jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1909699 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET NATAF & PLANCHAT |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés sous le n° 1909699 les 28 octobre 2019, 24 juin 2020 et 27 février 2023, la société en nom collectif (SNC) Pharmacie B, représentée par Me Planchat, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des impositions supplémentaires et pénalités mises à sa charge au titre de la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux exercices clos au cours des années 2013 à 2016, de la cotisation sur la valeur des entreprises des années 2013 à 2015 et de la taxe d'apprentissage et de la formation continue des années 2013 et 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- elle n'a pas bénéficié effectivement de la garantie de l'interlocution départementale ;
- l'intervention de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires est irrégulière ;
- l'annulation de l'ordonnance autorisant les visites domiciliaires entraîne l'irrégularité de la procédure de vérification de comptabilité ;
- l'administration n'établit pas qu'elle a restitué les fichiers informatiques ;
- elle ne l'a pas suffisamment informée de la nature des investigations souhaitées et des options offertes pour réaliser les traitements informatiques prévues par l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales ;
- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
- elle n'établit pas l'utilisation des fonctions permissives du logiciel ;
- elle a recouru à une méthode excessivement sommaire pour reconstituer les recettes ;
- le principe de personnalité des peines s'oppose à l'application de la majoration de 80 % de l'article 1729 du code général des impôts ;
- par un jugement du 27 février 2023, la 9ème chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Créteil a considéré que la procédure pénale était partiellement irrégulière en raison de l'annulation de l'ordonnance autorisant les visites domiciliaires.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 mars et 1er décembre 2020, le directeur de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
II) Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 2004527 les 24 juin 2020 et 27 février 2023, M. A B, représenté par Me Planchat, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre des années 2013, 2014 et 2015 émises à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- il n'a pas bénéficié effectivement de la garantie de l'interlocution départementale ;
- l'intervention de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires est irrégulière ;
- l'annulation de l'ordonnance autorisant les visites domiciliaires entraîne l'irrégularité de la procédure de vérification de comptabilité ;
- l'administration n'établit pas qu'elle a restitué les fichiers informatiques ;
- elle ne l'a pas suffisamment informé de la nature des investigations souhaitées et des options offertes pour réaliser les traitements informatiques prévues par l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales ;
- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
- elle n'établit pas l'utilisation des fonctions permissives du logiciel ;
- elle a recouru à une méthode excessivement sommaire pour reconstituer les recettes ;
- le principe de personnalité des peines s'oppose à l'application de la majoration de 80 % de l'article 1729 du code général des impôts ;
- par un jugement du 27 février 2023, la 9ème chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Créteil a considéré que la procédure pénale était partiellement irrégulière en raison de l'annulation de l'ordonnance autorisant les visites domiciliaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2020, le directeur de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 mars 2023 :
- le rapport de M. C ;
- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public ;
- et les observations de Me Planchat, représentant la SNC Pharmacie B et M. B, également présent.
Considérant ce qui suit :
1. La société en nom collectif (SNC) Pharmacie B qui exploite une pharmacie à Maisons-Alfort, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juillet 2012 au 30 juin 2015, étendue jusqu'au 31 mars 2016 pour la taxe sur le chiffre d'affaires, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification le 14 décembre 2016. Des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, de taxe d'apprentissage, de participation à la formation professionnelle continue et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises au titre de la période vérifiée ont été mis en recouvrement le 31 janvier 2019. La réclamation d'assiette présentée par la société le 2 mai 2019 a été rejetée par décision du directeur de contrôle fiscal Ile-de-France le 30 août suivant. Tirant les conséquences de cette vérification de comptabilité, l'administration a également notifié à M. et Mme B une proposition de rectification le 14 décembre 2016. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux au titre des années 2013, 2014 et 2015 ont été mis en recouvrement à leur encontre le 30 avril 2019. La réclamation d'assiette présentée le 7 août 2019 a été rejetée par décision du 11 mars 2020. Par les requêtes précitées, la SNC Pharmacie B et M. B demandent la décharge des impositions émises à leur encontre.
