mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-1911460 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | JOURNO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 décembre 2019, 2 juin 2020,
10 juillet 2020 et le 28 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Journo, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris à lui verser la somme totale de 115 243 euros, avec intérêt au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête, en réparation des conséquences dommageables du décès d'Yvette A survenu le
9 avril 2014 à l'hôpital de Bicêtre ;
2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris les dépens ainsi que la somme de 5000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée pour faute de diagnostic, de surveillance et de soins ;
- sa responsabilité est également engagée pour manquement au devoir d'information qui incombe aux établissements publics de santé ;
- la responsabilité de l'AP-HP est pleine et entière ;
- le préjudice subi par Yvette A fera l'objet d'une indemnisation à hauteur des sommes suivantes : 35 000 euros au titre des souffrances qu'elle a endurées ; 23 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire qu'elle a subi ; 30 000 euros s'agissant de la douleur morale liée à la perte de chance de survie ; et 15 000 euros en ce qui concerne le défaut d'information sur son état de santé ;
- le préjudice subi par M. B A fera l'objet d'une indemnisation à hauteur des sommes suivantes : 15 000 euros au titre du préjudice d'affection ; 15 000 euros en ce qui concerne le défaut d'information sur l'état de santé de sa mère ; 3 420 euros au titre des frais d'expert ; et 1 800 euros s'agissant des frais d'assistance au cours de l'expertise.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2020, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que les demandes du requérant soient ramenées à de plus juste proportions.
Elle soutient que :
- sa responsabilité n'est pas engagée du fait de l'absence de lien de causalité entre la faute et le dommage ;
- à titre subsidiaire, l'indemnisation accordée ne peut excéder une fraction du préjudice subi correspondant à un taux de perte de chance de 5 % d'échapper aux conséquences dommageables de la faute commise.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du
Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Timothée Gallaud, président-rapporteur ;
- les conclusions de Mme Delormas, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Journo, avocate de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 9 avril 2014, Yvette A, qui a été victime d'un malaise survenu à son domicile, a été transportée par les sapeurs-pompiers au service des urgences de l'hôpital Bicêtre, qui dépend de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), où elle est décédée le même jour à la suite d'un arrêt cardio-respiratoire. Le 30 novembre 2016, M. B A, son fils, après avoir saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (CCI) d'Ile-de-France dans le cadre de la procédure de règlement amiable prévue par l'article L. 1142-7 du code de la santé publique, qui n'a pas abouti par un accord de sa part, demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser la somme totale de 115 243 euros en réparation tant du préjudice subi par sa mère que de son préjudice propre, à raison de fautes commises à l'occasion de la prise en charge d'Yvette A.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HP :
2. Aux termes des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé () tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ". Aux termes de l'article L.1111-2 du même code : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser () ". Le neuvième alinéa de l'article L. 1110-4 de ce code dispose que : " En cas de diagnostic ou de pronostic grave, le secret médical ne s'oppose pas à ce que la famille, les proches de la personne malade ou la personne de confiance définie à l'article
L. 1111-6 reçoivent les informations nécessaires destinées à leur permettre d'apporter un soutien direct à celle-ci, sauf opposition de sa part. Seul un médecin est habilité à délivrer, ou à faire délivrer sous sa responsabilité, ces informations ".
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise diligentée par la CCI, que, lors de la prise en charge d'Yvette A, les investigations nécessaires pour essayer de déterminer la cause du malaise n'ont pas été menées conformément aux données acquises de la science, dès lors que les informations dont disposait l'équipe médicale auraient dû amener celle-ci à réaliser un électrocardiogramme avec dix-huit dérivations, solliciter l'avis d'un cardiologue et à procéder à une scanographie cérébrale. En outre, l'expert a relevé qu'il apparaît que la surveillance de la patiente n'a pas été optimale, aucune information sur son état de conscience et sur ses constantes vitales n'étant retracée dans son dossier médical, qui ne mentionne pas non plus d'appel à un réanimateur au moment de l'arrêt cardio-respiratoire. Ces manquements, qui ne sont pas contestés par l'AP-HP, constituent une faute de nature à engager la responsabilité de celle-ci.
4. En revanche, si M. A se prévaut d'un manquement au devoir d'information de la patiente résultant des dispositions citées au point 2, il résulte de l'instruction que sa mère a été prise en charge dans une situation d'urgence et que, en toute hypothèse, son état, au moment de son admission ne permettait pas d'avoir un échange verbal propre à lui délivrer une information précise sur son état de santé en sorte que l'AP-HP peut, dans les circonstances de l'espèce, utilement se prévaloir de l'exception prévue par la loi et citée ci-dessus.
