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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1909175

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1909175

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1909175
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantGERNEZ PHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Sous le n° 1909175, par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 11 octobre 2019 et 2 décembre 2021, Mme A B, représentée par Me Guernez, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 7 266,84 euros au titre de l'indemnisation de ses 82 jours de congés annuels perdus et ce, avec les accessoires liés à ces congés annuels ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le ministre de l'intérieur a commis une faute tirée de l'absence d'indemnisation de ses congés annuels, correspondant à 82 jours, non pris en raison d'arrêts maladie ou de grossesse entre 2015 et 2017 ;

- cette faute lui a causé un préjudice qui peut être évalué à 7 266, 84 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 18 décembre 2021 à midi.

II°) Sous le n° 2001489, par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 17 février 2020 et 2 décembre 2021, Mme A B, représentée par Me Guernez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 décembre 2019 par laquelle le directeur des ressources humaines de la préfecture de police de Paris a explicitement rejeté sa demande préalable indemnitaire ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 7 266,84 euros au titre de l'indemnisation de ses 82 jours de congés annuels perdus et ce, avec les accessoires liés à ces congés annuels ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le ministre de l'intérieur a commis une faute tirée de l'absence d'indemnisation de ses congés annuels, correspondant à 82 jours, non pris en raison d'arrêts maladie ou de grossesse entre 2015 et 2017 ;

- cette faute lui a causé un préjudice qui peut être évalué à 7 266, 84 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2021, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 18 décembre 2021 à midi.

Par une lettre du 16 novembre 2022, le tribunal a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible de reposer sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 12 décembre 2019 de rejet résultant du silence opposé par l'administration à la demande préalable d'indemnisation sont irrecevables, dès lors que cette décision a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;

- l'arrêt C-214/10 du 22 novembre 2011 de la Cour de justice de l'Union européenne ;

- l'arrêt C-341/16 du 20 juillet 2016 de la Cour de justice de l'Union européenne ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat ;

- le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacote, conseiller rapporteur,

- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, brigadier de police affectée à la brigade des stupéfiants de la sûreté territoriale du Val-de-Marne à Créteil, a été placée en congé longue maladie du 5 décembre 2014 au 11 juillet 2018 période pendant laquelle elle a bénéficié d'un congé de maternité du 23 septembre 2016 au 23 février 2017. Par une demande préalable indemnitaire du 17 juin 2019, reçue le 18 juin suivant, elle a demandé au ministre de l'intérieur la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'absence d'indemnisation des congés annuels non pris lors de ces congés. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur sur cette demande à fait naître une décision implicite de rejet le 18 août 2019. Par une décision du 12 décembre 2019, le directeur des ressources humaines de la préfecture de police de Paris a explicitement rejeté sa demande préalable indemnitaire. Par ses requêtes, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner l'Etat à lui verser une somme de 7 266,84 euros au titre de l'indemnisation de ses 82 jours de congés annuels perdus et ce, avec les accessoires liés à ces congés annuels.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 1909175 et n° 2001489 concernent la situation d'un même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La décision du 12 décembre 2019 par laquelle le directeur des ressources humaines de la préfecture de police de Paris a explicitement rejeté la demande préalable indemnitaire formée par Mme B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la requérante tendant à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision en tant qu'elle rejette cette demande sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

4. D'une part, aux termes l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail dispose que : " Congé annuel / 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales. / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail ". D'autre part, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit : / 1° A un congé annuel avec traitement dont la durée est fixée par décret en Conseil d'Etat ; () ". Aux termes de l'article 5 du décret du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l'Etat: " Le congé dû pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par le chef de service. / Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice ".

5. En l'absence de dispositions législatives ou réglementaires fixant une période de report des congés payés qu'un agent s'est trouvé, du fait d'un congé maladie ou maternité, dans l'impossibilité de prendre au cours d'une année civile donnée, le juge peut en principe considérer, afin d'assurer le respect des dispositions de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003, que ces congés peuvent être pris au cours d'une période de quinze mois après le terme de cette année. La Cour de justice de l'Union européenne a en effet jugé, dans son arrêt C-214/10 du 22 novembre 2011, qu'une telle durée de quinze mois, substantiellement supérieure à la durée de la période annuelle au cours de laquelle le droit peut être exercé, est compatible avec les dispositions de l'article 7 de la directive. Toutefois ce droit au report s'exerce, en l'absence de dispositions, sur ce point également, dans le droit national, dans la limite de quatre semaines prévue par cet article 7.

6. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que, pour reporter les congés annuels non pris par Mme B au cours des années 2015 à 2017 en raison de ses congés maladie et de grossesse, le ministre de l'intérieur a fait application de la possibilité de report pendant quinze mois après le terme d'une année civile des congés non pris, dans la limite de quatre semaines, au cours de cette année civile conformément aux dispositions précitées de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003 tel qu'interprétée. Par suite, alors qu'en tout état de cause les dispositions de la directive précitées ne prévoient une indemnité financière compensatrice des congés annuels non pris qu'en cas de fin de relation de travail, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle avait le droit à une telle compensation de ses congés annuels non pris au cours des années 2015 à 2017. A cet égard, elle ne saurait utilement invoquer l'arrêt C-341/16 du 20 juillet 2016 de la Cour de justice de l'Union européenne qui est relatif à l'interprétation du deuxième alinéa de l'article 7 de la directive précitée et n'est, en conséquence, pas applicable à sa situation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander à ce que l'Etat soit condamné à lui verser une somme de 7 266,84 euros à titre d'indemnisation des 82 jours de congés annuels perdus et ce, avec les accessoires liés à ces congés annuels. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de police de Paris et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

Le rapporteur,

J.-N. LACOTE

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 1909175

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