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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2001314

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2001314

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2001314
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantBLONDEL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 février 2020, M. C A B, représenté par Me Dreyer, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée émis à son encontre au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la procédure de taxation d'office est irrégulière ;

- la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée est justifiée ;

- l'écart de taxe sur la valeur ajoutée déductible trouve son origine antérieurement à la période vérifiée ;

- la majoration de l'article 1728-1 du code général des impôts n'est pas justifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mars 2023 :

- le rapport de M. D ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, qui exerçait une activité de consultant pour les affaires, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, à la suite de laquelle il a été rendu destinataire d'une proposition de rectification le 14 décembre 2018. Des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis en recouvrement au titre de la période vérifiée à son encontre le 30 octobre 2019. L'intéressé a présenté une réclamation d'assiette le 22 novembre 2019 rejetée par décision du directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne en date du 17 décembre suivant. Par la requête précitée, M. A B sollicite la décharge de ces impositions.

Sur la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes () ". Selon les dispositions de l'article L. 67 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 1° et 4° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure () ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment des mentions de la proposition de rectification du 14 décembre 2018 que la vérificatrice a constaté que M. A B n'avait déposé sa déclaration de taxe sur la valeur ajoutée au titre des mois de janvier à novembre 2015 que le 4 janvier 2017, alors que le délai de déclaration avait expiré le 24 janvier 2016 et a, en conséquence, considéré que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée étaient proposés suivant la procédure de taxation d'office en vertu des dispositions précitées du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales.

4. Si le requérant soutient que cette procédure ne pouvait être mise en œuvre qu'après la notification d'une mise en demeure, les dispositions précitées de l'article L. 67 du livre des procédures fiscales ne sont toutefois pas applicables aux taxes sur le chiffre d'affaires visées au 3° de l'article L. 66 du même code. Par ailleurs si M. A B se prévaut d'une proposition du 29 mai 2018, au demeurant non produite, qui aurait rectifié la taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2016 et 2017 selon la procédure contradictoire, une telle circonstance ne constitue pas, en tout état de cause, une prise de position formelle au sens de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.

Sur la charge de la preuve :

5. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

6. Dès lors que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été établis d'office, il incombe au requérant, en application des dispositions précitées de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, de démontrer le caractère exagéré des impositions en litige.

Sur le bien-fondé des impositions litigieuses :

7. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Selon les dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts : " 2. La taxe est exigible : () c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ".

8. En premier lieu, l'administration a constaté que M. A B avait porté en déduction pour un montant de 43 600 euros la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur des factures au profit de la société Aramis Ingénierie dont le requérant était également le directeur général, mais que si l'ensemble de ces charges apparaissait comme réglé sur le compte 108 de l'exploitant, l'intéressé n'en avait pas justifié le paiement effectif malgré une demande en ce sens.

9. Le requérant soutient que, dès lors que l'administration n'a pas remis en cause la valeur probante de sa comptabilité, le crédit porté à ce compte 108 justifie à lui seul le paiement des factures en cause, que le solde de son compte personnel dans les écritures de la société Aramis Ingénierie ne faisait état que d'une dette de 81 600 euros, le surplus ayant fait l'objet d'une compensation, que l'absence de réponse ne saurait constituer un élément de nature à remettre en cause les pièces produites au cours du contrôle et que l'administration reconnaît qu'elle dispose du grand livre global de cette société, mais n'en tire aucune conclusion.

10. Toutefois, il appartient à M. A B, à qui incombe la charge de la preuve, d'établir le paiement effectif des factures pour lesquelles il entend déduire la taxe sur la valeur ajoutée, ce qu'il ne fait pas par les éléments mis en avant au point précédent. Par suite, l'administration a pu à bon droit refuser la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur ces factures.

11. En second lieu, l'administration a constaté que la taxe sur la valeur ajoutée déduite était supérieure de 10 329 euros au total des débits des comptes de taxe sur la valeur ajoutée déductible et a considéré qu'à hauteur de cet écart, il s'agissait d'une taxe fictive. Si le requérant soutient que cet écart trouve son origine antérieurement au 1er janvier 2015, dès lors qu'il résulte d'une régularisation du report à nouveau et que ce montant est prescrit, il ne le justifie pas alors que la charge de la preuve lui incombe.

Sur les majorations :

12. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : a. 10 % en l'absence de mise en demeure () ".

13. Si M. A B se prévaut d'une proposition de rectification du 29 mai 2018, non produite, qui n'aurait pas appliqué cette majoration au titre des années 2016 et 2017, une telle circonstance ne constitue pas, en tout état de cause, une prise de position formelle opposable à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales. C'est donc à juste titre qu'après avoir constaté l'absence de déclaration dans les délais légaux de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2015, l'administration a appliqué la majoration de 10 % de l'article 1728 du code général des impôts.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. A B ne peuvent qu'être rejetées. Pour les mêmes motifs, les conclusions au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

P. D La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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