jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1909441 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | JULE-PARADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2019, Mme B A, représentée par Me Julé-Paradé, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité en réparation des conséquences dommageables de l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 13 décembre 2016 à l'hôpital d'instruction des armées Bégin ;
2°) d'ordonner avant dire droit une expertise médicale aux fins de déterminer les responsabilités susceptibles d'être encourues du fait des conditions dans lesquelles elle a subi cette intervention chirurgicale et l'étendue du préjudice qui en a résulté ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser, à titre provisionnel, une somme de 8 000 euros en réparation des conséquences dommageables de la faute médicale commise à l'occasion de cette intervention chirurgicale ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- une expertise médicale, ordonnée par le tribunal et menée contradictoirement avec l'Etat et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), apparaît nécessaire pour déterminer si une faute médicale a été commise, ce que conteste l'Etat en dépit des avis médicaux versés au dossier ;
- au vu du sens de ces avis médicaux, qui font état d'une faute médicale et d'un déficit fonctionnel permanent ne pouvant être inférieur à 15 %, elle est fondée à demander le versement d'une somme de 8 000 euros à titre provisionnel.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2019, l'ONIAM, représenté par Me Saumon :
1°) déclare ne pas s'opposer à la demande d'expertise présentée par Mme A ;
2°) demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante l'avance des frais d'expertise ;
3°) conclut au rejet du surplus des conclusions de la requête.
L'ONIAM fait valoir que l'expertise demandée est utile et qu'il importe d'inclure dans la mission confiée à l'expert le fait de donner au tribunal des éléments permettant de déterminer si la requérante est susceptible de prétendre à une indemnisation au titre de la solidarité nationale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2021, la ministre des armées conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant de la demande tendant à ce que soit ordonnée une expertise.
La ministre fait valoir qu'aucun manquement fautif ne peut être relevé à l'occasion de la prise en charge médicale de Mme A et que, par suite, la responsabilité de l'Etat n'est pas susceptible d'être engagée.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aube, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Timothée Gallaud, président,
- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a subi, le 13 décembre 2016 à l'hôpital d'instruction des armées Bégin, une intervention chirurgicale consistant en une hystérectomie totale avec salpingectomie bilatérale ; elle doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité en réparation des conséquences dommageables de cette intervention, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale aux fins de déterminer les responsabilités susceptibles d'être encourues du fait des conditions dans lesquelles s'est déroulée cette intervention ainsi que l'étendue du préjudice qui en a résulté et elle lui demande, dans l'attente du résultat des opérations d'expertise, de condamner l'Etat à lui verser, à titre provisionnel, une somme de 8 000 euros en réparation des conséquences dommageables des fautes dont elle estime qu'elles ont été commise à l'occasion de ladite intervention.
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical () ouvre droit à la réparation des préjudices du patient () au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". L'article D. 1142-1 du même code précise que : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical () ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de
50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence ".
3. L'Etat du dossier ne permet au tribunal ni de se prononcer sur l'existence d'une faute à l'occasion de la prise en charge médicale dont Mme A a été l'objet, ni de déterminer si sont remplies les conditions ouvrant droit à une indemnisation au titre de solidarité nationale fixées par les dispositions citées ci-dessus. Par suite, il y a lieu de procéder à une expertise médicale, la mission de l'expert étant fixée comme il est dit à l'article 1er du présent jugement.
4. Aucune disposition du code de justice administrative ne prévoit que, lorsqu'il ordonne avant dire droit une expertise, le tribunal puisse déterminer la ou les parties qui doivent supporter provisoirement les frais qui peuvent en découler. Il appartient seulement, le cas échéant, au président du tribunal ou au magistrat qu'il désigne à cette fin, s'il accorde une allocation provisionnelle à l'expert, de préciser la ou les parties devant verser cette allocation. Par suite, les conclusions de l'ONIAM tendant à ce que le tribunal décide que les frais de l'expertise soient avancés par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
5. L'état du dossier ne permet pas de déterminer si, en toute hypothèse, le préjudice dont Mme A demande réparation peut être indemnisé du fait d'une faute commise dans la prise en charge médicale dont elle a été l'objet à l'hôpital d'instruction des armées Bégin, auquel cas elle serait fondée à rechercher la responsabilité de l'Etat, ou du fait d'un accident médical non fautif ayant entraîné des conséquences remplissant les conditions mentionnées par les dispositions citées au point 2 en sorte que seule la condamnation de l'ONIAM pourrait être sollicitée. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser, à titre provisionnel, une somme venant en réparation du préjudice dont elle se prévaut.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme A, procédé par un expert, désigné par le président du tribunal, à une expertise avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par l'hôpital des armées Bégin ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen clinique de Mme A ;
2°) décrire l'état de santé de Mme A et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital d'instruction des armées Bégin, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement depuis cette date ; décrire l'état pathologique de la patiente ayant conduit aux soins et aux traitements pratiqués ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital d'instruction des armées Bégin et l'utilité des gestes pratiqués ; de manière générale, déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme A et des complications qu'elle a subies ;
4°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté de Mme A présente un lien direct, certain et exclusif avec un manquement imputable à l'établissement ou bien si un tel manquement n'a entraîné qu'une perte de chance de se soustraire à ce dommage ou d'en éviter une aggravation et fixer dans cette dernière hypothèse l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par la patiente en le justifiant au regard des données de la science médicale ; en excluant dans l'un ou dans l'autre cas, la part des séquelles qui serait, le cas échéant, à mettre en relation avec toute cause étrangère à la prise en charge de Mme A ;
5°) si tout ou partie du dommage n'est pas imputable à manquement aux règles de l'art, dire si l'accident médical a entraîné des conséquences anormales à l'aune de la probabilité (à définir précisément en pourcentage) habituelle de réalisation de l'un des risques lié à l'intervention, de l'exposition particulière de la patiente en raison de son état de santé initial comme de son évolution prévisible, du caractère incontournable ou non de l'intervention, enfin évaluer précisément le niveau de gravité des séquelles présentées ;
6°) dire si l'état de santé de Mme A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où de nouveaux examens seraient nécessaire, mentionner dans quel délai ;
7°) décrire précisément la nature et l'étendue du préjudice actuel subi par Mme A selon la nomenclature usuelle en distinguant les postes de préjudice temporaire, patrimonial et extrapatrimonial, avant consolidation et les postes de préjudice permanent, patrimonial et extrapatrimonial, après consolidation ou pouvant être considérés comme définitivement acquis ;
8°) fournir, de manière générale, tous éléments susceptibles de permettre au tribunal de statuer sur le recours de Mme A.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 3 : Les conclusions de Mme A tendant à ce que l'Etat soit condamné, à titre provisionnel, à lui verser la somme de 8 000 euros sont rejetées.
Article 4 : Les conclusions de l'ONIAM tendant à ce que le tribunal mette à la charge de la requérante l'avance des frais d'expertise sont rejetées.
Article 5 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aube, au ministre des armées et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM).
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère.
M. Jean-René Guillou, premier conseiller honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
T. GallaudL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. Norval-Grivet
La greffière,
O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026