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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1909430

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1909430

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1909430
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantMICHALLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2019, la SARL BM Décoration, représentée par Me Michallon, demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 211 965 euros.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification et la réponse aux observations du contribuable ne répondent pas aux exigences de motivation fixées à l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- le rejet de sa comptabilité n'est pas justifié ;

- le rejet des charges de sous-traitance n'est pas justifié ;

- l'administration ne démontre ni ne motive, s'agissant des pénalités, sa mauvaise foi.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) BM Décoration, entreprise de maçonnerie dans le domaine du bâtiment et des travaux publics, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, étendue au 31 décembre 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue des opérations de contrôle, et après avoir notamment constaté l'existence de factures fictives et de complaisance, le service lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des rehaussements d'impôt sur les sociétés, par une proposition de rectification du 13 août 2018. Ces impositions supplémentaires, mises en recouvrement le 30 novembre 2018, ont été assorties des intérêts de retard et de l'amende prévue à l'article 1737-I du code général des impôts. Par une décision du 7 octobre 2019, l'administration fiscale a rejeté la réclamation d'assiette formée par la société le 16 janvier 2019. Par la présente requête, la SARL BM décoration demande au tribunal de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de l'année 2016, ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 211 965 euros.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.

3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 13 août 2018 comporte la nature des impôts concernés, les années d'imposition visées ainsi que les bases d'imposition faisant l'objet des rectifications proposées. Elle indique, par ailleurs, les dispositions du code général des impôts qui fondent en droit les impositions contestées et en particulier le I de l'article 256, le 1 du II de l'article 271 et l'article 39 du code général des impôts, et comporte un exposé précis des éléments de fait justifiant les redressements envisagés. Elle relève les manquements et les anomalies constatés dans la comptabilité et précise, de manière suffisamment détaillée, les éléments ayant conduit le service, après exercice de son droit de communication, à qualifier les factures litigieuses de fictives ou de complaisance, et motiver le rejet des charges de sous-traitance correspondantes. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes du cinquième alinéa du même article L. 57 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". L'exigence de motivation qui s'impose à l'administration dans ses relations avec le contribuable vérifié en application de ces dispositions s'apprécie au regard de l'argumentation de celui-ci.

5. Si la société requérante se prévaut de l'insuffisante motivation de la réponse du service à ses observations, il résulte de l'instruction que la société n'a pas formulé d'observations sur la proposition de rectification du 13 août 2018. Par suite, le moyen ne peut être qu'écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :

6. Il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification du 13 août 2018 que, si l'administration a rejeté la comptabilité de la SARL BM Décoration au titre des années vérifiées, compte tenu des anomalies constatées au cours du contrôle, elle a seulement remis en cause, en matière d'impôt sur les sociétés, la déduction de charges des résultats imposables et, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, le caractère déductible de celle-ci pour les factures litigieuses. Ainsi, en l'absence de reconstitution extracomptable du chiffre d'affaires de l'entreprise, les impositions en litige ne résultent pas du rejet de la comptabilité, lequel, en l'absence de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, n'a pas davantage eu d'incidence sur la charge de la preuve. Par suite, la requérante ne peut utilement contester le rejet de sa comptabilité par l'administration fiscale.

En ce qui concerne les factures fictives et de complaisance :

7. En vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui n'est pas le fournisseur réel de la marchandise ou de la prestation effectivement livrée ou exécutée. Dans le cas où l'auteur de la facture est régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés, assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée et se présente comme tel à ses clients, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y est mentionnée, d'établir qu'il s'agit d'une facture de complaisance et que le contribuable le savait ou ne pouvait l'ignorer. Si l'administration apporte des éléments suffisants en ce sens, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur cette opération, sans qu'il ne puisse être exigé de lui des vérifications qui ne lui incombent pas.

8. D'une part, pour établir le caractère complaisant de la facturation, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance, révélée par l'exercice du droit de communication auprès de l'établissement bancaire " Le Crédit Lyonnais ", que plusieurs factures de travaux réalisés en sous-traitance pour le compte de la société requérante et émises par les sociétés Bachou entreprise, BCM, Bech Bachi et Abeltec avaient été réglées à des personnes physiques, tierces à la société, permettant de justifier que les factures en cause ne correspondaient pas à des opérations effectuées par les sous-traitants émetteurs des factures. La société requérante, qui ne conteste pas la matérialité de ces constatations, n'établit pas, pour sa part, que ces sociétés auraient effectivement réalisé les prestations ayant fait l'objet des factures en litige. Il s'ensuit qu'en procédant aux paiements des factures par des chèques émis à l'ordre, non pas des sociétés émettrices, mais à des personnes physiques tierces, la requérante ne pouvait ignorer le caractère complaisant desdites factures. Par suite, l'administration était fondée à retenir la qualification de factures de complaisance et à remettre en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur ces factures.

9. D'autre part, le service a également constaté que plusieurs sous-traitants de la société requérante, les sociétés CVP BAT, BM Déco et SARA, ne disposaient pas des moyens matériels ou humains nécessaires à la réalisation des prestations facturées. Ces sociétés se trouvaient toutes en situation de défaillance déclarative, en l'absence de tout dépôt des déclarations fiscales et de taxe sur la valeur ajoutée sur l'ensemble de la période concernée. Le service a également relevé que les factures émises par la société SARA avaient été réglées à des personnes physiques distinctes de cette dernière. Dans ces conditions, l'administration a rapporté la preuve qui lui incombe de ce que les factures de la SARL BM Décoration sont fictives. La société requérante, qui ne conteste pas davantage la matérialité des constats effectués par l'administration, n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des prestations facturées. Par suite, l'administration était fondée à retenir la qualification de factures fictives et à remettre en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur ces factures.

En ce qui concerne les charges déductibles :

10. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature ". En matière de charges déductibles, il appartient au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.

11. Seul peut être déduit du bénéfice net, au titre des charges visées au 1 de l'article 39 du code général des impôts précité, le coût facturé de marchandises ou de prestations de services qui ont réellement été livrées ou rendues à l'entreprise.

12. En l'absence de justifications de la réalité des prestations en litige, dont les factures ont été qualifiées, selon le cas, de fictives ou de complaisance ainsi qu'il a été dit aux points 8 et 9 du présent jugement, la société requérante n'établit pas que c'est à tort que le service a refusé la déduction du montant desdites factures en vue de déterminer son bénéfice net imposable à l'impôt sur les sociétés.

Sur les pénalités :

13. Si la société requérante se prévaut de sa bonne foi et soutient qu'il appartenait à l'administration de démontrer sa mauvaise foi pour lui infliger une pénalité, laquelle ne serait au demeurant pas suffisamment motivée, de tels arguments tendent à contester le caractère frauduleux et a trait au bien-fondé de la majoration pour manœuvres frauduleuses. Or, aucune majoration pour manœuvres frauduleuses n'a été, en l'espèce, mise en recouvrement. La société ne soulève aucun moyen relatif aux amendes prévues à l'article 1737-I-du code général des impôts. Par suite, le moyen ainsi articulé ne peut être qu'écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la SARL BM Décoration doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL BM Décoration est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL BM Décoration et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

La rapporteure,

M. A

La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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