2. Les requêtes n°s 1909699 et 2004527 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.
Sur la procédure d'imposition :
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société requérante et M. et Mme B ont fait, le 24 septembre 2015, l'objet de visites domiciliaires en vertu des dispositions de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales en vertu d'une ordonnance délivrée par le juge des libertés et de la détention du tribunal de grande instance de Créteil le 15 septembre 2015. Par une ordonnance du 28 novembre 2018, le premier président de la Cour d'appel de Paris a annulé ces visites domiciliaires, décision confirmée par un arrêt de la Cour de cassation du 28 novembre 2018.
4. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment des mentions non contestées de la proposition de rectification du 14 décembre 2016 relative à la SNC Pharmacie B, que la vérification de comptabilité a donné lieu à une première intervention dans les locaux de la société le 8 juin 2016, que la vérificatrice a demandé à cette occasion la communication d'une copie des fichiers des écritures comptables et que la société lui a remis copie de ces fichiers le jour même pour les exercices clos en 2013, 2014 et 2015, puis le 22 juin 2016 pour la période du 1er juillet 2015 au 31 mars 2016. Il résulte également de l'instruction que l'administration a analysé et exploité lesdits fichiers pour établir l'utilisation d'un module intitulé " cession d'officine " du logiciel LGPI, édité par la société Pharmagest, permettant la suppression de factures et la purge de données.
5. Les requérants soutiennent que la procédure de visite et de saisie prévue à l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales fait partie intégrante de la procédure d'imposition et que son annulation entraîne de facto l'irrégularité de la vérification de comptabilité. Toutefois, il n'est pas établi que la procédure de vérification de comptabilité aurait donné lieu à l'exploitation de pièces saisies au cours des visites domiciliaires, d'autant que les requérants n'apportent aucune précision quant à la nature de ces pièces. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'annulation des visites domiciliaires entache d'irrégularité la procédure d'imposition en litige.
6. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que l'interlocution départementale a été privée d'effectivité, dès lors que, d'une part, elle s'est tenue avant que la Cour de cassation ne statue sur le pourvoi formé par l'administration à l'encontre de l'ordonnance précitée du 28 novembre 2018 par laquelle le premier président de la Cour d'appel de Paris avait annulé les visites domiciliaires en cause et, d'autre part, l'administration a refusé une nouvelle saisine à la suite de l'arrêt de la Cour de cassation. Toutefois, et dès lors que les procédures de visites domiciliaires et de vérification de comptabilité sont indépendantes et que l'annulation de ces visites est sans influence sur la procédure d'imposition, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le moyen précité ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, les requérants invoquent l'irrégularité de l'intervention de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires en se prévalant d'une réserve d'interprétation formulée par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2013-679 DC du 4 décembre 2013 selon laquelle l'administration ne saurait, sans porter atteinte aux exigences de l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, permettre aux services fiscaux de se prévaloir de pièces ou documents obtenus par une autorité administrative ou judiciaire dans des conditions déclarées ultérieurement illégales par le juge. Toutefois, comme indiqué au point 5, l'annulation des visites domiciliaires précitées est sans influence sur la procédure d'imposition. Dans ces conditions, la circonstance que par son avis du 12 février 2018, la commission précitée a émis un avis favorable au maintien des rectifications n'a pas pour effet d'entacher d'irrégularité la procédure d'imposition.
