jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1910968 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | BISALU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 décembre 2019, Mme C B A, représentée par Me Bisalu, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de la privation illégale de liberté dont elle a fait l'objet à compter du 16 juillet 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a fait l'objet, à compter du 16 juillet 2019, d'une détention arbitraire, puis d'une retenue administrative et d'un placement en rétention administrative illégaux, la privation illégale de sa liberté d'aller et venir ainsi subie constituant une faute engageant la responsabilité de l'Etat ;
- cet usage fautif de la contrainte à son encontre lui a causé un préjudice de santé, un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence, qui doivent être réparés par le versement de la somme de 50 000 euros.
La requête a été communiquée, le 5 avril 2023, à la préfecture du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La requête a été communiquée le 10 décembre 2019 au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire.
Par une lettre du 3 avril 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 2 mai 2023 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 4 mai 2023.
Par courrier du 25 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître les conclusions de la requête de Mme B A dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur les conséquences dommageables, tout d'abord, eu égard au bloc de constitutionnalité et en particulier à l'article 66 de la Constitution, résultant d'une détention arbitraire dans les geôles du tribunal de grande instance de Créteil, ensuite, de la retenue administrative à fin de vérification du droit au séjour, enfin, du placement de l'intéressée en rétention administrative, l'appréciation de la régularité de la retenue et de la rétention administrative relevant du juge des libertés et de la détention.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Mentfakh, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B A, ressortissante congolaise, née le 15 avril 2000 à Kinshasa (République démocratique du Congo) engage la responsabilité de l'Etat à raison de l'atteinte portée à sa liberté individuelle du 16 au 20 juillet 2019 et demande sa condamnation à lui réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Aux termes de l'article 66 de la Constitution : " Nul ne peut être arbitrairement détenu. / L'autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi. " L'article 136 du code de procédure pénale dispose que : " L'inobservation des formalités prescrites pour les mandats de comparution, d'amener, de dépôt, d'arrêt et de recherche () / () toute violation des mesures protectrices de la liberté individuelle prescrites par les articles 56, 57, 59, 96, 97, 138 et 139. / Dans les cas visés aux deux alinéas précédents et dans tous les cas d'atteinte à la liberté individuelle, le conflit ne peut jamais être élevé par l'autorité administrative et les tribunaux de l'ordre judiciaire sont toujours exclusivement compétents. "
3. En outre, d'une part, aux termes de l'article 78-2 du code de procédure pénale : " () Sur réquisitions écrites du procureur de la République aux fins de recherche et de poursuite d'infractions qu'il précise, l'identité de toute personne peut être également contrôlée, selon les mêmes modalités, dans les lieux et pour une période de temps déterminés par ce magistrat. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, désormais codifiées à l'article L. 812-2 de ce code : " I. - En dehors de tout contrôle d'identité, les personnes de nationalité étrangère doivent être en mesure de présenter les pièces ou documents sous le couvert desquels elles sont autorisées à circuler ou à séjourner en France à toute réquisition des officiers de police judiciaire et, sur l'ordre et sous la responsabilité de ceux-ci, des agents de police judiciaire et agents de police judiciaire adjoints mentionnés aux articles 20 et 21 (1°) du code de procédure pénale. / A l'issue d'un contrôle d'identité effectué en application des articles 78-1, 78-2, 78-2-1 et 78-2-2 du code de procédure pénale, les personnes de nationalité étrangère peuvent être également tenues de présenter les pièces et documents visés à l'alinéa précédent () ". Aux termes des dispositions du I de l'article L. 611-1-1 de ce code, désormais codifiées aux articles L. 813-1 et suivants de ce code : " Si, à l'occasion d'un contrôle effectué en application de l'article L. 611-1 du présent code, des articles 78-1, 78-2, 78-2-1 et 78-2-2 du code de procédure pénale (), il apparaît qu'un étranger n'est pas en mesure de justifier de son droit de circuler ou de séjourner en France, il peut être conduit dans un local de police ou de gendarmerie et y être retenu par un officier de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale à fin de vérification de son droit de circulation ou de séjour sur le territoire français. Dans ce cas, l'officier de police judiciaire ou, sous le contrôle de celui-ci, un agent de police judiciaire met l'étranger en mesure de fournir par tout moyen les pièces et documents requis et procède, s'il y a lieu, aux opérations de vérification nécessaires. Le procureur de la République est informé dès le début de la retenue. / L'officier de police judiciaire ou, sous le contrôle de celui-ci, un agent de police judiciaire informe aussitôt l'étranger, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des motifs de son placement en retenue et de la durée maximale de la mesure ainsi que du fait qu'il bénéficie : / 1° Du droit d'être assisté par un interprète ; / 2° Du droit d'être assisté par un avocat () ".
