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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1909252

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1909252

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1909252
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BEHANZIN-OUDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 octobre 2019 et 18 janvier 2022, M. D A, représenté par Me Behanzin, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme totale de 3 446,89 euros en réparation des préjudices que lui a causé l'infection nosocomiale contractée lors de son passage au sein de l'hôpital Henri Mondor à Créteil, appartenant à l'AP-HP ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens dont la somme de 1 800 euros au titre des frais d'expertise judiciaire.

Elle soutient que :

- l'AP-HP a engagé sa responsabilité sans faute en raison de l'infection nosocomiale qu'il a contracté lors de son hospitalisation à l'hôpital Henri Mondor à Créteil, suite à l'opération qu'il a subi le 7 mars 2014 ;

- au titre des préjudices patrimoniaux, M. A est fondé à solliciter une indemnisation au titre de l'assistance par tierce personne à hauteur de 441,14 euros ;

- au titre des préjudices extrapatrimoniaux temporaires, il est fondé à solliciter l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire qu'il a subi à hauteur de 1 005,75 euros, des souffrances endurées à hauteur de 1 500 euros et du préjudice esthétique temporaire à hauteur de 500 euros.

Par un mémoire enregistré le 29 mai 2020, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par Me Dontot, conclut à ce que l'AP-HP lui rembourse la somme de 35 049,10 euros correspondant aux prestations en nature exposées pour le compte de

M. A, à ce que cette somme produise des intérêts à compter de la première demande pour les prestations servies antérieurement et à partir de leur règlement pour les débours effectués postérieurement, et à la capitalisation des intérêts échus pour une année, à ce que l'indemnité forfaitaire de gestion lui soit versée à hauteur de 1 091 euros et à ce qu'il soit mis à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, l'AP-HP, conclut à ce que le tribunal procède à une juste évaluation du dommage subi par M. A et au rejet des conclusions tendant à la condamnation de l'AP-HP à verser à M. A une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle est disposée à indemniser M. A des préjudices subis en lien avec l'infection nosocomiale à hauteur de 2 373 euros.

Vu :

- l'ordonnance de taxation des frais d'expertise en date du 3 novembre 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Hy, rapporteur public ;

- et les observations de Me Marois substituant Me Behanzin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 12 octobre 1992, a été victime d'un accident de football le 22 décembre 2013 provoquant une anse de seau du ménisque externe, nécessitant une opération le 7 mars 2014 par une arthroscopie du genou droit à l'hôpital Henri Mondor à Créteil, appartenant à l'AP-HP. Il reste hospitalisé du 6 au 10 mars 2014. Le 18 mars 2014, il s'est à nouveau présenté aux urgences du même hôpital se plaignant de fièvre et d'une volumineuse hémarthrose au niveau du genou droit. Il subit une nouvelle intervention chirurgicale par un lavage arthroscopique. Les prélèvements bactériologiques révèlent la présence d'un staphylocoque Lugdunensis. Par la suite, il reste hospitalisé du 18 mars au 8 avril 2014 et un traitement antibiotique lui est prescrit jusqu'au 5 mai 2014. Par une ordonnance du 4 septembre 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Melun a ordonné une expertise médicale confiée au Dr B. L'expert a rendu son rapport d'expertise le 14 mars 2019. Le requérant a effectué une réclamation indemnitaire préalable auprès de l'AP-HP le 13 juin 2019, réceptionnée le 17 juin 2019. Le silence gardé sur cette demande a fait naitre une décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable. Par la présente requête, M. A demande de condamner l'AP-HP à l'indemniser des préjudices subis en lien avec l'infection nosocomiale qu'il a contractée à la suite de la première opération chirurgicale datée du 7 mars 2014.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. () / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I () n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25%, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24%. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50%. () ".

3. Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

4. Il est constant que M. A a présenté le 18 mars 2014, alors qu'il avait regagné son domicile le 10 mars 2014, suite à une première opération chirurgicale le 7 mars 2014 par une arthroscopie du genou droit, de la fièvre et une hémarthrose au niveau du genou droit. A la suite d'une nouvelle intervention chirurgicale par un lavage arthroscopique, des prélèvements bactériologiques ont révélé la présence d'un staphylocoque Lugdunensis. Il résulte du rapport d'expertise que l'infection était absente lors de l'admission à l'hôpital Henri Mondor à Créteil le 6 mars 2014, et que sa cause et son origine sont liés aux soins immédiats après le premier acte chirurgical du 7 mars 2014, et que par suite, elle doit être qualifiée de nosocomiale.

5. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que les dommages subis par M. A et strictement imputables à cette infection nosocomiale relèvent d'une réparation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale en application des dispositions précitées.

