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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-1911585

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-1911585

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-1911585
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET PALMIER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 décembre 2019, le 6 novembre 2023 et le 5 juin 2024, la société Établissements Reithler, représentée par Me Brault doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner la SAERP, devenue Ile-de-France construction durable, et la région Ile-de-France à lui verser la somme totale de de 653 788,38 euros toutes taxes comprises au titre du solde du macro lot n°300 " serrurerie métallerie (lot 5) - menuiseries extérieures (lot 6) - brises soleil (lot 17) " du marché de restructuration d'ensemble et d'extension du lycée Honoré de Balzac à Mitry-Mory, sans compter la somme de 24 646 euros hors taxes, soit 29 476,62 toutes taxes comprises, au titre du paiement des travaux supplémentaire concernant la grille du local vélo dont elle a déclaré se désister par son mémoire du 6 novembre 2023 ;

2°) de condamner la SAERP, devenue Ile-de-France construction durable, et la région Ile-de-France à lui verser une indemnité forfaitaire de 280 000 euros au titre de l'exposition de ses salariés à l'amiante, augmentée des intérêts moratoires calculés au taux contractuel à partir du 16 juillet 2015, conclusions dont elle a déclaré se désister dans son mémoire du 6 novembre 2023 ;

3°) de mettre à la charge de la SAERP, devenue Ile-de-France construction durable, et de la région Ile-de-France, la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les moyens suivants :

- elle a valablement contesté le projet de décompte général par l'envoi d'un mémoire en réclamation auprès du mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre dans lequel elle a repris l'ensemble des réclamations formulées tout au long de l'exécution du chantier et antérieures à la notification du décompte général ; dès lors que le maître d'œuvre n'a pas répondu à son mémoire en réclamation, aucun délai de saisine de la juridiction administrative n'est opposable en application du CCAG Travaux de 1976 ;

- concernant le montant des pénalités, l'article 4.4 du CCAP relatif aux pénalités de retard n'est pas visé à l'article 14 du CCAP portant dérogation aux documents généraux de sorte que l'article 4.4 du CCAP ne lui est pas opposable et que seul l'article 20 du CCAG Travaux peut être appliqué concernant l'éventuel retard qui lui serait imputable dans l'exécution des travaux ; en application de l'article 20 du CCAG Travaux, la pénalité journalière qui pouvait lui être appliquée était de 1 039,93 euros, soit un différentiel de 519,77 à son détriment par rapport à la pénalité journalière qu'a appliqué la SAERP en appliquant l'article 4.4 du CCAP ;

- les pénalités appliquées révèlent une incohérence de la part de la SAERP ; la SAERP aurait pu décider de renoncer à appliquer toute pénalité de retard dès lors que cette sanction a un impact économique et financier important ; les pénalités afférentes à la phase 1 des travaux auraient dû être annulées dès lors qu'elle n'a fait l'objet d'aucune pénalité de retard pour les phases suivantes du projet ;

- les pénalités ne sont pas justifiées dès lors qu'elle a dû effectuer des travaux supplémentaires, dont toute régularisation par avenant des ordres de services lui a été refusée, sans qu'aucune prolongation des délais d'exécution ne lui ait été accordée ; la phase 1 des travaux a été marquée par des conditions de travail particulièrement compliquées dès lors qu'aucune aire de stockage propre et stabilisée n'a été proposée et qu'aucune bande de circulation stable n'a été réalisée en pied de façade pour permettre un accès au chantier ; elle a dû faire face à 21 jours d'intempéries ; un nouveau planning aurait dû lui être notifié ; la matérialité du retard n'est pas établie en l'absence de calendrier de travaux produit par le maître d'ouvrage ; le retard qui lui est reproché est imputable aux manquements de la société Hervé, titulaire du lot gros-œuvre, vis-à-vis de laquelle la maîtrise d'ouvrage et la maîtrise d'œuvre n'ont pas fait usage de leur pouvoir de direction et de contrôle des travaux, malgré ses alertes réitérées ; elle a accepté le calendrier du chantier avec réserves sur le planning de finition de la phase 1 concernant l'incidence de ces travaux sur les lots 5, 6 et 17 ; contrairement à ce qu'a estimé la SAERP, ni les retards dans le démarrage des travaux, ni les retards dans la finalisation des travaux de la phase 1 ne lui sont imputables ;

- concernant le montant versé au titre de la clause de révision de prix, l'article 3.4.2 du CCAP relatif au mois M0 n'est pas visé à l'article 13 du CCAP portant dérogations aux documents généraux de sorte que l'article 3.4.2 du CCAP fixant le mois d'octobre 2008 comme mois M0 ne lui est pas opposable ; en application de l'article 10.4.5 du CCAG Travaux, le mois M0 est le mois de juin 2009 ; elle a donc droit à un montant de 155 965 euros HT ;

- concernant les travaux supplémentaires, elle a droit au paiement de l'ensemble des travaux supplémentaires indispensables pour l'exécution des ouvrages qu'elle a réalisés et ayant fait l'objet d'ordre de service pour un montant totale de 42 485 euros TTC ; si la Région Ile-de-France indique procéder au mandatement de cette somme, elle n'a pas encore été réglée ;

- elle a droit au paiement des travaux supplémentaires n'ayant pas fait l'objet d'ordre de service mais indispensables pour l'exécution du marché pour un montant total de 187 406, 92 euros TTC :

* concernant le devis du 14 avril 2010 d'un montant de 9 861 euros HT, elle a été obligée de présenter un nouveau prototype pour s'adapter aux modifications induites par la réalisation des faux plafonds ;

* concernant le devis du 25 mai 2010, elle a réalisé des sorties de secours provisoires qui n'étaient pas prévues au CCTP pour un montant de 4 200 euros HT ;

* concernant le devis du 15 février 2011 d'un montant de 1 365 euros HT, elle a réalisé des travaux de reprise de la ventilation de l'amphithéâtre après réalisation d'essais de fonctionnement par le maître d'œuvre et du fait de dégradations constatées sur le chantier ;

* concernant le devis 2 mai 2010 d'un montant de 7 102 euros HT, elle a réalisé des travaux de modification de l'accès terrasse par l'escalier E3 rendus nécessaires pour tenir compte des erreurs affectant les plans " béton " relevant du lot gros-œuvre, pourtant validés par la maître d'œuvre ;

