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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1911459

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1911459

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1911459
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantDORASCENZI-FENART AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 décembre 2019, M. B E et Mme D A, représentés par Me Dorascenzi, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'administration fiscale n'ayant pas remis l'intégralité des documents qui lui ont été adressés par voie d'huissier, ils n'ont pas été en mesure de présenter utilement leurs observations à la proposition de rectification ;

- c'est à tort que l'administration fiscale a systématiquement rejeté l'application de la déduction de 26 % prévue dans le cadre du dispositif C à l'ensemble des biens immobiliers dont est propriétaire M. E ;

- c'est à tort que l'administration fiscale a rejeté la totalité des travaux réalisés sur le bien sis à Villemaréchal motif pris de ce qu'il s'agissait de travaux de reconstruction non éligibles.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. E et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E et Mme A ont fait l'objet d'un examen de situation fiscale personnelle au titre des années 2013 à 2015 à l'issue duquel l'administration fiscale leur a notifié, par une proposition de rectification du 27 juin 2017, des rectifications en matière de revenus fonciers pour les années 2014 et 2015 remettant, notamment, en cause la déduction de 26 % dans le cadre du dispositif dit " C ancien " ainsi que le caractère déductible de travaux réalisés sur plusieurs biens immobiliers en application de l'article 31 du code général des impôts. Par décision du 16 janvier 2019, l'administration fiscale a prononcé un dégrèvement partiel de ces cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles les requérants ont été assujettis au titre de l'année 2015. Les requérants doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la réduction, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales maintenues à leur charge au titre des années 2014 et 2015.

Sur la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. / Elle contrôle, également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'Etat. / A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés. / Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration ". Aux termes de l'article L. 16 du même livre : " Les demandes d'éclaircissements et de justifications fixent au contribuable un délai de réponse qui ne peut être inférieur à deux mois. / Lorsque le contribuable a répondu de façon insuffisante aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, l'administration lui adresse une mise en demeure d'avoir à compléter sa réponse dans un délai de trente jours en précisant les compléments de réponse qu'elle souhaite ".

3. L'administration a seulement l'obligation de restituer au contribuable auquel elle adresse une demande de justifications sur le fondement de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales les documents, utiles à l'intéressé pour répondre à cette demande, qu'il lui a antérieurement remis à l'occasion de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle dont il a fait l'objet.

4. Les requérants soutiennent que l'administration fiscale n'ayant pas restitués l'intégralité des documents qu'ils lui avaient remis, ils font valoir, d'une part, qu'ils ne sont pas assurés que les documents non restitués n'auraient pas servi à justifier les rectifications en matière de revenus fonciers et, d'autre part qu'ils n'ont pas été en mesure de présenter utilement leurs observations à la proposition de rectification.

5. Il résulte de l'instruction que le 23 février 2017, l'administration fiscale a, en application des articles L. 10 et L. 16 du livre des procédures fiscales, demandé aux requérants de fournir des éclaircissements et justifications concernant leurs déclarations de revenus 2014 et 2015 sur l'objet, la nature et l'origine des crédits bancaires correspondant à des remises de chèques, virements ou versements d'espèces non identifiés. Par voie d'huissier, M. E a remis, le 23 mars 2017, à l'administration fiscale six liasses de documents comptables, comprenant, notamment, des pièces originales, numérotées de 1 à 1464 et cinq sous-cotes comportant respectivement un, deux, treize, vingt-et-un et dix-sept feuillets, ainsi que cela ressort du

procès-verbal de constat du même jour. Il résulte du récépissé de restitution du 27 juin 2017 que les documents remis à un tiers mandaté par M. E l'ont été de manière incomplète, ce que conteste l'administration fiscale en défense, ainsi que cela ressort des mentions manuscrites qui y sont apposées et qui recense onze pièces manquantes dans les liasses nos 2 à 6. Toutefois, en se bornant à produire les copies de la signification de pièces au centre des finances publiques et du procès-verbal de constat du 23 mars 2017 ainsi que la copie du récépissé de restitution dont les mentions ne permettant pas d'identifier la nature exacte des pièces comptables qui n'ont pas été restituées, et dont il n'est, au demeurant, pas allégué qu'il s'agirait de pièces originales, il n'est pas établi que les rectifications en matière de revenus fonciers seraient fondées sur les documents litigieux. Il n'est ainsi pas démontré que ces documents présentaient une utilité pour que les requérants puissent formuler leurs observations et contester utilement les rectifications mises à leur charge en matière de revenus fonciers. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que les requérants ont pu produire des observations auxquelles l'administration fiscale a répondu par une réponse aux observations du contribuable du 5 octobre 2017. Il suit de là que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les rectifications auxquelles l'administration fiscale a procédé l'auraient été au terme d'une procédure d'imposition entachée d'irrégularité.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne les déductions dans le cadre du dispositif dit " C ancien " :