8. En quatrième lieu, aux termes du II de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales, alors en vigueur : " En présence d'une comptabilité tenue au moyen de systèmes informatisés et lorsqu'ils envisagent des traitements informatiques, les agents de l'administration fiscale indiquent par écrit au contribuable la nature des investigations souhaitées. Le contribuable formalise par écrit son choix parmi l'une des options suivantes : a) Les agents de l'administration peuvent effectuer la vérification sur le matériel utilisé par le contribuable ; b) Celui-ci peut effectuer lui-même tout ou partie des traitements informatiques nécessaires à la vérification. Dans ce cas, l'administration précise par écrit au contribuable, ou à un mandataire désigné à cet effet, les travaux à réaliser ainsi que le délai accordé pour les effectuer. Les résultats des traitements sont alors remis sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget ; c) Le contribuable peut également demander que le contrôle ne soit pas effectué sur le matériel de l'entreprise. Il met alors à la disposition de l'administration les copies des documents, données et traitements soumis à contrôle. Ces copies sont produites sur tous supports informatiques, répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget. L'administration restitue au contribuable avant la mise en recouvrement les copies des fichiers et n'en conserve pas de double. L'administration communique au contribuable, sous forme dématérialisée ou non au choix du contribuable, le résultat des traitements informatiques qui donnent lieu à des rehaussements au plus tard lors de l'envoi de la proposition de rectification mentionnée à l'article L. 57. Le contribuable est informé des noms et adresses administratives des agents par qui ou sous le contrôle desquels les opérations sont réalisées ".
9. Il résulte de ces dispositions que le vérificateur qui envisage un traitement informatique sur une comptabilité tenue au moyen de systèmes informatisés doit indiquer au contribuable, au plus tard au moment où il décide de procéder au traitement, par écrit et de manière suffisamment précise, la nature des traitements informatiques qu'il souhaite effectuer, eu égard aux investigations envisagées, afin de permettre au contribuable de choisir en toute connaissance de cause entre les trois options offertes par ces dispositions.
10. Il résulte de l'instruction que le courrier du 8 juin 2016 transmis à la société requérante mentionne que les traitements informatiques visent à " s'assurer de la cohérence et de l'exhaustivité des ventes et règlements enregistrés dans votre logiciel de gestion et repris dans votre comptabilité également informatisée ", à" contrôler les taux de TVA appliqués aux articles vendus ", à " suivre les flux matières par rapprochement entre les stocks, les entrées et les sorties de produits " et à " contrôler les procédures de correction et d'annulation utilisées sur le système de caisses, notamment à partir des éléments de traçabilité intégrés ", " ainsi que tout traitement destiné à valider la cohérence et l'exhaustivité des données requises pour cette analyse ". Eu égard à la précision des opérations que l'administration envisageait d'effectuer sur les données informatiques au regard des exigences posées par les dispositions précitées de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales, la société a été suffisamment informée de la nature des traitements informatiques envisagés lui permettant d'effectuer un choix éclairé entre les trois options qui lui étaient ouvertes. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, que l'administration aurait procédé à l'extraction des fichiers lors des visites domiciliaires, ce qui aurait influencé le choix de la société à la suite de la réception de cette lettre d'option, ne suffit pas à établir l'insuffisance d'information quant à la nature des traitements informatiques envisagés. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.
11. En cinquième lieu, les dispositions précitées de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales interdisent à l'administration fiscale de conserver les copies des fichiers d'écritures comptables après la mise en recouvrement des impositions. Ces dispositions, ainsi que cela ressort des travaux préparatoires dont elles sont issues, sont destinées à garantir au contribuable que des impositions ultérieures ne seront pas établies sur la base des données contenues dans ces fichiers. L'omission de restitution des copies des fichiers en cause, en méconnaissance des dispositions précitées, est susceptible d'entacher la régularité des impositions qui viendraient à être ultérieurement établies sur la base des données qu'ils contiennent. Elle est, en revanche, sans influence sur les impositions mises en recouvrement après la consultation et l'exploitation des fichiers.
