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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2002510

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2002510

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2002510
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantRICOUARD SOLEDAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 mars 2020, 2 novembre et 8 novembre 2023, les sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles, représentées par Me Cresseaux, demandent au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne et la société Relyens Mutual Insurance à leur verser la somme de 74 693,28 euros en principal, majorée des intérêts de droit à compter de la demande préalable du 24 décembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne et de la société Relyens Mutual Insurance la somme de 5 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens,

3°) subsidiairement, de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à leur verser la somme de 74.693,28 euros en principal, majorée des intérêts de droit à compter de la demande préalable du 24 décembre 2019 ;

4°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 5 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens

Elles soutiennent que :

- la responsabilité du centre hospitalier est engagée en raison de l'infection par les virus de l'hépatite C causée par la transfusion de six concentrés de globules rouges à M. B A les 24 et 25 octobre 1983 au centre hospitalier de Fontainebleau ;

- elles sont fondées à demander réparation à hauteur de la somme de 74 693,28 euros qu'elles ont été condamnées à verser à l'intéressé par un jugement du 18 avril 2019 du tribunal de grande instance de Créteil.

Par un mémoire enregistré le 27 octobre 2023, le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, représenté par Me Ricouard, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des sociétés requérantes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, de ramener à de plus justes proportions le montant de la somme mise à sa charge à ce même titre.

Il soutient que :

- la requête est mal dirigée dès lors que l'objet de la demande relève d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale ;

- l'origine transfusionnelle du dommage n'est pas démontrée ;

- la condamnation prononcée ne pourrait pas excéder 50 % des conséquences dommageables de l'accident.

Les parties ont été informées, le 31 octobre 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conditions de prise en charge du dommage au titre de la solidarité nationale sont remplies, de sorte que la charge définitive de l'indemnisation repose sur l'Office national d'indemnisation, des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales.

Par un mémoire enregistré le 4 décembre 2023, l'Office national d'indemnisation, des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales demande au tribunal de prononcer sa mise hors de cause.

Il soutient que la société requérante ne saurait exercer une action indemnitaire en sa qualité d'assureur subrogé dans les droits de la victime dès lors que l'office intervient au titre de la solidarité nationale et ne saurait être considéré comme responsable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 ;

- la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 ;

- le code des assurances ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dominique Binet, premier conseiller,

- les conclusions de M. Cyril Dayon, rapporteur public,

- et les observations de Me Ducasse, avocat des sociétés MMA IARD SA et MMA IARD Assurances Mutuelles, et de Me Karageorgiou, avocat du centre hospitalier du

Sud Seine-et-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été victime, le 23 octobre 1983, d'un accident de la circulation à la suite duquel il a été pris en charge au centre hospitalier de Fontainebleau, où il a subi plusieurs interventions chirurgicales justifiant qu'il soit transfusé les 24 et 25 octobre 1983 de six concentrés de globules rouges. Après une sérologie du 19 juillet 1997 et une biopsie hépatique du 29 octobre 1998, M. A a été diagnostiqué porteur du virus de l'hépatite C. Le 26 mai 2009, M. A a saisi le juge des référés du tribunal de grande instance de Créteil et obtenu la désignation d'un expert pour déterminer l'origine de sa contamination et évaluer son préjudice. Le 18 avril 2019, le tribunal de grande instance de Créteil a condamné solidairement le conducteur du véhicule et la société MMA IARD à payer à M. A la somme totale de 74 693.28 euros. Les sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne à leur verser cette somme.

2. Seule la société MMA IARD justifie avoir payé la somme en litige et être ainsi subrogée dans les droits de M. A à être indemnisé au titre des conséquences dommageables des transfusions dont il a été l'objet. Dans ces conditions, la requête ne peut qu'être rejetée en tant qu'elle est présentée par la société MMA IARD Assurances Mutuelles.

