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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1908668

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1908668

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1908668
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET NATAF & PLANCHAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2019, M. B A, représenté par Me Planchat, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) restant à sa charge qui lui ont été assignés au titre des périodes allant du

1er janvier 2014 au 31 octobre 2017 ;

2°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales restant à sa charge auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition:

- la procédure de mise en recouvrement est irrégulière dès lors que l'administration fiscale a omis de lui adresser, préalablement à la mise en œuvre de la procédure d'évaluation d'office relative aux bénéfices industriels et commerciaux (BIC) qu'il a perçus au cours des années 2015 et 2016, les mises en demeures prévues au dernier alinéa de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition:

S'agissant de la reconstitution du résultat imposable à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux:

- la méthode des encaissements, retenue par le service pour reconstituer son résultat au titre des années 2015 et 2016 est viciée dans son principe, dès lors qu'elle ne tient pas compte des règles légales de rattachement des produits aux exercices ;

S'agissant du montant des frais retenus et de la TVA déductible:

- la reconstitution du bénéfice proposée par le service est exagérée dès lors que l'administration fiscale n'a pas fait connaître au juge de l'impôt la méthode adoptée par elle pour la reconstitution du chiffre d'affaires et des bénéfices ainsi que les calculs précis effectués selon cette méthode et qui aboutissent aux chiffres retenus, ce qui aurait permis au contribuable de les discuter utilement ; plus particulièrement, le service a omis de fournir les modalités de détermination de ce forfait de "10 % du CA essence et nourriture" et son origine ainsi que les modalités de détermination des frais et de la TVA retenus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne fait valoir que:

- deux propositions de rectification n°2120-SD lui ont été adressées le 7 mars 2018, l'une d'elle portant sur les bénéfices industriels et commerciaux qu'il a perçus ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Une lettre du 19 juillet 2022 a informé les parties, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que la clôture de l'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 2 septembre 2022.

Une ordonnance du 6 septembre 2022 a prononcé la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas,

- et les conclusions de Mme Vergnaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise individuelle de travaux en bâtiment de M. A a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des périodes allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, étendue en matière de TVA jusqu'au 31 octobre 2017. Par une première proposition de rectification du 7 mars 2018, le service a adressé à cette entreprise individuelle les rappels de TVA résultant du contrôle. En réponse aux observations formulées le 30 mars 2018 par l'entreprise individuelle B A, le service, par un courrier du 7 avril 2018, a partiellement maintenu les rappels notifiés. Par une seconde proposition de rectification du

7 mars 2018, le service a également adressé à M. A les suppléments d'impôt sur le revenu relevant de la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux résultant du contrôle. En réponse aux observations formulées le 30 mars 2018 par M. A, le service, par un courrier du 5 juin 2018, a partiellement maintenu les droits notifiés. M. A a formé un recours hiérarchique le 31 juillet 2018, ayant eu pour réponse une modification des conséquences financières du contrôle sur son impôt sur le revenu. Les rappels de TVA ont été mis en recouvrement le 15 juin 2018. L'entreprise individuelle B A a formé une réclamation préalable le 4 octobre 2018, qui a donné lieu à une décision de dégrèvement partiel le 7 février 2019. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2018. L'intéressé a formé une réclamation préalable reçue le

27 février 2019, qui a été rejetée par deux décisions en date du 27 août 2019. M. A demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, d'une part, des rappels de TVA restant à sa charge qui lui ont été assignés au titre des périodes allant du 1er janvier 2014 au 31 octobre 2017 et, d'autre part, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales restant à sa charge au titre des années 2015 et 2016.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : / 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; () 1° bis Les résultats imposables selon le régime d'imposition défini à l'article 50-0 du code général des impôts dès lors : () b. () que la différence entre le montant du chiffre d'affaires déclaré et celui du chiffre d'affaires réel est supérieure à 10 % du premier chiffre ; () / Les dispositions de l'article L. 68 sont applicables dans les cas d'évaluation d'office prévus aux 1° et 2° ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre, dans sa rédaction applicable au présent litige : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. () ".

3. Il résulte des dispositions combinées des articles 50-0 et 293-B du code général des impôts que le régime des micro-bénéfices industriels et commerciaux (micro-BIC) est applicable, au titre d'une année N, aux entreprises dont le chiffre d'affaires de l'année précédente n'excède pas 32 900 euros ou 34 900 euros. Les contribuables relevant du régime micro-BIC sont dispensés de produire une déclaration de résultat spécifique, conformément aux dispositions de l'article 50-0 point 3 du code général des impôts, ils portent directement le montant du chiffre d'affaires brut annuel dans les rubriques prévues à cet effet de la déclaration annuelle de revenus n° 2042.

4. Il résulte de l'instruction que M. A avait porté sur ses déclarations de revenus au titre de son activité d'autoentrepreneur les sommes de 4 950 euros au titre des revenus de 2015 et de 8 940 euros au titre des revenus de 2016. Les opérations de vérification de comptabilité dont il a fait l'objet, notamment l'analyse de ses comptes bancaires, ont permis d'établir que les encaissements effectivement perçus au titre de chacune de ces deux années étaient largement supérieurs aux seuils relatifs au régime des micro-BIC dès lors qu'ils s'élevaient à 221 000 euros en 2015 et à 339 565 euros en 2016. Par suite, l'administration a mis en œuvre la procédure d'évaluation d'office prévue par les dispositions du 1° et du 1° bis b. de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales.

