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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1907664

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1907664

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1907664
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCAT ARNAUD SOTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2019, M. E C F et

Mme D B, représentés par Me Soton, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C F et Mme B soutiennent que :

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- les dépenses personnelles litigieuses ont été engagées dans l'intérêt de la société Business Meetings Solutions International (BMSI) ; par suite, l'administration fiscale n'est pas fondée à qualifier ces dépenses de revenus distribués ;

- si l'administration fiscale leur reproche d'avoir déduit, à tort, de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) que devait reverser la société BMSI au trésor, la TVA sur des dépenses personnelles litigeuses, celles-ci ont été engagées dans l'intérêt de la société ; par suite, l'administration n'est pas fondée à qualifier les sommes correspondantes de profits sur le trésor ;

- si l'administration fiscale a retenu que la société BMSI n'occupait que 20 mètres carrés des 120 mètres carrés du pavillon que Mme B louait à la société Demeter et déterminé, en conséquence, que la société BMSI ne s'acquittait que de 16,67 % du loyer payé par l'intéressée, ce calcul est erroné dès lors que la surface de cet immeuble réellement consacrée à l'activité de la société représente 30 à 40 % du montant du loyer ;

En ce qui concerne les majorations:

- les majorations de 40 % pour manquement délibéré et de 80 % pour manœuvres frauduleuses sont infondées dès lors que Mme B n'a pas établi de facture fictive et que les dépenses litigieuses ont bien été engagées dans l'intérêt de la société.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2019, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Une lettre du 19 juillet 2022 a informé les parties, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que la clôture de l'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 2 septembre 2022.

Une ordonnance du 6 septembre 2022 a prononcé la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de Mme Vergnaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée à associé unique (SASU) Business Meetings Solutions International (BMSI) dont Mme B est la présidente, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er septembre 2013 au 31 août 2015. A la suite de ce contrôle, une proposition de rectification en date du 26 juin 2017 a été adressée à Mme B et M. C F portant sur des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014 et 2015. Les droits et pénalités en découlant ont été mis en recouvrement le 31 décembre 2017. Par un courrier du 22 janvier 2019, M. C F et Mme B ont formé une réclamation préalable contre ces impositions supplémentaires qui n'a été que partiellement acceptée par une décision du 27 juin 2019. Les intéressés demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu qui restent à leur charge au titre des années 2014 et 2015.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la charge de la preuve:

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales: " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".

3. En l'espèce, en réponse à la proposition de rectification en date du 26 juin 2017, M. C F et Mme B se sont, par courrier du 22 juillet 2017, bornés à réclamer un délai pour présenter leurs observations, sans refuser expressément les rectifications ni émettre de réserves précises à leur sujet. Ils n'ont pas donné suite à leur demande de délai supplémentaire et doivent ainsi être regardés comme s'étant abstenus de répondre aux rectifications. Par suite, la charge de la preuve de l'exagération des bases d'imposition au titre des années 2014 et 2015 incombe à M. C F et Mme B.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition:

4. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués () / c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

5. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire () / 5. Sont également déductibles les dépenses suivantes : () e. Les cadeaux de toute nature, à l'exception des objets de faible valeur conçus spécialement pour la publicité ; f. Les frais de réception, y compris les frais de restaurant et de spectacles. () Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent également être réintégrées dans les bénéfices imposables dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n'a pas été apportée qu'elles ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise () ". Il résulte de ces dispositions que le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges qui, pour être déductibles, doivent être exposées dans l'intérêt de l'exploitation, être appuyées de justificatifs suffisants, et être rattachées à l'exercice au titre duquel la déduction est demandée.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement des propositions de rectification adressées le 26 juin 2017 aux intéressés et à la société BMSI, suite à la vérification de comptabilité de celle-ci, que l'administration fiscale a remis en cause, notamment au titre des années 2014 et 2015, la déduction d'un ensemble de dépenses comprenant notamment des factures de restauration, de téléphones portables, de joaillerie ou de maroquinerie, au motif que leur caractère professionnel ne pouvait être retenu compte tenu de leur nature. Si les requérants soutiennent que ces dépenses ont été engagées dans l'intérêt de la société, ils n'apportent aucun élément relatif à l'existence et la valeur de la contrepartie retirée par celle-ci. Dès lors, les requérants ne peuvent être regardés comme apportant la preuve de la déductibilité des dépenses litigieuses. Par suite, c'est à bon droit que l'administration n'a pas admis la déduction des sommes en litige, et a regardé les sommes ainsi désinvesties comme des distributions.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a remis en cause les dépenses de loyers comptabilisées en charge par la société BMSI au motif que, si pour en justifier, la société BMSI avait produit un bail signé entre Mme B C et la société Demeter concernant une maison individuelle à usage d'habitation de 120 m2 située à Fontenay-sous-Bois pour un loyer mensuel de 2 350 euros, ainsi que des factures mensuelles émises par la société Demeter, le droit de communication exercé auprès de cette dernière société avait permis d'établir son absence de lien juridique avec la société BMSI et l'absence d'émission de factures de sa part au nom de cette même société. L'administration fiscale a également constaté que la société BMSI n'était titulaire d'aucun bail de location, que le pavillon constituait la résidence principale de Mme B C et que la société BMSI n'avait pu justifier de l'exercice d'une activité ou de l'emploi de salariés à cette adresse. Par suite, elle a considéré que les frais de location, déduits en charge à hauteur de 50 % du loyer mensuel des locaux, n'étaient pas justifiés en l'absence de contrepartie. Toutefois, par souci de réalisme économique et pour tenir compte de l'existence d'un bureau de la société BMSI au domicile de Mme B, l'administration s'est bornée à ramener les dépenses de location déductibles à 16,67 % du montant du loyer mensuel du pavillon, correspondant à l'occupation d'une surface de 20 m². Si les requérants soutiennent qu'un pourcentage situé entre 30 % et 40 % du montant du loyer mensuel du pavillon aurait dû être retenu, ils n'apportent aucun élément de nature à justifier la prise en compte d'un pourcentage du loyer mensuel supérieur au titre des charges de la société BMSI, alors que la charge de la preuve leur incombe.

8. En troisième lieu, l'article 271 du code général des impôts dispose que : " II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures (). "

9. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration n'a pas admis en déduction les dépenses litigieuses. Par suite, c'est à bon droit qu'elle n'a pas admis la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée relative aux dépenses litigieuses. Ainsi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'aucun profit sur le trésor ne pouvait être constaté.

En ce qui concerne les pénalités:

10. L'article 1729 du code général des impôts dispose que : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ou de dissimulation d'une partie du prix stipulé dans un contrat ou en cas d'application de l'article 792 bis ".

11. M. C F et Mme B soutiennent, d'une part, que les dépenses litigieuses étant déductibles du résultat de la société BMSI, ils ne pouvaient se voir appliquer de pénalités et, d'autre part, que Mme B n'a pas émis de factures fictives. Toutefois, comme il a été dit aux points 6 et 7 du présent jugement, c'est à bon droit que l'administration n'a pas admis en déduction les dépenses litigieuses et les a regardées comme constitutives de distributions. Eu égard aux montants d'imposition éludés, et à la répétition de ces déductions sur l'ensemble des années contrôlées, l'administration apporte la preuve de l'intention délibérée d'éluder l'impôt, et du bien-fondé de l'application de la majoration de 40 % prévue par les dispositions précitées. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 26 juin 2017, que l'administration a exercé son droit de communication en application des dispositions des articles L. 81 et suivants du livre des procédures fiscales auprès de la société Demeter qui a affirmé n'avoir conclu aucun bail avec la société de Mme B. Le service a ainsi apporté la preuve que les factures de bail produites et établies par la requérante sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 étaient fictives. Compte tenu du procédé utilisé, ayant eu pour but d'égarer l'administration dans l'exercice de son pouvoir de contrôle, l'administration établit l'existence de manœuvres frauduleuses de nature à justifier, par application de l'article 1729 du code général des impôts, la majoration de 80 % dont ont été assorties les rectifications correspondantes.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requérants aux fins de décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015, doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C F et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C F et Mme D B, et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Dumas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1907664

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