Sur le cadre du litige :

3. Aux termes de l'article L. 1221-14 du code de la santé publique : " Les victimes de préjudices résultant de la contamination par le virus de l'hépatite B ou C ou le virus

T-lymphotropique humain causée par une transfusion de produits sanguins ou une injection de médicaments dérivés du sang réalisée sur les territoires auxquels s'applique le présent chapitre sont indemnisées au titre de la solidarité nationale par l'office mentionné à l'article L. 1142-22 () ". En vertu des dispositions des articles 28 et 29 de la loi du 5 juillet 1985, les recours des tiers payeurs, subrogés dans les droits d'une victime d'un dommage qu'elles indemnisent, s'exercent à l'encontre des auteurs responsables de l'accident survenu à la victime.

4. Il résulte des dispositions citées au point précédent, d'une part, qu'un assureur ayant indemnisé la victime d'un accident de la circulation des conséquences d'une contamination au virus de l'hépatite C résultant des transfusions reçues au cours de son hospitalisation est subrogée dans les droits de celle-ci, et, d'autre part, que ces droits ne peuvent être exercés qu'à l'encontre de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (ONIAM), au titre de la solidarité nationale.

5. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne et la société Relyens Mutual Insurance, son assureur, doivent être mis hors de cause dans la présente instance mais que la société MMA IARD peut demander la condamnation de l'ONIAM en sa qualité de subrogée de M. A pour autant qu'elle établisse que les conditions d'indemnisation au titre de la solidarité nationale dont celui-ci pouvait se prévaloir sont remplies.

Sur l'origine de la contamination

6. Aux termes de l'article 102 de la loi du 4 mars 2002 susvisée : " En cas de contestation relative à l'imputabilité d'une contamination par le virus de l'hépatite C antérieure à la date d'entrée en vigueur de la présente loi, le demandeur apporte des éléments qui permettent de présumer que cette contamination a pour origine une transfusion de produits sanguins labiles ou une injection de médicaments dérivés du sang. Au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que cette transfusion n'est pas à l'origine de la contamination. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. Le doute profite au demandeur () ".

7. La présomption prévue par les dispositions qui viennent d'être citées est constituée dès lors qu'un faisceau d'éléments confère à l'hypothèse d'une origine transfusionnelle de la contamination, compte tenu de l'ensemble des éléments disponibles, un degré suffisamment élevé de vraisemblance. Tel est normalement le cas lorsqu'il résulte de l'instruction que le demandeur s'est vu administrer, à une date où il n'était pas procédé à une détection systématique du virus de l'hépatite C à l'occasion des dons du sang, des produits sanguins dont l'innocuité n'a pas pu être établie, à moins que la date d'apparition des premiers symptômes de l'hépatite C ou de révélation de la séropositivité démontre que la contamination n'a pas pu se produire à l'occasion de l'administration de ces produits. Eu égard à la disposition selon laquelle le doute profite au demandeur, la circonstance que l'intéressé a été exposé par ailleurs à d'autres facteurs de contamination, résultant notamment d'actes médicaux invasifs ou d'un comportement personnel à risque, ne saurait faire obstacle à la présomption légale que dans le cas où il résulte de l'instruction que la probabilité d'une origine transfusionnelle est manifestement moins élevée que celle d'une origine étrangère aux transfusions.

8. Il résulte de l'instruction que M. A, dont la contamination par le virus de l'hépatite C a été découverte en 1997, a reçu les 24 et 25 octobre 1983 la transfusion de six concentrés de globules rouges au sein du centre hospitalier de Fontainebleau. Le bilan de l'enquête transfusionnelle du 2 septembre 2009 révèle qu'il n'a pas été possible de vérifier si le donneur du concentré n° 49273, utilisé le 24 octobre 1983, était ou non porteur du virus. Par ailleurs, l'expert désigné par le juge des référés du tribunal de grande instance de Créteil indique dans un premier temps que s'il ne peut être exclu que l'hépatite C soit post-transfusionnelle, il semble que statistiquement le premier élément à retenir est l'ensemble des causes non transfusionnelles, au premier rang desquelles se trouve le tatouage réalisé par M. A lui-même. Dans un second temps, l'expert précise que l'historique des événements ne permet en rien de privilégier l'une des causes potentielles par rapport aux autres. Dès lors, en l'absence de certitude sur l'origine de la contamination, et malgré la circonstance que l'intéressé a été exposé à d'autres facteurs de contamination, résultant notamment d'un comportement personnel à risque, il y a lieu, en application des principes ci-dessus rappelés, de retenir l'origine transfusionnelle du virus de l'hépatite C contracté par l'intéressé. L'ONIAM est donc tenu d'indemniser M. A du préjudice subi du fait de cette contamination.

