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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2002168

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2002168

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2002168
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTABI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 mars 2020 et 26 janvier 2023, M. et Mme B et C A, représentés par Me Tabi, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2013 à 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le service a manqué à son devoir de loyauté en considérant que leur demande de prolongation du délai de trente jours pour présenter leurs observations avait été présentée hors délai et en leur indiquant des dates erronées ;

- l'administration a rejeté à tort leur demande de prolongation comme étant tardive alors qu'ils disposaient d'un délai allant jusqu'au 20 janvier 2017, ce qui les a privés de la garantie attachée au débat oral et contradictoire et notamment de la possibilité de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;

- la proposition de rectification du 14 décembre 2016 est insuffisamment motivée en droit, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, et ne reprend pas la teneur de la proposition de rectification adressée à la société gérée par Mme A.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Daële ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est la gérante et l'unique associée de l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) ELPI-J Projet d'intérieur. A l'issue de la vérification de comptabilité dont cette société a fait l'objet pour la période du 1er juillet 2012 au 31 décembre 2015, l'administration a réintégré aux revenus imposables du foyer fiscal de Mme A des revenus distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, en sa qualité de maître de l'affaire, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2013 à 2015 ont été mises en recouvrement le 30 juin 2017, à hauteur de la somme de 21 803 euros en droits et pénalités. La réclamation d'assiette du 6 mai 2018 a été rejetée par l'administration fiscale le 26 décembre 2018. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils sont été assujettis au titre des années 2013 à 2015.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours () ". L'article L. 11 du même livre dispose : " A moins qu'un délai plus long ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d'éclaircissements et, d'une manière générale, à toute notification émanant d'un agent de l'administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification ". Selon l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'un contribuable dispose d'un délai franc de trente jours pour faire connaître ses observations sur la proposition de rectification et que la durée de ce délai peut être portée à soixante jours à sa demande.

4. D'autre part, le point de départ d'un délai franc est fixé au lendemain du jour où est intervenue la notification de la proposition de rectification et trouve son terme au lendemain du jour où il vient à expiration. Le délai prévu par les dispositions précitées est déterminé en jours calendaires et non de quantième à quantième.

5. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A ont accusé réception, le 19 décembre 2016, de la proposition de rectification en date du 14 décembre 2016. Ils ont demandé, par lettre du 20 janvier 2017, une prorogation du délai de réponse à la proposition de rectification. Cependant, le délai franc de trente jours dont ils disposaient expirait, en l'espèce, le jeudi 19 janvier 2017. La demande présentée le 20 janvier 2017 était ainsi tardive. En tout état de cause, les requérants, qui n'avaient pas à attendre d'acceptation de leur demande de la part du service, n'ont présenté aucune observation à la proposition de rectification. Par suite, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir qu'ils auraient été privé d'une garantie substantielle liée au caractère contradictoire de la procédure d'imposition, ni que l'administration aurait méconnu les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

6. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que l'administration fiscale a manqué à son devoir de loyauté en leur indiquant, dans son courrier du 16 mars 2017 leur refusant la prolongation de son délai de réponse à la proposition de rectification, que la proposition de rectification avait été reçue le 17 décembre 2016, alors qu'elle l'a été le 19 décembre, qu'ils bénéficiaient d'un délai courant jusqu'au 18 janvier 2017 pour faire valoir leurs observations alors qu'il s'agissait du 20 janvier, et en indiquant que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ne pouvait pas être saisie. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les requérants auraient été induits en erreur par ce courrier, intervenu après l'expiration du délai mentionné au point précédent, pour présenter leurs observations. Enfin, les revenus distribués imposés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers n'entrent, en tout état de cause, pas dans le champ de compétence de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, tel qu'il est défini au I de l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, citées au point 2 du présent jugement, que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.

8. Les requérants soutiennent que la proposition de rectification du 14 décembre 2016 est insuffisamment motivée en droit, en ce qu'elle ne cite pas l'article 47 de l'annexe II du code général des impôts. Cependant, cette proposition mentionne le montant des rehaussements envisagés, les années d'imposition concernées et comporte l'exposé des motifs à l'origine des rehaussements litigieux. Elle précise qu'elle fait suite à la vérification de comptabilité de l'EURL dont Mme A est la gérante et l'unique associée, et renvoie à la proposition de rectification de la société datée du même jour et envoyée à la même adresse, qui comprenait les modalités de détermination des revenus distribués litigieux et était suffisamment motivée en droit et en fait. Dans ces conditions, la proposition de rectification du 14 décembre 2016 adressée à M. et Mme A, qui ont pu disposer dans un délai rapproché de l'ensemble des informations auxquels ils avaient droit, comportait les précisions suffisantes pour leur permettre de présenter utilement leurs observations, alors même qu'elle ne faisait pas référence à l'article 47 de l'annexe II du code. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils sont été assujettis au titre des années 2013 à 2015. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et C A et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

Signé : M. VAN DAËLE

La présidente,

Signé : I. BILLANDON

Le greffier,

Signé : G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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