* concernant le devis du 4 mai 2011 d'un montant de 18 490 euros HT, elle a dû procéder à la dépose de 80 lames de verres déjà en place puis recommander 105 lames selon la teinte souhaitée et les reposer après un changement d'avis du maître d'œuvre, alors que ce dernier avait approuvé le prototype, les plans associés ainsi que la pose des lames de verre les plus foncées en haut et les plus claires en partie basse, et que la pose des lames avait débuté ;

* concernant le devis du 19 septembre 2011 d'un montant de 109 635,60 euros HT, les métrés correspondant au mur rideau du patio du bâtiment C avaient été omis de la DPGF de sorte qu'elle a droit au coût de réalisation du mur rideau qui n'avait pas été pris en compte par le maître d'œuvre au moment de l'établissement de la DPGF ;

* concernant le devis du 22 novembre 2011 d'un montant de 648 euros HT, il n'était pas prévu dans le CCTP qu'il lui appartenait de déposer le garde-corps existant ni que ceux-ci ne seraient pas retirés avant son intervention, de sorte qu'elle a droit au paiement des travaux de dépose du garde-corps métallique existant de l'escalier du bâtiment C ;

* concernant le devis du 27 avril 2012 d'un montant de 3 060 euros HT pour la fourniture et la pose de menuiseries PVC au R+1 des logements neufs et d'une porte fenêtre un vantail pour l'accès aux terrasses, elle a droit au paiement de ces travaux dès lors qu'ils n'étaient pas prévus dans le DPGF ;

* en ce qui concerne le devis du 4 octobre 2013 d'un montant de 1 810 euros HT, elle a droit au paiement des travaux de dégagement de terre qui ne relevait pas de son lot mais qu'elle a dû réaliser en phase 4 pour pouvoir accéder aux massifs béton ;

- elle a droit au paiement des travaux supplémentaires réalisés sur demandes de la maîtrise d'ouvrage, ainsi qu'il résulte du compte-rendu de chantier, pour un montant de 39 662,40 TTC ;

- elle a droit au paiement des frais supplémentaires émanant de la société Hervé chargée du compte prorata pour un montant de 21 749,89 euros HT ;

- elle a droit au paiement des frais inhérents au suivi de chantier pour un montant de 123 280 euros HT ;

- elle demande une indemnisation à hauteur de 20 000 euros par salarié compte tenu de leur exposition lors du chantier à l'amiante compte tenu de la faute de la SAERP et de la région Ile-de-France ;

- elle a droit aux intérêts moratoires au taux contractuel de 7,05% depuis le 16 juillet 2015.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 août 2023 et le 12 février 2024, la région Ile-de-France, représenté par Me Mokhtar, conclut :

1°) à limiter sa condamnation au titre du solde du marché à la somme de 35 404,17 euros HT soit 42 485 euros TTC " ;

2°) à titre principal, à l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires visant à réparer le préjudice subi par les salariés de la société Établissements Reithler compte tenu de leur exposition à l'amiante et, à titre subsidiaire, au rejet de ces conclusions ;

3°) au rejet du surplus des conclusions de la requête ;

4°) à la mise à la charge de la société Établissements Reithler de la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires visant à la réparation du préjudice qu'auraient subi les salariés de la société Établissements Reithler du fait de leur exposition à l'amiante sont irrecevables dès lors qu'elle est dépourvue d'intérêt pour agir ; même à considérer sa demande recevable, elle n'est pas assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé ; en tout état de cause, elle n'établit pas le caractère certain de son préjudice ;

- concernant les pénalités de retard, l'absence de mention de l'article du CCAP relatif aux pénalités dans le dernier article relatif aux dérogations est sans incidence sur l'opposabilité de cette clause à la société requérante, de sorte que les pénalités devaient être calculé sur le fondement de l'article 4.4 du CCAP ;

- il est loisible à la personne publique de moduler le montant des pénalités prévues par le contrat, voire de renoncer à leur versement, de sorte qu'elle n'avait aucune obligation de faire droit à la demande de la société Établissements Reithler ; elle n'a saisi le tribunal d'aucune conclusion tendant à la modulation des pénalités de retard, dont elle demande seulement la décharge ; en tout état de cause, le montant des pénalités ne peut être qualifié d'excessif ;

- la société requérante n'a émis aucune réserve lors de la notification des ordres de service lui demandant d'effectuer des travaux supplémentaires ; elle ne démontre pas que le retard pris dans l'exécution du marché ne lui serait pas imputable ;

- elle ne démontre pas que les difficultés liées aux intempéries ont eu pour conséquence un arrêt du travail sur le chantier ; elle n'établit pas que les 15 jours d'intempéries excèdent ce qui était normalement prévisible dans le cadre du chantier ; elle n'établit pas avoir demandé la prolongation des délais d'exécution en produisant les bulletins météos comme le prévoyait l'article 4.2 du CCAP ; elle ne démontre pas que l'absence d'aire de stockage et d'accès stable et circulable au chantier est au moins partiellement à l'origine des retards constatés et qu'elle serait imputable à d'autres entreprises ; le planning du chantier a été notifié à la société requérante qui n'a fait l'objet d'aucune contestation, de sorte qu'elle est réputée l'avoir acceptée ; la matérialité des retard est établie, dès lors que les prestations concernées demeuraient en souffrance au jour de la réalisation des opérations préalables à la réception ; le retard lui est imputable ;

- l'article 3.4.2 du CCAP s'applique à la société requérante, nonobstant la circonstance qu'elle n'est pas visée parmi les dérogations au CCAG Travaux applicable au marché ;

- la somme de 35 404,17 euros correspondant aux travaux supplémentaires réalisés sur ordre de service a été mise en paiement au profit de la société Établissements Reithler ;

- les travaux supplémentaires réalisés par la société requérante sans ordre de service n'ont fait l'objet d'aucune acceptation de la part du maître d'ouvrage ; elle n'apporte aucune preuve du caractère indispensable de ces travaux à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art ;

- même à considérer que les comptes-rendus de chantier prescrivent la réalisation de de travaux supplémentaires, la démonstration de leur caractère supplémentaire par rapport au marché fait cruellement défaut ; elle ne démontre pas que ces travaux auraient été effectués et correctement réalisés ;

- en ce qui concerne les frais de la gestion du compte prorata et de suivi de chantier, les difficultés rencontrées du fait de l'allongement des délais ne trouvent pas leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat ; il n'est ni démontré ni même allégué que cet allongement des délais résulterait d'une faute de la Région Ile-de-France ; la société requérante ne démontre pas plus la réalité que le quantum de son préjudice.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des marchés publics ;

- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;

- le décret n°2002-232 du 21 février 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Monaji, représentant la société Établissement Riethler, et de Me Bajn, représentant la région Ile-de-France.

