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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1911545

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1911545

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1911545
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET OBADIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 27 décembre 2019, 12 mars, 31 août 2021, 7 février et 24 mars 2022, M. A et Mme B C, représentés par Me Obadia, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- la proposition de rectification méconnaît les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- l'administration n'apporte pas la preuve de l'appréhension des revenus distribués ;

- les impositions ne sont pas justifiées en ce que la reconstitution des recettes des sociétés Cluny Développement et Saint Germain Restauration devait prendre en compte une dose de huit grammes par café ainsi que l'avait retenue la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;

- la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas justifiée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 juin 2020, 20 avril, 6 septembre 2021, 21 février et 6 mai 2022, le directeur de contrôle fiscal Ile-de-France doit être regardé comme concluant au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement prononcé le 16 avril 2021 et au rejet du surplus des conclusions de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mars 2023 :

- le rapport de M. D ;

- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public ;

- et les observations de Me Gaspar, représentant M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Les sociétés à responsabilité limitée (SARL) Cluny Développement et Saint-Germain Restauration, qui exploitent des brasseries à Paris et sont des filiales de la société anonyme La Gentilhommière, ont fait l'objet de vérifications de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, à l'issue desquelles elles ont été rendues destinataires de propositions de rectification les 8 et 16 décembre 2016. Dans le cadre de ces propositions, l'administration leur a demandé de désigner le ou les bénéficiaires des revenus réputés distribués. Par des courriers du 20 janvier 2017, ces sociétés ont notamment désigné, à titre conservatoire, M. A C comme bénéficiaire du tiers du montant des distributions occultes. Par une proposition de rectification du 26 juin 2017, l'administration a notamment tiré les conséquences de cette désignation au titre des revenus des années 2014 et 2015 et a rehaussé les revenus de M. et Mme C au titre des articles 111 c) et 109-1-2 du code général des impôts. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux au titre des années 2014 et 2015 ont été mises en recouvrement à leur encontre les 30 juin 2018, 31 mars et 30 juin 2019. Des réclamations d'assiette ont été déposées les 24 avril et 12 juin 2019 et rejetées par décision du directeur de contrôle fiscal Ile-de-France en date du 28 octobre suivant. Par la requête précitée, les intéressés sollicitent la décharge de ces impositions.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 16 avril 2021 intervenue postérieurement à l'introduction de la requête, l'administration a procédé au dégrèvement de l'ensemble des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux des années 2014 et 2015 mis en recouvrement le 30 juin 2018 pour un montant global de 101 145 euros. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur de ce dégrèvement.

Sur la charge de la preuve :

3. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".

4. En l'espèce, les rehaussements ayant été effectués selon la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales et les requérants ayant formulé des observations à la suite de la notification de la proposition de rectification du 26 juin 2017, la charge de la preuve du bien-fondé des impositions en litige incombe à l'administration.

Sur le bien-fondé des impositions :

5. Comme indiqué précédemment, l'administration a considéré que M. C avait, au titre des années 2014 et 2015, bénéficié de revenus distribués provenant des sociétés Cluny Développement et Saint Germain restauration sur le fondement des articles 111 c) et 109-1-2 du code général des impôts.

6. D'une part, selon les dispositions de l'article 109-1-2 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ".

7. S'il n'a pas donné lieu, en l'absence de solde bénéficiaire, à l'établissement d'une cotisation d'impôt sur les sociétés, le rehaussement des résultats d'une société ne saurait par lui-même révéler l'existence de bénéfices ou produits non mis en réserve ou incorporés au capital, taxables entre les mains de leur bénéficiaire comme revenus distribués. Pour soumettre à l'impôt sur le revenu de tels revenus sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, il incombe à l'administration d'établir qu'ils ont été mis à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts. La circonstance que le contribuable que l'administration entend imposer soit le maître de l'affaire est à cet égard sans incidence.

8. Il n'est pas établi par le service l'existence de flux financiers entre ces deux sociétés et M. C de nature à justifier l'existence d'une mise à disposition à son profit de sommes non prélevées sur les bénéfices. Par ailleurs, la circonstance que ces sociétés ont, en vertu de l'article 117 du code général, désigné, à titre conservatoire, l'intéressé comme ayant bénéficié à hauteur d'un tiers du montant des revenus qu'elles ont distribués ne permet pas davantage de démontrer une telle appréhension.

9. D'autre part, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

10. Dans le cadre de son mémoire du 20 avril 2021, le directeur de contrôle fiscal Ile-de-France a demandé une substitution de base légale afin que l'ensemble des rectifications relatives aux revenus réputés distribués en litige soient notifiées sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts.

11. L'administration fait valoir que M. A C contrôlait directement la SA La Gentilhommière dont il détenait 20,63 % des parts et disposait des pouvoirs étendus dans cette société, que cette dernière dispose de la quasi-totalité des parts des SARL Cluny Développement et Saint Germain Restauration, que les trois bénéficiaires désignés par les courriers précités du 20 janvier 2017 sont dirigeants de chacune des trois sociétés et détiennent des parts sociales directement ou indirectement et que M. C est impliqué dans la gestion de l'ensemble des restaurants du groupe familial, ayant à titre d'exemple assisté à la dernière intervention lors de la vérification de la société Saint Germain Restauration. Toutefois, de tels éléments sont, à eux seuls, insuffisants pour justifier de l'existence d'un faisceau d'indices démontrant que M. C aurait bien bénéficié de rémunérations et avantages occultes au sens desdites dispositions.

12. L'administration n'apportant pas la preuve qui lui incombe de l'appréhension par les requérants de distributions occultes, il convient de décharger ceux-ci du surplus des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux mis à leur charge au titre des années 2014 et 2015.

Sur les frais de justice :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions en décharge à hauteur de la somme de 101 145 euros correspondant au dégrèvement, par décision du 16 avril 2021, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux des années 2014 et 2015 mis en recouvrement le 30 juin 2018.

Article 2 : M. et Mme C sont déchargés du surplus des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux mis à leur charge au titre des années 2014 et 2015.

Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme C une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A et Mme B C et au directeur de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

P. D La présidente,

I. BILLANDON Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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