Sur le préjudice :

9. La nature et l'étendue des réparations incombant à une personne publique du fait d'un accident qui implique qu'elle puisse être mise en cause ne sauraient dépendre de l'évaluation du dommage faite, le cas échéant, par l'autorité judiciaire dans le cadre d'un litige auquel cette personne publique n'a pu être partie, ou par une compagnie d'assurance en application des clauses du contrat souscrit auprès d'elle par la victime de cet accident, mais doivent être déterminées par le juge administratif compte tenu des seules règles applicables à la responsabilité des personnes morales de droit public et indépendamment des sommes qui ont pu être exposées par l'assureur à titre d'indemnité, de provision ou d'intérêts.

10. La société MMA IARD, qui se borne à faire état du jugement du tribunal de grande instance de Créteil du 18 avril 2019, doit être regardée comme demandant réparation au titre des postes de préjudice mentionnés dans ce jugement.

11. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert évoqué ci-dessus, que M. A a subi, en lien avec la contamination par le virus de l'hépatite C, un déficit fonctionnel temporaire entre la date du diagnostic, le 19 juillet 1997, et la date de consolidation de son état de santé, qui peut être fixée au 9 août 2006. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste évaluation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence sur cette période qui en ont résulté pour la victime en fixant à 6 000 euros la somme devant les réparer.

12. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées

par M. A, qui ont été évaluées à 3 sur une échelle de 7 en fixant le montant devant les réparer à hauteur de 4 000 euros.

13. En troisième lieu, si la société MMA IARD demande réparation au titre d'un " préjudice spécifique de contamination ", il ne résulte pas de l'instruction que M. A subisse des troubles dans les conditions d'existence à la suite de la consolidation de son état de santé. Dans ces conditions, la société requérante, n'est pas fondée à demander réparation au titre d'un tel poste de préjudice.

14. En quatrième lieu, si la société MMA IARD demande réparation à hauteur de 2.450,68 euros pour les frais divers au titre de l'assistance à l'expertise médicale, des honoraires de l'expert judiciaire et des frais d'huissier, elle n'a, en dépit de la mesure d'instruction qui lui a été adressée en ce sens, apporté aucune justification de nature à établir que M. A a réellement supporté de tels frais et à hauteur de ce montant. Dans ces conditions, la société MMA IARD n'est, en tout état de cause, pas fondée à solliciter le remboursement de telles dépenses.

15. En cinquième et dernier lieu, si la société MMA IARD fait valoir qu'elle a versé à M. A la somme de 3 500 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile,

le préjudice qui en résulte pour elle ne trouve pas sa cause dans la contamination que M. A a subie mais résulte seulement de ce que ce dernier n'a pas été indemnisé par l'assureur du responsable de l'accident de la circulation dont il a été victime et a dû saisir à cette fin le juge judiciaire.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société MMA IARD est fondée à solliciter la condamnation de l'ONIAM à lui verser la somme de 10 000 euros.

Sur les intérêts :

17. La société MMA IARD, qui n'a pas présenté de réclamation préalable à l'encontre de l'ONIAM, n'a droit aux intérêts au taux légal qu'à compter du 22 novembre 2023, date à laquelle le premier mémoire dans lequel elle demande la condamnation de l'office a été communiqué à ce dernier.

Sur les frais liés au litige :

18. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société MMA IARD, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. De même, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge dudit centre hospitalier et de la société Relyens Mutual Insurance la somme que demande les sociétés requérantes au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

19. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la société MMA IARD Assurances mutuelles la somme que demande le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société MMA IARD et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne et la société Relyens Mutual Insurance sont mis hors de cause.

Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser à la société MMA IARD la somme de 10 000 euros avec intérêt au taux légal à compter du 22 novembre 2023.

Article 3 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à la société MMA IARD la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société MMA IARD, à la société MMA IARD Assurances Mutuelles, au centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne, à la société Relyens Mutual Insurance et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 9 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

Le rapporteur,

D. Binet Le président,

T. Gallaud

Le greffier,

C. Kiffer

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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