Considérant ce qui suit :

1. La région Ile-de-France a confié à la société Établissements Reithler le macro lot n°300 " serrurerie métallerie (lot 5) - menuiseries extérieures (lot 6) - brises soleil (lot 17) " du marché de restructuration d'ensemble et d'extension du lycée Honoré de Balzac à Mitry-Mory, dont la société d'aménagement et d'équipement de la région parisienne (SAERP), assurait la maîtrise d'ouvrage déléguée. Les travaux ont été réceptionnés le 7 février avec des réserves qui ont été levées le 30 juin 2014. La société Établissements Reithler a notifié son projet de décompte final à la SAERP et au maître d'œuvre pour un montant de 3 997 768,62 euros hors taxes (HT) avec un restant dû de 1 003 722,58 euros HT. Par un courrier notifié le 16 février 2015, la SAERP a adressé à la société un décompte général d'un montant de 3 692 421, 32 euros toutes taxes comprises (TTC). La SAERP a versé le solde du décompte général, à hauteur de 93 842,26 euros TTC à la société Établissements Reithler. La société Établissements Reithler a adressé un mémoire en réclamation au mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre. Dans le dernier état de ses écritures, la société Établissements Reithler demande au tribunal la décharger des pénalités de retard mis à sa charge et de condamner la région Ile-de-France et la SAERP, devenue Ile-de-France construction durable, à lui verser une somme totale de 653 788,38 euros TTC au titre du lot n°300.

Sur le désistement :

2. Si, dans sa requête, la société Établissements Reithler avait demandé la condamnation de la SAERP, devenue Ile-de-France construction durable, et de la région Ile-de-France à lui verser une indemnité forfaitaire de 280 000 euros au titre de l'exposition de ses salariés à l'amiante, augmentée des intérêts moratoires calculés au taux contractuel à partir du 16 juillet 2015 ainsi que la condamnation de la SAERP, devenue Ile-de-France construction durable, et la région Ile-de-France à lui verser une somme de 24 646 euros HT, soit 29 476,62 TTC, au titre du paiement des travaux supplémentaires concernant la grille du local vélo, elle a dans son mémoire enregistré le 6 novembre 2023 expressément abandonné ces conclusions. Dès lors, il y a lieu pour le tribunal de ne statuer que sur le surplus des conclusions de la requête.

Sur la responsabilité de la société d'aménagement et d'équipement de la région parisienne (SAERP) :

3. Aux termes de l'article 3 de la loi du 12 juillet 1985 relative à la maitrise d'ouvrage et à ses rapports avec la maîtrise privée : " Dans la limite du programme et de l'enveloppe financière prévisionnelle qu'il a arrêtés, le maître de l'ouvrage peut confier à un mandataire, dans les conditions définies par la convention mentionnée à l'article 5, l'exercice, en son nom et pour son compte, de tout ou partie des attributions suivantes de la maîtrise d'ouvrage : () 5° Versement de la rémunération de la mission de maîtrise d'œuvre et des travaux ; / () Le mandataire n'est tenu envers le maître de l'ouvrage que de la bonne exécution des attributions dont il a personnellement été chargé par celui-ci. Le mandataire représente le maître de l'ouvrage à l'égard des tiers dans l'exercice des attributions qui lui ont été confiées jusqu'à ce que le maître de l'ouvrage ait constaté l'achèvement de sa mission dans les conditions définies par la convention mentionnée à l'article 5. Il peut agir en justice ".

4. Dans le cas où, en application de l'article 3 de la loi du 12 juillet 1985 relative à la maitrise d'ouvrage et à ses rapports avec la maîtrise privée, aujourd'hui codifié à l'article L. 2422-5 du code de la commande publique, le maître d'ouvrage a confié à un mandataire l'exercice de certaines attributions en son nom et pour son compte, le juge, saisi d'une action en paiement direct par un entrepreneur principal, peut mettre à la charge du mandataire le versement des sommes éventuellement dues si et dans la mesure où il résulte de l'instruction devant lui que ce versement est au nombre des missions qui incombent au mandataire en vertu du contrat qu'il a conclu avec le maître d'ouvrage.

5. En l'espèce, si la société Établissements Reithler demande la condamnation de la société d'aménagement et d'équipement de la région parisienne (SAERP), devenue Ile-de-France construction durable, il n'est pas établi, ni même allégué que la SAERP aurait reçu la mission de verser la rémunération des entreprises de travaux, ni que le maître de l'ouvrage n'aurait pas constaté l'achèvement de sa mission. Par suite, les conclusions dirigées contre la société d'aménagement et d'équipement de la région parisienne doivent être rejetées.

Sur les pénalités :

6. Il résulte de l'instruction et notamment du décompte général du 5 février 2015 que la région Ile-de-France a infligé à la société requérante des pénalités de retard pour un montant de 131 302,44 euros compte tenu d'un retard dans l'exécution des travaux de la première phase du marché.

En ce qui concerne la matérialité du retard :

7. Aux termes de l'article 4.1 du CCAP commun à l'ensemble des lots : " Le délai d'exécution des travaux part de la date fixée par ordre de service prescrivant de commencer les travaux et est fixé à 36 mois y compris la période de préparation fixée à 90 jours calendaires. " Aux terme de l'article 4.1.3 du même CCAP : " Le calendrier prévisionnel figurant au présent marché signé et accepté par les différentes entreprises sera remplacé par un calendrier détaillé d'exécution. () / En cours d'élaboration du calendrier détaillé d'exécution et dans l'attente de sa notification, le calendrier joint au dossier marché servira de base pour l'exécution des études et des travaux y compris pour le calcul des pénalités de retard et de préférence pour la mise en œuvre des sanctions contractuelles dont la résiliation. () / Le calendrier prévisionnel définit la durée d'exécution prévisionnelle des travaux de chacun des marchés de l'opération, à compter de la date de démarrage. Toute date de démarrage qui figurerait sur le calendrier prévisionnel d'exécution est sans valeur. ". Aux termes de l'article 4.1.4 du CCAP : " () L'entrepreneur est tenu de respecter les dates, échéances et délais fixées au calendrier détaillé d'exécution. / Tout retard est sanctionné par l'application des pénalités fixées au présent CCAP. () ".