6. En premier lieu, aux termes des dispositions du j) du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts, dans leur rédaction alors applicables : " Une déduction fixée à 26 % des revenus bruts au titre des six premières années de location des logements qui ne peuvent donner lieu à l'un ou l'autre des régimes prévus au f, g et h et qui, répondant aux normes d'habitabilité telles que définies par décret, sont loués par une personne physique ou une société non soumise à l'impôt sur les sociétés en vertu d'un bail conclu entre le 1er janvier 1999 et le 30 septembre 2006. Le contribuable ou la société propriétaire doit s'engager à louer le logement nu pendant une durée de six ans au moins à des personnes qui en font leur habitation principale. Cet engagement prévoit, en outre, que le loyer et les ressources du locataire appréciées à la date de conclusion du bail ne doivent pas excéder des plafonds fixés par décret et que la location ne peut être conclue avec un membre du foyer fiscal, un ascendant ou un descendant du contribuable, une personne occupant déjà le logement ou, si celui-ci est la propriété d'une société non soumise à l'impôt sur les sociétés, l'un de ses associés ou un membre du foyer fiscal, un ascendant ou un descendant d'un associé. Les associés des sociétés précitées s'engagent à conserver leurs parts pendant au moins six ans. (). / Tant que la condition de loyer prévue au premier alinéa demeure remplie, le bénéfice de la déduction est prorogé par périodes de trois ans, en cas de poursuite, de reconduction ou de renouvellement du contrat de location. / Sous réserve que les conditions de loyer et de ressources du nouveau locataire prévues au premier alinéa soient remplies, la déduction demeure également applicable en cas de changement de titulaire du bail ".

7. Il résulte de l'instruction et, notamment de la proposition de rectification du

27 juin 2017 que les requérants ont appliqué la déduction prévue par les dispositions précitées du j) du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts aux revenus fonciers perçus pour deux biens immobiliers situés à Montereau au 10 rue des Arches et à Ecuelles au 29 rue de l'Orvanne au titre des années 2014 et 2015 respectivement à concurrence des sommes de 3 817 euros et 1 964 euros pour le premier bien et des sommes de 10 599 euros et 4 450 euros pour le second bien. L'administration fiscale a, toutefois, remis en cause, au titre de chacune des années en litige, ces déductions spécifiques au titre du dispositif dit " C ancien ", supprimé à compter du

1er octobre 2006, au motif que les requérants n'avaient pas fourni de justificatifs, notamment les baux en cours à cette date ou, en cas de renouvellement, les justificatifs indiquant qu'il y avait eu un changement de locataire.

8. Les requérants soutiennent que c'est à tort que l'administration fiscale a systématiquement rejeté l'application de la déduction de 26 % prévue dans le cadre du dispositif C à l'ensemble des biens immobiliers de M. E dès lors que les locations afférentes aux deux biens immobiliers sis à Ecuelles et à Montereau sont antérieures à 2006 et se sont succédées pour couvrir les années 2014 et 2015. D'une part, pour établir qu'ils étaient fondés à appliquer cette déduction spécifique aux revenus fonciers tirés des locations du bien situé à Ecuelles, les requérants produisent, dans le cadre de la présente instance, les copies d'un tableau récapitulatif des locations par année, des attestations de superficie ainsi que les baux conclus. Toutefois, ces baux ne permettent pas d'établir qu'ils étaient éligibles au dispositif " C ancien ". S'agissant des appartements des rez-de-chaussée - gauche / face porte 2 -, et premier étage - droite / face -, les baux initiaux ont été conclus antérieurement au 1er janvier 1999. S'agissant des appartements en rez-de-chaussée - droite / gauche porte 4 - et du premier étage - droite / gauche -, si les baux initiaux ont été conclus pendant la période couverte par le dispositif " C ancien ", soit entre le 1er janvier 1999 et le 30 septembre 2006, les pièces produites sont insuffisamment probantes pour démontrer qu'ils seraient poursuivis ou auraient été reconduits ou renouvelés jusqu'en 2014 et 2015 et, qu'en tout état de cause, les nouveaux locataires remplissaient la condition de ressources prévue par les dispositions précitées du code général des impôts. D'autre part, pour établir qu'ils étaient fondés à appliquer cette déduction spécifique aux revenus fonciers tirés des locations du bien situé à Montereau, les requérants produisent les copies de baux, dont celui conclu initialement le 12 décembre 2005, sans toutefois justifier qu'il se serait poursuivi ou aurait été reconduit ou renouvelé jusqu'en 2014 et 2015 et, qu'en tout état de cause, les nouveaux locataires remplissaient la condition de ressources prévue par les dispositions précitées du code général des impôts. Il suit de là que les requérants ne sont pas fondés à demander le bénéfice de la déduction prévue au j) du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts.

