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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1910933

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1910933

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1910933
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantLE FOYER DE COSTIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2019, M. B C, représenté par Me Tourniquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2019 par laquelle le maire de Saint-Mandé a rejeté sa réclamation préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

2°) de condamner la commune de Saint-Mandé à lui verser la somme de 56 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Mandé une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commune a commis une faute engageant sa responsabilité, en intégrant ab initio le supplément familial de traitement dans sa rémunération, ainsi réduite à due proportion, constitutive d'un détournement de procédure ;

- il est donc fondé à obtenir la réparation de son préjudice financier, à hauteur de 55 272 euros, ainsi que de son préjudice moral, à hauteur de 728 euros, soit un montant total de 56 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2022, la commune de Saint-Mandé, représentée par son maire en exercice et par Me Le Foyer De Costil, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, en l'absence de faute, sa responsabilité ne peut être engagée ;

- à titre subsidiaire, les créances dont se prévaut M. C au titre de la période courant de 1999 à 2008 sont prescrites.

Un mémoire, enregistré le 13 septembre 2022, présenté par Me Tourniquet, n'a pas été communiqué.

Par ordonnance du 22 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée le même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tourniquet, représentant M. C.

Une note en délibéré présentée pour M. C a été enregistrée le 2 décembre 2022 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, agent technique non titulaire de 2ème classe, a été recruté par la commune de Saint-Mandé à compter du 1er juin 1999 à la suite de la reprise en régie des activités réalisées par l'Office municipal des sports, qui employait M. C depuis le 1er octobre 1994 jusqu'en 2015, année de son départ en retraite. Par un jugement n° 1305922 du 10 juin 2015, confirmé par un arrêt n° 15PA03088 de la cour administrative d'appel de Paris du 24 mai 2016, le tribunal administratif de Melun a, notamment, condamné la commune de Saint-Mandé à verser à M. C le supplément familial de traitement depuis le 1er juillet 1999 ainsi qu'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par un arrêt n° 18PA03042 du 27 novembre 2018, la cour administrative d'appel de Paris a, en revanche, rejeté la demande tendant à l'exécution de cette décision, présentée par M. C, au vu des justificatifs attestant de l'exécution de celle-ci par la collectivité. Par un courrier du 5 juillet 2019, reçu le 7 juillet suivant par la commune, M. C a sollicité auprès de la commune la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, à hauteur de 56 000 euros. Par un courrier du 18 octobre 2019, reçu par M. C le lendemain, le maire de Saint-Mandé a refusé sa demande. L'intéressé demande l'annulation du rejet de sa réclamation et, par ailleurs, recherche la responsabilité de la commune pour faute.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si M. C sollicite l'annulation de la décision du 18 octobre 2019 par laquelle le maire de Saint-Mandé a rejeté sa réclamation préalable tendant à l'indemnisation de ses préjudices, cette décision a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande indemnitaire de M. C qui, en formulant les conclusions susanalysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère de recours de plein contentieux. Par conséquent, ses conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Saint-Mandé :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur et désormais codifié aux articles L. 712-1, L. 712-2 et L. 713-1 du code général de la fonction publique : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services. S'y ajoutent les prestations familiales obligatoires. / Le montant du traitement est fixé en fonction du grade de l'agent et de l'échelon auquel il est parvenu, ou de l'emploi auquel il a été nommé. / La rémunération des agents contractuels est fixée par l'autorité compétente en tenant compte des fonctions exercées, de la qualification requise pour leur exercice et de l'expérience de ces agents. Elle peut tenir compte de leurs résultats professionnels et des résultats collectifs du service () ". Aux termes de l'article 10 du décret du 24 octobre 1985 modifié relatif à la rémunération des personnels civils et militaires de l'Etat, des personnels des collectivités territoriales et des personnels des établissements publics d'hospitalisation : " Le droit au supplément familial de traitement, au titre des enfants dont ils assument la charge effective et permanente à raison d'un seul droit par enfant, est ouvert aux magistrats, aux fonctionnaires civils, aux militaires à solde mensuelle ainsi qu'aux agents de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière dont la rémunération est fixée par référence aux traitements des fonctionnaires ou évolue en fonction des variations de ces traitements, à l'exclusion des agents rétribués sur un taux horaire ou à la vacation. () ". Aux termes de l'article 1-2 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige, et désormais codifié à l'article L. 9 du code général de la fonction publique : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité territoriale en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience. / La rémunération des agents employés à durée indéterminée fait l'objet d'une réévaluation au moins tous les trois ans, notamment au vu des résultats des entretiens professionnels () ou de l'évolution des fonctions () ". Si, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents non titulaires, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

4. Il résulte de l'instruction que M. C percevait, en vertu du contrat à durée indéterminée qui le liait à l'Office municipal des sports, une rémunération mensuelle de 9 083, 24 francs, incluant son salaire de base à hauteur de 7 878 francs ainsi que des primes. Il est constant que lors de la reprise en régie de l'activité par la commune de Saint-Mandé, M. C a signé en 1999 un nouveau contrat avec la commune prévoyant une rémunération mensuelle de 9 091,22 francs, composée du traitement de base à hauteur de 6 990,16 francs, de l'indemnité de résidence à hauteur de 242,03 francs et du supplément familial de traitement à hauteur de 1 859,63 francs. M. C fait valoir la faute commise par la commune en ayant intégré le montant du supplément familial de traitement dans l'assiette de la rémunération globale due et en réduisant le montant de la rémunération de base à due proportion, afin de maintenir un montant identique de rémunération lors de son transfert en 1999. Il résulte toutefois des dispositions précitées que, dès lors que M. C était un agent non titulaire, la commune de Saint-Mandé disposait d'une large marge d'appréciation pour déterminer le montant de sa rémunération, laquelle inclut, notamment le montant de sa rémunération de base ainsi que le supplément familial de traitement, qui en constitue l'accessoire. Ainsi, par les seuls éléments qu'il invoque, M. C n'établit pas que la commune de Saint-Mandé, qui a, au demeurant, maintenu une rémunération mensuelle équivalente au bénéfice de M. C, même sans les primes précédemment perçues, était dans l'obligation de maintenir exactement le même montant de sa rémunération de base lors de la conclusion de son contrat en 1999, dont il est constant qu'il n'en a pas contesté les stipulations. Par conséquent, en modulant à la baisse le montant de sa rémunération de base, afin notamment de maintenir un niveau de rémunération mensuel équivalent, en incluant le supplément familial de traitement, le maire de Saint-Mandé n'a pas porté une appréciation manifestement erronée sur sa situation et, par suite, n'a commis aucune faute susceptible d'engager la responsabilité de la commune.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception de prescription quadriennale opposée par la commune de Saint-Mandé, M. C, n'est pas fondé à demander la condamnation de la collectivité.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Mandé, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par la commune de Saint-Mandé au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Mandé sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Saint-Mandé.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. DLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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