12. Les requérants soutiennent que l'administration n'établit pas la restitution des fichiers d'écritures comptables faute de justification de la notification du courrier du 23 juillet 2018 et invoquent l'article 14 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 1er du premier protocole à cette convention et l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales. Toutefois, la circonstance que le service n'aurait pas restitué à la société requérante les copies de fichiers informatiques remis en cours de procédure, ne l'a privée d'aucune garantie, et est dès lors sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition. Dans ces conditions, le moyen précité ne peut qu'être écarté.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
14. Les requérants soutiennent que l'administration a méconnu ces dispositions en ne répondant pas à un courrier du 4 octobre 2018 demandant de préciser l'origine de la copie d'écran relative au mot de passe permettant l'utilisation du module " cession d'officine " reproduite dans le cadre de la proposition de rectification du 14 décembre 2016 adressée à la société, en faisant état de ce que cette copie d'écran ne peut provenir que d'un tiers, dès lors que la société n'a jamais utilisé la version 104 J du logiciel LGPI. Toutefois, il résulte des mentions de cette proposition de rectification que la copie d'écran en cause provient de " la documentation remise par la SNC Pharmacie B lors des opérations de contrôle [qui] détaille l'utilisation du module " cession d'officine " ". Dès lors, l'administration a bien informé la société de l'origine de ce document qui provenait de la propre documentation de celle-ci et non d'un tiers, ce que ne permet pas de contredire le courrier du 4 octobre 2018, intervenu près de deux ans après la notification de la proposition de rectification. Le moyen précité doit donc être écarté.
15. En septième lieu, si dans le cadre de leurs dernières écritures, les requérants se prévalent d'un jugement du 27 février 2023, par lequel la 9ème chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Créteil aurait considéré que la procédure pénale était partiellement irrégulière en raison de l'annulation de l'ordonnance autorisant les visites domiciliaires, une telle circonstance à la supposer établie, alors que les requérants n'ont pas produit la décision de justice en cause, n'a d'effet qu'à l'égard de la plainte pour fraude fiscale déposée par l'administration et est sans influence sur la procédure d'imposition en litige.
Sur la charge de la preuve :
16. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la procédure d'imposition en litige : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge () ".
17. A la suite de la vérification de comptabilité de la SNC Pharmacie B, la vérificatrice en a reconstitué le chiffre d'affaires après avoir estimé que les irrégularités de la comptabilité la privaient de toute valeur probante. De plus, le 12 février 2018, la commission départementale des impôts directs et taxes sur le chiffre d'affaires a émis un avis favorable au maintien des rectifications. Dès lors, il appartient aux requérants de prouver l'exagération des bases d'imposition retenues par l'administration.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l'absence de caractère probant de la comptabilité,
18. Il résulte de l'instruction que dans le cadre de la proposition de rectification du 14 décembre 2016 adressée à la société requérante, l'administration a, après avoir mentionné les caractéristiques générales du logiciel LGPI utilisé par la société et l'existence du module intitulé " cession d'officine " permettant grâce à un mot de passe de purger des données, constaté la présence d'opérations purgées par ce module. En effectuant des traitements informatiques sur le fichier des écritures comptables, le service a constaté des ruptures de numérotation faisant apparaître sur l'ensemble de la période vérifiée 117 617 factures manquantes sur un total de 465 052, 328 116 lignes manquantes sur un total de 1 308 235, 7 192 actes manquants sur un total de 176 696 et qu'aucune rupture de numérotation n'avait été enregistrée à compter du 23 septembre 2015. L'administration en a conclu, d'une part, que sur la période où l'utilisation du module " cession d'officine " est tracée, il existe une corrélation entre l'utilisation de ce module et les écarts constatés entre les quantités vendues et les quantités facturées et sur la période antérieure, des écarts significatifs entre les quantités vendues et les quantités tracées qui traduisent l'utilisation de ce même module pour supprimer une partie des recettes et, d'autre part, qu'eu égard à ces nombreuses ruptures de numérotation constatées au cours de chacun des exercices, la comptabilité de la société ne présentait pas de caractère probant.