5. Si M. A soutient que l'administration ne pouvait procéder à une évaluation d'office de son résultat en application du 1° bis de l'article L. 73, et était dès lors tenu de le mettre préalablement en demeure de souscrire une déclaration de bénéfices, il résulte toutefois de l'instruction que l'administration fiscale a, en réalité, appliqué la procédure de rehaussement contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. En particulier, M. A a pu produire le 30 mars 2018 ses observations aux deux propositions de rectifications qui lui ont été adressées le 7 mars précédent, et des réponses à ses observations ont été apportées, qui n'ont d'ailleurs que partiellement maintenu les rappels notifiés. M. A a, en outre, formé un recours hiérarchique le 31 juillet 2018, ayant eu pour réponse une modification des conséquences financières du contrôle sur son impôt sur le revenu. Enfin, la mention selon laquelle la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires pouvait être saisie a été conservée sur l'ensemble des documents. Ainsi, M. A a, dans les faits, bénéficié de toutes les garanties de la procédure contradictoire. Dans ces conditions, l'irrégularité invoquée n'a privé le contribuable d'aucune garantie et le moyen ne peut donc être accueilli.

Sur le bien-fondé de l'imposition:

En ce qui concerne la reconstitution du résultat imposable à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux:

6. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " () Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ".

7. En application de ces dispositions, seules les créances et les dettes qui sont devenues certaines dans leur principe et dans leur montant au cours de la période considérée peuvent être prises en compte et non pas les seules opérations qui ont fait l'objet d'un paiement, comme lors d'une reconstitution par la méthode des encaissements et décaissements. Toutefois, si un contribuable n'est pas en mesure de présenter les documents comptables correspondant à son activité, ni les pièces justificatives du détail de leurs recettes, et que, par suite, le vérificateur n'est pas en mesure de respecter les règles de rattachement des créances fixées par les dispositions de l'article précité, en l'absence de tout élément comptable et de l'impossibilité de procéder, eu égard à l'activité des entreprises vérifiées, à des ajustements extracomptables permettant de se rapprocher des règles fixées au 2 de l'article 38 du code général des impôts, la méthode de reconstitution fondée sur les encaissements constatés sur les relevés bancaires ne peut être regardée comme viciée dans son principe, alors même que l'activité en cause aurait exigé une comptabilisation des seules créances acquises.

8. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement de la proposition de rectification adressée le 7 mars 2018 à l'entreprise individuelle B A, annexée à la proposition de rectification du même jour adressée à M. A, lesquelles ne sont pas contestées sur ce point, que le livre de recettes n'a pas été présenté au service pour l'ensemble de la période vérifiée, que les factures présentaient des incohérences dans leur numérotation et que " d'importants " trous " dans la facturation présentée font préjuger d'une remise partielle des factures émises par l'entreprise " de sorte que " le procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité, dressé le 23.01.2018, constate l'absence de tenue d'une comptabilité probante et régulière ". Compte tenu de l'absence de pièce comptable permettant d'effectuer la reconstitution selon les règles de l'article 38 du code général des impôts, c'est à bon droit que l'administration fiscale a reconstitué les recettes de l'entreprise individuelle B A relevant des bénéfices industriels et commerciaux selon la méthode des encaissements, laquelle n'était pas, en l'espèce, radicalement viciée.

En ce qui concerne le montant des frais retenus:

9. Il résulte de l'instruction que, pour tenir compte du réalisme économique, l'administration fiscale a pu retenir un taux de charge forfaitaire de 10% du chiffre d'affaires au titre des frais d'essence et de nourriture. Si le requérant critique le taux de charge ainsi déterminé, M. A n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il aurait supporté, au titre de son activité, un taux de charge supérieur.

En ce qui concerne le montant de la TVA déductible:

10. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement de la proposition de rectification adressée le 7 mars 2018 à l'entreprise individuelle B A, annexée à la proposition de rectification du même jour adressée à M. A, lesquelles ne sont pas contestées sur ce point, que les encaissements sur les comptes bancaires de M. A, ont révélé que le chiffre d'affaires de son entreprise individuelle s'élevait à 221 000 euros en 2015, 339 565 euros en 2016 et 272 140 euros sur les périodes allant du 1er janvier au 31 octobre 2017. Ces mêmes propositions de rectifications, dont les annexes détaillent les sommes encaissées au cours des années 2015, 2016 et 2017 en précisant, par compte bancaire, la date d'encaissement, le libellé du relevé bancaire et le montant encaissé, indiquent également que la base d'imposition à la TVA étant constituée du prix convenu entre les parties diminué du montant de la taxe exigible, les montants encaissés sont de ce fait présumés toutes taxes comprises et qu'en retenant le taux de TVA de droit commun de 20%, le service a calculé des rappels de TVA à hauteur de 36 867 euros au titre de l'année 2015, de 56 594 euros au titre de l'année 2016 et de 45 357 euros au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2017. Le courrier du 27 avril 2018 de réponse aux observations du contribuable mentionne notamment que, sur la base des factures produites par l'intéressé, le service admet, en déduction de la TVA collectée, des sommes de 5 862 euros en 2015, 26 991 euros en 2016 et 8 935 euros en 2017, ainsi qu'une somme de 227 euros en 2015 au titre d'un taux de TVA réduit à 10% suite à la prise en compte d'une attestation. Il précise également les montants de TVA nette qui en résultent, à savoir 30 778 euros en 2015, 29 603 euros en 2016 et 36 422 euros en 2017. Par suite, et contrairement à ce que soutient le requérant, l'administration fiscale a fait connaître au contribuable et au juge de l'impôt la méthode adoptée par elle pour la reconstitution du chiffre d'affaires et des bénéfices, ainsi que les calculs précis effectués selon cette méthode et qui aboutissent aux chiffres retenus s'agissant des modalités de détermination de la TVA.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins de décharge, en droits et pénalités, tant des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales restant à sa charge au titre des années 2015 et 2016, que des rappels de TVA restant à sa charge pour les périodes allant du 1er janvier 2014 au 31 octobre 2017, doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Dumas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1908668

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