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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1910711

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1910711

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1910711
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantROUCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 29 novembre 2019, 6 septembre 2021 et 17 mars 2013, Mme D B, représentée par Me Rouché, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 17 juillet 2019 par laquelle le ministre de l'agriculture a rejeté sa demande de réintégration à compter du 5 juillet 2019, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 9 954,1 euros en réparation des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- le refus est constitutif d'une double faute qui lui a causé un préjudice, les informations données par son administration étant erronées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2021, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- Mme A C disposait d'une délégation du 10 avril 2019 publiée au JORF du 13 avril 2019 lui permettant de signer cette décision ;

- la décision est suffisamment motivée ;

- il ne pouvait satisfaire sa demande de fin de congé parental anticipé dès lors qu'elle avait été remplacée jusqu'au 31 août 2019 ;

- sa demande indemnitaire ne saurait prospérer en l'absence de faute et en tout état de cause, elle doit être réduite compte tenu des cotisations qu'elle aurait dû acquitter.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985, relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dewailly, président rapporteur,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B professeure de lycée agricole, exerce ses fonctions au sein de l'établissement public d'enseignement et de formation professionnelle agricole de la Bretonnière à Chailly-en-Brie. Lors de son congé de maternité, qui s'achevait le 5 mai 2019, elle a sollicité, le 7 mars 2019, un congé parental d'une durée de six mois prenant effet à la fin de son congé de maternité le 6 mai 2019. Un congé parental lui a en conséquence été accordé, à compter du 6 mai 2019, pour une durée de 6 mois, par un arrêté du 13 mai 2019. Par un courrier reçu le 7 mai 2019 par son administration, Mme B a demandé à être réintégrée, de manière anticipée, à compter du 5 juillet 2019. Toutefois, par une décision du 17 juillet 2019, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation a refusé de la réintégrer à cette date tout en lui proposant de la réintégrer par anticipation à compter du 1er septembre 2019. Par un courrier reçu le 1er août 2019, Mme B a formé un recours gracieux tendant à ce qu'il soit fait droit à sa demande de réintégration au 5 juillet 2019 ainsi qu'une demande préalable indemnitaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens :

2. Le ministre soutient, dans les écritures produites à l'instance, que le motif pour lequel il a refusé de mettre fin de manière anticipée tient au fait que l'emploi qu'occupait la requérante était occupé jusqu'au 31 août 2019, ce que la requérante conteste. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir lorsqu'il forme sa conviction sur les points en litige de se prononcer au vu des éléments versés au dossier par les parties et, le cas échéant, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur. A cet égard, il ressort de l'attestation du 17 mars 2023, signée par le directeur de l'établissement dans lequel exerçait la requérante avant son congé parental, et établie à la demande de cette dernière " [] que Mme B D n'a pas été remplacée de janvier à août 2019. L'agent recruté en Economie Sociale et Familiale, le 07/01/19 est Mme F, sur le poste numéro A3EN029550, laissé libre par Mme E, mutée au lycée Pierre Mendès France à Péronne. ". Cette attestation ne permet pas de corroborer les allégations du ministre qui a, en indiquant un motif erroné pour fonder sa décision implicite, commis une erreur de fait. Il y a lieu d'annuler cette décision pour ce motif.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Du fait de l'illégalité commise, qui constitue une faute ainsi qu'il a été dit au point 2 et du préjudice en résultant pour la requérante, qui en ne bénéficiant pas d'une fin anticipée de son congé parental à compter du 5 juillet 2019, n'a pas perçu son traitement du 5 juillet au 31 août 2019, alors qu'elle fait état de difficultés financières ayant justifié sa demande, sans que cela soit contesté, pouvant constituer un motif pour justifier la fin anticipée du congé parental, engage la responsabilité de l'administration. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice matériel en lui allouant une somme de 3 412,69 euros, correspondant à la différence entre la rémunération nette que Mme B a perçue pendant cette période, soit 2 217,72 euros, et les revenus de remplacement dont elle a bénéficié, soit 356,25 euros par mois. En revanche, il n'y a pas lieu de lui accorder la somme qu'elle demande au titre du préjudice moral dès lors qu'elle ne démontre pas avoir subi un préjudice distinct de celui réparé par l'indemnisation de son préjudice matériel.

Sur les frais du litige :

4. L'Etat (ministre de l'agriculture et de l'alimentation) versera à Mme B, une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat (ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire) est condamné à verser à Mme D B une somme de 3 412,69 euros (trois mille quatre cent douze euros et soixante-neuf centimes) au titre de la réparation des préjudices subis ;

Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat (ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire) une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre des frais irrépétibles.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, premier conseiller,

M. Lacote, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le président rapporteur,

S. DEWAILLY

L'assesseure la plus ancienne

S. BOURDIN

La greffière,

H. BOURDAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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