4. D'autre part, il résulte des dispositions des articles, alors applicables, L. 552-1 et R. 552-10-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifiées aux articles L. 741-10 et R.741-3 de ce code, que le juge des libertés et de la détention a compétence pour statuer sur la régularité de la décision de placement en rétention administrative.
5. Premièrement, Mme B A expose avoir fait l'objet d'une décision de non-admission sur le territoire français le 24 juin 2019 et que, dans le cadre de la procédure de transfert vers son pays d'origine, le 14 juillet suivant, elle s'est opposée à son embarquement. Il n'est pas contesté que par jugement du 16 juillet, le tribunal correctionnel de Créteil a prononcé sa relaxe du chef de soustraction à l'exécution d'une décision de refus d'entrée sur le territoire français en France. Mme B A soutient qu'en dépit de ce jugement, elle a été, au plus tard à 21 h 45, conduite dans les geôles du tribunal, jusqu'à son interpellation par des agents de police qui lui ont notifié son placement en retenue administrative, à 22 h 15. Ce faisant, la requérante sollicite la réparation de préjudices résultant d'une détention arbitraire. Par application des dispositions de l'article 136 du code de procédure pénale, un tel litige relève exclusivement de la compétence de la juridiction judiciaire.
6. Deuxièmement, Mme B A invoque l'illégalité de la mesure par laquelle, interpellée par les agents de police ainsi que mentionné au point précédent, elle a été placée en retenue administrative, au cours de la période courant du 16 juillet 2019, à 22 h 15, au 17 juillet 2019 à 20 h 10, au sein des locaux du commissariat de police de Créteil. Cependant, les mesures de contrôle et de retenue prévues par les dispositions citées au point 3 sont uniquement destinées à la vérification du droit de séjour et de circulation de l'étranger qui en fait l'objet et sont placées sous le contrôle du procureur de la République. Elles sont distinctes des mesures par lesquelles le préfet fait obligation à l'étranger de quitter le territoire. Dès lors, l'appréciation de la régularité de telles mesures, et, consécutivement, l'indemnisation des dommages résultant de leur mise en œuvre, le cas échéant illégale, relèvent exclusivement de la compétence du juge judiciaire.
7. Troisièmement, Mme B A soulève l'illégalité fautive de son placement en rétention administrative, par décision du préfet du Val-de-Marne du 17 juillet 2019, notifiée à 20 h 10, et la privation irrégulière de sa liberté en résultant. Il résulte de l'instruction que, par ordonnance du 20 juillet 2019, le juge des libertés et de la détention près le tribunal de grande instance de Meaux a déclaré nulle la procédure au motif que la retenue de l'intéressée, le 16 juillet 2019 au dépôt du tribunal, en l'absence de titre juridique, dans l'attente de la notification de son placement en retenue administratif, constitutive d'une détention arbitraire, emporte la nullité de son interpellation et de tous les actes de procédure subséquents. Cependant, l'appréciation de la régularité des décisions de placement en rétention administrative et, par suite, les actions tendant à la réparation des conséquences dommageables nées de telles décisions, relèvent exclusivement de la compétence du juge judiciaire.
8. Il s'ensuit que, ainsi que les parties en ont été informées par courrier du 25 mai 2023, notifié le 30 mai 2023 à Mme B A, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur les conclusions de cette dernière, tendant à l'indemnisation des conséquences dommageables résultant d'une détention arbitraire et de mesures de retenue et de rétention administratives dont celle-ci a fait l'objet. Ces conclusions doivent, dès lors, être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme B A à fin d'indemnité sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Delon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 juin 2023.
La rapporteure,
S. LECONTELa présidente,
M. LOPA DUFRÉNOT
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026