8. Aux termes de l'article 4.4.1 du CCAP commun à l'ensemble des lots, intitulé " Retenues provisoires ", figurant au sein de l'article 4.4. intitulé " Pénalités pour retard " : " a) Les retenues provisoires sont appliquées sur simple constatation du maître d'œuvre d'un retard par rapport : / • au délai global d'exécution, / • aux délais partiels ou globaux, d'études, de désignation de sous-traitants, de fourniture de documents ou échantillons, d'exécution, etc, fixés au calendrier prévisionnel d'exécution des travaux modifié selon les stipulations de l'article 4.1.2 du présent CCAP () / b) En cas de retard tel que défini au paragraphe précédent, l'entrepreneur subira à la fin de chaque mois calendaire, une retenue provisoire déterminée en appliquant au montant de la pénalité journalière définie ci-après, le nombre de jours de retard de la tâche jugée la plus en retard par le maître d'œuvre. / Les retards seront constatés mensuellement par le maître d'œuvre jusqu'à la fin des travaux en comparant les délais réels et prévisionnels de chaque tâche, y compris les tâches d'étude. Les constats pourront être effectués en cours de tâche en comparant le pourcentage réellement exécuté au pourcentage théorique d'avancement. / () e) Les retenues provisoires correspondant à la part du retard non rattrapé en fin de chaque phase seront confirmées et transformées en pénalités définitives ".

9. La société Établissements Reithler soutient que la matérialité du retard n'est pas établie.

10. Il résulte de l'instruction que la fin des travaux du lot n°6 relatif aux menuiseries extérieures prévue par le calendrier d'exécution notifié par un ordre de service du 4 février 2010 était fixée au 30 juillet 2010. Par un courrier du 25 février 2011, le maître d'ouvrage délégué a informé la société Établissements Reithler qu'elle accusait un retard de 114 jours " compte tenu du fait que le hors d'air devait être terminé pour le 30 juillet 2010 ", travaux correspondant au lot n°6 relatif aux menuiseries extérieures. Par un second courrier du 7 juin 2011, la SAERP a de nouveau informé la société requérante de l'existence d'un retard dans la mise hors d'air des bâtiments E, F et G et qu'elle accusait un retard de 181 jours. Ainsi, les pénalités infligées à la société Établissements Reithler correspondent à un retard de 181 jours entre la date du 30 juillet 2010, date fixée pour la fin des travaux du lot n°6 relatif aux menuiseries extérieures prévu par la calendrier d'exécution notifié par un ordre de service du 4 février 2010 et la date fixée pour la réception des travaux, le 8 avril 2011. Par un courrier du 8 septembre 2001, la SAERP a ramené le décompte des pénalités à 100 jours, comprenant 73 jours de retard dans le démarrage des travaux et 27 jours de retard liés au décalage de la livraison de la phase 1 de décembre 2010 à février 2011 pour un montant de 156 655 euros. Ces pénalités ont enfin été ramenées à 131 302,44 euros dans le décompte général. Dès lors que la société requérante n'apporte aucun élément pour remettre en cause la matérialité des retards dans l'exécution du lot n°6 et retenu pour l'application des pénalités, son moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'imputabilité du retard :

11. En premier lieu, la société Établissements Reithler soutient que le retard est imputable à la notification tardive du calendrier détaillé d'exécution du 4 février 2010. Toutefois, si le calendrier détaillé prévoyait un début d'exécution des travaux dès le 8 février 2010, la société requérante ne précise pas les raisons pour lesquelles cette date n'aurait pas pu être respectée alors que la période de préparation du chantier, incluant la mise au point du calendrier d'exécution, a débuté en juillet 2009. En outre, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait émis une réserve lors de la notification de ce calendrier d'exécution.

12. En second lieu, aux termes de l'article 4.2 du CCAP commun à l'ensemble des lots du marché : " Le délai d'exécution des travaux supplémentaire est compris dans le délai global d'exécution des études et des travaux dans tous les cas où il n'existe pas une dérogation au titre de l'ordre de service concernant ces travaux supplémentaires ".

13. La société Établissements Reithler soutient que le retard est imputable aux travaux supplémentaires qu'elle a dû effectuer. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'ensemble des ordres de service demandant la réalisation de prestations supplémentaires précisent que ces travaux n'entrainent aucun délai supplémentaire. La société n'établit ni même n'allègue avoir fait des réserves à ces ordres de service. En outre, si elle se prévaut de travaux supplémentaires réalisés sans ordre de service, elle n'apporte aucune précision sur les raisons qui auraient nécessité que lui soit accordés des délais supplémentaires d'exécution. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que le retard ayant donné lieu à pénalité serait imputable en partie aux travaux supplémentaires qu'elle a dû effectuer.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 4.2 du CCAP commun : " En vue de l'application éventuelle du premier alinéa du 22 de l'article 19 du C.C.A.G., le nombre de journée d'intempérie réputées prévisibles est fixé à 10 jours œuvrés par année de travaux. / En vue de l'application du deuxième alinéa du 22 de l'article 19 du C.C.A.G., les délais d'exécution des travaux seront prolongés d'un nombre de jours égal à celui pendant lequel un au moins des phénomènes naturels ci-après dépassera l'intensité limite figurant au tableau ci-dessous : / pluie - 151mm - entre 6h et 18h () ; neige - 5 cm - entre 6h et 18h () - Gel -5°C à 8 heures sous abri - Et encore inférieur à -2°C à 10 heures () / Vent - 60 km/h () / pour autant qu'il y ait eu entrave à l'exécution des travaux dûment constatée par le maître d'œuvre ".

15. La société Établissements Reithler soutient qu'une partie du retard est imputable aux conditions météorologiques rencontrées lors de l'exécution des travaux, à savoir 21 jours d'intempéries subies. S'il résulte du compte-rendu de chantier du 6 août 2010 qu'il a été retenu entre le 15 décembre 2009 et le 27 mai 2010 un total de 21 jours d'intempéries, la société Établissements Reithler n'établit pas que les conditions de prolongation du délai d'exécution prévues à l'article 4.2 du CCAP précité, en particulier le constat de l'entrave à l'exécution des travaux par le maître d'œuvre, fussent remplies, ni que ces jours d'intempérie n'auraient pas été pris en compte dans le nombre de jours de pénalités abandonnés par le maître d'ouvrage. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'une partie du retard lui étant reproché est imputable à des jours d'intempéries.