6. Dans ces conditions, la responsabilité de l'AP-HP doit être regardée comme engagée sur le fondement du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de santé publique pour les dommages strictement imputables à l'infection nosocomiale contractée à la suite de l'opération chirurgicale qu'il a subi le 7 mars 2014 au sein de l'hôpital Henri Mondor à Créteil.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A a subi en lien direct avec l'infection nosocomiale, un déficit fonctionnel temporaire (DFT) de 25% du 11 mars au

17 mars 2014, un DFT total du 18 mars au 8 avril 2014, puis un DFT de 50% du 9 avril au

5 mai 2014. Il sera fait une juste appréciation du préjudice ayant résulté pour lui de son déficit fonctionnel temporaire durant ces périodes en l'évaluant, sur la base de 15 euros par jour à taux plein, à 559 euros.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par

M. A, tant physiques que psychiques, en lien avec l'infection litigieuse doivent être évaluées à 1 sur une échelle de 7. Dans ces conditions et au regard des circonstances particulières de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à M. A la somme de 1 100 euros.

9. En troisième lieu, M. A soutient avoir souffert d'un préjudice esthétique temporaire dès lors que suite au lavage arthroscopique et aux prélèvements bactériologiques ayant permis de révéler une infection nosocomiale, il a subi des incisions lesquelles ont été suturées par des fils non résorbables, le contraignant à porter des pansements. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté par l'AP-HP en défense que le préjudice esthétique imputable à l'infection nosocomiale est de 0,5 sur une échelle de 7. Il sera donc fait une juste appréciation du préjudice subi en allouant à M. A la somme de 500 euros.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

10. Il résulte de l'instruction que M. A a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne à raison de 4 heures par semaine du 11 au 17 mars 2014 et d'une heure par jour du

9 avril au 5 mai 2014 inclus, en lien direct avec l'infection nosocomiale contractée lors de son hospitalisation à l'hôpital Henri Mondor à Créteil. En se fondant sur un taux horaire moyen de rémunération, fixé à 18 euros, proratisé pour prendre en compte les congés payés et les jours fériés sur une base annuelle de 412 jours, il sera fait une juste appréciation du coût de l'assistance par une tierce personne non spécialisée en l'évaluant à la somme de 630 euros.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les préjudices strictement imputables à l'infection nosocomiale dont a été victime M. A au décours de son hospitalisation à l'hôpital Henri Mondor à Créteil doit être évaluée à 2 789 euros.

Sur les droits de la CPAM de Paris :

12. En premier lieu, la CPAM de Paris peut prétendre au remboursement par l'AP-HP de ses débours correspondant aux frais d'hospitalisation de M. A à l'hôpital Henri Mondor à Créteil, qui trouvent leur origine exclusive dans l'infection nosocomiale qu'elle a contractée dans les suites immédiates de l'opération pratiquée le 7 mars 2014 au sein de ce même hôpital.

13. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les frais d'hospitalisation du 18 mars au 8 avril 2014 sont directement imputables à l'infection nosocomiale contractée, soit 22 jours d'hospitalisation, que la caisse justifie avoir pris en charge à hauteur de 35 049,10 euros. Il y a dès lors lieu de faire droit à la demande de la CPAM de Paris à hauteur de 35 049,10 euros.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale :

" () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale, le montant maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion est de 1 114 euros.

15. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP, en application de ces dispositions, une somme de 1 114 euros au profit de la CPAM de Paris.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

16. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

17. Ainsi qu'il est demandé par la CPAM de Paris, la somme allouée au point 13 du présent jugement, portera intérêt au taux légal à compter du 29 mai 2020, date du mémoire par lequel la CPAM a demandé le remboursement des sommes à l'AP-HP. La capitalisation des intérêts a été demandée le 29 mai 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 29 mai 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les dépens :

18. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

19. Dans les circonstances de l'espèce, les frais et honoraires de l'expertise médicale, liquidés et taxés à la somme totale de 1 800 euros, doivent être mis à la charge définitive de

l'AP-HP.

Sur les frais non compris dans les dépens :

20. Dans les circonstances de l'espèce, il y a de lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme totale de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

21. Il n'y a, en revanche, pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP la somme demandée au même titre par la CPAM de Paris.

D E C I D E :

Article 1er : L'AP-HP est condamnée à verser à M. A la somme de 2 789 euros en réparation des préjudices qu'il a subis.

Article 2 : L'AP-HP versera à la CPAM de Paris la somme de 35 049, 10 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 mai 2020 et capitalisation des intérêts à compter du

20 mai 2021.

Article 3 : Il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 114 euros au profit de la CPAM de Paris au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et

L. 454-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Les dépens, liquidés et taxés à la somme totale de 1 800 euros, sont mis à la charge définitive de l'AP-HP.

Article 5 : L'AP-HP versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les conclusions présentées par la CPAM de Paris sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, et à la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Bruand, président-rapporteur,

Mme Vergnaud, première conseillère,

Mme Norval-Grivet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le président-rapporteur,

T. CL'assesseure la plus ancienne,

E. Vergnaud

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°190925

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