles L. 281, R. 281-1, R. 281-3-1, R. 281-4 et R. 281-5 du livre des procédures fiscales. Toutefois, la requérante ne peut contester, dans le cadre de recours pour excès de pouvoir à l'encontre des décisions de rejet de ses différents recours gracieux et hiérarchiques, l'existence et la quotité de l'obligation de payer résultant de la notification de ces mises en demeure de payer. Dans ces conditions, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne est fondé à soutenir que faute d'avoir présenté des oppositions à poursuite sur le fondement de l'article L. 281 précité du livre des procédures fiscales pour contester chacun des actes de poursuite en cause, les conclusions tendant à l'annulation de ces mises en demeure de payer, ainsi que des décisions du directeur départemental des finances publiques rejetant ces recours, sont irrecevables. Les fins de non-recevoir opposées par le directeur départemental des finances publiques dans les instances n° 1907555 et n° 1908987 doivent dès lors être accueillies.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions de refus de remise gracieuse :

6. Selon l'article L. 626-6 du code de commerce, applicable à la procédure de redressement judiciaire en application de l'article L. 631-19 du même code, " Les administrations financières () peuvent accepter de remettre tout ou partie de ses dettes au débiteur dans des conditions similaires à celles que lui octroierait, dans des conditions normales de marché, un opérateur économique privé placé dans la même situation. Dans ce cadre, les administrations financières peuvent remettre l'ensemble des impôts directs perçus au profit de l'Etat et des collectivités territoriales ainsi que des produits divers du budget de l'Etat dus par le débiteur. S'agissant des impôts indirects perçus au profit de l'Etat et des collectivités territoriales, seuls les intérêts de retard, majorations, pénalités ou amendes peuvent faire l'objet d'une remise. Les conditions de la remise de la dette sont fixées par décret () ". Aux termes de l'article D. 626-13 du même code, dans sa version alors en vigueur : " En cas d'ouverture d'une procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire, l'administrateur judiciaire ou le mandataire judiciaire saisit, y compris par voie dématérialisée, la commission mentionnée à l'article D. 626-14 de la demande de remise de dettes. Cette saisine a lieu, sous peine de forclusion, dans un délai de deux mois à compter de la date d'ouverture de la procédure () ".

7. Si la requérante se prévaut des dispositions de l'article L. 626-6 du code de commerce pour demander la remise des majorations émises à l'encontre de la SA C au paiement desquelles elle est solidairement responsable, de telles dispositions ne sont applicables qu'en cas de procédure de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de conciliation, et non aux sociétés ayant fait l'objet d'une liquidation judiciaire, telle que la société précitée.

8. En revanche, aux termes des dispositions de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable : () 2° Des remises totales ou partielles d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités et, le cas échéant, les impositions auxquelles elles s'ajoutent sont définitives () ".

9. Si la décision de l'administration fiscale refusant une remise gracieuse prévue par l'article L. 247 du livre des procédures fiscales peut être déférée au juge administratif par la voie du recours pour excès de pouvoir, cette décision ne peut être annulée que si elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation ou encore si elle est révélatrice d'un détournement de pouvoir.

10. Par ailleurs, si, lorsqu'elle se prononce sur des demandes de remise gracieuse d'impôt en application du 1° de l'article L. 247 précité, l'administration est tenue de ne prendre en compte que la situation financière du contribuable, en revanche, lorsqu'elle se prononce sur des demandes de remise gracieuse de pénalités en application du 2° du même article, elle doit également prendre en considération tous les éléments pertinents relatifs à la situation du contribuable.

11. Dans le cadre de ses écritures, la requérante demande la remise des majorations d'impôts, amendes et intérêts de retard mis à sa charge, en faisant état de ce que sa maison d'habitation a été vendue par adjudication, qu'elle n'a jamais pensé ni voulu s'exonérer du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée due par la société qu'elle dirigeait, que son époux qui a des problèmes cardiaques a été victime d'un accident vasculaire cérébral en décembre 2007, qu'elle est placée en procédure de surendettement depuis décembre 2017 et qu'elle et son conjoint présentent un état dépressif. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a été condamnée pour fraude fiscale, par l'arrêt précité de la cour d'appel de Paris du 27 mars 2012, à une peine de six d'emprisonnement avec sursis. Par ailleurs, elle n'apporte aucun élément sur sa situation patrimoniale et financière. Dans ces conditions, il n'est pas justifié que le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de remise gracieuse de l'intéressée.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C, épouse B, tendant à l'annulation des mises en demeure de payer émises à son encontre, des décisions rejetant ses recours ayant trait à l'obligation de payer et des décisions de refus de remise gracieuse doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes présentées par Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, épouse B, et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le rapporteur,

P. D La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°s 1907555

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