16. En quatrième lieu, la société Établissements Reithler se prévaut des difficultés rencontrées avec l'entreprise Hervé, titulaire du lot gros-œuvre compte tenu de l'absence du respect par cette dernière des stipulations du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) lui imposant de réaliser les zones de stockage, les escaliers et rampes provisoires ainsi que les rampes d'accès aux bâtiments en béton. Si elle produit de nombreux documents qui justifient de la réalité de ses allégations et des conséquences concrètes sur l'avancement des travaux de la phase 1 entre les mois de juin 2010 et mars 2011, ce qui correspond à la période de finalisation de la phase 1, il résulte de l'instruction que ces difficultés concernaient plus spécialement le lot n°17 relatif aux brises soleil. En outre, il ressort du courrier du 8 septembre 2011 que, compte tenu des réclamations de la société requérante s'opposant à la mise à sa charge de pénalités, le maître d'ouvrage a renoncé d'appliquer une partie des pénalités de retard qui s'élevait à 181 jours. Dès lors que la société requérante ne précise pas le nombre de jours de retard qui seraient imputables aux difficultés rencontrés du fait du comportement de la société Hervé, il n'est pas établi que l'abattement effectué par le maître de l'ouvrage n'en tiendrait pas compte. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le retard constaté et ayant donné lieu à des pénalités ne lui serait pas imputable.

17. En dernier lieu, la société requérante se prévaut des réserves émises sur l'ordre de service du 15 décembre 2010 auquel était joint un planning de finition de la phase 1. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'elle a seulement mentionné concernant le lot n°6 concerné par les retards la mention " ensemble des éléments posés " et ne précise pas la portée de cette mention.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la société Établissement Reithler n'est pas fondée à demander à ce que la région Ile-de-France soit condamnée à lui verser la somme de 131 302,44 euros au titre des pénalités de retard qui lui ont été infligées.

En ce qui concerne l'opposabilité de l'article 4.4 du CCAP prévoyant le montant des pénalités journalières :

19. D'une part, aux termes de l'article 20.1 du CCAG Travaux de 1976 : " 20.1. En cas de retard dans l'exécution des travaux, qu'il s'agisse de l'ensemble du marché ou d'une tranche pour laquelle un délai d'exécution partiel ou une date limite a été fixé, il est appliqué, sauf stipulation différente du C.C.A.P., une pénalité journalière de 1/3.000 du montant de l'ensemble du marché ou de la tranche considérée () ". Aux termes de l'article 4.4.2 du CCAP commun : " L'entrepreneur subira en cas de non-respect du délai global d'exécution ou des délais partiels d'exécution le cas échéant, tel(s) que défini(s) à l'acte d'engagement ou dans les cas prévus au 4.4.1, une pénalité d'un montant H.T de : / 1/2000ème du montant H.T du marché. () ".

20. D'autre part, aux termes de l'article 3.12 du CCAG travaux de 1976 : " 3.12. En cas de contradiction ou de différence entre les pièces constitutives du marché, ces pièces prévalent dans l'ordre où elles sont énumérées ci-dessus. / Toutefois, toute dérogation aux dispositions des C.C.T.G. et du C.C.A.G. qui n'est pas clairement définie et, en outre, récapitulée comme telle dans le dernier article du C.C.A.P., est réputée non écrite. Ne constitue pas une dérogation aux C.C.T.G ou au C.C.A.G. l'adoption, sur un point déterminé, de stipulations différentes de celles qu'indiquent ces cahiers lorsque, sur ce point, ceux-ci prévoient expressément la possibilité pour les marchés de contenir des stipulations différentes ".

21. Il résulte des dispositions précitées qu'une dérogation au cahier des clauses administratives générales s'entend de toute stipulation particulière qui, sur un objet donné, emporte des obligations différentes de celles que définit ledit cahier, sans qu'ait été prévue la faculté de les adapter. Pour être opposables, les clauses dérogatoires doivent être récapitulées dans le dernier article du cahier des clauses administratives particulières, en l'espèce, l'article 13.

22. Le montant de la pénalité journalière de retard prévue par l'article 20.1 du CCAG Travaux de 1976 peut, aux termes mêmes de ce texte, faire l'objet d'une stipulation différente du CCAP commun applicable au marché en litige. Ainsi en application de l'article 3.12 du CCAG précité, cette stipulation ne peut être regardée comme une dérogation qui, pour être opposable entre les parties au marché, devrait être clairement définie et incluse dans les dérogations énumérées par le CCAP. La société Établissements Reithler n'est donc pas fondée à soutenir que l'article 4.4 du CCAP commun du marché en litige, qui prévoit une pénalité de 1/2000ème du montant du marché ne lui serait pas opposable, faute de figurer dans la liste des dérogations au CCAG reprise par l'article 13 du CCAP commun.

En ce qui concerne la renonciation à l'application des pénalités :

23. Si l'acheteur peut renoncer à appliquer des pénalités de retard, il s'agit d'une simple faculté. Ainsi, la société Établissements Reithler n'est pas fondée à soutenir que la région Ile-de-France aurait dû renoncer à l'application des pénalités compte tenu de la modulation qu'elle a appliquée à ces dernières à l'occasion du décompte général. Enfin, la société requérante, en se bornant à soutenir qu'elle n'a fait l'objet d'aucune pénalité de retard pour les autres phases des travaux, ne remet pas en cause la possibilité pour la région Ile-de-France de pouvoir appliquer les pénalités de retard au titre de la première phase. En tout état de cause, même à supposer que la société Établissements Reithler soutienne que le montant de ces pénalités doit être modulé, elle ne présente aucune conclusion à ce titre.

Sur les travaux supplémentaires :

24. Le titulaire d'un marché a le droit d'être indemnisé du coût des travaux supplémentaires, non prévus au contrat, s'ils ont été prescrits par un ordre de service ou si à défaut d'ordre, ils ont un caractère indispensable à la bonne exécution des ouvrages compris dans les prévisions du marché, compte tenu des règles de l'art, sauf dans le cas où la personne publique s'est préalablement opposée, de manière précise, à leur réalisation. Par ailleurs, le titulaire du marché a droit au paiement des travaux non prévus au marché dont la réalisation lui a été demandée, nonobstant la circonstance que cette demande n'ait pas pris la forme d'un ordre de service.