5. Par ailleurs, il ressort des termes du compte rendu d'hospitalisation communiqué au requérant par l'AP-HP, qu'un échange a eu lieu entre l'équipe médicale et M. A, lequel a exprimé le souhait que sa mère ne soit pas hospitalisée, et que des explications lui ont été données quant à la gravité de l'état de santé, compte tenu d'une souffrance myocardique, et quant à la nécessité de procéder à un dosage de troponine et de surveiller la patiente. Les seules allégations du requérant selon lesquelles il n'a reçu aucune information ne suffisent pas, en l'absence de tout autre élément, à remettre en cause la réalité des faits ainsi mentionnés dans le compte rendu. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas pu voir sa mère durant sa prise en charge et avant ce décès, cette seule circonstance, pour regrettable qu'elle soit pour l'intéressé, ne saurait caractériser par elle-même une faute alors qu'Yvette A faisait l'objet d'une prise en charge par un service d'urgence. Enfin, compte tenu des conditions de cette prise en charge en urgence, le requérant ne saurait davantage se prévaloir de ce qu'il n'a pas été immédiatement informé de ce que sa mère était victime d'un arrêt cardio-respiratoire. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de l'AP-HP est engagée à raison d'un manquement au devoir d'information qui résulte des dispositions citées ci-dessus du code de la santé publique.
En ce qui concerne le lien de causalité :
6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public de santé a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. Il ne résulte pas de l'instruction que le décès d'Yvette A, dont l'origine n'a pu être déterminée avec certitude, trouve sa cause directe et certaine dans faute relevée au point 3. En revanche, il résulte du rapport de l'expert que les manquements imputables au service des urgences de l'hôpital de Bicêtre peuvent être regardés comme ayant compromis la chance de survie de la victime à hauteur d'un taux de 5 %. Il suit de là que, dans la limite de ce taux, M. A est fondée à demander réparation de la fraction du préjudice lié aux manquements évoqués ci-dessus.
En ce qui concerne le préjudice indemnisable :
S'agissant du préjudice subi par Yvette A :
8. En premier lieu, si le requérant demande réparation au titre du déficit fonctionnel temporaire subi par Yvette A le 9 avril 2014, il résulte de l'instruction que ce déficit est uniquement lié au malaise subi par celle-ci à son domicile, qui rendait nécessaire son hospitalisation en urgence. Par suite, ce chef de préjudice est dépourvu de tout lien avec la faute relevée au point 2.
9. En deuxième lieu, si, pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être exposées, les souffrances endurées par Yvette A au cours de la journée du 9 avril 2014 jusqu'à la complication de son état de santé qui a entraîné l'arrêt cardio-respiratoire dont elle a été victime sont dépourvues de lien avec la faute relevée au point 2, M. A est fondé à demander réparation des souffrances endurées par sa mère du fait de ces complications et de cet arrêt cardio-respiratoire. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en fixant à 4 000 euros la somme devant le réparer. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 7, il y a lieu d'allouer à ce titre au requérant une somme de 200 euros.
10. En troisième lieu, le préjudice résultant de la perte de chance de survivre ne constitue pas un droit entré dans le patrimoine de la victime avant son décès et ne peut être transmis à ses héritiers dès lors que cette perte n'apparaît qu'au jour du décès de la victime et n'a pu donner naissance à aucun droit entré dans son patrimoine avant ce jour. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander réparation à raison de la douleur morale subie par sa mère à raison d'une telle perte de chance de survie.
S'agissant du préjudice subi par M. A :
11. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. A du fait du décès de sa mère en l'évaluant à la somme de 7 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 7, il y a lieu d'allouer à ce titre au requérant une somme de 350 euros.
12. En deuxième lieu, M. A justifie qu'il a exposé des frais d'obsèques du fait du décès de sa mère pour un montant de 3 420 euros. Par suite, il y a lieu d'allouer à l'intéressé, après application du taux de perte de chance évoqué ci-dessus, une somme de 171 euros.
13. En troisième et dernier lieu, M. A est fondé à demander réparation au titre des frais qu'il a supportés en vue de bénéficier d'une assistance par un médecin au cours des opérations d'expertise menée à l'occasion de la procédure de règlement amiable qu'il a introduite en vue de faire valoir ses droits. Le préjudice financier en résultant trouvant intégralement sa cause dans la faute commise par l'AP-HP, il y a lieu de lui allouer en totalité la somme de 1 800 euros qu'il a exposé à ce titre.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est fondé à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme 2 521 euros. M. A a droit aux intérêts au taux légal à compter du 24 décembre 2019, date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal.
Sur les frais liés au litige :
15. En l'absence de dépens dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne.
Article 2 : L'AP-HP est condamnée à verser à M. A une somme de 2 521 euros avec intérêts au taux légal à compter du 24 décembre 2019.
Article 3 : L'AP-HP versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président-rapporteur,
Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,
M. Jean-René Guillou, premier conseiller honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
T. Gallaud L'assesseur la plus ancienne
dans l'ordre du tableau
S. Norval-Grivet
La greffière,
O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026