En ce qui concerne le caractère déductible des travaux réalisés sur le bien immobilier sis à Villemaréchal :

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 31 du code général des impôts, alors applicable : " Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportés par le propriétaire ; / () ; / b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement ; / () ". Au sens de ces dispositions, doivent être regardés comme des travaux de reconstruction ceux qui comportent la création de nouveaux locaux d'habitation ou qui ont pour effet d'apporter une modification importante au gros œuvre, ainsi que les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à des travaux de reconstruction, et, comme des travaux d'agrandissement, ceux qui ont pour effet d'accroître le volume ou la surface habitable des locaux existants. Des travaux d'aménagement interne, quelle que soit leur importance, ne peuvent être regardés comme des travaux de reconstruction que s'ils affectent le gros œuvre ou s'il en résulte une augmentation du volume ou de la surface habitable. Il appartient au contribuable qui entend déduire de son revenu foncier brut les dépenses constituant, selon lui, des charges de la propriété, de justifier de la réalité, de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges, en produisant des pièces justificatives, permettant d'établir avec précision la nature, le montant et la réalité de la charge supportée.

10. Il résulte de l'instruction et, notamment de la proposition de rectification du

27 juin 2017, que l'administration fiscale, pour rejeter sur le fondement des dispositions précitées de l'article 31 du code général des impôts, les dépenses de réparation, d'entretien et d'amélioration exposées par les requérants sur le bien situé à Villemaréchal, a relevé, qu'" au vu de l'acte d'acquisition, [ils avaient] acquis une maison principale composée d'un grand séjour avec cuisine + à l'étage 2 chambres, dressing, salle de bains avec wc + une grange avec wc + 1 bâtiment composé d'une pièce d'eau au rdc et 1 à l'étage sans escalier ", " les travaux entrepris étaient assimilés à des travaux de construction (transformation d'une partie des locaux non affectés à l'habitation en locaux d'habitation) donc pas déductibles des revenus fonciers ".

11. Les requérants, qui ne contestent pas efficacement qu'eu égard à la nature et à l'importance des travaux entrepris sur le bien en litige, ils devaient être regardés comme des travaux, équivalents à une opération de construction, non déductibles, soutiennent qu'une partie de ces travaux effectués en 2014, soit ceux réalisés à concurrence des sommes de 15 211,08 euros (fourniture et pose d'une antenne et fourniture et mise en place d'une micro-station), et de 35 263,65 euros (travaux d'électricité, de maçonnerie, de plâtrerie, de peinture de carrelage, de plomberie, sable, équipement, fourniture de matériaux), pris isolément, peuvent être admis en déduction en tant qu'ils sont constitutifs respectivement de travaux d'amélioration et de travaux de rénovation, et être imputés sur le revenu foncier 2014. Toutefois, les requérants n'allèguent ni n'établissent que ces travaux seraient en l'espèce dissociables de l'opération de reconstruction entreprise. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions de l'article 31 du code général des impôts que l'administration fiscale a refusé d'admettre en déduction les dépenses engagées sur le bien sis à Villemaréchal.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu maintenues à leur charge au titre des années 2014 et 2015. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions qu'ils ont présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E et de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et Mme D A et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

S. Delmas, premier conseiller,

J. Réchard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

S. F

L'assesseur le plus ancien,

S. DELMASLa greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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