En ce qui concerne les travaux supplémentaires ayant fait l'objet d'ordres de service :

25. Il est constant que par huit ordres de services, il a été demandé à la société Établissements Reithler d'effectuer divers travaux pour la somme totale de 36 404,17 euros HT soit 42 348,73 euros TTC, somme qui n'a pas été intégrée au sein du décompte général. Si la région Ile-de-France indique dans son mémoire en défense que ces sommes ont été mises en paiement, elle ne produit aucune pièce pour l'établir, alors que la société requérante conteste avoir reçu ce paiement. Par suite, la société Établissements Reithler est fondée à demander la condamnation de la région Ile-de-France au paiement de la somme de 42 348,73 euros TTC au titre de ces travaux ayant fait l'objet d'ordre de service.

En ce qui concerne les travaux supplémentaires n'ayant pas fait l'objet d'ordres de service :

26. En premier lieu, la société Établissements Reithler demande le paiement des travaux correspondant au devis n°7908, portant sur le remplacement d'un prototype du bâtiment F pour la réalisation du mur rideau compte tenu des modifications induites par la réalisation des faux plafonds pour un montant de 9.861,00 € HT. Elle soutient que le maître d'œuvre a demandé la modification du prototype qui avait pourtant déjà été validé et réalisé. Toutefois, l'article 6.4 du CCTP du lot n°6 prévoit que " Le ou les entrepreneurs doivent la réalisation du prototype (), la rectification des ouvrages en fonction des observations, leur maintien en l'état pour la durée prévue dans les pièces, leur dépose et évacuation du chantier ", de sorte que la modification du prototype était prévue par les stipulations contractuelles et ne constitue ainsi pas des travaux supplémentaires. Sa demande doit donc être rejetée.

27. En deuxième lieu, la société Établissements Reithler demande le paiement des travaux correspondant à une partie du devis n°8117 portant sur la réalisation de portes vantaux métalliques pleines pour la création de deux sorties de secours provisoires dans le bâtiment G pour un montant de 4 200 euros HT. Toutefois, en se bornant à soutenir que le maître d'ouvrage a payé l'autre prestation prévue au devis, à savoir la création d'une échelle à crinoline de maintenance dans le bâtiment G, cette circonstance n'est pas suffisante pour considérer que la réalisation des portes vantaux métalliques pleines était indispensable à l'exécution de l'ouvrage dans les règles de l'art. Dès lors qu'elle n'apporte aucun autre élément pour l'établir, sa demande doit, par suite, être rejetée.

28. En troisième lieu, la société Établissements Reithler demande le paiement des travaux correspondant au devis n°8643 portant sur la reprise du châssis de la ventilation de l'amphithéâtre pour un montant de 1 365 euros HT. En se bornant à soutenir que ces travaux étaient indispensables à l'exécution de l'ouvrage dans les règles de l'art sans produire aucun élément ou pièces, la société Reihtler n'est pas fondée à demander le paiement de ces travaux.

29. En quatrième lieu, la société requérante demande le paiement des travaux correspondant au devis n°8734 portant sur la modification de l'accès terrasse par l'escalier E3 compte tenu des erreurs affectant les plans " bétons " relevant du lot Gros-Œuvre pour un montant de 7 102 euros HT. Toutefois, elle ne produit aucune pièce pour établir la modification des plans ou des mesures de l'accès à la terrasse de sorte qu'elle n'établit pas que ces travaux fussent indispensables à l'exécution de l'ouvrage dans les règles de l'art. Par suite, sa demande doit être rejetée.

30. En cinquième lieu, la société requérante demande le paiement des travaux correspondant au devis n°8739 portant sur la modification du sens de pose des lames de verre pour un montant de 18 490 euros HT. Elle soutient qu'elle a dû procéder à la dépose de 80 lames déjà réalisés puis à la repose, après commande de 105 nouvelle lames compte tenu de la modification par le maître d'œuvre, après approbation du plan de pose par ce dernier, de l'alternance des teintes de lame. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à établir la modification des plans par le maître d'œuvre après validation du premier plan de pose. Par suite, sa demande ne peut qu'être rejetée.

31. En sixième lieu, la société Établissements Reithler demande le paiement des travaux correspondant au devis n°8831 portant sur la pose des murs rideaux du patio du bâtiment C pour un montant de 109 635,60 euros HT dès lors que ces derniers ont été omis de la décomposition des prix générale et forfaitaire. Toutefois, ces travaux étaient prévus par le CCTP du lot n°6 relatif aux menuiseries extérieures aux articles 3.1.1 et 3.4 de sorte que la circonstance que la décomposition des prix générale et forfaitaire était erronée est sans incidence sur le prix forfaitaire du marché dès lors qu'elle n'a de valeur contractuelle que pour les prix unitaires utilisés pour le règlement d'éventuels travaux modificatifs. Sa demande doit ainsi être rejetée.

32. En septième lieu, la société requérante demande le paiement des travaux correspondant au devis n°8920 portant sur la dépose du garde-corps métallique existant de l'escalier du bâtiment C pour un montant de 648 euros HT. Il résulte de l'instruction que l'article 3.3.3 du CCTP du lot n°5 concernant les garde-corps thermolaqués pour escaliers ne prévoit que la fourniture et la pose du garde-corps pour escaliers en fer plat et non la dépose de l'ancien garde-corps. Ainsi, dès lors que la dépose n'était pas prévue par les pièces contractuelles et que ces travaux étaient indispensables à l'exécution de l'ouvrage dans les règles de l'art, elle est fondée à demander la condamnation du maître d'ouvrage au paiement de ces travaux qu'elle a chiffré à 648 euros HT, soit 775,01 euros TTC.

33. En huitième lieu, la société requérante demande le paiement des travaux correspondant au devis n°9197 portant sur la fourniture et la pose de menuiseries PVC au R+1 des logements neufs et d'une porte fenêtre d'un vantail pour l'accès aux terrasses pour un montant de 3 060 euros HT dès lors que ces travaux ont été omis de la décomposition des prix générale et forfaitaire. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 22, dès lors que ces prestations étaient bien prévues à l'article 3.7 du CCTP du lot n°6 et à l'article 3.10 du CCTP du lot n°5, la circonstance que la décomposition des prix générale et forfaitaire soit erronée sur ce point est sans incidence sur le prix forfaitaire payé. Sa demande doit dès lors être rejetée.