19. Si les requérants soutiennent qu'il n'est pas établi par l'administration l'utilisation permissive du module " cession d'officine " qui nécessite l'utilisation d'un mot de passe, il résulte des constatations mentionnées au point précédent que la multiplicité de ruptures de numérotation constatées ne peut résulter que de l'utilisation d'un tel module, dès lors notamment qu'aucune rupture n'a plus été constatée après le 22 septembre 2015. Ce dernier élément remet également en cause les allégations des requérants quant à l'existence de dysfonctionnements relatifs à l'utilisation du logiciel LGPI. Par ailleurs, si les requérants font valoir que l'administration n'explique pas la raison pour laquelle pour la période postérieure au 20 avril 2015 les écarts des produits vendus non exclusivement sur ordonnance sont de 0,43 % alors que pour la période antérieure, ces écarts représentent entre 4,19 % et 5,96 %, il s'agit de simples constatations du service qui sont sans influence sur la remise en cause de l'absence de caractère probant de la comptabilité. Il en est de même de l'existence d'une valeur négative entre la quantité de produits vendus exclusivement par ordonnance et la quantité facturée.
En ce qui concerne la méthode de reconstitution des recettes,
20. Pour reconstituer les recettes éludées, le service s'est appuyé sur la valorisation des discordances constatées lors de la comparaison des données de ventes issues de la table " T_LIGNEVENTE " et les données du fichier statistique mensuel " T_HISTORIQUEVENTE " des produits vendus non exclusivement sur ordonnance, puis en déterminant le montant de la taxe sur la valeur ajoutée sur les recettes à partir du taux applicable à chaque produit. Les modalités des traitements effectués ont été mentionnés en annexe III à la proposition de rectification de la société du 14 décembre 2016.
21. Les requérants soutiennent que la méthode de reconstitution utilisée par l'administration est excessivement sommaire. Ils font valoir que les ruptures de numérotation constatées peuvent s'expliquer par l'existence de ventes abandonnées résultant de microcoupures EDF ou d'interruptions anormales d'écran et par l'existence de ventes mises en attente de sorte que l'administration ne peut extrapoler la méthode de reconstitution à l'ensemble des années vérifiées. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait procédé à la moindre extrapolation, dès lors qu'elle a bien valorisé les discordances précitées sur l'ensemble de la période vérifiée en utilisant les données issues du fichier des écritures comptables de la société. Dans ces conditions, les requérants qui, au demeurant, ne proposent aucune autre méthode de reconstitution de recettes qui présenterait des résultats plus pertinents, ne sont pas fondés à soutenir la méthode de reconstitution utilisée par l'administration serait excessivement sommaire.
Sur la majoration pour manœuvres frauduleuses :
22. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ".
23. Dans le cadre des propositions de rectification du 14 décembre 2016, la vérificatrice a constaté, d'une part, que des dissimulations de recettes visant spécifiquement les produits non exclusivement vendus sur ordonnance étaient intervenues par l'utilisation d'une fonctionnalité permissive du logiciel de caisse LGPI et avaient porté sur un nombre important d'articles et pour des montants très significatifs et, d'autre part, que le caractère répétitif, significatif et délibéré de ces suppressions est constitutif de manœuvres frauduleuses commises de manière consciente et volontaire par M. B en qualité de gérant et associé unique de la société.
24. Les requérants contestent l'application de cette majoration en faisant état d'un courriel de M. B à son expert-comptable en date du 20 juin 2015 et en se prévalant de la personnalisation des peines, dès lors que les anomalies de fonctionnement du logiciel LGPI peuvent résulter d'agissements d'autres personnes. Toutefois, la simple reproduction dudit courriel qui n'établit pas son existence, ne lui donne pas date certaine et ne suffit pas à établir la réalité des dysfonctionnements du logiciel qui y sont mentionnés, est insuffisante pour remettre en cause les éléments matériels et intentionnels de l'infraction tels que définis au point précédent. Le moyen tiré de la méconnaissance de la personnalisation des peines doit ainsi être écarté.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions supplémentaires mises en recouvrement à l'encontre de la SNC Pharmacie B et de M. et Mme B doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également leurs conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la SNC Pharmacie B et de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Pharmacie B, à M. A B et au directeur de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Van Daële, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le rapporteur,
P. C La présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
C. MAHIEU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 1909699
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026