34. En dernier lieu, la société requérante demande le paiement des travaux correspondant au devis n°9733 portant sur des travaux de dégagement de terre afin d'avoir accès lors de la 4ème phase du marché aux massifs de béton pour un montant de 1 810 euros HT. Toutefois, elle n'établit pas que ces travaux fussent indispensables à l'exécution de l'ouvrage dans les règles de l'art. Par suite, sa demande doit être rejetée.

En ce qui concerne les travaux demandés par la maîtrise d'ouvrage sans être formalisés dans des ordres de service :

35. En premier lieu, la société Établissements Reithler demande le paiement des travaux correspondant au devis n°9198 portant sur la fourniture et la pose de huit poteaux en acier galvanisé dans le garage à vélos pour un montant de 3 375 euros HT. Il résulte de l'instruction que ces travaux n'étaient pas prévus au marché et que les comptes-rendus de chantier n°151 et n°153, indiquant la présence du maître d'ouvrage délégué et de la région Ile-de-France, maître d'ouvrage, font état d'une demande le 4 septembre 2012 sur la " fourniture des poteaux pour le local à vélos fin de semaine 37 ". Dès lors que la société Établissements Reithler établit ainsi que ces travaux supplémentaires ont été demandés par le maître d'ouvrage, et que ce dernier n'établit pas que ces travaux n'auraient pas été effectués, la société est fondée à en demander le paiement. Elle a ainsi droit à la somme de 3 375 euros HT, soit 4 036,50 euros TTC.

36. En deuxième lieu, la société requérante demande le paiement des travaux correspondant au devis n°8995 portant sur l'habillage de la sous-face des linteaux des baies au rez-de-chaussée du bâtiment C pour un montant de 1 523 euros HT. Il résulte d'une annexe du procès-verbal des opérations préalables à la réception de la phase 2 que le maître d'œuvre a demandé, sous la forme d'une réserve, à la société Établissements Reithler de réaliser la pose de " tôles galva ", suivant le devis n° 8895, qui précise qu'il s'agit de la pose de tôles en sous-face des linteaux et que le plan joint désigne la pose de ces éléments sous les fenêtres. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'article 3.24 du CCTP du lot n°5 prévoyait la " fourniture et pose d'un bardage en tôle acier galvanisé, suivant calpinage architecte en soubassement des bâtiments suivant plans de façade de l'architecte ". Ainsi les travaux prévus par le devis n°8995 apparaissent, en l'absence de précisions supplémentaires sur les travaux en cause, comme prévus par les pièces contractuelles et n'ont pas le caractère de travaux supplémentaires, de sorte que sa demande à ce titre doit être rejetée.

37. En troisième lieu, la société requérante demande le paiement des travaux correspondant au devis n°9343 portant sur la fourniture et la pose de trois boîtes aux lettres provisoires pour un montant de 338 euros HT. Il résulte de l'instruction que l'article 3.15.4 du CCTP du lot n°6 prévoyait la " fourniture et pose de 8 boites à lettres en acier à dimensions normalisées du type Rentz ou de qualité équivalente ". En outre, il résulte du compte rendu de chantier n°145 que le 17 juillet 2012 le lycée a demandé " la mise en place de boite aux lettres provisoires, pour les trois logements qui ont été livrées. Vu sur place (sans TS). " et que le 24 juillet 2012, selon le compte-rendu de chantier n° 147, la société Établissements Reithler a fait un devis pour la mise en place de ces trois boîtes provisoires. Si la région Ile-de-France fait valoir qu'il ne s'agit pas de travaux supplémentaires, le CCTP ne prévoyait pas la pose de boites aux lettres provisoires. Par suite, et dès lors qu'il ressort des comptes-rendus de chantier que ces travaux ont été demandés à la société Établissements Reithler lors de réunions de chantier auxquelles le maître d'ouvrage délégué et la région Ile-de-France, maître d'ouvrage, étaient présents et que ce dernier n'établit pas que ces travaux n'auraient pas été effectués, la société requérante a le droit au paiement de ces travaux qu'elle a estimé à 338 euros HT, soit 404,25 euros TTC.

38. En dernier lieu, la société Établissements Reithler demande le paiement des travaux correspondant au devis n°8947 portant sur la fourniture et la pose d'un bardage en tôle acier galvanisé suivant l'article 3.24 du lot serrurerie pour un montant de 3 170 euros HT. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'article 3.24 du CCTP du lot n°5 prévoyait la " fourniture et pose d'un bardage en tôle acier galvanisé ", de sorte que ces travaux étaient prévus par le CCTP et ne peuvent dès lors constituer des travaux supplémentaires. Sa demande doit, par suite, être rejetée.

39. Il résulte de tout ce qui précède que la société Établissements Reithler a droit au paiement d'une somme de 35 404,17 euros HT, soit 42 485 euros TTC au titre des travaux ayant été demandés par ordre de service, à la somme de 648 euros HT, soit 775,01 euros TTC, au titre des travaux supplémentaires indispensables et à la somme de 3 713 euros HT, soit 4 440,75 euros TTC, au titre des travaux supplémentaires demandés sans ordres de service.

Sur l'opposabilité de l'article 3.4.2 du CCAP commun :

40. D'une part, aux termes de l'article 10.4.5 du CCAG Travaux de 1976 : " 10.45. Le mois d'établissement des prix est celui qui est précisé dans le marché ou, à défaut d'une telle précision, le mois de calendrier qui précède celui de la signature de l'acte d'engagement par l'entrepreneur ". Aux termes de l'article 3.4.2 du CCAP commun intitulé " Mois m0 " : " Les prix du marché sont réputés établis sur la base des conditions économiques du mois : / m0 = OCTOBRE 2008 ".

41. D'autre part, aux terme de l'article 3.12 du CCAG travaux de 1976 : " 3.12. En cas de contradiction ou de différence entre les pièces constitutives du marché, ces pièces prévalent dans l'ordre où elles sont énumérées ci-dessus. / Toutefois, toute dérogation aux dispositions des C.C.T.G. et du C.C.A.G. qui n'est pas clairement définie et, en outre, récapitulée comme telle dans le dernier article du C.C.A.P., est réputée non écrite. Ne constitue pas une dérogation aux C.C.T.G ou au C.C.A.G. l'adoption, sur un point déterminé, de stipulations différentes de celles qu'indiquent ces cahiers lorsque, sur ce point, ceux-ci prévoient expressément la possibilité pour les marchés de contenir des stipulations différentes ".

42. Il résulte des dispositions précitées qu'une dérogation au cahier des clauses administratives générales s'entend de toute stipulation particulière qui, sur un objet donné, emporte des obligations différentes de celles que définit ledit cahier, sans qu'ait été prévue la faculté de les adapter. Pour être opposables, les clauses dérogatoires doivent être récapitulées dans le dernier article du cahier des clauses administratives particulières, en l'espèce, l'article 13.

43. En fixant le mois d'établissement des prix au mois d'octobre 2008, l'article 3.4.2 du CCAP commun à tous les lots n'a fait que mettre en application l'article 10.4.5 du CCAG Travaux de 1976 de sorte que cette stipulation ne peut être regardée comme une dérogation qui, pour être opposable entre les parties au marché, devrait être clairement définie et incluse dans les dérogations énumérées par le CCAP. La société Établissements Reithler n'est pas fondée à soutenir que l'article 3.4.2 du CCAP commun du marché en litige ne lui serait pas opposable, faute de figurer dans la liste des dérogations au CCAG reprise par l'article 13 du CCAP commun. Par suite, sa demande de paiement d'un montant de 115 965,44 euros HT doit être rejetée.

Sur le compte prorata :

44. La demande de la société Établissements Reithler d'une somme de 21 749,89 euros HT au titre " des frais supplémentaires émanant de la société Hervé en charge du compte prorata " n'est pas assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit ainsi être rejetée.

Sur les frais de suivi de chantier :

45. La demande la société Établissements Reithler d'une somme de 123 280 euros HT au titre de la prise en charge des frais inhérents au suivi de chantier n'est pas assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit ainsi être rejetée.

Sur les intérêts moratoires :

46. D'une part, aux termes de l'article 98 du code des marchés publics, dans sa rédaction issue du décret n° 2011-1000 du 25 août 2001 et applicable au marché : " Le délai global de paiement d'un marché public ne peut excéder : / 1° 30 jours pour les services de l'Etat et ses établissements publics autres que ceux ayant un caractère industriel et commercial, à l'exception de ceux mentionnés au 2°, pour les collectivités territoriales et les établissements publics locaux ; () ". Lorsqu'un décompte général fait l'objet d'une réclamation par le cocontractant, le délai de paiement du solde doit être regardé comme ne commençant à courir qu'à compter de la réception de cette réclamation par le maître d'ouvrage.

47. D'autre part, aux termes de l'article 5 du décret du 21 février 2002 relatif à la mise en œuvre du délai maximum de paiement dans les marchés publics, dans sa version applicable au marché : " I.-Le défaut de paiement dans les délais prévus par l'article 98 du code des marchés publics fait courir de plein droit, et sans autre formalité, des intérêts moratoires au bénéfice du titulaire ou du sous-traitant payé directement. / Les intérêts moratoires courent à partir du jour suivant l'expiration du délai global jusqu'à la date de mise en paiement du principal inclus. / () II.-1° Le taux des intérêts moratoires est référencé dans le marché. / 2° Pour les organismes soumis aux délais de paiement mentionnés au 1° de l'article 98 du code des marchés publics, qu'il soit ou non indiqué dans le marché, le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt de la principale facilité de refinancement appliquée par la Banque centrale européenne à son opération de refinancement principal la plus récente effectuée avant le premier jour de calendrier du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de sept points. ".

48. Il résulte de l'instruction que le délai de paiement de trente jours a commencé à courir à compter de la réception du mémoire en réclamation de la société Reihtler par la région Ile-de-France soit le 31 mai 2015, date qui n'est pas contestée en défense. Dans ces conditions, l'expiration de ce délai de paiement est intervenue le 30 juin 2015 à minuit. En application de l'article 5 du décret du 21 février 2002, la société Établissements Reithler a droit en principe à compter du 1er juillet 2015 à des intérêts moratoires au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de sept points de pourcentage, soit en l'espèce 7,05%. Dès lors qu'elle sollicite dans la présente instance ces intérêts à compter du 16 juillet 2015, il y a lieu de les lui accorder à compter de cette date.

49. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la région Ile-de-France à verser à la société Établissements Reithler une somme totale de 47 700,75 euros au titre du solde du solde du lot n° 300 portant sur la " serrurerie métallique (lot 5) - menuiseries extérieures (lot 6) - brises soleil (lot 17) ", assortie des intérêts moratoires à compter du 16 juillet 2015.

Sur les frais liés au litige :

50. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la société Reihtler la somme sollicitée sur ce fondement. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la région Ile-de-France une somme de 2 000 euros à verser à la société Établissements Reithler, en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la société Établissements Reithler tendant à la condamnation de la SAERP, devenue Ile-de-France construction durable, et de la région Ile-de-France à lui verser une indemnité forfaitaire de 280 000 euros au titre de l'exposition de ses salariés à l'amiante, augmentée des intérêts moratoires calculés au taux contractuel à partir du 16 juillet 2015.

Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions de la société Établissements Reithler tendant à la condamnation de la SAERP, devenue Ile-de-France construction durable, et de la région Ile-de-France à lui verser une somme de 24 646 euros hors taxe, soit 29 476,62 toutes taxes comprises, au titre du paiement des travaux supplémentaires concernant la grille du local vélo

Article 3 : La région Ile-de-France est condamnée à verser à la société Établissements Reithler une somme totale de 47 700,76 euros au titre du solde du lot n° 300 portant sur la " serrurerie métallique (lot 5) - menuiseries extérieures (lot 6) - brises soleil (lot 17) ", assortie des intérêts moratoires à compter du 16 juillet 2015.

Article 4 : Il est mis à la charge de la région Ile-de-France une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la région Ile-de-France, à la société Établissements Reithler et à Ile-de-France construction durable.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

La rapporteure,

J. DARRACQ-GHITALLA-CIOCK

Le président,

X. POTTIER La greffière,

C. LEROY

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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